Résistance des rats aux anticoagulants

Puisque je déplore le manque de compétences de bon nombre de dératiseurs et désinsectiseurs de terrain dans le précédent article sur la NF U 43-500, c’est l’occasion de revenir sur la brillante et très technique intervention de M. Benoit, de l’INRA de Lyon, lors des Journées Techniques de la CS3D, le 3 octobre 2007. Je vais m’efforcer d’en faire un résumé simplifié

Les poisons les plus utilisés contre les rongeurs sont des anticoagulants. Inodores et sans goût, et mélangés à des appâts tels que des grains ou des croquettes alimentaires, ils sont absorbés sans méfiance par les rats. L’accumulation de la dose létale (provoquant la mort) se fait généralement en plusieurs repas et provoque des hémorragies internes qui affaiblissent sans douleur, puis tuent le rongeur.

On observe depuis quelques années des foyers de résistance, parfois totale, aux anticoagulants, chez le rat d’égout (Rattus norvegicus). Elle serait due à une mutation génétique. Ce gène serait le VKORC1, qui a muté chez les populations de rongeurs résistants.

Pour info, et pour rester simple, posons que presque tous les gènes des mammifères sont en double, puisqu’une copie provient du père et l’autre de la mère. Quand une seule copie d’un gène a muté on dit qu’il est hétérozygote, quand les deux copies ont muté, on parle de gène homozygote.

Des prélèvements effectués sur des cadavres de rats issus de foyers connus pour être impossibles à dératiser ont montré que plus de la moitié des rongeurs développait un syndrome de résistance par mutation du gène VKORC1, et plus du quart avait une mutation homozygote.

Cette proportion d’individus totalement résistants aux anticoagulants atteste que le phénomène est en expansion, car les gènes homozygotes transmettent à coup sûr la mutation de résistance à la génération suivante.

Publiquement, dans le cadre de sa conférence, Etienne Benoit n’a pas évoqué les raisons de cet état de fait. En voix « off », lors d’une conversation privée, il confirme mon opinion : c’est l’application régulière de petites quantités de rodenticides (noms des poisons destinés aux rats) qui provoque l’immunisation progressive des rongeurs. En clair, la technique très connue de la « dératisation permanente »…

Il se trouve que les foyers de résistance observés font l’objet de traitements ininterrompus depuis des décennies. Or, dans de grosses fermes et des zones industrielles, les populations importantes de rats ont de multiples sources de nourriture et ne consomment pas constamment du poison. Ne serait-ce que parce qu’il est très délicat d’appâter des centaines de rats avec suffisamment de nourriture empoisonnée, ce que les aspects de sécurité des personnes et de l’environnement rendraient d’ailleurs quasi ingérable !

En effet, un surmulot consomme 10% de son poids par jour, soit environ 30g, ce qui revient dire que pour deux, trois ou quatre repas nécessaires à l’absorption de la dose létale de poison, ce sont plusieurs centaines de kilos d’appâts qu’il faudrait appliquer ! Sans compter sur le phénomène de concurrence alimentaire, qui fait que bien des rats préfèreront consommer autre chose que l’appât proposé…

Que retenir de cette étude ? Qu’il faut arrêter avec la dératisation permanente, qui consiste à maintenir des postes d’appâtage tout au long de l’année ! Elle est en fait, en habituant les rats à consommer régulièrement de petites quantités de poison, la cause de leur immunisation progressive…

La technique de l’appâtage préalable avec des appâts sains doit être réhabilitée. Il s’agit de proposer aux rongeurs une nourriture saine, plus appétissante que leurs sources d’alimentation normales. Une fois habitués à celle-ci (et à l’odeur du dératiseur), ils accepteront au premier coup la même alimentation empoisonnée. Et en une seule opération, leur population sera décimée !

Dans l’agro-alimentaire, là où les auditeurs IFS, BRC et ISO y vont de leurs délires en exigeant un poste d’appâtage tous les cinq mètres, il est tout à fait possible d’utiliser ces postes comme détecteurs de présence de rats. Une détection avérée déclenchera une campagne de traitement, et entre deux on aura allégé le fastidieux (et souvent inutile) travail paperassier de traçabilité…

En résumé, pour abandonner la (souvent juteuse) dératisation permanente, il faut repenser la stratégie de lutte antiparasitaire. J’affirme qu’en passant moins de temps inutile à réapprovisionner des postes d’appâtage inefficaces, on peut passer le temps qu’il faut à pratiquer de l’appâtage préalable et des traitements efficients !

Pierre Falgayrac

www;hyform.fr

Publicités

8 réflexions sur “Résistance des rats aux anticoagulants

  1. Auriez-vous un retour d’exprience sur la rgion parisienne o les souris sont difficiles appater et de surcroit dtruire depuis que nous utilisons du raticide liquide avec du chlorophacinone et plus du difnacoum comme au dbut? Pensez vous qu’il y ait l aussi un phnomne de souches rsistantes et qui ne laisse plus appater par la panoplie habituelle des rondotcides, y compris les nouvelles gnrations ptes ?
    Merci par avance

    J'aime

  2. Merci pour votre rponse. Je pense que vous avez raison sur le problme d’appatage. Par contre, je me demande comment votre methode peut-tre applicable dans un hypermarch o il y a des foyers un peu partout. Comment peut-on faire dans une forte concurence alimentaire ? Avez-vous des retours d’expriences? J’apprcie beaucoup votre site et votre blog Cordialement

    J'aime

  3. Bonjour Stphane
    Dans un contexte de forte concurrence alimentaire, la solution la plus efficace n’est pas trs « lgale ».
    Il s’agit soit:
    – D’empoisonner la nourriture saine des rongeurs (possible avec des rodenticides liquides, de la poudre de piste – si vous en trouvez- ou de petites granuls)
    – D’aromatiser l’appt empoisonn avec des parfums et les gots puissants. Par exemple, le Viandox ou le sucre vanill amliorent trs bien l’apptence de blocs hydrofuges ou sachets de gel.
    Ces « recettes » ne sont pas lgales et augmentent le risque d’empoisonnement d’espces non cibles tels que chats, chiens, oiseaux et mme enfants.
    Mais elles sont redoutablement efficaces sur les souris et rats…
    Ceci tant je conseille de suivre 24h un traitement de dsourisation et d’enlever tout matriels et les appts ds que le succs est acquis.
    Cordialement
    Pierre Falgayrac

    J'aime

  4. merci de vos conseils
    je vais les essayer dans une usine agroalimentaire ou les rats et souris ne sont attirs par les appats habituels.

    J'aime

  5. Cela peu paraitre bte au premier abord, mais, en parallle avec les armes chimiques (appts, graines empoisonnes…), entretenir des colonies de chats dans les lieux sensibles pourrait aider lutter contre ces nuisibles. Observant une petite ville portuaire du sud de la France, j’ai remarqu que la prsence de petites colonies de chat (striliss et suivis par une association) dans les diffrents quartiers permettait de limiter la prolifration des rongeurs, rongeurs que l’on aperoit maintenant que rarement ! Une solution pour les petites structures ?

    J'aime

  6. Bonjour
    Merci de votre pertinente contribution (et certainement pas bte!).
    Il est vident qu’une forte population fline peu nourrie par les humains se pose en concurrente directe de celle des surmulots, et il encore plus vident que ces derniers se garderont de s’exposer la prdation.
    Ceci tant, les chats ne peuvent pas exterminer de grandes quantits de rats. Si c’tait le cas, a se saurait et nous n’aurions aucun problme avec les rats!
    La situation que vous voquez indique tout simplement que bien des rats ont migr vers des cieux plus clments pour eux, et donc que le problme a t dplac, mais pas rsolu.
    Cordialement
    Pierre Falgayrac

    J'aime

  7. Bonjour
    Pas de problme, mais veuillez attendre quelques jours, car je vais crire un nouvel article actualis des informations donnes par Etienne Benoit lors de ce mme salon Parasitec.
    Pierre Falgayrac

    J'aime

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s