La lutte contre les nuisibles en Industrie Agroalimentaire (IAA)

OU
COMMENT LA DESINFORMATION INTOXIQUE L’IAA

Il ne s’agit pas d’intoxication
alimentaire, mais cela a un rapport.

La lutte contre les nuisibles (rongeurs,
insectes, oiseaux) en Industrie Agroalimentaire (IAA) est une
exigence des normes internationales régissant les échanges
commerciaux, dont la finalité est ce qui retrouve dans nos
assiettes. Les plus connues de ces normes sont l’AIB, l’IFS, le BRC
et l’IOP.

Des auditeurs vérifient régulièrement si
les IAA satisfont toujours la norme adoptée. La majorité des IAA
sous-traitent les prestations de lutte contre les nuisibles à des
entreprises de dératisation, désinsectisation et désinfection (3D).
Sur le terrain, ce sont les Responsables Qualité (RQ) qui
supervisent/contrôlent la bonne conduite du contrat de lutte contre
les rats, souris, blattes, mites, triboliums, demestres, oiseaux,
etc.

Notre système économique faisant que les
grands travaillent avec les gros, une poignée de ces entreprises de
3D se partage l’essentiel du juteux marché que représentent l’IAA
et la grande distribution, sa principale partenaire.

Oui, mais voilà, très peu de RQ, et encore
moins d’auditeurs, ne sont qualifiés ou suffisamment formés pour
comprendre ce qu’il se passe réellement quand les applicateurs 3D
interviennent dans leur entreprise, ou les tenants et aboutissants
d’un contrat de 3D. La plupart ne comprennent même rien aux
« rapports de sanitation » remis par leur
sous-traitant…

Témoignages de RQ ayant récemment assisté
à une de mes formations:

  •  
    • « Je ne comprends rien au fiches
      que l’on me demande de signer, mais du moment que je les ai, je
      suis tranquille en cas d’audit 
      » (IAA
      « farinière »
      );

    • « J’ai la nette impression qu’on
      se moque de moi puisque je vois régulièrement des souris sur le
      site, alors que les fiches de passage indiquent qu’il n’y en a
      pas
       » (IAA fruits et légumes);

    • « L’auditeur était très content
      de voir la dizaine de postes d’appâtage le long de ce mur. Il a
      immédiatement coché « bon » pour le plan de lutte contre
      les nuisibles, sans rien vérifier d’autre, alors que nous avions
      pourtant des souris en zone de production 
      » (IAA
      laitière
      );

    • « Ça fait douze ans que nous
      avons des mites, mais comme nous avons un contrat, des DEIV et des
      fiches de suivi corrects, les auditeurs nous notent
      bien
       » (IAA produits déshydratés).

C’est assez choquant, d’autant que les
normes évoquées plus haut contiennent une quinzaine d’articles,
dont onze en commun, sur la lutte contre les nuisibles; articles
qui, s’ils sont parfois imprécis, ou au contraire directifs,
N’IMPOSENT RIEN en matière de techniques de lutte.

Leur analyse met en lumière que certaines
pratiques ou usages dans le milieu sont aberrantes, incohérentes,
voire peu honorables.

Je veux parler du discours tenu par de
pourtant « honorables » fournisseurs et prestataires
« 3D » dans leurs plaquettes, magazines professionnels ou
réunions d’information, où l’on lit et entend que les
« exigences de l’IAA et de ses normes internationale obligent
à utiliser certains types de matériel et interdisent tout poison en
zone de production ».

Ce discours bien rodé et relayé par la
majorité du milieu professionnel est ainsi parfois adopté à l’excès
par des IAA elles-mêmes. Je viens de lire un document interne de
bonnes pratiques d’hygiène (BPH) d’un grand nom français de l’IAA
laitière, qui impose le « zéro toxique » en zone de
production et d’emballage à toutes ses usines, s’appuyant sur une
collaboration avec le prestataire 3D.

Et pourtant, jamais au grand jamais les
normes AIB, IFS ou BRC-IOP n’exigent cela…

L’AIB dit:
« 
Aucun appât
toxique ou non-toxique n’est utilisé pour
la
surveillance
à l’intérieur des
bâtiments
 »;

et
l’IFS:
« 
La
contamination du matériel de production et des produits par les
appâts doit être

évitée ».

Le
BRC, quant à lui,
ne dit rien du
tout
à ce sujet.

Sans parler
de l’ISO 22000 qui
ne demande rien d’autre que « la maîtrise des
nuisibles 
», et de l’HACCP, qui est tout ce qu’on
veut mais certainement pas une « norme », comme on le
clame parfois à tort…

Le principal
argument avancé est qu’il faut éliminer tout risque de
contamination de la production, et qu’un rat ou une souris pourrait
peut-être disséminer de l’anticoagulant là où il ne le faudrait
pas…

Je fais le
pari qu’une analyse micro biologique démontrera que même sans
disséminer du poison, le simple passage de rats ou souris (qui ne
se lavent généralement pas les pattes) est vecteur de
contamination.

J’irai même
jusqu’à oser penser qu’une petite colonie de rongeurs, qui ne
risque donc pas d’être empoisonnée, est bien plus dangereuse qu’un
jeune papa rat qui fait les courses pour son épouse et les enfants
restés au terrier. « Courses » empoisonnées qui tueront
toute la famille d’un seul coup, soit dit en passant…

Car c’est
surtout dans cette situation que le risque de dissémination de
« miettes » d’appât existe. Le reste du temps, le rat ne
recrache pas ce qu’il a consommé sur le chemin du retour vers son
terrier ou nid. Tout au plus peut-il laisser un peu de miettes ou
reliefs de repas, comme nous, aux abords immédiats de son lieu de
restauration.

Je passe vite
sur les « appâts placebo », c’est à dire de la nourriture
saine non empoisonnée, prônée par l’AIB et certains qui pratiquent
(mal) la technique dite de l’appâtage préalable. Il s’agit
d’habituer les rats à manger à un endroit, pour un jour les
empoisonner (C’est une excellente méthode, plutôt difficile à
maîtriser).

Que l’appât
soit sain ou toxique, il s’agit toujours d’un « corps
étranger » qui ne doit pas se mélanger à la production. La
distinction toxique/non toxique est dés lors peu
importante.

On voit donc
fleurir chez les fournisseurs 3D des gammes de pièges mécaniques et
nasses de piégeage, tous plus complexes et chers les uns que les
autres. Les pauvres s’équipant avec des plaques de glu.

Le piégeage
mécanique ou à la glu est une aberration. Si une colonie de
rongeurs est en train d’infester les lieux, seule une minorité
d’individus se fera piégée (le plus souvent des jeunes). Et le
reste de la colonie évitera désormais tout ce qui ressemble et
porte l’odeur de ce qui a provoqué les cris de douleur, puis la
mort de compagnons. C’est un comportement des rats observé et connu
depuis longtemps.

Le piégeage
mécanique se justifie seulement dans le cas de rats dits
« explorateurs », souvent solitaires le temps de trouver
un nouveau territoire, ou de vieux rats proches de leur mort
naturelle. Autrement dit, quand le risque est minime pour une
IAA.

Dans le pur
respect de l’esprit et la lettre des normes, j’affirme, preuves à
l’appui, qu’il est possible de faire de la détection pertinente de
présence de rongeurs, puis si besoin, des traitements courts avec
appâts empoisonnés, avec un risque infime, voire nul, de
contamination de la production.

Évidemment,
cela ne se fait pas à coups de visites mensuelles… Tout en ne
demandant pas plus de temps et d’argent qu’un contrat standard, où
quantités de visites sont inutiles.

Passons aux
insecticides. Quand « on » interdit d’appliquer des
insecticides, même filmogènes (les « laques »), alors
qu’on autorise de repeindre certaines surfaces, réalise-t-on qu’il
y a incohérence?

Quand on
interdit de traiter des chemins de câbles en hauteur, alors que
pour appliquer de l’insecticide filmogène il faudrait d’abord les
dépoussiérer, réalise-t-on qu’on laisse perdurer une zone sale, où
se reproduisent sans arrêt mites ou triboliums, bien plus vecteurs
de dissémination de poussières et germes que si on faisait le
nécessaire pour un traitement insecticide raisonné?

Que les
grands responsables des IAA qui interdisent formellement tout
toxique en zone de production m’expliquent comment on peut s’y
prendre pour se débarrasser du tribolium, qui se reproduit sans
cesse depuis cinq ans, sans utiliser un minimum d’insecticide (qui
peut être « bio », d’ailleurs)?

Bon,
j’accorde des circonstance atténuantes à ces grands décisionnaires
que je j’interpelle, car ils sont aussi victimes des
« conseils » et « préconisations » de leurs
sous-traitant. Les normes prévoient d’ailleurs ce rôle de conseil
pour les entreprise extérieures. Or, je suis à jeun d’avoir
constaté que les entreprises de 3D, ou leurs fournisseurs, aient
fait une analyse critique et constructive des articles normatifs
les concernant…

Je n’ai
jamais lu, dans leurs plaquettes, publicités, communiqués et
supports de conférence, de citations d’articles normatifs. Par
contre, désinformations et approximations font flores.

J’ai aussi
l’impression très nette d’une espèce de ronronnement et de routine
prospère avec des pratiques « tape à l’oeil » (50 postes
d’appâtage, dont 40 ne servent à rien et ne sont jamais vraiment
contrôlé et maintenus, DEIV capturant une dizaine de moucherons ou
moustiques/ jour et quasiment jamais de mites, qui sont la cible
principale…), des systèmes informatisés « qui font
joli » (alors qu’il s’agit d’usines à gaz opaques pour les non
initiés)…

Je pourrai
encore citer bien des exemples démontrant que l’IAA et les
entreprises de 3D n’ont pas noué un partenariat constructif (cinq
ans avec toujours autant de tribolium, ce n’est pas normal!), mais
mon propos est plutôt de dénoncer des rumeurs infondées
persistantes et des campagnes de désinformation, qui intoxiquent
littéralement l’IAA.

Pourquoi se
montrer plus royaliste que le roi, quand on est IAA, en empêchant
un service interne ou un sous-traitant d’utiliser de manière
raisonnée et sûre, des appâts empoisonnés ou de
l’insecticide?

J’affirme
qu’il est possible de se débarrasser totalement du tribolium ou de
la mite (je cite ces deux cas car il s’agit de missions récentes),
en mettant en œuvre des mesures et techniques en tout point
conformes aux normes, même la plus contraignante
(l’AIB).

Or, il se
trouve que ces mises en œuvre sont à l’heure actuelle
impossibles, du fait d’une lecture incomplète et d’une très
mauvaise interprétation des textes normatifs, par une autorité
incompétente en matière de lutte contre les nuisibles.

Conclusion
classique , je me répète: Et pendant ce temps-là, les souris
dansent…

Pierre
Falgayrac

http://www.hyform.com