De la compétence des Services d’Hygiène

 Une de mes relations travaillant comme serveuse/vendeuse au rayon fromage et charcuterie d’une prestigieuse enseigne de grande surface de la banlieue parisienne me rapporte les faits suivants. Je précise que cette personne est fiable, qu’elle n’est pas au courant de mon initiative et qu’elle n’a nulle intention de nuire à son employeur et tient à conserver son emploi.

Le rayon est infesté de souris qui, parfois, circulent en plein jour dans les étals réfrigérés de service à la coupe.

Chaque matin, l’équipe de serveuses nettoie plus d’une centaines de crottes réparties dans les vitrines et sous celles-ci.

En suivant, elles jettent des poulets crus, prévus pour la rôtissoire mais entamés par les souris, des fromages de chèvres sérieusement grignotés ou souillés par des déjections, et « tournent du bon côté » les autres fromages « pas trop abimés »… Le personnel du rayon se plaint aussi de l’odeur laissée par les souris (leur urine sent en effet très fort), mais disons qu’avec les odeurs du fromage, « ça le fait ».

Il va sans dire que les services de l’hygiène passent régulièrement, mais aux heures d’ouverture. C’est à dire qu’il y a un bon moment que les employées ont fait le ménage et que tout semble bien propre, et que les souris dorment dans leurs nids. Mais comme les contrôles portent surtout sur la paperasse et les températures des frigos et vitrines, il n’y a ni vu ni connu et les souris dansent, donc (une fois réveillées)…

Voilà de quoi poser une nouvelle fois la question de la compétences des décideurs et services de contrôle, sur un sujet qui n’a jamais été abordé dans leurs parcours qualifiants, mais qui relève néanmoins de leurs prérogatives: La lutte contre les nuisibles.  Et sur ce sujet précis des souris, c’est d’autant plus patent, qu’un simple coup d’œil à l’arrière des vitrines réfrigérées et sous celles-ci permettrait de détecter et sentir leur présence, surtout que si l’on en voit parfois dans la journée, c’est qu’elles abondent!

Nous ne commenterons pas l’attitude de la direction du magasin, qui connaît le problème et ne fait rien, si ce n’est qu’il est difficile d’avoir confiance dans les normes qualitatives ostentatoirement affichées par le magasin.

 Pierre Falgayrac

http://www.hyform.fr

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Contribution à l’enquète du MEDD sur l’utilisation des produits biocides

L’intitulé exact est « Etude: Quelles formations et quelles mesures pour sécuriser l’application professionnelle, la vente et le conseil des produits biocides? »

Ce qui suit est le copié/collé d’un mail envoyé au signataire de la Lettre de Mission.

Bonjour Monsieur Schwoerer

J’ai attentivement pris connaissance de votre lettre de mission, qui m’a été transmise par la Société ALCIMED, dans le cadre de son enquête.

 Je suis en mesure de vous apporter une contribution, sur la base de mes quinze années d’expérience en formation professionnelle sur les thèmes « dératisation, désinsectisation et désinfection », et d’accompagnement en VAE pour l’obtention ou le renouvellement du DAPA.

 Pour information, une requête « formation dératisation » sur Google, Bing, Voilà ou Yahoo vous permettra de constater que mon site et mon blog se présentent plusieurs fois en première page des résultats. Par ailleurs, certains articles de mon blog s’inscrivent tout à fait dans la logique de votre étude.

 Toujours pour information, je joins mon CV, qui vous éclairera sur mes compétences.

 J’en viens enfin aux points soulevés dans la lettre de mission, relativement à la formation des professionnels de la dératisation et désinsectisation.

 1/ Il n’y a pas de filières de formation initiale pour les applicateurs de produits biocides et/ou phytosanitaires dans le cadre de l’hygiène publique (cf NFU 43-500). A ce jour l’essentiel des formations professionnelles continues pour ce public est assuré par les fabricant et/ou revendeurs de produits, s’appuyant sur leur réseau de commerciaux pour recruter des stagiaires. Ce mélange des genres est malsain, quoique puisse s’en défendre les intéressés , arguant d’une « neutralité » du contenu de leurs formations; ce qui ne peut tromper personne, tant les intérêts communs croisés sont évident. En effet, une formation est nécessaire pour le renouvellement du DAPA…

 A l’exemple de la législation imposant une séparation nette entre les garagistes automobiles et les centres de Contrôle Technique Automobiles, il semble raisonnable de séparer les formations 3D des intérêts commerciaux des vendeurs de produits. Il est clair que l’effet pervers de la Directive Biocide est qu’une molécule et/ou un produit fini homologué a coûté cher, et qu’il convient d’en assurer un retour sur investissement. Qui peut croire que les formations proposées par les fabricants et revendeurs restent étrangères à cette logique? 

On peut d’ailleurs noter que la Chambre Syndicale 3D fraie ouvertement avec les formulateurs et revendeurs de produits biocides et phytosanitaires, qui constituent la majorité des intervenants conférenciers lors de ses journées techniques. Quel autre syndicat professionnel réunit dans ses adhérents fournisseurs et clients? Au moins l’esprit de
lobbying est assumé, et on comprend que le domaine de la formation des applicateurs soit relativement opaque, et pose donc problème.
 

Le plus sidérant, est que la NFU 43-500 avalise cet état de fait en prônant la formation des nouveaux applicateurs par le « compagnonnage », c’est à dire par la formation dispensée « sur le terrain » par les collègues plus expérimentés. Que peut bien valoir un tel enseignement, sachant qu’il n’y a jamais eu de formation initiale pour les « enseignants », et que s’il y a des mauvaises manières de faire, elles seront reproduites à l’envi? Je ne suis pas étonné que bien des applicateurs confirmés que j’ai eu en formation aient fait part du besoin « de changer leurs habitudes de travail »… 

Ceci étant, je crains que si l’Etat légifère sur ce sujet en imposant des formations « neutres » dispensées par ses soins dans des lycées agricoles, on retombe de Charibe en Scylla. J’en veux pour preuve la fin de non recevoir qui m’a été présentée par plusieurs Lycées Agricole à qui je proposai d’intégrer un véritable module « dératisation et désinsectisation » dans leur programme de renouvellement/obtention du DAPA. Et je suis à jeun d’avoir trouvé de véritables spécialistes du sujet dans les équipes pédagogiques s’occupant du DAPA… 

Notons aussi une erreur de fond commise par la profession, qui réclame de nouveaux rodenticides, au motif que ceux disponibles aujourd’hui dans le cadre de la Réglementation Biocide sont inefficaces. C’est en fait l’aveu qu’on a mal dératisé pendant des années. Pour des histoires de rentabilité évidentes, on a confondu un travail de trappeur avec
celui de pharmacien, une attitude de semeur/ épandeur avec celle d’un stratège.
 

Quand la presse et les médias s’inquiètent des études scientifiques démontrant qu’insectes ou rongeurs sont immunisés contre des pesticides déversés en trop grande quantité, ne dénoncent-ils pas, de fait, l’incompétence des applicateurs?

J’en veux pour exemple la dernière étude de M. Pascal Delaunay publiée dans le dernier numéro de Nuisibles et Parasites Information sur la punaise des lits. Une méthode mécanique d’éradication, sans biocides, a été présentée. Quels applicateurs la connaissaient ou ont eu accès à cet article? Or, il est scientifiquement acquis que la résistance de la punaise des lits aux biocides classiques est la conséquence de l’épandage (inutile) de trop grandes quantités
d’insecticides!

 2/ Parlons maintenant du DAPA, dont on attend toujours la réforme, et qui est inopérant pour les applicateurs d’entreprises 3D (cf courrier de M. Jacques Dumez, Chef du Service Régional de l’Alimentation à la DRAAF Rhône-Alpes, cité ici dans un précédent article de ce blog, et de CERTIPHYTO, deux certifications totalement inadaptées aux besoins des applicateurs en hygiène publique. Elle relèvent d’ailleurs du Ministère de l’Agriculture, et il ne faut pas s’étonner de leur orientation, donc, très agricole. Pourquoi donc imposer ces certifications au professionnels de l’hygiène publique ? Faut-il citer une nouvelle fois ce bon Lafontaine qui différenciait le rat des champs du rat des villes?  

Dit plus prosaïquement, il s’agit de certifications de type « pharmacien », alors qu’un bon dératiseur/ désinsectiseur doit être un « docteur » recourant le moins possibles aux « médicaments ». Je m’explique. Les populations de rongeurs commensaux sont inféodés à la quantité de nourriture disponible. Ils vivent en société hiérarchique et sur un
territoire qui n’a que faire des limites créées par les hommes. Leur empoisonnement exige une enquête préalable relevant de compétences de « trappeur », et pas de chimiste ou de pharmacien. Cette enquête préalable doit permettre d’évaluer le territoire infesté et donc la quantité de poison à appliquer et, tout aussi important, résoudre la question de la concurrence  alimentaire.

 En effet, quel attrait peut bien avoir pour des rats du blé ensaché depuis des mois dans du plastique, alors que du blé frais est disponible dans le silo infesté, ou de la viande dans les poubelles entreposées sur le trottoir? Je souligne une nouvelle fois que j’ai trop souvent vu des appâts choisis et déposés en dépit du bon sens, surtout de la part des services hygiène communaux. Or bien des applicateurs avaient suivi des formations pour le renouvellement du DAPA… Il y a donc aujourd’hui un véritable problème du contenu des formations proposées par les fabricants/ revendeurs et les Lycées Agricoles, et toujours l’aberration du « compagnonnage » avalisé par la NFU 43-500.

 Que penser d’un futur CERTIBIOCIDE? Que si son contenu reprend la logique du DAPA et de CERTIPHYTO, on va tourner en rond. Un applicateur de biocides devrait savoir en utiliser le moins possible, et pour ce faire il conviendrait qu’il connaisse au mieux les rongeurs et/ou arthropodes cibles. Il serait donc souhaitable que le contenu du référentiel CERTIBIOCIDE fasse la part belle à la biologie des rongeurs et insectes dits nuisibles, plutôt qu’à des notions de
chimie ou des problématiques agricoles.

 Pour résumer:

– Interdire à ceux qui ont intérêt à vendre des produits à dispenser des formations (ce qui inclue aussi le recours à leurs commerciaux pour assurer des formations dans des centres indépendants);

Revoir en profondeur le DAPA et/ou intégrer dans CERTIBIOCIDE des modules conséquents sur la biologie des nuisibles et les techniques de lutte raisonnée;

Inciter l’Education nationale et le Ministère de l’agriculture à inclure dans leurs référentiels la connaissance des nuisibles courants et les moyens de lutte raisonnée.

Etant actuellement en cessation d’activité suite à un accident de la circulation (handicap de 80%), et n’ayant plus de revenus professionnels, je ne peux pas me déplacer sur Paris, mais je reste à votre disposition par mail et téléphone pour poursuivre ou étoffer cette contribution, si bien sûr vous la jugez opportune.

Cordialement

Pierre Falgayrac

http://www.hyform.fr