Utilisation du dioxyde de soufre contre le frelon asiatique

Catherine Grèze (Verts/ALE) a posé cette question au Parlement Européen, le 6 juillet 2012:

« La filière apicole est unanime: le dioxyde de soufre (SO²) est aujourd’hui le seul produit identifié permettant d’anéantir les nids de cet hyménoptère. Cette substance nécessite des règles strictes d’utilisation mais ses effets n’ont pas la rémanence des insecticides. Néanmoins, son utilisation contre le frelon asiatique est aujourd’hui interdite car il ne figure par au registre européen des substances biocides, rendu obligatoire par la directive communautaire 98/8/CE relative à la mise sur le marché des produits biocides. Cette interdiction entraîne l’utilisation de substances beaucoup plus nocives, à l’image de pesticides comme le Protéus (par ailleurs interdit en Allemagne et en Italie) ou encore le Dipter. Ces substances portent de graves préjudices aux colonies d’abeille et mettent en péril les productions de miel. De même,
certaines collectivités engagées dans des objectifs de non utilisation de pesticides ne peuvent plus tenir leurs engagements.

Cette situation semble tout à fait contraire au droit européen, notamment à la directive instaurant un cadre d’action communautaire pour parvenir à une utilisation des pesticides compatible avec le développement durable (2009/128/CE).

1. La Commission compte-t-elle autoriser l’utilisation du dioxyde de soufre dans le cas précis de l’éradication des nids de frelons asiatiques, au vu de la dangerosité des substances alternatives
employées?

2. Dans le cas contraire que propose la Commission comme moyen de substitution?

3. La Commission entend-elle créer un groupe de travail afin de trouver une solution mettant fin à la propagation de cet insecte «nuisible»? »

Nous attendons avec curiosité la réponse du parlement, qui n’est toujours pas tombée. Dans cette attente insoutenable, nous soumettons à nos lecteurs les éléments de réflexion suivants.

Quel dépositaire de l’autorité osera mettre à l’amende un applicateur professionnel qui utiliserait du SO2 pour le débarrasser des frelons asiatiques qui l’empêchent de jouir pleinement de son
jardin ?

A supposer qu’il le fasse, quel préjudice pourra-t-il évoquer, et contre qui ? L’environnement ? Il est préservé par une utilisation ponctuelle et précautionneuse du SO2. Les personnes ? Elles sont débarrassées des frelons.

Qui donc peut avoir à se plaindre de l’utilisation du SO2 contre les frelons asiatiques ? En fait, seule la réglementation européenne, drapée dans son éloignement des réalités de terrain, est
égratignée… Quel drame !

A supposer qu’une autorité compétente décide néanmoins de sévir contre l’utilisation du SO2 par des applicateurs professionnels, comment pourrait-elle s’y prendre ? En les pistant lors de leurs tournées ? En épluchant les factures de fournisseurs ? En examinant le local de stockage ? Mais comme le SO2 n’est pas un biocide, il peut être stocké ailleurs, et son prix modique peut faire oublier la nécessité de le rentrer en comptabilité…

Reste les prélèvements après destruction de nids de frelons. Quand les budgets nécessaires
seront alloués, donc… Autant dire que cette éventualité est à écarter.

Sur le terrain, nous ne voyons vraiment pas ce qui empêche les applicateurs professionnels
d’utiliser le SO2 contre les frelons asiatiques, car de préjudice causé à un tiers il ne peut y avoir.

Non, vraiment, en voulant faire le bien des européens, la Directive Biocide pénalise les applicateurs en hygiène publique, qui consomment infiniment moins de biocides que les agriculteurs, alors qu’elle favorise les puissants chimiquiers, et le frelon asiatique…

Pierre Falgayrac

http://www.hyform.fr