Les rats éprouvent-ils vraiment des regrets ?


L’article publié ici  http://www.nature.com/neuro/journal/vaop/ncurrent/full/nn.3740.html
fait un buzz planétaire. On ne compte plus les reprises, analyses et commentaires sur le Web, y compris par les sites « sérieux ».

Toutes ces lectures sont affligeantes… L’anthropomorphisme qui a présidé à l’expérience et ses conclusions n’est dénoncé par personne, et une bonne publicité est donnée à ce laboratoire et ses chercheurs, ce qui est manifestement l’objectif recherché.

L’anthropomorphisme consiste à prêter des sentiments et comportements humains aux animaux; par exemple, Mickey.

Résumons l’expérience : Les rats de laboratoires (les mêmes qui sont incriminés pour contester la validité de l’expérience du Dr Séralini) sont placés une heure dans un couloir circulaire où s’ouvrent différents tunnels, dans chacun desquels se trouve un type de nourriture différent.

A chaque entrée de tunnel un signal sonore annonce le délai d’attente pour accéder à la nourriture : plus le son est aigu, plus ce délai est long.

Certains rats passent leur chemin devant les tunnels d’où vient un son aigu puis, constatant que des tunnels suivants provient un son encore plus aigu (donc une attente plus longue), ils regardent alors en arrière. Avant d’aller manger la nourriture du tunnel où ils se trouvent, dés qu’elle arrive.

Durant l’expérience, l’activité neuronale des rats est enregistrée par des électrodes implantées dans deux aires cérébrales impliquées, chez les humains, dans l’évaluation des récompenses potentielles lors d’une prise de décision. L’analyse des données révèle que lorsque les rats regardent en arrière, ils se « représentent » l’occasion manquée. Enfin, c’est ce que prétendent les « chercheurs ».

Selon eux, la faculté d’éprouver des regrets pourrait être assez répandue parmi les mammifères et constituerait un avantage adaptatif, en permettant d’optimiser la prise de décision par la réévaluation de comportements passés.

De l’art de faire prendre des vessies pour des lanternes… Tous les mammifères capables d’être
apprivoisés ont des capacités cognitives, c’est-à-dire qu’ils développent des processus mentaux d’apprentissage par l’expérience, caractérisés par des formes de raisonnement et la prise de décisions (dans le genre « le feu ça brûle » et « manger trop loin du terrier est fatiguant et
dangereux »).

La notion de « regret » est typiquement humaine. Nous pouvons certes regretter des actions, mais nous pouvons aussi regretter d’avoir pensé ou dit certaines choses, choses que les rats sont incapables de faire.

Tous nos chiens et chats fonctionnent comme les rats : ils apprennent de leurs expériences malheureuses, mais qualifier celles-ci de « regrets » est abusif et trahit une vision anthropomorphique de l’expérience, qui d’ailleurs ne correspond à rien de ce que pourraient rencontrer des rats sauvages dans la nature. Mais cela permet à des « chercheurs » de se faire un peu de publicité à pas cher.

Ce nouveau buzz sur une expérience biaisée avec des rats de laboratoire (qui seraient infichus de survivre une heure sur un trottoir) démontre une nouvelle fois le manque de culture de notre
civilisation sur les rats (les rats sauvages n’ont vraiment pas grand-chose à voir avec leurs cousins de laboratoire…).

Ces deux sujets sont abordés en détail dans notre premier livre, toujours disponible ici.


Pierre Falgayrac

http://www.hyform.fr

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