À propos de l’étude sur les gerbilles, les rats et la peste

Ces jours-ci, une étude sur les rats et gerbilles fait un buzz mondial.

Elle est ici : http://www.pnas.org/content/early/2015/02/20/1412887112.abstract

En résumé :
L’examen de 7.711 épidémies de pestes documentées entre 1347 et 1353 correspondent à un printemps chaud et un été humide en Asie, 15 ans plus tôt.

Nous avons d’ailleurs droit à un beau dessin :

Blog de hyform : HYFORM, le blog, A propos de l'étude sur les gerbilles, les rats et la peste

Cette étude est une tartufferie creuse comme seul le Web est capable d’en
générer.

Ces chercheurs font fi de ce que d’autres scientifiques bien plus rigoureux ont
publié sur le sujet. Voir notamment http://www.pathexo.fr/documents/articles-bull/T92-5b-1963-PLS11, un article de Florence Audouin-Rouzeau, autrement mieux documenté et argumenté.

Pour faire bref:

1/ La biologie de la gerbille est incompatible avec le milieu urbain, qu’il soit médiéval ou contemporain (les épidémies de peste du moyen âge se sont essentiellement développées dans les villes);

2/ Supposer que les gerbilles aient d’abord contaminé les rats noirs (rattus rattus), qui seulement ensuite auraient contaminés les hommes est grotesque : dans quel biotope les deux rongeurs pouvaient-ils se côtoyer pour échanger leurs puces, qui sont seules porteuses de la bactérie Yersinia pestis ???? Gerbille et rat noir ont des biologies très différentes : l’une est une robuste campagnarde, alors que l’autre est un strict commensal urbain frileux, au centre et au nord de l’Europe et de l’Asie.

Seule l’hypothèse que les chameaux aient fait le « lien » entre les deux rongeurs est évoquée: C’est à dire que les puces de gerbilles auraient d’abord migré sur les chameaux, puis ensuite sur les rats. Or, aucune expérimentation du phénomène n’a été faite… Et pour cause, ce que l’on sait de la migration des puces pesteuses  contredit l’hypothèse « chameaux » : c’est la mort (par peste) de leur hôte principal qui les incitent à chercher un hôte secondaire. Or, il n’est pas connu que des chameaux aient succombé en grand nombre à la peste, là où proliférait le rat noir…

3/ Établir un « temps d’incubation » de 15 ans ne signifie rien. C’est bien moins rapide que la vitesse d’une caravane de la soie ou d’une campagne militaire. Or c’est
forcément au cours des flux migratoires, commerciaux et guerriers que les rats noirs, commensaux, ont proliféré, et la peste avec eux. De l’art de se persuader d’un lien de causalité qui n’a rien d’évident et de logique.

Une forêt de chiffres (densités de gerbilles et de puces) cache ce qui est absent et
essentiel
: comment les puces des gerbilles passent-elles sur les rats?

Cette étude nous fait penser aux recherches obstinées de G. Blanc et M. Baltazard
(1945) tendant à démontrer que les puces et poux de l’homme sont des vecteurs potentiels de la peste : ils n’ont convaincu personne sauf eux-mêmes. Mme Audouin-Rouzeau a d’ailleurs contredit leurs conclusions dans son livre « Les chemins de la peste, le rat, la puce et l’homme » (éditions Texto 2007).

La lecture de ce livre est recommandée pour mieux juger l’étude dont nous
parlons.

Pierre Falgayrac

http://www.hyform.fr

Publicités

À propos de La thèse de Mme Mourier Agnès, « Lutte intégrée contre deux insectes synantrophes Blatel


La thèse de Mme Mourier Agnès, « Lutte intégrée contre deux insectes synantrophes Blatella germanica et Cimex lectularius – apports de l’écologie scientifique pour le conseil à l’officine » est en ligne ici.

Comme d’autres thèses lues récemment sur la lutte contre les rongeurs et arthropodes commensaux, celle-ci est un trop plein de biologie et bio-écologie qui laisse la portion congrue aux techniques pratiques de lutte.

Passons aussi rapidement que l’auteure sur les nuisances réelles des blattes et punaise des lits, qui sont soit potentielles, soit bénignes, pour nous attarder, donc, sur les techniques de lutte.

Pour les blattes, c’est un énuméré de lieux communs théoriques irréalistes (« éliminer les cachettes et toute sources d’humidité, scellage des points d’accès »…) et de désinformations :
Affirmer que « les sprays seuls sont inefficaces » et préconiser l’utilisation de pièges est irresponsable ! Jamais au grand jamais des pièges à glu, même en grandes quantités, ne sont venus à bout d’une infestation.

Par contre, un applicateur qualifié qui travaille en raisonné, selon les méthodes exposées dans notre livre « Le grand guide de lutte raisonnée contre les nuisibles urbains » (éditions Lexitis 2014 – disponible ici ), c’est-à-dire en utilisant conjointement gouttes de gel et pulvérisations parcimonieuses, peut fort bien venir à bout d’une infestation en une intervention, en utilisant très peu d’insecticides et en ne perturbant pas la vie des occupants des lieux.

Quant aux appâts en gel qu’il est recommandé « d’utiliser en première intention », c’est de la désinformation pure. Il est tout à fait possible de traiter un restaurant, par exemple, exclusivement avec du gel, avec un résultat probant : Élimination totale des blattes.

Nous ne voyons pas du tout l’intérêt d’évoquer la poudre de diatomées et l’acide borique, complètement « hasbeen » en matière de désinsectisation et ne comprenons pas la saillie contre les insecticides biologiques, qui « ne sont pas recommandés », car justement ils
ont, forcément, leur utilité dans le cadre d’une lutte globale.

Quant au couplet sur la résistance des blattes et punaises aux insecticides, il trahit des lacunes dans la connaissance du phénomène. Pour faire simple, l’application d’une unique famille d’insecticide provoque l’apparition de souches totalement résistantes en une dizaine d’années.
L’alternance de familles différentes d’insecticides (par exemple néonicotinoïdes et  pyréthrinoïdes) suffit à contrer ce phénomène. C’est aussi simple que cela. L’auteure
évoque bien d’alterner des familles d’insecticides pour les appâts, mais elle ne va pas au bout de son raisonnement avec les « sprays ».

Nous nous demandons si le chapitre (nous avons failli écrire « la chimère ») sur la lutte biologique avec les scutigères, geckos, hérissons, scorpions, guêpes et autres
champignons entomopathogènes doit être pris au sérieux…

Bref, il n’y a rien de solide en matière de lutte intégrée contre les blattes puisqu’une énumération de lieux communs, de désinformations et de chimères ne justifient pas d’avoir
fait une impasse grossière sur l’application raisonnée des insecticides, la seule solution viable et compatible avec un développement durable.

Pour la punaise des lits, nous avons bien entendu droit à un long exposé biologique et un traité médical avant d’aborder les techniques de lutte. Là, nous passons en revue les différents pièges que recense le Web, les chiens détecteurs et les luttes mécaniques que sont le lavage en machine, l’aspirateur, la cryogénie, la vapeur et la chaleur ; avec trois impasses
monumentales qui démontrent que l’auteure ne maitrise pas le sujet.

D’abord, vu la biologie particulière de la punaise des lits, une lampe frontale et une loupe sont nécessaires pour repérer les traces de présence et les lieux de refuges. C’est ce qui permet de n’appliquer le traitement insecticide que là où c’est utile et de ne pas indisposer les occupants des lieux.

Ensuite, il est tout à fait possible de n’utiliser aucun insecticide en faisant le choix de la vapeur. Tuer les punaise vivantes se fait en plus ou moins une seconde et les œufs sont cuits lorsqu’ils virent du gris au jaune.

Et pour finir, l’aspirateur doit être traité à l’insecticide pour tuer les punaises vivantes et les
œufs aspirés (voir notre livre « Le grand guide de lutte raisonnée contre les nuisibles urbains », au chapitre « l’aspirateur, outil complémentaire de désinsectisation »).

Quant à un traitement raisonné avec insecticide, il se réalise avec un insecticide micro encapsulé (pour que les punaises s’empoisonnent mutuellement)), appliqué là où sont repérés
les traces de passage et refuges et, bien sûr, les punaises vivantes. Pour donner une idée de la quantité d’insecticide pulvérisé en raisonné dans une chambre faiblement infesté, le temps
total de pulvérisation est de moins d’une minute.

Un détail qui a son importance : le traitement d’une faible infestation dans une chambre à coucher exige au minimum une heure de travail méticuleux ; nous avons bien écrit « au minimum une heure de travail méticuleux ». Le long exposé sur la biologie de Cimex Lectularius permet de comprendre pourquoi…

Le couplet sur le recours nécessaire aux professionnels pour traiter la punaise est déplorable vu le sujet de la thèse. Il y a de telles disparités chez eux que les recommander « génériquement » est irresponsable : très peu savent traiter la punaise avec zéro insecticide ou en raisonné (avec très peu d’insecticide).

Bref, pour une thèse de doctorat qui s’intitule « Lutte intégrée contre deux insectes synanthropes Blatella germanica et Cimex lectularius », nous avons un bel emballage (beaucoup de texte et de belles photos) avec une étiquette accrocheuse, mais rien de bien intéressant en matière de techniques de lutte, car non seulement rien de nouveau ou de
novateur n’est exposé, mais sont totalement ignorées les techniques de lutte raisonnée.

Rassurons-nous, cela n’a pas empêché Mme Agnés Mourier d’obtenir son doctorat en pharmacie.

Pierre Falgayrac

http://www.hyform.fr