Le rapport d’expertise sur l’accident SNCF de Denguin en juin 2014

Le rapport complet est en ligne ici :

http://www.sncf-reseau.fr/sites/default/files/upload/_Import/pdf/Rapport_d_enquete_Rattrapage_Denguin.pdf

On y lit :

« Constats effectués le samedi 19/07/14 à l’occasion de la visite des installations organisée par l’autorité judiciaire :

– Un relais de signalisation présente un positionnement anormal ;

– La présence de traces d’habitat de rongeurs est constatée ;

– Après ouverture des chemins de câble du centre, il est constaté que plusieurs fils conducteurs sont dénudés partiellement ou présentent une partie isolante attaquée par des rongeurs mettant ainsi à nu ponctuellement la partie conductrice des fils conducteurs concernés (voir annexe 8). Les investigations menées ce jour-là n’ont pas permis de déterminer avec plus de précision quels étaient les fils conducteurs affectés ;

– Plombage du dispositif « borne de maintenance » en place, mais ne présentant pas la marque d’une pince à plomber, ce point mériterait d’être éclairci ;

– De nombreux plombs non coupés jonchent le sol de la guérite ;

– Les essayeurs ont éprouvé des difficultés à ouvrir les ES8 (éléments de sectionnement) en tête de câble ;

– Les règles de l’art en matière de protection contre les rongeurs, lors de la construction de ce centre, n’ont pas été respectées de façon exhaustive (mesures contre les intrusions, calfeutrement, …). »

(…) « A ce stade de l’enquête :

– compte tenu des constats faits et des entretiens qu’elle a pu mener,

– constatant en particulier des traces de rongeurs dans le centre de signalisation et la présence de nombreux fils conducteurs partiellement dénudés,

– et sous réserve des expertises complémentaires à conduire, la Direction des Audits de Sécurité privilégie l’hypothèse d’une réalimentation intempestive du relais de commande à voie libre du sémaphore 23 (S23). Cette

réalimentation serait la conséquence directe d’un contact fortuit entre deux fils conducteurs partiellement dénudés et d’une conjonction de circonstances techniques exceptionnelles (proximité des câbles, présence de courant, mise en contact des conducteurs, par vibrations par exemple, séquence particulière conduisant à une conséquence sur un élément de sécurité).

Les conclusions formelles et définitives de l’enquête appartiennent aux autorités judiciaires.

Néanmoins, à titre de précaution, la Direction des Audits de Sécurité préconise :

  1. de procéder dans un premier temps à la visite des centres de signalisation de cantonnement selon un calendrier hiérarchisé à préciser, en procédant d’une part à la mesure d’isolement global des installations et d’autre part à la vérification visuelle des équipements présents dans les centres, et notamment le bon état des câbles électriques ;
  1. de procéder dans un second temps à la visite complémentaire des autres centres de pleine voie ;
  1. de mener un examen approfondi des normes de conception visant à renforcer encore la prévention contre ce type de risque exceptionnel, à la fois par des spécifications techniques sur les circuits de signalisation (séparation de circuits, durcissement des sections de fils conducteurs, etc…), mais également par la protection contre les rongeurs, d’engager le réexamen des normes d’entretien, en particulier au regard de la protection contre les rongeurs ;
  1. d’engager le réexamen des normes d’entretien, en particulier au regard de la protection contre les rongeurs,
  1. de s’assurer par ailleurs de la bonne appropriation par l’ensemble des acteurs concernés des procédures de protection technique à mettre en œuvre avant toute intervention dans le cadre de la maintenance préventive ou corrective. »

(…) L’annexe 8 présente des photos de fils rongés dans la guérite et l’annexe 9 est le plan de lutte contre les rongeurs adopté par la SNCF. Le voici :

LUTTE CONTRE LES RONGEURS

Il arrive parfois que des rongeurs pénètrent dans nos installations et rongent des câbles sans que la sécurité soit pour autant engagée (sauf conjonction exceptionnelle type Denguin).

D’autres réseaux et d’autres industries connaissent ce genre de problème.

Des mesures existent : des dispositions précises sont reprises dans des instructions techniques IN 0494 et dans les instructions de conception DES 184 et de travaux IN 7157.

Des études sont également conduites par la SNCF, parfois en collaboration (Muséum d’Histoire Naturelle), visant à améliorer la protection de nos installations.

Ces règles se fondent sur 2 principes

–       Des mesures de Conception ;

–       Des mesures de Surveillance et de Maintenance.

Les câbles

Chaque câble est techniquement spécifié pour un usage précis. De manière générale et depuis les années 90 les câbles sont blindées. Les câbles de ligne mis en œuvre dans les installations sont équipés d’une enveloppe métallique. Ces principes étendus à certains câbles locaux en 1989, permettent d’obtenir une protection efficace. Des mesures de renforcement ont été décidées en 2008.

(Suit un tableau des caractéristique des câbles)

Mesures de prévention et de conception

Les règles ci-après sont à appliquer lors de l’établissement ou de la modification des installations électriques, de manière à interdire la pénétration des rongeurs dans les postes et centres d’appareillages.

–       Placer les câbles en tranchées chaque fois que cela est possible,

–       Obturer les extrémités des caniveaux débouchant dans les centres d’appareillage par un bouchon de laine de verre maintenu par un tampon de plâtre ou de ciment maigre,

–       Combler les soubassements de guérite ou d’armoire avec du gravier,

–       Réaliser les entrées de câblage au moyen de fourreaux, ceux-ci étant ensuite obturés,

–       Éviter la multiplication des entrées de câbles,

–       Soigner l’étanchéité de ces centres,

–       Munir les bouches de ventilation, justifiées par des conditions réglementaires ou de salubrité (fort taux d’humidité), d’un fort grillage à mailles fines en inox ou traité contre l’oxydation,

–       Condamner les bouches de ventilations ainsi que les passages divers dans les centres d’appareillage, etc. qui ne seraient pas utiles,

–       Obturer les entrées de câbles et de conducteurs isolés dans les appareils. Cette précaution est particulièrement importante sur les installations où les rongeurs peuvent provoquer des incidents graves (coincement d’un moteur d’aiguille, ou d’un moteur de barrière de PN à SAL, etc.),

–       Établir les câblages intérieurs en torons ou ouvrir les goulottes après avoir immobilisé les conducteurs lorsque la situation le justifie,

–       Vérifier l’obturation des platines.

Si, malgré toutes les précautions prises, on constate la présence de rongeurs, il convient

–  De rechercher rapidement et très attentivement toutes les possibilités de pénétrations par les canalisations, les gaines, les caniveaux, etc. et de réaliser les obturations nécessaires au plus tôt,

– De recourir à la dératisation éventuellement,

–  D’ouvrir les goulottes en prenant soin d’immobiliser les conducteurs si l’installation en est dotée et si l’ouverture n’a pas déjà été réalisée.

Les études

– Études sur le comportement de l’animal

– Généralisation dans la mesure du possible de câbles renforcés

– Isolants de câbles et fils répulsifs ou renforcés

– Barrières techniques ou barrières électriques

Par ailleurs, a SNCF déclare dans un communiqué à propos de ce rapport (http://www.sncf-reseau.fr/fr/publication-du-rapport-sur-la-collision-de-denguin) :

« Il s’agit d’une conjonction technique très exceptionnelle et sans précédent connu sur ce type d’équipement.

Elle comporte le cumul de trois événements : l’action de rongeurs sur les gaines d’isolement des câbles, malgré le dispositif de précaution existant ; le fait que les deux fils détériorés étaient situés à l’extrémité de la chaîne électrique commandant le signal ; enfin une séquence défavorable provoquant la mise en contact de deux fils électriques, comme des vibrations ou encore la mise en tension des circuits voisins. »

Ces préalables étant posés, voici ma contribution à l’analyse de cet accident et à l’amélioration du plan de lutte contre les rongeurs de la SNCF

Le problème posé est simple :

   –  Des rongeurs sont à l’origine du dysfonctionnement électrique du signal qui a trompé un chauffeur de train ;

   –  Le dispositif de protection (un appât empoisonné) n’a pas fonctionné.

Le rapport d’expertise n’analyse pas pourquoi des rongeurs se trouvaient là. Quantités de guérites qui présentent les mêmes défauts d’étanchéité et de circuits non séparés n’ont pas connu de dysfonctionnements, bien que la présence de rongeurs soit avérée dans certaines. Il tombe donc sous le sens que la question de la raison de la présence des rongeurs dans les guérites mérite d’être posé. Elle en entraîne une autre : Pourquoi les rongeurs s’attaquent-ils aux gaines des câbles électriques ?

En conséquence, l’identification des rongeurs incriminés est fondamentale, car c’est la connaissance de leur biologie qui permettra de répondre à ces questions. Notons qu’à aucun moment il n’a été précisé qu’il s’agissait peut-être de souris et que le Web a fait le buzz autour des rats.

Les photos publiés sur le Web montrent par le type de nidification et la taille des crottes, qu’il s’agissait plutôt de souris que de rats. (photos journal Sud-ouest) 

Pourquoi est-ce important de le préciser ? Parce qu’on ne lutte pas de la même façon contre des rongeurs qui ont des comportements différents.

L’environnement de la guérite semble plus favorable au rat surmulot qu’à la souris, qui vit généralement à l’intérieur des bâtiments ; mais nous sommes en été dans le sud du pays, où elle peut donc vivre à l’extérieur.

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Le rat surmulot n’aurait pu être attiré par la guérite que s’il y avait à manger à proximité, mais comme il préfère creuser un terrier au frais plutôt que faire un nid de chiffons et papiers au chaud, il y a fort peu de chances, voire quasi-impossibilité, qu’il soit attiré par la guérite (sauf éventuellement par l’appât empoisonné, mais c’est un autre sujet que nous aborderons plus loin).

Revenons aux souris, qui ont besoin chacune d’environ 2,5 grammes de nourriture par jour (10% de leur poids). Il est évident qu’elles les trouvent dans l’environnement végétal, mais pour s’abriter des prédateurs et des températures plus fraiches de la nuit, la guérite est idéale, surtout qu’elles y rentrent facilement. À supposer que les passages de câbles soient bouchés à « la laine verre ou au plâtre ou au ciment maigre », quelques coups de dents leur auraient frayé un passage vers l’intérieur. En effet, seul l’acier résiste à leurs dents… Les conclusions de l’expertise tirent le drap du côté de l’étanchéité à parfaire dans les guérites, mais les techniques préconisées ne constituent aucunement une barrière dissuasive pour souris et rats !

Seuls certains mastics ayant une composition particulière, vendus par des professionnels de la lutte contre les  nuisibles, peuvent constituer une barrière sûre. À défaut, des tampons de laine d’acier destinés à la vaisselle ou l’ébénisterie feront très bien l’affaire, et pour moins cher !

Et que trouvent les souris en recherche de chaleur dans la guérite ? Un appât rodenticide. À supposer qu’il soit plus appétissant que la nourriture saine de l’extérieur, elles le consomment en plusieurs fois et ne sortent plus à l’extérieur. Le poison anticoagulant (AVK) agit en effet après deux à quatre repas. Entre ces repas, même affaiblies par l’AVK, il leur faut user leurs dents hypsodontes (qui poussent permanence)… Et que trouvent-elles à ronger ? Rien d’autre que les gaines plastique des câbles électriques !

Voilà le fond du problème : Un appât rodenticide ne peut pas constituer un dispositif de protection, puisqu’il « fixe » le rongeur jusqu’à plusieurs jours dans l’installation technique, temps pendant lequel il peut nuire. Il agit donc à l’inverse du but recherché !

Ce qui attire les rongeurs, c’est avant tout la nourriture, ce qui les fixe c’est la possibilité de nicher à proximité : Il s’agit des ressources trophiques. Dans le cas des guérites de la SNCF, ces deux conditions sont réunies lorsqu’une source de nourriture est à proximité (poubelle, déchets…), ou dans la guérite (appât à action lente).

Les biologies du surmulot (Rattus norvegicus) et du rat noir(Rattus rattus) ne sont guère « compatibles » avec les guérites en bord de voie ferrée de la SNCF. L’un, comme déjà dit, préfèrera creuser un terrier à l’extérieur, l’autre pourrait faire un gros nid ressemblant à celui des souris, mais les passages de trains, avec force vibrations et bruits, le dissuaderaient de s’installer.

Plutôt la souris, donc, est susceptible de causer des dégâts aux guérites. Il serait intéressant d’avoir des photos des indices de présence de rongeurs dans d’autres guérites : Les crottes de la taille d’un grain de riz sont celles de souris, des nids de papier, tissus et feuilles sont ceux de souris. De toute façon, ce qui suit est valable qu’il s’agisse de rats noirs ou de souris.

Que faire pour éviter que des rongeurs rongent à nouveau des fils ? Il faut revoir le plan de lutte SNCF contre les rongeurs.

Sans entrer dans les détails, en voici les grandes lignes :

 – Étanchéifier les accès possibles avec des mastics répulsifs « prévus pour » et/ou des tampons de laine d’acier ;

–  Utiliser exclusivement des grilles d’acier à maillage fin (<5mm) ;

–  Utiliser du béton armé pour les soubassements, dés que cela est possible ;

–  Là où le risque rongeur est important, installer des générateurs d’ultrasons à balayage de fréquences (pour éviter les phénomènes d’accoutumance) ;

–  Là où le risque est faible, utiliser des appâts anticoagulants de dernière génération (Brodifacoum, Difethialone) en pâte (ou gel). Étant hydratés, ils attireront plus facilement les rongeurs qu’un bloc hydrofuge, et un à deux repas suffiront pour tuer les rongeurs. 

 – Et placer un morceau de branchage naturel à proximité : Les rongeurs le rongeront de préférence aux gaines de câbles.

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Rien de bien compliqué en somme. Mais je doute que les pontes de la SNCF lisent mon blog ou me prennent au sérieux, vu que je ne suis pas intervenant au Muséum d’Histoire Naturelle.

Au fait, pourquoi les cheminots posent-ils des appâts dans les guérites ? Parce qu’ils ont vu des applicateurs d’entreprises de 3D faire ainsi, à l’époque où la SNCF sous-traitait ce travail.

Là aussi, comme il n’y avait rien de bien compliqué à faire, autant le faire soi-même ont décidé les grands chefs de la SNCF.

Quand je disais, dans un autre article, que le métier se tirait une balle dans le pied, avec des pratiques de poseur de boite et puis s’en va, et des certifications bidon…

Et pendant ce temps-là, comme depuis toujours, les souris dansent. Dans les guérites de la SNCF.

     Pierre Falgayrac

     http://www.hyform.fr

 

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Lobbying et enfumage : La certification CEPA

Bien qu’aucune filière qualification n’ait encore été mise en place, il existe désormais une certification européenne pour les dératiseurs-désinsectiseurs. Il en a été question lors de l’AG 2015 de la CS3D.

Tout commence avec la nouvelle norme européenne EN NF 16-636, qui remplace feue la nationale NFU 43-500 (voir l’article précédent de ce blog).

Pour faire simple, il s’agit d’une norme censée attester le professionnalisme des entreprises de 3D (Dératisation, Désinsectisation, Désinfection) ou PCO (Pest Control Organisation). Elle établit :

–          Une traçabilité totale de la prestation et des produits biocides utilisés ;

–          Des critères de compétences pour les applicateurs, qui ont désormais besoin de formations régulières ;

–          Des outils d’évaluation de la qualité des prestations.

Son objet officiel est de spécifier(nous citons) « les exigences et compétences nécessaires pour les fournisseurs de service en traitement des nuisibles pour la protection humaine mais aussi de leur nourriture et des animaux domestiques » ; et ses mentors espèrent que, « principalement, elle montre à la commission européenne (des biocides) et autres partie prenantes, leur professionnalisme ».

Cette norme a vu le jour grâce au CEPA, fédération européenne de syndicats nationaux de PCO, dont la mission est « d’assurer que le traitement des nuisibles soit reconnu pour son action en faveur de la protection des citoyens européens et de leur environnement contre les risques de santé publique ».

Ces premiers étages ont donc propulsé la fusée « Certification program », consistant en un processus de certification par des organismes certificateurs où se retrouve déjà le nécessiteux Bureau Veritas, qui a certifié un premier PCO, l’entreprise du président de la CS3D, comme par hasard…

Le cycle ce certification sur 3 ans comprend un audit initial d’un jour et un audit de surveillance à 18 mois. La Toolbox (ou « boite à outils ») de la CS3D reprend des items de la NF EN 16-636 et est sensée aider les adhérents à s’y conformer, au cas où ils ne liraient pas la norme qu’il leur faut pourtant acheter…

Qu’est-ce qui est audité ? Comme d’habitude, de la paperasse. Il n’est pas prévu que l’auditeur, qui de toute façon n’a que des compétences « minimales » en dératisation-désinsectisation, vérifie sur le terrain ce que disent les papiers au bureau. On peut donc s’attendre à prochainement voir les cadors du métier devenir « CEPA Certified », sans avoir rien changé de leurs manières de travailler, si ce n’est de remplir de nouveaux formulaires.

Et là, le dispositif de formation mis en place par la norme laisse pantois… Il découle des articles 3.30, et 6.1.2 à 6.1.6 (définition et missions de la « personne techniquement compétente » chargée, entre autres, de la formation des applicateurs) que n’importe quel novice ou incompétent, dés lors qu’il travaille sous l’autorité de cette personne, peut être considéré en formation professionnelle continue. Il s’agit simplement, en déduisons-nous donc, de faire remplir et signer par les concernés la paperasse afférente à la formation (plan de formation, fiche de présence, évaluation…).

Autrement dit, le « compagnonnage » de l’ex NFU 43-500 a été relooké et maquillé en dispositif de formation bidon, car il établit une voie royale aux abus : Du temps de travail rémunérateur pour l’employeur pourrait être considéré comme formation professionnelle !

Il serait étonnant que les négociations de la CS3D avec l’OPCA de branche aillent dans un sens contraire. Il lui sera aisé de démontrer qu’il n’y a pas d’organismes de formation en 3D « crédibles » (certifiés AFNOR NF X50-760, par exemple), et qu’en l’absence d’école de formation initiale, les compétences des vieux grognards du métier sont précieuses pour former les nouveaux professionnels. Oui, mais…

Sachant qu’il est bien plus difficile de désapprendre que d’apprendre, nous assisterons donc encore et comme depuis trente ans, à des copié/collé de pratiques professionnelles qui, rappelons-le, sont responsables de l’apparition de souches de nuisibles résistant aux biocides.

Aussi fort que le dispositif de formation, le tableau des compétences distingue une « personne techniquement responsable » d’un « utilisateur professionnel » sur seulement 5 domaines sur 81 !  L’utilisateur professionnel doit être « sensibilisé » sur deux compétences techniques : Législation ( alors qu’il s’est tapé trois jours de Certiphyto/Certibiocide qui sont axés sur ce sujet …) et gestion de son programme de travail. Les deux autres qui ne le concernent pas relèvent de l’expertise client. Le dernier étant les compétences liées à la formation…Autrement dit, il ne manque vraiment pas grand-chose à un applicateur lambda pour devenir « techniquement responsable »…

Par ailleurs, le contenu des ouvrages, supports de formation et conférences de certains membres du collège formateurs de la CS3D témoignent de l’inculture de l’éthologie du nuisible (persistance de conceptions anthropomorphiques infondées), de l’incompréhension des normes de l’IAA (aucune synthèse et explications techniques) et d’approximations et lacunes désolantes en matière de lutte raisonnée (beaucoup de techniques alternatives et de prévention, rien sur tes techniques d’application raisonnées). J’affirme que des strates d’informations étalées sans aucun esprit de synthèse sont davantage source de confusion dans l’esprit des auditeurs et des formés que de l’information/ formation pratique directement applicable dans l’entreprise.

Bref, rien ne va changer, sauf pour les employeurs, qui vont pouvoir récupérer des fonds de formation « à pas cher », du moins si l’OPCA de branche adoube le dispositif de formation de la norme.

Évidemment, pour se faire certifier il faut des sous pour :

–          Acheter la norme NF EN 16-636 (plus de 90 €…) ;

–         Payer la cotisation d’adhésion à la CS3D (de 560 € à 2.425 € pour la plupart des TPE) ;

–          Régler l’organisme certificateur (965 € + 1.250 €).

L’intérêt de la certification est « l’amélioration de la qualité et de la performance, la mise à jour sur la règlementation, d’être un outil de motivation des équipes, de permettre de s’afficher officiellement comme un professionnel formé et certifié, d’être commercialement compétitif et permet de figurer sur le site Web du CEPA ».

La fusée lancée tourne maintenant en rond sur son orbite d’autosatisfaction, dans un panache de fumée qui envahit les salons professionnels, la presse du métier et le Web. Résumons-là :

–            Le CEPA Certified en France ne s’adresse qu’aux seuls adhérents de la CS3D ;

–            Le président du CEPA est formateur à l’ISTAV, membre de la CS3D, qui assure donc à son organisme des missions de formations prévues par la NF EN 16-636, en plus des certifications Certiphyto/ Certibiocide déjà obligatoires ;

–             Le premier CEPA Certified est le président de la CS3D.

L’esprit de lobbying est si bien assumé que l’écran de fumée de la nouvelle certification européenne  ne trompe personne. Mais il fait quand-même un peu tousser…

Pierre Falgayrac

http://www.hyform.fr

À propos de la norme EN 166-36

Cette norme européenne remplace donc feue la nationale NF 43-500, qui fait en son temps l’objet d’un précédent article de ce blog.

Autant dire d’emblée qu’il n’y a pas de différences fondamentales entre les deux et que les professionnels qui appliquaient déjà la NFU 43-500 n’auront pas trop de mal à passer à l’EN 166-36, car les principaux points qui ont évolué sont très faciles à mettre en œuvre : juste un peu plus de paperasse. Il s’agit en effet de :

–          La formation des techniciens, dont les critères des différents niveaux de compétences sont clairement détaillés, et dont le dispositif de formation est un bijou de maquillage, comme nous le verrons plus loin ;

–          La description d’une méthodologie professionnelle des traitements ;

–          Des « outils » de mesure de la qualité de la prestation fournie.

J’ai eu l’honneur de participer à l’élaboration de cette norme et d’avoir quelques-unes de mes suggestions de modifications retenues ; mais le dépouillement de ces suggestions pour finaliser le document s’est fait en une petite matinée, ce qui était notoirement insuffisant pour tout aborder. De l’art de prendre les contributeurs autres que M. le Président de la CEPA pour des minus habens. Qui doivent néanmoins s’acquitter de 90 € pour acquérir la norme…

En voici quelques extraits choisis pour leur intérêt pratique et, parfois, soulignés et/ou commentés par mes soins, (en italique et entre parenthèses). L’expression « En résumé » en début de phrase indique qu’il s’agit d’un résumé de l’article. Le signe « (…) » indique la suppression  phrases non indispensables à la compréhension.

3        Termes et définitions

3.9 Personne compétente

Gestion des nuisibles personne ayant suivi une formation et qui possède les aptitudes, les connaissances, les compétences pratiques et la responsabilité requises pour fournir des services professionnels de gestion des nuisibles

Note 1 à l’article : Les compétences requises pour chaque fonction sont spécifiées à l’Annexe A.

3.15 Gestion intégrée des nuisibles GIN

Prise en compte attentive de toutes les méthodes de lutte contre les nuisibles disponibles et, par conséquent, intégration des mesures appropriées qui découragent le développement des populations de nuisibles et maintiennent le recours aux pesticides et à d’autres types d’intervention à des niveaux justifiés sur le plan économique, et réduisent ou limitent au maximum les risques pour la santé humaine et l’environnement [SOURCE : FAO]

3.17 Surveillance

Processus consistant à maintenir une surveillance régulière propre à un nuisible sur une période de temps convenue et à conserver un enregistrement systématique des avancées vers un niveau défini ou des écarts par rapport à celui-ci.

3.21 Gestion des nuisibles

Mesures de toutes sortes comprenant l’évaluation des dommages, l’évaluation de l’infestation de nuisibles, l’utilisation de pesticides, la documentation et la prévention.

3.24 Prestataire de services professionnels

Entreprise, structure ou organisme privé(e) ou public(publique) constitué(e) d’une ou de plusieurs personnes possédant des qualifications, certifications ou contrats de licence spécifiques et bénéficiant d’une formation régulière, qui travaille conformément à une norme prescrivant des niveaux requis de connaissance et d’approche de service.

(À ce jour, il n’existe aucune filière de qualification dans les métiers des 3D…)

3.25 Utilisateur professionnel

(…) Personne qui reçoit une formation régulière et/ ou utilise/applique des pesticides au cours de ses activités.

Exemple : Un technicien ou un agent de terrain constituent des exemples d’utilisateurs professionnels.

3.28 prestataire de services

Entreprise, structure ou organisme privé(e) ou public (publique) constitué(e) d’une ou de plusieurs personnes, qui fournit des services (de gestion des nuisibles).

[SOURCE : Basé sur la définition du Guide CEN 15, adapté au domaine de la gestion des nuisibles.]

3.30 Personne techniquement responsable

Personne chargée de garantir la formation et les compétences des utilisateurs professionnels et leur conformité dans le secteur aux protocoles de services définis (incluant l’inspection, l’identification des nuisibles, l’évaluation des risques, la planification des services, l’évaluation des approches de services alternatives, la définition des conditions dans lesquelles les mesures de contrôle sont appliquées et la validation de l’efficacité des services).

(Donc, le « compagnonnage » de la NFU 43-500 perdure sous un habillage plus « honorable »).

4        Approche professionnelle de la gestion des nuisibles

Le prestataire de services professionnels doit :

–       Démontrer qu’il a suivi une procédure conforme à celle présentée à la Figure 1 ;

–       Démontrer que cette procédure est menée par des personnes compétentes remplissant une fonction comme décrit à l’Article 5 et dans l’Annexe A, qui doivent mettre en œuvre leurs connaissances dans leurs recommandations, propositions et pratiques quotidiennes ;

–      Élaborer et présenter un plan de gestion des nuisibles au client, qui tient compte des exigences déclarées, de l’impact et des risques associés à l’environnement propre du client individuel et qui englobe les procédures de prévention et/ou de contrôle nécessaires pour obtenir des conditions sanitaires et environnementales adéquates permettant d’éviter la prolifération de toute infestation ;

–       Mettre en œuvre, avec le client, les procédures de contrôle convenues et être en mesure de fournir des dossiers détaillés et des preuves de compétence de chaque étape réalisée dans le cadre de ces procédures de contrôle ;

–       Fournir un rapport sur le service exécuté et évaluer dans quelle mesure les objectifs identifiés dans le plan de gestion des nuisibles ont été atteints, ainsi que les recommandations d’actions à mener par le client pour assurer le maintien d’un environnement salubre après la fourniture du service.

5        Organigramme de service professionnel

5.1 Contact avec le client

En résumé, le professionnel doit établir un document indiquant les tenants et aboutissants de sa prestation. Reprendre la « fiche d’intervention » conforme à la NFU 43-500 et y ajouter les items déduits de ce qui suit.

5.2 Inspecter/évaluer le site

(…) L’évaluation doit fournir un diagnostic de la situation comme demandé par le client et doit comprendre :

o    La détection et l’identification des espèces de nuisibles ;

o    Une évaluation de l’ampleur de l’infestation et de la répartition des nuisibles ;

o    Une évaluation des facteurs contributifs locaux susceptibles de favoriser leur prolifération ultérieure ;

o    L’identification des mesures qu’il est nécessaire d’entreprendre pour atténuer les risques de prolifération de la contamination, d’infestation ou de réinfestation ultérieures ;

o    Une revue et une évaluation de l’efficacité des inspections, traitements et interventions antérieurs.

5.3        Évaluer l’infestation, identifier les nuisibles et réaliser une analyse des causes profondes

(…) L’évaluation doit fournir un diagnostic de la situation et doit au moins comprendre :

o    La détection et l’identification de toute espèce nuisible ainsi qu’une évaluation de l’ampleur et de la répartition de leur présence ;

o    L’identification du risque ou de la présence d’espèces/organismes nuisibles ;

o    Une évaluation des facteurs contributifs locaux susceptibles de favoriser leur prolifération ultérieure ;

o    L’identification des mesures préventives, y compris des actions correctives du client, nécessaires pour atténuer les risques d’infestation ultérieure ; en ce qui concerne les recommandations, une distinction doit être faite selon que le client est responsable de la réalisation d’une action corrective ou de la modification des pratiques locales ;

o    Une revue et une évaluation de l’efficacité des inspections, traitements et interventions antérieurs. Les situations dans lesquelles le client n’est pas parvenu à appliquer des recommandations antérieures considérées comme faisant partie de leur domaine de responsabilité doivent être particulièrement signalées et enregistrées, de même que l’impact potentiel sur le maintien de l’infestation actuelle.

5.4        Évaluation des risques pour le client et pour le site

(…) Lors du choix de stratégies de traitement alternatives (voir (6) de l’Annexe A), la société ou l’organisme chargé(e) de la gestion des nuisibles doit tenir compte :

o    De toutes les implications découlant des exigences liées à la nature et à la structure des locaux, à l’environnement et à l’emplacement, aux activités effectuées sur le site ;

o    De l’attitude du client vis-à-vis du risque (c’est-à-dire la nature des organismes nuisibles, la probabilité de présence et/ou de prolifération et une évaluation réaliste des conséquences potentielles qu’aurait cette présence sur le client) ;

o    De l’impact potentiel de l’intervention sur l’environnement et les espèces non cibles.

5.6       Définir un plan de gestion des nuisibles

(…) Les scénarios potentiels pourraient comprendre les éléments suivants :

  1. a) Pendant l’évaluation du site, aucune présence de nuisibles n’a été observée et l’environnement interne était correct (c’est-à-dire que les conditions ne sont pas favorables à la prolifération de nuisibles). Une vigilance périodique doit être poursuivie afin de maintenir les résultats du diagnostic ;
  2. b) Pendant l’évaluation du site, aucune présence de nuisibles n’a été observée, mais l’environnement interne ou l’environnement externe local est tel qu’il pourrait potentiellement faciliter le développement d’une infestation. Le prestataire de services professionnels doit tenir compte des éléments suivants et donner des conseils à cet égard :

1)   Les méthodes relatives à la structure et à la construction ;

2)   Les conditions d’hygiène/sanitaires et l’environnement actuels ;

3)   Les actions destinées à former le client et à enrichir son comportement ou ses pratiques ;

4)   Les méthodes de contrôle direct appliquées sur les nuisibles dans l’environnement externe immédiat.

  1. c) Pendant l’évaluation du site, la présence de nuisibles a été observée. Les opérations indiquées au point b ci-dessus doivent être réalisées, ainsi que des méthodes de contrôle direct sur les nuisibles à l’intérieur du site.

Lors de la définition des méthodes de contrôle appropriées, les principes de gestion intégrée des nuisibles doivent être suivis et tenir compte des stratégies suivantes ou des combinaisons de celles-ci, selon le cas, pour chaque espèce de nuisible identifiée :

o    Modification de l’habitat ;

o    Contrôle biologique ;

o    Contrôle physique ;

o    Contrôle chimique.

Lors de la sélection des méthodes de contrôle, les paramètres suivants doivent être pris en compte :

o    Risque pour l’environnement local ;

o    Potentiel de contamination des milieux environnementaux (par exemple sol agricole ou eaux de surface) ;

o    Potentiel d’empoisonnement primaire et secondaire d’animaux non cibles

5.7        Proposition formelle au client

(..) Elle doit comprendre, selon le cas, les éléments suivants :

  1. a) Le risque d’infestation sur le site (existence et probabilité d’accès) ;
  2. b) L’identification des espèces d’arthropodes, de rongeurs et d’autres vertébrés ayant été détectés dans le cadre de l’enquête ainsi que des informations sur ces dernières ;
  3. c) L’origine potentielle des espèces identifiées et leur emplacement dans le site ;
  4. d) L’évaluation du niveau de contamination/d’infestation des nuisibles et de l’ampleur de leur répartition sur le site du client ;
  5. e) Des conseils au client sur les risques potentiels associés à la présence de l’infestation ;
  6. f) Les facteurs qui influencent l’accès ou la prolifération des nuisibles incluant les conditions, les structures, l’hygiène sanitaire, les pratiques de travail du site local ; ceci garantit que des informations correctes sont fournies au propriétaire du site ;
  7. g) Une description de la stratégie de contrôle proposée et des détails sur les méthodes d’intervention, incluant, si nécessaire, des étapes supplémentaires pour restaurer des conditions salubres sur le site ;
  8. h) Une description de la stratégie de prévention proposée, avec des détails sur les méthodes et la responsabilité du client pour le suivi des tâches respectives en fonction des recommandations du prestataire de services ;
  9. i) Une évaluation de la nécessité de recourir à une aide extérieure (par exemple : nécessité pour les services municipaux d’accéder à un égout externe) ;
  10. j) Une évaluation des risques portant sur les implications de la stratégie de traitement et son mode de déploiement ;
  11. k) Les autres informations présentant un intérêt technique et pertinentes pour la spécification de la situation à ce stade, pour déterminer les mesures correctives environnementales urgentes, les opérations de contrôle technique de référence pour les actions futures, y compris les actions préventives à mener par le client ou le prestataire de services ;
  12. l) Un devis à faire signer par le client indiquant qu’il l’accepte et approuve la proposition.

(Un tableau Excel dérivé le la fiche NFU 43-500 fera donc l’affaire, j’y travaille)

5.8        Fournir le service convenu

En résumé, confirmer le contenu de la proposition formelle ci-dessus.

5.9        Gérer le site des déchets

En résumé, gérer les emballages vides (selon indications des étiquettes) et si besoin les cadavres d’animaux et leurs déjections. Voir le contenu de Certiphyto/ Certibiocide.

5.10 Enregistrement formel, rapport du service et recommandation au client

5.10.1 Enregistrement interne

En résumé, c’est le double de la proposition formelle.

5.10.2 Rapport du service et recommandation

(…) Le rapport doit comprendre les informations suivantes, sans toutefois s’y limiter :

o    Identification du prestataire de services ;

o    Nom et adresse du client ;

o    Confirmation de la fourniture du service convenu et élaboration de rapports sur les écarts éventuels ;

o    Date, heure et type de service fourni, incluant un enregistrement des produits utilisés et du domaine d’application ;

o    Toutes les recommandations d’actions à entreprendre par le client pour empêcher toute récidive ;

o    Période d’attente avant de pouvoir rentrer à nouveau dans la zone traitée, le cas échéant.

Donc, toujours dérivé de la proposition formelle.

5.11 Confirmer l’efficacité du service

En résumé, tout est dans le titre : la signature du client sur le document initial complété vaut « bon ».

5.12 Surveillance

(…) Le prestataire de services professionnels doit enregistrer le résultat de chaque visite, et lorsque des preuves d’activité de nuisibles sont découvertes, il doit proposer des interventions appropriées conformément à l’organigramme de services professionnels.

6        Compétences et exigences

6.1        Compétences

6.1.1 En résumé : Lecture, écriture, calcul, compréhension des étiquettes et de la demande du client. L’Annexe A décrit les compétences nécessaires pour chaque fonction.

6.1.2 (…) Disposer dans son effectif permanent (c’est-à-dire non occasionnel), d’une personne techniquement responsable chargée de superviser l’acquisition et le maintien des connaissances pratiques et théoriques ainsi que des compétences techniques nécessaires à la réalisation des activités de contrôle des nuisibles au sein de l’entreprise et à leur vérification.

6.1.3       (…) Garantir que les activités de formation et l’expérience professionnelle sont documentées et mises à jour en continu (…). Ce document doit être disponible sur demande.

6.1.4       Avant de démarrer la fourniture de tout service dans son secteur, le personnel doit participer à des cours de formation et de qualification spécifiques incluant une évaluation finale formelle destinée à vérifier leur compréhension et s’ils ont obtenu les niveaux de compétence décrits à l’Annexe A.

6.1.5       (…) Un journal de formation doit être tenu à jour pour indiquer que la formation a été réalisée, ainsi que les résultats de l’évaluation des compétences. L’enregistrement doit être conservé dans les dossiers de formation du personnel.

6.1.6   (…) Garantir que les personnes en formation pour remplir une fonction définie dans l’Annexe A doivent travailler sur la supervision directe de la personne techniquement responsable ou de la personne compétente désignée.

6.1.7       Le personnel doit connaître l’impact des stratégies disponibles sur les espèces cibles et non cibles.

6.1.8   (…) Garantir que les connaissances et les compétences de son personnel continuent à être pertinentes et actualisées en établissant un système de formation professionnelle continue et de formation destiné à la personne techniquement responsable et à chaque utilisateur professionnel. Cette actualisation des connaissances et des compétences doit s’effectuer lorsqu’elle est jugée nécessaire par la personne techniquement responsable et elle doit être passée en revue au moins tous les trois ans.

6.1.9   Au moins une fois par an, chaque utilisateur professionnel doit démontrer ses compétences professionnelles dans le cadre d’une évaluation réalisée par la personne techniquement responsable ou son mandataire à l’aide d’une combinaison de registres de formation, de visites du site et d’observation personnelle. Cette évaluation doit être formellement enregistrée. Après une insuffisance, la personne techniquement responsable doit être en mesure de démontrer qu’une intervention corrective a été menée et enregistrée dans le dossier personnel de l’utilisateur professionnel ou son journal de formation.

Autrement dit, un novice ou incompétent, dés lors qu’il travaille sous l’autorité de la « personne techniquement responsable » peut être considéré en formation professionnelle continue.

6.2  Gestion de l’équipement

En résumé, gestion technique et traçabilité de l’entretien des véhicules et équipements.

6.3  Fourniture et utilisation de pesticides

En résumé, choisir le biocide qui va bien pour le nuisible et l’environnement, et respecter les consignes des étiquettes – voir le contenu de Certiphyto/ Certibiocide.

6.4  Documentation et consignation

6.4.1 à 6.4.4 En résumé, traçabilité totale de la prestation, avec les documents qui vont bien, plans compris. Concrètement, la proposition formelle au client sera dérivée en plusieurs variantes.

               6.4.5 L’évaluation de l’enquête, si nécessaire, la cause profonde de l’infestation de nuisibles et les propositions/mesures à effectuer par le prestataire de services professionnels ou le client (par exemple, traitement supplémentaire, systèmes de surveillance supplémentaires, amélioration des structures, des procédés, de la manipulation).

6.4.6 En résumé, informer le client (ce que fera très bien la proposition formelle).

6.5 Assurance

En résumé, il faut une RCP.

7 Sous-traitance

En résumé, le sous-traitant doit se conformer à la norme, même s’il n’est pas certifié EN 166-36.

Figure 1

  Le tableau « A1  Compétences requises » s’étale sur 10 pages, il ne sera donc pas reproduit ici.

La « Personne techniquement responsable » doit maîtriser l’ensemble des compétences décrites, « l’utilisateur professionnel » aussi, sauf :

–       Définir le type de client, le problème de nuisible et le risque associé/ l’action prioritaire pour le type de client et les exigences spécifiques de son domaine d’activité (1.1) ;

–       Décrire les exigences clés de la législation/des règlements locaux et européens en matière de sécurité, d’environnement, de protection animale et de bien-être animal concernant les services de gestion des nuisibles proposés (4.4), pour laquelle seule une « sensibilisation » est exigée ;

–       Organiser un programme de travail continu en portant une attention élevée à : la surveillance des activités, la gestion des informations techniques, l’élaboration et à la collecte de données pertinentes et à leur communication et transmission rapides au client ; pour laquelle seule une « sensibilisation » est exigée ;

–       Définir une proposition formelle à l’attention du client (7.14) ;

–       Les compétences liées à la formation (13).

Concrètement, une entreprise satisfaisant déjà à la NFU 43-500 doit présenter des fiches de visites et d’inspection conformes à l’organigramme de service ci-dessus.

Ensuite, il suffit d’indiquer sur les cartes de visites, plaquettes commerciales, devis, contrats et factures : « Application volontaire de l’EN 166-36 ».

Je prépare un kit. N’hésitez pas à me contacter.

Pierre Falgayrac

http://www.hyform.fr

La lutte contre les nuisibles en IAA

(Article initialement écrit en 2009 et révisé en 2016)

OU COMMENT LA DÉSINFORMATION INTOXIQUE L’IAA

Il ne s’agit pas d’intoxication alimentaire, mais cela a un rapport.

La lutte contre les nuisibles (rongeurs, insectes, oiseaux) en Industrie Agroalimentaire (IAA) est une exigence des normes internationales régissant les échanges commerciaux, dont la finalité est ce qui retrouve dans nos assiettes. Les plus connues de ces normes sont l’AIB, l’IFS, le BRC et l’IOP.

Des auditeurs vérifient régulièrement si les IAA satisfont toujours la norme adoptée. La majorité des IAA sous-traitent les prestations de lutte contre les nuisibles à des entreprises de dératisation, désinsectisation et désinfection (3D). Sur le terrain, ce sont les Responsables Qualité (RQ) qui supervisent/contrôlent la bonne conduite du contrat de lutte contre les rats, souris, blattes, mites, triboliums, demestres, oiseaux, etc.

Notre système économique faisant que les grands travaillent avec les gros, une poignée de ces entreprises de 3D se partage l’essentiel du juteux marché que représentent l’IAA et la grande distribution, sa principale partenaire.

Oui, mais voilà, très peu de RQ, et encore moins d’auditeurs, ne sont qualifiés ou suffisamment formés pour comprendre ce qu’il se passe réellement quand les applicateurs 3D interviennent dans leur entreprise, ou les tenants et aboutissants d’un contrat de 3D. La plupart ne comprennent même rien aux « rapports de sanitation » remis par leur sous-traitant…

Témoignages de RQ ayant récemment assisté à une de mes formations

    • « Je ne comprends rien au fiches que l’on me demande de signer, mais du moment que je les ai, je suis tranquille en cas d’audit » (IAA « farinière »);

    • « J’ai la nette impression qu’on se moque de moi puisque je vois régulièrement des souris sur le site, alors que les fiches de passage indiquent qu’il n’y en a pas » (IAA fruits et légumes);

    • « L’auditeur était très content de voir la dizaine de postes d’appâtage le long de ce mur. Il a immédiatement coché « bon » pour le plan de lutte contre les nuisibles, sans rien vérifier d’autre, alors que nous avions pourtant des souris en zone de production » (IAA laitière);

    • « Ça fait douze ans que nous avons des mites, mais comme nous avons un contrat, des DEIV et des fiches de suivi corrects, les auditeurs nous notent bien » (IAA produits déshydratés).

C’est assez choquant, d’autant que les normes évoquées plus haut contiennent une quinzaine d’articles, dont onze en commun, sur la lutte contre les nuisibles; articles qui, s’ils sont parfois imprécis, ou au contraire directifs, N’IMPOSENT RIEN en matière de techniques de lutte.

Leur analyse met en lumière que certaines pratiques ou usages dans le milieu sont aberrantes, incohérentes, voire peu honorables.

Je veux parler du discours tenu par de pourtant « honorables » fournisseurs et prestataires « 3D » dans leurs plaquettes, magazines professionnels ou réunions d’information, où l’on lit et entend que les « exigences de l’IAA et de ses normes internationale obligent à utiliser certains types de matériel et interdisent tout poison en zone de production ».

Ce discours bien rodé et relayé par la majorité du milieu professionnel est ainsi parfois adopté à l’excès par des IAA elles-mêmes. Je viens de lire un document interne de bonnes pratiques d’hygiène (BPH) d’un grand nom français de l’IAA laitière, qui impose le « zéro toxique » en zone de production et d’emballage à toutes ses usines, s’appuyant sur une collaboration avec le prestataire 3D.

Et pourtant, jamais au grand jamais les normes AIB, IFS ou BRC-IOP n’exigent cela…

L’AIB dit: « Aucun appât toxique ou non-toxique n’est utilisé pour la surveillance à l’intérieur des bâtiments »;

et l’IFS: « La contamination du matériel de production et des produits par les appâts doit être évitée ».

Le BRC, quant à lui, ne dit rien du tout à ce sujet.

Sans parler de l’ISO 22000 qui ne demande rien d’autre que « la maîtrise des nuisibles », et de l’HACCP, qui est tout ce qu’on veut mais certainement pas une « norme », comme on le clame parfois à tort…

Le principal argument avancé est qu’il faut éliminer tout risque de contamination de la production, et qu’un rat ou une souris pourrait peut-être disséminer de l’anticoagulant là où il ne le faudrait pas…

Je fais le pari qu’une analyse micro biologique démontrera que même sans disséminer du poison, le simple passage de rats ou souris (qui ne se lavent généralement pas les pattes) est vecteur de contamination.

J’irai même jusqu’à oser penser qu’une petite colonie de rongeurs, qui ne risque donc pas d’être empoisonnée, est bien plus dangereuse qu’un jeune papa rat qui fait les courses pour son épouse et les enfants restés au terrier. « Courses » empoisonnées qui tueront toute la famille d’un seul coup, soit dit en passant…

Car c’est surtout dans cette situation que le risque de dissémination de « miettes » d’appât existe. Le reste du temps, le rat ne recrache pas ce qu’il a consommé sur le chemin du retour vers son terrier ou nid. Tout au plus peut-il laisser un peu de miettes ou reliefs de repas, comme nous, aux abords immédiats de son lieu de restauration.

Je passe vite sur les « appâts placebo », c’est à dire de la nourriture saine non empoisonnée, prônée par l’AIB et certains qui pratiquent (mal) la technique dite de l’appâtage préalable. Il s’agit d’habituer les rats à manger à un endroit, pour un jour les empoisonner (C’est une excellente méthode, plutôt difficile à maîtriser).

Que l’appât soit sain ou toxique, il s’agit toujours d’un « corps étranger » qui ne doit pas se mélanger à la production. La distinction toxique/non toxique est dés lors peu importante.

On voit donc fleurir chez les fournisseurs 3D des gammes de pièges mécaniques et nasses de piégeage, tous plus complexes et chers les uns que les autres. Les pauvres s’équipant avec des plaques de glu.

Le piégeage mécanique ou à la glu est une aberration. Si une colonie de rongeurs est en train d’infester les lieux, seule une minorité d’individus se fera piégée (le plus souvent des jeunes). Et le reste de la colonie évitera désormais tout ce qui ressemble et porte l’odeur de ce qui a provoqué les cris de douleur, puis la mort de compagnons. C’est un comportement des rats observé et connu depuis longtemps.

Le piégeage mécanique se justifie seulement dans le cas de rats dits « explorateurs », souvent solitaires le temps de trouver un nouveau territoire, ou de vieux rats proches de leur mort naturelle. Autrement dit, quand le risque est minime pour une IAA.

Dans le pur respect de l’esprit et la lettre des normes, j’affirme, preuves à l’appui, qu’il est possible de faire de la détection pertinente de présence de rongeurs, puis si besoin, des traitements courts avec appâts empoisonnés, avec un risque infime, voire nul, de contamination de la production.

Évidemment, cela ne se fait pas à coups de visites mensuelles… Tout en ne demandant pas plus de temps et d’argent qu’un contrat standard, où quantités de visites sont inutiles.

Passons aux insecticides. Quand « on » interdit d’appliquer des insecticides, même filmogènes (les « laques »), alors qu’on autorise de repeindre certaines surfaces, réalise-t-on qu’il y a incohérence?

Quand on interdit de traiter des chemins de câbles en hauteur, alors que pour appliquer de l’insecticide filmogène il faudrait d’abord les dépoussiérer, réalise-t-on qu’on laisse perdurer une zone sale, où se reproduisent sans arrêt mites ou triboliums, bien plus vecteurs de dissémination de poussières et germes que si on faisait le nécessaire pour un traitement insecticide raisonné?

Que les grands responsables des IAA qui interdisent formellement tout toxique en zone de production m’expliquent comment on peut s’y prendre pour se débarrasser du tribolium, qui se reproduit sans cesse depuis cinq ans, sans utiliser un minimum d’insecticide (qui peut être « bio », d’ailleurs)?

Bon, j’accorde des circonstance atténuantes à ces grands décisionnaires que je j’interpelle, car ils sont aussi victimes des « conseils » et « préconisations » de leurs sous-traitant. Les normes prévoient d’ailleurs ce rôle de conseil pour les entreprise extérieures. Or, je suis à jeun d’avoir constaté que les entreprises de 3D, ou leurs fournisseurs, aient fait une analyse critique et constructive des articles normatifs les concernant…

Je n’ai jamais lu, dans leurs plaquettes, publicités, communiqués et supports de conférence, de citations d’articles normatifs. Par contre, désinformations et approximations font flores.

J’ai aussi l’impression très nette d’une espèce de ronronnement et de routine prospère avec des pratiques « tape à l’oeil » (50 postes d’appâtage, dont 40 ne servent à rien et ne sont jamais vraiment contrôlé et maintenus, DEIV capturant une dizaine de moucherons ou moustiques/ jour et quasiment jamais de mites, qui sont la cible principale…), des systèmes informatisés « qui font joli » (alors qu’il s’agit d’usines à gaz opaques pour les non initiés)…

Je pourrai encore citer bien des exemples démontrant que l’IAA et les entreprises de 3D n’ont pas noué un partenariat constructif (cinq ans avec toujours autant de tribolium, ce n’est pas normal!), mais mon propos est plutôt de dénoncer des rumeurs infondées persistantes et des campagnes de désinformation, qui intoxiquent littéralement l’IAA.

Pourquoi se montrer plus royaliste que le roi, quand on est IAA, en empêchant un service interne ou un sous-traitant d’utiliser de manière raisonnée et sûre, des appâts empoisonnés ou de l’insecticide?

J’affirme qu’il est possible de se débarrasser totalement du tribolium ou de la mite (je cite ces deux cas car il s’agit de missions récentes), en mettant en œuvre des mesures et techniques en tout point conformes aux normes, même la plus contraignante (l’AIB).

Or, il se trouve que ces mises en œuvre sont à l’heure actuelle impossibles, du fait d’une lecture incomplète et d’une très mauvaise interprétation des textes normatifs, par une autorité incompétente en matière de lutte contre les nuisibles.

Conclusion classique , je me répète: Et pendant ce temps-là, les souris dansent…

Si NPI m’avait contacté pour leur dernier n° hors série consacré justement à la luytte contre les nuisibles en IAA, je leur aurai proposé une analyse synthétique de la petite vingtaine d’articles que les normes ont en commun sur la lutte contre les nuisibles, et une check-list en 13 points de l’expertise préalable à l’établissement d’un plan de lutte, dont voici les grandes lignes :

  • 1/  Prise en compte de l’environnement
  • 2/  Etanchéité des bâtiments
  • 3/  Protection des passages et cheminements de fluides
  • 4/  Dispositifs de protection et de lutte extérieurs
  • 5/  Protocoles d’examen des matières premières arrivantes
  • 6/  Protection des denrées stockées
  • 7/  Dispositifs de surveillance à l’intérieur
  • 8/ Amélioration de l’appétence des appâts placébos
  • 9/ Protocoles de traitements ponctuels
  • 10/ Formalisation du plan de lutte
  • 11/ Documents de traçabilité
  • 12/ Outils de management du plan de lutte

Pierre Falgayrac

http://www.hyform.fr