Lobbying et enfumage : La certification CEPA

Bien qu’aucune filière qualification n’ait encore été mise en place, il existe désormais une certification européenne pour les dératiseurs-désinsectiseurs. Il en a été question lors de l’AG 2015 de la CS3D.

Tout commence avec la nouvelle norme européenne EN NF 16-636, qui remplace feue la nationale NFU 43-500 (voir l’article précédent de ce blog).

Pour faire simple, il s’agit d’une norme censée attester le professionnalisme des entreprises de 3D (Dératisation, Désinsectisation, Désinfection) ou PCO (Pest Control Organisation). Elle établit :

–          Une traçabilité totale de la prestation et des produits biocides utilisés ;

–          Des critères de compétences pour les applicateurs, qui ont désormais besoin de formations régulières ;

–          Des outils d’évaluation de la qualité des prestations.

Son objet officiel est de spécifier(nous citons) « les exigences et compétences nécessaires pour les fournisseurs de service en traitement des nuisibles pour la protection humaine mais aussi de leur nourriture et des animaux domestiques » ; et ses mentors espèrent que, « principalement, elle montre à la commission européenne (des biocides) et autres partie prenantes, leur professionnalisme ».

Cette norme a vu le jour grâce au CEPA, fédération européenne de syndicats nationaux de PCO, dont la mission est « d’assurer que le traitement des nuisibles soit reconnu pour son action en faveur de la protection des citoyens européens et de leur environnement contre les risques de santé publique ».

Ces premiers étages ont donc propulsé la fusée « Certification program », consistant en un processus de certification par des organismes certificateurs où se retrouve déjà le nécessiteux Bureau Veritas, qui a certifié un premier PCO, l’entreprise du président de la CS3D, comme par hasard…

Le cycle ce certification sur 3 ans comprend un audit initial d’un jour et un audit de surveillance à 18 mois. La Toolbox (ou « boite à outils ») de la CS3D reprend des items de la NF EN 16-636 et est sensée aider les adhérents à s’y conformer, au cas où ils ne liraient pas la norme qu’il leur faut pourtant acheter…

Qu’est-ce qui est audité ? Comme d’habitude, de la paperasse. Il n’est pas prévu que l’auditeur, qui de toute façon n’a que des compétences « minimales » en dératisation-désinsectisation, vérifie sur le terrain ce que disent les papiers au bureau. On peut donc s’attendre à prochainement voir les cadors du métier devenir « CEPA Certified », sans avoir rien changé de leurs manières de travailler, si ce n’est de remplir de nouveaux formulaires.

Et là, le dispositif de formation mis en place par la norme laisse pantois… Il découle des articles 3.30, et 6.1.2 à 6.1.6 (définition et missions de la « personne techniquement compétente » chargée, entre autres, de la formation des applicateurs) que n’importe quel novice ou incompétent, dés lors qu’il travaille sous l’autorité de cette personne, peut être considéré en formation professionnelle continue. Il s’agit simplement, en déduisons-nous donc, de faire remplir et signer par les concernés la paperasse afférente à la formation (plan de formation, fiche de présence, évaluation…).

Autrement dit, le « compagnonnage » de l’ex NFU 43-500 a été relooké et maquillé en dispositif de formation bidon, car il établit une voie royale aux abus : Du temps de travail rémunérateur pour l’employeur pourrait être considéré comme formation professionnelle !

Il serait étonnant que les négociations de la CS3D avec l’OPCA de branche aillent dans un sens contraire. Il lui sera aisé de démontrer qu’il n’y a pas d’organismes de formation en 3D « crédibles » (certifiés AFNOR NF X50-760, par exemple), et qu’en l’absence d’école de formation initiale, les compétences des vieux grognards du métier sont précieuses pour former les nouveaux professionnels. Oui, mais…

Sachant qu’il est bien plus difficile de désapprendre que d’apprendre, nous assisterons donc encore et comme depuis trente ans, à des copié/collé de pratiques professionnelles qui, rappelons-le, sont responsables de l’apparition de souches de nuisibles résistant aux biocides.

Aussi fort que le dispositif de formation, le tableau des compétences distingue une « personne techniquement responsable » d’un « utilisateur professionnel » sur seulement 5 domaines sur 81 !  L’utilisateur professionnel doit être « sensibilisé » sur deux compétences techniques : Législation ( alors qu’il s’est tapé trois jours de Certiphyto/Certibiocide qui sont axés sur ce sujet …) et gestion de son programme de travail. Les deux autres qui ne le concernent pas relèvent de l’expertise client. Le dernier étant les compétences liées à la formation…Autrement dit, il ne manque vraiment pas grand-chose à un applicateur lambda pour devenir « techniquement responsable »…

Par ailleurs, le contenu des ouvrages, supports de formation et conférences de certains membres du collège formateurs de la CS3D témoignent de l’inculture de l’éthologie du nuisible (persistance de conceptions anthropomorphiques infondées), de l’incompréhension des normes de l’IAA (aucune synthèse et explications techniques) et d’approximations et lacunes désolantes en matière de lutte raisonnée (beaucoup de techniques alternatives et de prévention, rien sur tes techniques d’application raisonnées). J’affirme que des strates d’informations étalées sans aucun esprit de synthèse sont davantage source de confusion dans l’esprit des auditeurs et des formés que de l’information/ formation pratique directement applicable dans l’entreprise.

Bref, rien ne va changer, sauf pour les employeurs, qui vont pouvoir récupérer des fonds de formation « à pas cher », du moins si l’OPCA de branche adoube le dispositif de formation de la norme.

Évidemment, pour se faire certifier il faut des sous pour :

–          Acheter la norme NF EN 16-636 (plus de 90 €…) ;

–         Payer la cotisation d’adhésion à la CS3D (de 560 € à 2.425 € pour la plupart des TPE) ;

–          Régler l’organisme certificateur (965 € + 1.250 €).

L’intérêt de la certification est « l’amélioration de la qualité et de la performance, la mise à jour sur la règlementation, d’être un outil de motivation des équipes, de permettre de s’afficher officiellement comme un professionnel formé et certifié, d’être commercialement compétitif et permet de figurer sur le site Web du CEPA ».

La fusée lancée tourne maintenant en rond sur son orbite d’autosatisfaction, dans un panache de fumée qui envahit les salons professionnels, la presse du métier et le Web. Résumons-là :

–            Le CEPA Certified en France ne s’adresse qu’aux seuls adhérents de la CS3D ;

–            Le président du CEPA est formateur à l’ISTAV, membre de la CS3D, qui assure donc à son organisme des missions de formations prévues par la NF EN 16-636, en plus des certifications Certiphyto/ Certibiocide déjà obligatoires ;

–             Le premier CEPA Certified est le président de la CS3D.

L’esprit de lobbying est si bien assumé que l’écran de fumée de la nouvelle certification européenne  ne trompe personne. Mais il fait quand-même un peu tousser…

Pierre Falgayrac

http://www.hyform.fr

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