Les rats souffrent-ils lors d’un empoisonnement aux anticoagulants ?

Cette question, et sa réponse, sont en jeu dans le bien-fondé de la pétition de Mme Benchetrit « Stoppez le génocide des rats », qui fait l’objet d’un précédent article de ce blog.

Commençons par préciser que les rats sont bien plus hémophiles que d’autres mammifères et que l’action des anticoagulants sur leur organisme n’est pas la même que sur des chiens ou des humains.

Poursuivons en exposant un trait comportemental des rats bien connu par ceux qui ont à faire avec eux (les dératiseurs, comme ceux qui en élèvent pour l’agrément ou le laboratoire) : une souffrance physique ou « psychologique » est toujours accompagnée de cris, dont l’intensité est liée à celle de la douleur ressentie (de petits gémissements à des cris suraigus).

Ce fait est manifeste lors de brèves luttes entre dominants et dominés (accès refusé à la nourriture, à une femelle en œstrus…), lors d’une capture dans un piège-nasse ou lors d’un pincement sévère, et non mortel, dans une tapette.

De mon expérience de dératiseur, confirmée par les clients que je rencontre lors de mes formations ou lors de salons professionnels, les rats empoisonnés aux anticoagulants (ou AVe) s’affaiblissent progressivement, se déplacent de plus en plus en plus lentement, s’alimentent de moins en moins, mais ne présentent aucun signe de souffrance autre que celui lié à un état de fatigue intense. En tout cas, il n’y a aucun signe de douleur.

Or, voici l’explication scientifique de l’intoxication par le Docteur Romain Lasseur, d’IZIPEST :

« Les Ave après s’être fixés dans le foie inhibent le recyclage de la vitamine K1 nécessaire à la bonne coagulation du sang. Néanmoins, l’individu (mammifère, oiseaux) dispose d’environ 4 jours de stock de vitamine K1 dans l’organisme. L’individu ne recyclant plus la vitamine K1 vit sur son stock pendant 4 jours.

Après 4 jours, la vitamine K1 venant à manquer (les apports extérieurs par la nourriture ne suffisent pas), la coagulation du sang (nécessaire au maintien de son état semi-solide semi-liquide) dysfonctionne, et le sang devient plus liquide et commence à sortir des vaisseaux pour aller remplir la cavité intra-péritonéale. L’organisme devant faire face à cette perte de volume sanguin, il rapatrie le sang périphérique pour soutenir les fonctions vitales (cœur cerveau poumon) et c’est donc au cinquième jour que les muqueuses se décolorent. Ensuite, l’animal ne pouvant plus faire face à cette hémorragie, il se met en veille (coma) avant de succomber.

L’animal meurt alors qu’il est dans le coma. Malgré un état de mal-être de l’animal avant d’entrer dans le coma, il n’y a aucun signe de souffrance de l’animal. »

Il n’est donc pas question d’hématome cérébral et des douleurs et pertes d’équilibre qui l’accompagnent chez les hommes,  puisque le sang descend dans la cavité intrapéritonéale qui entoure les viscères des rats. Que ce phénomène s’étale sur 4 ou 8 jours ne change rien au ressenti des rats.

Quant au coma, il est tout sauf douloureux. Je sais de quoi je parle, les médecins m’y ont plongé 5 jours pour m’éviter de trop souffrir après mon accident de moto.

En résumé, l’empoisonnement aux anticoagulants ne provoque pas de douleurs chez les rats et personne ne peut qualifier de souffrance leur état de fatigue croissant jusqu’au coma et la mort.

Je reprendrai ces éléments dans un prochain article pour Le Supplément Mensuel Technique de la Dépêche Vétérinaire, le magazine à comité de lecture pour lequel j’écris une série d’articles sur la biologie et l’éthologie des murinés.

Pierre Falgayrac

http://www.hyform.fr

 

 

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