Quand la CS3D fait du lobbying politique

Stéphane Bras, porte-parole de la Chambre Syndicale des 3D (Dératisation, désinsectisation, désinfection) est interviewé par J-B Litzer dans le Figaro du 23 février 2018.

Bonjour Stéphane (puisque tu me lis) : et si nous débattions ?

Ainsi donc, il est demandé aux députés de faire voter une loi (une de plus…) portant obligation de contrôles réguliers et de visites des logements par des professionnels (de la Chambre Syndicale, il va sans dire….), puisque seulement 10 à 15% de ces logements disposeraient de contrats d’inspections régulières.

Où comment manipuler le gouvernement pour qu’il augmente la clientèle des entreprises de 3D, via une loi obligeant le recours à leurs services. Sur le modèle des assurances, donc…

On imagine les efforts déployés pour arriver à ce résultat. Qui soulève deux problèmes et une question :

  • Le premier problème, c’est que les professionnels des 3D sont directement responsables de l’apparition de rongeurs et insectes résistants aux biocides, par des techniques d’applications non raisonnées largement pratiquées depuis plus d’une trentaine d’années. Ils sont du coup un peu mal placés pour donner des leçons dans le genre yfoyakataka ;
  • Le second, c’est que les pratiques de prévention et de protection sont les fondements de la norme EN 16636, qui concerne tous les professionnels des 3D : Elles doivent être mises en œuvre avant tout traitement avec des biocides. Puisqu’elles relèvent donc des prérogatives des professionnels, pourquoi demander au gouvernement de pondre un texte obligeant propriétaires et bailleurs sociaux à faire ce travail à leur place ?
  • La question qui se pose alors est : pourquoi ne pas consacrer ces efforts plutôt vers les adhérents de la Chambre Syndicale, pour les former à appliquer concrètement la norme 16636 ? Autrement dit, leur apprendre à mettre en œuvre les techniques de protection et de prévention chez leurs clients, pour éviter un traitement avec biocides.

Lapidairement : pourquoi imposer législativement aux clients de faire ce qui relève normalement des professionnels des 3D ?

De l’art de se faire nommer conseilleur pour ne pas être payeur. Les vieux proverbes ont décidément toujours de l’avenir. Et pourtant…

Je ne révèle rien de secret en évoquant la journée sur le thème « Quel avenir pour les métiers des 3D ?», organisée par la CS 3D le Mardi 31 janvier 2017 à Courbevoie, que j’avais eu l’honneur d’ouvrir (merci Stéphane) avec mon propos sur « L’effet de bulle dans les 3D ». Je concluais en démontrant pourquoi et comment le métier devait changer : en retournant aux « fondamentaux » que sont le proofing et la prévention, avant d’utiliser des techniques d’application raisonnés de biocides. Une nouvelle orientation qui garantirait le maintien du chiffre d’affaire…

J’évoquais aussi la communication qui, à mon sens, devrait être dirigée vers le grand public plutôt que vers les politiques. Mais bon, la CS3D ne se refait pas…

Au fait, les « conseils dans les choix des matériaux », c’est vite vu, pour les rats et souris :

  • Les deux seuls matériaux qu’ils ne parviennent pas à ronger sont le béton et l’acier ;
  • Un souriceau ne passe pas dans une ouverture de 5 mm.

Donc :

  • Systèmes anti-intrusion à clapets (eaux usées) ;
  • Portes et plaques en acier ;
  • Grilles en acier avec des mailles <= 5mm ;
  • Colmatage des trous de passages des fluides (eau, gaz, électricité…) avec de la laine d’acier ;
  • Colmatage des autres interstices et passages potentiels avec du mastic répulsif.

Franchement, travailler les députés au corps pour obliger les clients à faire « ça », alors que les professionnels pourraient (devraient, même) le faire, dans le cadre de leurs contrats…

Le problème des punaises de lits est certes plus complexe, mais je crains qu’une loi imposant un contrôle systématique au départ d’occupants et un « bail de mobilité », outre qu’elle semble très difficilement applicable, présente un gros effet négatif : la stigmatisation des victimes des punaises des lits…

Là encore, l’incompétence de bien des professionnels des 3D est pointée du doigt : un traitement de punaises c’est des heures d’un travail méthodique et méticuleux (avec lampe frontale et loupe, pour repérer les punaises) ou le recours à un chien spécialisé. Ensuite, les techniques d’application raisonnée peuvent être déployées : insecticide microencapsulé pour les fortes infestations, vapeur pour les petites + traitement des meubles fortement infestés en autoclave thermique. Bref, des choses que pratiquent peu de « professionnels ».

Ce que je retire du buzz de ces dernier mois sur les rats parisiens, c’est que la Chambre Syndicale a entretenu la psychose en incriminant :

  • Les incivilités des uns et des autres, qui attirent les rats ;
  • L’Europe, qui complique la vie des dératiseurs en réduisant la toxicité des appâts raticides et en interdisant leur application directement dans les terriers ;
  • Le réchauffement climatique, qui favorise la prolifération des rats.

Qui sont en fait trois faux problèmes :

  • Les incivilités et le nombre des touristes sont stables depuis des années. Par contre, Vigipirate et ses poubelles ridicules, en nombre insuffisant et insuffisamment collectées, jouent un rôle certain pour attirer les rats (ça fait des années que je le dis sur mon blog ou dans la presse) ;
  • Un appât moins toxique doit être consommé en davantage de repas : cela ne change donc rien de fondamental (c’est comme prendre 2 cachets de 500mg au lieu d’un de 1000mg). Par ailleurs, il est possible d’utiliser des sprays de saveurs alimentaires pour « guider » les rats vers les stations d’appâtage ;
  • Le réchauffement climatique n’a rien à voir dans le nombre de naissances des rats : le surmulot vit aussi bien en Alaska que sous les tropiques. Seule la quantité de nourriture disponible conditionne sa prolifération.

Bref, jamais la CS3D n’a évoqué la nécessité pour ses dératiseurs de faire évoluer leurs pratiques professionnelles.

C’est pourtant bien une conclusion que l’on pouvait retirer de l’étude de INRA-VetAgroSup sur le parc des Chanteraines (voir un précédent article de ce blog : https://bloghyform.wordpress.com/2017/11/14/letude-de-linra-vetagrosup-et-de-linstitut-pasteur-sur-les-rats-captures-dans-le-parc-des-chanteraines-hauts-de-seine/) :

  • Tous les rats capturés vivants portaient des traces d’anticoagulants dans leur foie ;
  • La moitié d’entre eux étaient résistants à ces anticoagulants.

La faute aux rats ou aux dératiseurs ?

Pierre Falgayrac

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Sur l’interview de Benoit Pisanu dans Maxiscences du 23/02/18

Maxisciences publie ce jour un interview en vidéo de Benoit Pisanu sur la vidéo virale des rats dans une benne à ordure : http://www.maxisciences.com/rat/interview-les-rats-ont-il-leur-place-en-ville_art40348.html

Les propos de ce chercheur en écologie du Muséum d’Histoire Naturelle révèlent un certaine méconnaissance des rats et des containers à déchets…

Au risque de me répéter (voir le précédent article de ce blog), la présence de jeunes rats dans ce container n’a rien d’étonnant : ils ont été attirés par les odeurs de nourriture qui en émanaient, et sont entrés par le trou de vidange des liquides, qui était dépourvu de son bouchon, et dont le diamètre est celui d’une entrée de terrier.

C’est justement parce qu’il n’y avait pas de « sortie » que les jeunes rats s’y sentaient en sécurité et ont décidé passer leur période de repos sur place, sans savoir qu’ils seraient réveillés par un éboueur quelques heures plus tard. Il faut remercier les ingénieurs qui conçoivent les containers à ordures sans tenir compte du mode de vie des rats…

Ceci étant, oui, M. Pisanu a juste en invoquant « quelque chose qui s’est passé dans leur environnement » et qui les a dirigé vers ce container (travaux probablement). Il y avait plusieurs dizaines de jeunes rats, donc des fratries issues d’une quinzaine de mères. Il s’agissait en conséquence d’un phénomène migratoire classique de jeunes générations forcées à migrer par le fonctionnement social des colonies de rats, basé sur la force physique : les plus forts mangent en premier, peu importe s’il ne reste rien à manger pour les plus faibles.

Par ailleurs, chaque colonie occupe un espace vital le plus réduit possible, afin limiter au maximum les déplacements. Cet espace vital comprend les terriers, les points de nourrissage et d’abreuvement, et les points de rongements (pour user leur dents hypsodontes). Les nouvelles générations, qui n’ont plus de ressources alimentaires dans cet espace vital occupé par leur parents et grands frères et sœurs, sont contraintes de migrer. Le moins loin possible et là où il y a de la nourriture.

Rien à voir donc, avec des « prises de risques », des « pièges non repérés », une quelconque « déroute » ou un « comportement inhabituel »…

Par contre, les propos sur la profusion des éclairages publics et l’activité quasi ininterrompue de citadins, sont intéressants pour expliquer la modification du comportement naturellement nyctalope de certains rats, qui sont désormais actifs le jour. Mais je reste néanmoins dubitatif, car l’activité principale des rats étant l’alimentation, ils s’adaptent à sa disponibilité. Encore une fois, toutes les vidéos de rats tournées depuis des années sur les pelouses et parcs parisiens montrent des rats en train de manger ou rechercher de nourriture, ou en train d’en transporter.

En matière d’étude sur ce sujet, je suggère tout simplement de filmer la nuit : il y a de fortes chances qu’on y voit des rats, toujours en train de manger ou de rechercher de la nourriture. Ceux s’activant le jour seraient donc les plus faibles, écartés des points de nourrissage par les plus forts aux heures « normales » d’activité des murinés.

Autre point : un surmulot adulte pèse 300 g, bien qu’il soit vrai que certains individus approchent les 500g (comme chez tous les mammifères, il y a des individus malingres, médians et costauds/ gros).

Quant au risque sanitaire présenté par le surmulot, à part la leptospirose pour les égoutiers, il est effectivement nul pour les parisiens.

Décidément, le buzz des rats parisien continue. C’est l’occasion de réaliser qu’il y a peu de véritables spécialistes du rat…

Pierre Falgayrac

L’émission « La curiosité… Les rats » de RTL lundi 12 février

Cette émission est écoutable en podcast sur le site de RTL :

http://www.rtl.fr/culture/medias-people/rats-et-chirurgie-esthetique-dans-la-curiosite-7792226580

Marc Giraud, naturaliste bien connu des ondes et de la TV, est interrogé sur les rats.

J’ai très attentivement écouté et « décortiqué » cette émission.

Et plutôt que de l’analyser point par point (comme je l’avais fait pour l’émission de Canal « Rats la poule aux œufs d’or ) je reprends les questions de Thomas Hugue et Sidonie Bonnec et y réponds.

Le lecteur qui aura d’abord écouté l’émission (ou qui l’écoute en même temps qu’il lit cet article) pourra donc se faire une opinion sur le sujet.

 

Sur la vidéo de la benne à ordure pleine de rats : Les rats sont-ils en train de nous envahir ?

Non. Les dizaines de rats de la benne sont des jeunes, qui ont pénétré par le trou d’évacuation des liquides qui avait perdu son bouchon, à la recherche de nourriture puis d’un abri pour dormir. C’est typiquement un phénomène migratoire, probablement dû à des travaux (au moment où la vidéo est tournée, les eaux commençaient à peine à monter. Ce ne sont donc pas les inondations qui sont la cause de leur présence…).

L’espace vital des rats est le plus réduit possible pour éviter les déplacements et donc l’exposition à la prédation. Ce n’est pas compatible avec un comportement de prolifération.

Depuis la nuit des temps, les rats régulent leur population en fonction de la nourriture disponible, et ne prolifèrent jamais. Le cas des îles où les rats on été introduits involontairement en témoignent : les rats n’y prolifèrent pas. Si les rats devaient nous envahir, ils l’auraient fait depuis longtemps et n’auraient pas attendu 2018.

 

Combien y a-t-il de rats par habitant en ville ?

En cœur de ville, là où il y a des égouts anciens, favorables au creusement de terriers, et des poubelles et déchets sur les trottoirs, il y a 1,65 rat / habitant. Il s’agit du surmulot, Rattus norvegicus, de mœurs souterraines, qui a pris la place du rat noir, ou rat des greniers, Rattus rattus, de mœurs arboricoles, lorsque la ville a changé au XIXème siècle. Les greniers abritaient de moins en moins de nourriture et devenaient des débarras, alors que les réseaux d’égouts s’étendaient en même temps que les déchets sur les trottoirs (préfet Eugène Poubelle), ce qui attirait les surmulots.

 

Les rats sont-ils plus nombreux en ville qu’à la campagne ?

Non, pas vraiment. Mais dans les fermes il faut compter en rats par têtes de bétail ou volailles. La campagne et ses fermes abritent les deux rats : le surmulot et le rat noir. Dans tous les cas, ville comme campagne, c’est la quantité de nourriture disponible qui détermine le nombre de rats.

 

En ville, les rats vivent-ils essentiellement dans les égouts ou ont-ils plusieurs sites d’habitation ?

Les reportages récents ont montré des terriers sur les pelouses parisiennes. Preuve que les rats font leur terrier au plus près de la nourriture, car ils craignent de se déplacer (peur instinctives du prédateur). Les égouts leur offrent justement un abri dépourvu de prédateurs, où ils concentrent leurs terriers autour des avaloirs correspondant à des ressources alimentaires en surface. Ils ne sont donc pas uniformément répartis dans le réseau.

Il sont nyctalopes. C’est à dire qu’ils commencent a chercher de la nourriture quand le soleil se couche et vont dormir quand il se lève. Ils ne sont pas lucifuges (ce qui signifie fuir la lumière), puisque des rats affamés sortent en plein jour.

 

Quel est leur taux de reproduction ?

Les femelles sont aptes à la reproduction entre leurs 2ème et 3ème mois. En ville, il est observé 4 portées par an, de + ou – 6 petits. Les rats sauvages vivent un an maximum. Donc, en théorie (ressources illimitées et zéro prédation), un couple de rats pourrait avoir 5.000 descendants par an. Mais dans la pratique, et sur le terrain, les rats régulent leur population en fonction des ressources vitales (alimentation et possibilités de terriers) sur un modèle courant chez les mammifères grégaires :

Les femelles dominantes en chaleur ne se laissent pas couvrir par les mâles et elles écartent les mâles des jeunes femelles en chaleur. Elles peuvent même tuer des petits. Il n’y a donc pas à délirer ou tirer des plans sur la comète avec les taux de reproduction théoriques des rats, puisqu’ils régulent leur population.

 

Les rats sont-ils agressifs ?

Non. Ils sont d’un naturel très craintif et prudent. Pour qu’un rat vous attaque il faut que vous lui fassiez peur ou l’attaquiez. Ce sont des mammifères qui se défendent comme tous les mammifères.

 

A quoi est liée la peur des rats ? Aux maladies ?

Elle est due à l’inculture de notre société en matière de rats. Leur mode de vie nocturne et leur comportement craintif les assimilent à des animaux mystérieux, inquiétants…

Or, ils sont nos commensaux, c’est à dire qu’ils vivent à proximité de nous sans trop nous nuire, depuis toujours. Ils nous connaissent donc mieux que nous, nous les connaissons…

Le rat noir est bien sûr associé à la peste, puisque c’est sa puce qui l’inocule. Nous le savons depuis 1914 et MM. Bacot et Martin. Or, le rat noir a disparu des villes et la puce du surmulot, qui le remplace, ne peut pas transmettre la peste. Mais comme on apprend rien sur les rats à l’école, et que le Web regorge de désinformations, beaucoup continuent à confondre les 2 rats.

Seul les égoutiers sont concernés par la leptospirose, contenue dans les urines des rats.

 

Le rat a-t-il toujours été là, en Europe ?

Il y a des preuves de la présence du surmulot en France dès le IVème siècle, sur le site de Tarquimpol, près de Metz. Il serait originaire du Lac Baïkal et aurait suivi les activités commerçantes et guerrières entre l’Asie et L’Europe. Le rat noir est en Europe du sud depuis toujours.

 

Quelles utilités peuvent avoir les rats ?

Ils font partie du biotope urbain et participent à résorber nos déchets. Le gaspillage alimentaire n’est pas gaspillage pour tout le monde… Un rat consomme l’équivalent de 10% de son poids par jour, donc 9 kg dans sa vie. Les plus ou moins 3,5 millions de rats parisiens consomment donc + ou moins 30.000 tonnes/an, que n’ont pas à manipuler éboueurs et balayeurs.

En outre, dans les égouts, en circulant dans les grilles d’avaloirs, ils évitent qu’elles se colmatent. Mais surtout, en creusant des terriers dans le limon des avaloirs, ils l’affaiblissent et permettent son lessivage lors d’épisodes orageux. Ce qui facilite le travail des égoutiers.

 

Que pensez-vous de la vidéo du rat qui se douche ?

Que c’est un fake. Je  me suis exprimé sur ce sujet sur le site Konbini : https://www.facebook.com/konbinifr/videos/355526468262864/ .

En résumé : gestuelle très humaine impossible à apprendre à un rat.

 

Votre avis sur les expériences avec rats de laboratoire. Ils seraient altruistes ?

Je connais très bien toutes ses expériences et je les commente sur mon blog, dans mon premier bouquin et dans un article publié dans la Dépêche vétérinaire ». Pour faire simple : Les rats de laboratoire n’ont rien à voir avec les rats sauvages. Pour valider ces expériences il faudrait les refaire avec des rats sauvages, et là elles n’auraient aucune chance de réussite. De même, lâcher les rats de ces expériences sur un trottoir au coucher du soleil, c’est les condamner à mort avant le matin.

Toutes les expériences avec des rats de laboratoire sont biaisées parce que les rats sont quasi apprivoisés. Voir les livres de Vinciane Despret « Penser comme un rat » et « Que répondraient les animaux si on leur posait les bonnes questions ? ». C’est comme si on faisait des expériences sur des détenus, pour en tirer des conclusions pour les gens libres d’aller et venir.

 

Quelle est la principale occupation du rat ? Ronger ?

Non, c’est manger : il consomme l’équivalent de 10% de son poids chaque jour, en plusieurs fois, sans faire de gros repas (car il ne peut pas vomir).

Une fois le ventre plein, il cherche quelque chose à ronger pour user ses incisives hypsodontes (à croissance continue). Les deux seuls matériaux qu’il ne peut pas ronger sont l’acier et le béton sec.

Ceci étant, il passe de 60 à 75% de son temps dans son terrier, et n’en sort que pour manger, boire et ronger, le moins loin possible. Les rats ne se déplacent « qu’utile ».

 

Les rats sont-ils solitaires ou vivent-ils en en société ?

Il vivent en colonies hiérarchisées sur le critère de la seule force physique. Les plus forts se reproduisent entre eux et creusent leurs terriers au plus près de la nourriture, pour y accéder en premier. Ce sont les alpha. Les rats de second rang, les bêta, n’accèdent pas aux femelles dominantes et mangent quand les alpha ont fini. Enfin les rats de dernier rang, les oméga, les plus faibles, vieux comme très jeunes, mangent en dernier.

Ces statuts ne sont pas figés. Un jeune commence toujours sa vie en oméga, en grandissant il devient bêta et peut-être un jour alpha. En vieillissant , il redevient bêta puis oméga.

Cette hiérarchie est le moteur de la migration : Quand les besoins en nourriture augmentent avec le sevrage des jeunes, ces derniers quittent le domaine vital des parents et de leurs grands frères et sœurs; c’est pourquoi il n’y avait que de jeunes rats dans la benne à ordure.

Les colonies peuvent compter jusqu’à une centaine d’individus issus d’un même couple. Quand des colonies cohabitent (égouts, gros corps de ferme), il y a peu d’échanges entre elles. Ce qui démontre un nouvelle fois une tendance à la non-prolifération.

Sur les points d’alimentation les dominants alpha n’aiment pas être dérangés quand ils mangent (comme les chiens et les chats). Les dominés bêta sont donc repoussés pendant un temps et mangent plus tard. Pareil avec les oméga. C’est ce qui explique les rats vus en plein jour : toutes les vidéo montrent des rats en train de manger, de transporter de la nourriture ou en recherche d’un repas. Rappelons que les rats ne se déplacent qu’utile !

Les attitudes de hiérarchisation de l’accès à la nourriture se retrouvent chez beaucoup de mammifères grégaires (qui vivent en troupeau, meute, harde…). C’est le cas chez les singes, les loups, les dingos d’Australie…

 

C’est sympa à élever un rat ?

Oui. Ils sont très attachants, câlins et propres… Mais il vivent maxi trois ans en captivité. C’est pour ça que je n‘en ai pas.

 

Il y a des rats enquêteurs pour la police scientifique des Pays-bas. On les utilise comment ?

C’est leur odorat, 1.000 fois plus discriminant que le nôtre, qui est utilisé, après apprivoisement, pour détecter drogue, explosifs, argent… Mais ils ne peuvent être utilisés que dans un endroit auquel ils sont habitués. Il « fonctionneront » moins bien s’ils sont trimballés sans arrêt. A moins qu’un policier en adopte un comme compagnon qui ne le quitte pas…

 

Comment démontrer l’intelligence des rats ?

Il sont des capacités cognitives adaptées  à leur tempérament craintif et commensal. Ils sont foncièrement plus débrouillards que les chiens, qui sont trop domestiqués.

Déjà, il y a les rats de laboratoire des expériences que vous citiez tout à l’heure : ils font exactement ce qui est attendu d’eux.

Il y a aussi Günther Sackmann et son numéro de cirque avec des rats et des ragondins.

Les rats se sont bien adaptés aux changement des horaires de ramassage des poubelles sur les pelouses parisiennes.

Ils traversent certaines rues, en passant sous les voitures à l’arrêt, au rythme des feux rouges. Ils ne voient pas les feux, puisqu’ils sont très myopes et voient en niveaux de gris, mais ils captent le « timing » « bruits et vibrations / moins de bruit et pas de vibrations ».

 

Se méfient-ils de la nourriture ?

Ils sont néophobes et se méfient de tout ce qui est nouveau dans leur environnement. Ils mettent donc plusieurs jours pour goûter un aliment nouveau. Mais je vous vois venir avec cette légende du « rat goûteur » ; elle remonte à l’utilisation de poisons rapides : Les souffrances d’un rat empoisonné par un raticide incitent ses compagnons à lui sentir le museau. Ils établissent alors un lien cognitif entre l’odeur de l’aliment et la souffrance : ils s’éloigneront de tout ce qui a cette odeur. Mais il ne s’agit aucunement d’un goûteur désigné, puisqu’il peut y avoir deux cas de figure :

  • 1/ Il n’y a plus assez de nourriture saine pour tout le monde, c’est donc un dominé qui se résoudra à tromper sa faim avec l’appât du dératiseur ;
  • 2/ Il n’y a plus du tout de nourriture saine. C’est donc un rat dominant qui mangera en premier la seule nourriture disponible : l’appât du dératiseur.

De toute façon les éléments de communication chez les rats, les odeurs (famille, reproduction, peur…), les cris suraigus (mères et petits, bagarres, copulation…) et l’urine (qui marque les abords de des terriers et des points de nourrissage) ne leur permettent pas de développer un langage et des connivences. Ils ne peuvent donc pas désigner un goûteur, un explorateur, une tête de turc…

La Mort au rat c’est long, comme effets ?

Non. Les anticoagulants affaiblissent progressivement les rats, qui ne manifestent pas de signes de douleur. C’est pour ça qu’ils continuent à manger l’appât empoisonné. Ils s’affaiblissent jusqu’au coma et meurent dans leur sommeil. Les anticoagulants respectent donc le bien être de l’animal, contrairement à ce que  pensent des personnes très mal informées.

Sur l’expérience des rats que l’on force à être fumeurs ?

Un cas maltraitance. Ils n’aiment pas la fumée et sont astucieux puisqu’ils colmatent le trou avec leurs excréments…

 

Le nez des rats est utilisé aussi en médecine ?

Oui, pour détecter la tuberculose dans les crachats des malades. Et il sont beaucoup plus performants et rapides que les machines électroniques très chères.

Mais ils sont aussi utilisé pour détecter les mines antipersonnel.

 

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Si vous avez écouté le replay de l’émission de RTL, vous aurez sans doute constaté que Marc Giraud, tout aussi sympathique qu’il soit, n’est pas un spécialiste du rat…

J’imagine qu’il a utilisé une partie de la semaine précédant l’émission a étudier la question « rats », puisqu’il a cité des éléments issus des médias récents, dont mes propos, qu’il a, disons, déformés (ah ! le rongement des grilles d’avaloirs et les 300.000 tonnes de déchets…).

RTL, qui m’avait contacté pour participer à cette émission, a tiqué devant mes frais de déplacement (plus de 700 € pour avion + taxi Perpignan/Orly A/R). Ce que je comprends mal, puisque France 5 comme ARTE les avaient pris en charge…

Bref, en faisant les radins et en la jouant facile avec le naturaliste maison, l’émission « La curiosité… » du lundi 12 février sur les rats est un patchwork d’approximations et de désinformations, qui n’a pas appris grand-chose d’utile aux auditeurs.

Mais l’émission était agréable à écouter. Après tout, si c’est ce qui est recherché…

 

Pierre Falgayrac