Quand la CS3D fait du lobbying politique

Stéphane Bras, porte-parole de la Chambre Syndicale des 3D (Dératisation, désinsectisation, désinfection) est interviewé par J-B Litzer dans le Figaro du 23 février 2018.

Bonjour Stéphane (puisque tu me lis) : et si nous débattions ?

Ainsi donc, il est demandé aux députés de faire voter une loi (une de plus…) portant obligation de contrôles réguliers et de visites des logements par des professionnels (de la Chambre Syndicale, il va sans dire….), puisque seulement 10 à 15% de ces logements disposeraient de contrats d’inspections régulières.

Où comment manipuler le gouvernement pour qu’il augmente la clientèle des entreprises de 3D, via une loi obligeant le recours à leurs services. Sur le modèle des assurances, donc…

On imagine les efforts déployés pour arriver à ce résultat. Qui soulève deux problèmes et une question :

  • Le premier problème, c’est que les professionnels des 3D sont directement responsables de l’apparition de rongeurs et insectes résistants aux biocides, par des techniques d’applications non raisonnées largement pratiquées depuis plus d’une trentaine d’années. Ils sont du coup un peu mal placés pour donner des leçons dans le genre yfoyakataka ;
  • Le second, c’est que les pratiques de prévention et de protection sont les fondements de la norme EN 16636, qui concerne tous les professionnels des 3D : Elles doivent être mises en œuvre avant tout traitement avec des biocides. Puisqu’elles relèvent donc des prérogatives des professionnels, pourquoi demander au gouvernement de pondre un texte obligeant propriétaires et bailleurs sociaux à faire ce travail à leur place ?
  • La question qui se pose alors est : pourquoi ne pas consacrer ces efforts plutôt vers les adhérents de la Chambre Syndicale, pour les former à appliquer concrètement la norme 16636 ? Autrement dit, leur apprendre à mettre en œuvre les techniques de protection et de prévention chez leurs clients, pour éviter un traitement avec biocides.

Lapidairement : pourquoi imposer législativement aux clients de faire ce qui relève normalement des professionnels des 3D ?

De l’art de se faire nommer conseilleur pour ne pas être payeur. Les vieux proverbes ont décidément toujours de l’avenir. Et pourtant…

Je ne révèle rien de secret en évoquant la journée sur le thème « Quel avenir pour les métiers des 3D ?», organisée par la CS 3D le Mardi 31 janvier 2017 à Courbevoie, que j’avais eu l’honneur d’ouvrir (merci Stéphane) avec mon propos sur « L’effet de bulle dans les 3D ». Je concluais en démontrant pourquoi et comment le métier devait changer : en retournant aux « fondamentaux » que sont le proofing et la prévention, avant d’utiliser des techniques d’application raisonnés de biocides. Une nouvelle orientation qui garantirait le maintien du chiffre d’affaire…

J’évoquais aussi la communication qui, à mon sens, devrait être dirigée vers le grand public plutôt que vers les politiques. Mais bon, la CS3D ne se refait pas…

Au fait, les « conseils dans les choix des matériaux », c’est vite vu, pour les rats et souris :

  • Les deux seuls matériaux qu’ils ne parviennent pas à ronger sont le béton et l’acier ;
  • Un souriceau ne passe pas dans une ouverture de 5 mm.

Donc :

  • Systèmes anti-intrusion à clapets (eaux usées) ;
  • Portes et plaques en acier ;
  • Grilles en acier avec des mailles <= 5mm ;
  • Colmatage des trous de passages des fluides (eau, gaz, électricité…) avec de la laine d’acier ;
  • Colmatage des autres interstices et passages potentiels avec du mastic répulsif.

Franchement, travailler les députés au corps pour obliger les clients à faire « ça », alors que les professionnels pourraient (devraient, même) le faire, dans le cadre de leurs contrats…

Le problème des punaises de lits est certes plus complexe, mais je crains qu’une loi imposant un contrôle systématique au départ d’occupants et un « bail de mobilité », outre qu’elle semble très difficilement applicable, présente un gros effet négatif : la stigmatisation des victimes des punaises des lits…

Là encore, l’incompétence de bien des professionnels des 3D est pointée du doigt : un traitement de punaises c’est des heures d’un travail méthodique et méticuleux (avec lampe frontale et loupe, pour repérer les punaises) ou le recours à un chien spécialisé. Ensuite, les techniques d’application raisonnée peuvent être déployées : insecticide microencapsulé pour les fortes infestations, vapeur pour les petites + traitement des meubles fortement infestés en autoclave thermique. Bref, des choses que pratiquent peu de « professionnels ».

Ce que je retire du buzz de ces dernier mois sur les rats parisiens, c’est que la Chambre Syndicale a entretenu la psychose en incriminant :

  • Les incivilités des uns et des autres, qui attirent les rats ;
  • L’Europe, qui complique la vie des dératiseurs en réduisant la toxicité des appâts raticides et en interdisant leur application directement dans les terriers ;
  • Le réchauffement climatique, qui favorise la prolifération des rats.

Qui sont en fait trois faux problèmes :

  • Les incivilités et le nombre des touristes sont stables depuis des années. Par contre, Vigipirate et ses poubelles ridicules, en nombre insuffisant et insuffisamment collectées, jouent un rôle certain pour attirer les rats (ça fait des années que je le dis sur mon blog ou dans la presse) ;
  • Un appât moins toxique doit être consommé en davantage de repas : cela ne change donc rien de fondamental (c’est comme prendre 2 cachets de 500mg au lieu d’un de 1000mg). Par ailleurs, il est possible d’utiliser des sprays de saveurs alimentaires pour « guider » les rats vers les stations d’appâtage ;
  • Le réchauffement climatique n’a rien à voir dans le nombre de naissances des rats : le surmulot vit aussi bien en Alaska que sous les tropiques. Seule la quantité de nourriture disponible conditionne sa prolifération.

Bref, jamais la CS3D n’a évoqué la nécessité pour ses dératiseurs de faire évoluer leurs pratiques professionnelles.

C’est pourtant bien une conclusion que l’on pouvait retirer de l’étude de INRA-VetAgroSup sur le parc des Chanteraines (voir un précédent article de ce blog : https://bloghyform.wordpress.com/2017/11/14/letude-de-linra-vetagrosup-et-de-linstitut-pasteur-sur-les-rats-captures-dans-le-parc-des-chanteraines-hauts-de-seine/) :

  • Tous les rats capturés vivants portaient des traces d’anticoagulants dans leur foie ;
  • La moitié d’entre eux étaient résistants à ces anticoagulants.

La faute aux rats ou aux dératiseurs ?

Pierre Falgayrac

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