Sur l’interdiction d’utilisation des anticoagulants en appâtage permanent

L’évolution de la règlementation française impose désormais aux fabricants d’indiquer sur les étiquettes des rodenticides « NE PAS UTILISER DE RODENTICIDES EN GUISE D’APPÂTS PERMANENTS (par exemple, pour éviter toute infestation de rongeurs ou pour détecter l’activité de rongeurs) » – Etiquette de « Notrax blox Tous Temps » de Lodi Group.

Et la CS3D d’enfoncer le clou lors d’une conférence de presse le 6 juin dernier : https://www.cs3d.info/actualite/6-juin-2019-journee-mondiale-de-la-prevention-des-nuisibles/

D’où il ressort que cette interdiction va « provoquer une prolifération des rats », en conséquence de quoi la CS3D va faire du lobbying auprès du Ministère de la transition Ecologique « afin d’obtenir un alignement de la France sur la position européenne (autorisation de l’appâtage permanent avec bromadiolone et difénacoum) »

Autrement dit, désinformation et hypocrisie. Expliquons.

Premièrement, lors de mes derniers audits pour des IAA ou pour des villes, j’ai constaté une nouvelle fois que tout ce qui est ceinture ou alignements de boites ne sert strictement à rien. A rien !

D’ailleurs, vous qui me lisez, vous savez très bien que sur des dispositifs comptant 300 boites, il y en a 298 dans lesquelles il ne se passe jamais rien ; quant aux deux autres ; il y a seulement des consommations partielles avec des crottes de jeunes rats. Autrement dit, une contribution au phénomène de résistance, dû, rappelons-le, à des prises répétées de doses non létales.

La preuve :

Nous sommes dans une IAA qui fait des aliments pour animaux. Le prestataire 3D est certifié Certibiocide et a suivi une formation en dératisation chez un fournisseur du collège formateurs de la CS3D.

Il y a donc une ceinture de boites d’appâtage avec 3 rodenticides différents (broma, difénacoum et diféthialone).

Une des deux boites il y a consommation partielle (granulés au difénacoum) et des crottes de jeunes rats
Dans le prolongement du mur où sont installés ces boites,
à 10 mètres, il y a une source permanente d’aliments sains: Du maïs.

Explication : Pendant que les rats dominants consomment du maïs sain, les dominés, de jeunes individus, s’alimentent un peu dans les boites d’appâtage qui sont à 5 et 10 mètres, en attendant que la place se libère au maïs..

Et malgré cette ceinture avec des rodenticides, il y a bien plus d’une centaine de rats à l’intérieur…
Donc, la ceinture de boites avec rodenticides ne sert absolument pas à « éviter toute infestation de rongeurs ou pour détecter l’activité de rongeurs », comme indiqué sur les étiquettes et dans le discours de la CS3D, absolument pas !


Pour une raison très simple : Tant que les sources de nourriture habituelles des rats leur sont toujours accessibles, l’appâtage permanent n’a aucune utilité et génère des phénomènes de résistance.


Je me répète, insiste, persiste et signe : Les ceinture et alignements de boites d’appâtage sont des lignes Maginot totalement inefficaces et perverses. L’interdiction de l’appâtage permanent est donc une bonne chose pour réduire les phénomènes de résistance.


Ensuite, vous, professionnels qui me lisez, demandez-vous pourquoi vos fournisseurs présentent à leur catalogue depuis déjà plusieurs années des appâts « placebo » ? Pour faire joli, ou pour respecter la règlementation ? Car si la France a adopté cette interdiction, avant les autres, dites-vous bien que le reste de l’Europe suivra tôt ou tard.


De toute façon, le rapport (écrit en anglais) « Mesures d’atténuation des risques pour les rodenticides anticoagulants » (Philippe BERNY, Alexandra ESTHER, Jens JACOB, et Colin PRESCOTT, 2014 ), qui sert de référence aux législateurs européens, précise :
– « L’appâtage permanent ne devrait pas être effectué à l’extérieur à moins qu’il y ait un risque élevé de ré-invasion, car il présente un risque très élevé pour les espèces non ciblées.
– L’appâtage permanent peut être effectué à l’intérieur, en particulier là où il y a une exigence réglementaire, ou lorsqu’il y a un risque élevé de ré-invasion, car il peut être géré pour présenter un faible risque pour les espèces non-cibles.
– En premier lieu, la durée de l’amorçage en extérieur devrait toujours être limitée à 35 jours (5 semaines). Par la suite, l’activité continue des rongeurs pourrait indiquer que les rongeurs sont résistants au rodenticide ou qu’une proportion importante de l’infestation n’est pas traitée et qu’ils se déplacent continuellement dans la zone traitée.
– La fréquence des visites devrait être laissée à la discrétion de l’opérateur, à la lumière des évaluations des risques effectuées au début du traitement. La grande diversité des sites infestés par les rongeurs exclut toute fréquence stricte. Cependant, les sites traités devrait être visité au minimum une fois par semaine. ».


Notons que le collège d’expert se prononce contre l’appâtage permanent « pour le risque espèces non cibles », alors que la CS3D joue sur les peurs de nos contemporains avec sa crainte de « prolifération des rats ». Désinformation, disais-je…


Que faire pour s’adapter à cette règlementation ?
Pour commencer, la respecter, puisqu‘elle contribue à diminuer les phénomènes de résistances, donc à augmentera à terme l’efficacité des anticoagulants.


Deuxièmement, acceptez la réalité des faits : L’appâtage permanent n’a aucun effet régulateur sur les populations de rats, aucun.


Troisièmement, là où vous avez installé des ceintures ou des alignements de boites, forcez sur l’étanchéité des locaux en faisant vous-même les petits travaux que vous demandiez à votre client de faire. Rien de bien compliqué à exécuter avec la laine d’acier et les pâtes répulsives que vendent vos fournisseurs. Rappel: Aucune ouverture supérieure à 6 mm pour la souris et 1,5 cm pour le rat.


Quatrièmement, là où les boites sont censées jouer un rôle de détection, en IAA notamment, remplacez donc les appâts empoisonnés par des placébos. Cela continuera à ne servir à rien, mais votre client sera toujours content de voir plein de boites.


Cinquièmement, si vous avez les moyens et votre client aussi, remplacez les boites par des pièges nasse, avec des appâts sains. Ils ne serviront à rien, mais tout le monde sera content.


Autrement dit, dans les faits, cette nouvelle règlementation ne change rien pour les dératiseurs qui aiment leur métier et limitent au maximum l’utilisation des biocides.

Ci-dessous un tableau récapitulatif

Pierre Falgayrac

Publicités