Fusion de branches et coup de MOU

Tout commence ici :

https://travail-emploi.gouv.fr/archives/archives-courantes/loi-travail-2016/les-principales-mesures-de-la-loi-travail/article/branches-professionnelles

Extrait : « L’objectif est de passer de 700 branches aujourd’hui à 200 branches professionnelles d’ici 3 ans. Cette restructuration aura pour effet de renforcer les branches. La négociation sociale sera donc plus équilibrée et redynamisée. Ainsi, les branches seront plus à même de remplir leurs fonctions économiques, sociales et normatives et les conventions et accords collectifs négociés seront de meilleure qualité.

Enfin, des branches renforcées pourront jouer un rôle plus structurant pour les petites et moyennes entreprises qui n’ont souvent pas les moyens de négocier. »

Passons sur les états d’âme que peut provoquer un rouleau compressage de l’identité et l’originalité des petites corporations, contraintes de se marier par raison et contre nature pour simplifier le travail de l’administration.

Parce que pour compliquer la vie des pros, ça va le faire ! Il s’agira en effet de faire Convention Collective commune entre plusieurs métiers. Qu’en sera-t-il ensuite des codes NAF ou APE? Cela sent les modifications de contrats, fiches de paye, bulletins de salaires, donc des MAJ onéreuses (forcément) de logiciels de compta et de paye…

En politiquement correct, il convient de trouver des convergences entre des activités différentes, pour minimiser les divergences. A l’époque de l’hyper communication, force est de constater que certains maîtrisent remarquablement l’exercice.

Donc, la CS3D, représentante de la branche, se rapproche de la FNSA, la Fédération Nationale de l’Assainissement et de la Maintenance Industrielle. Dans la liste de mariage, il y a un OPCO commun et une collaboration sur le compte pénibilité (le si bien nommé).

Les deux partenaires sont enthousiastes et tout semble aller pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Tant mieux, car l’aveu d’un chantier « colossal » augure d’une complexité et d’un temps de réalisation à rallonge : il faudra d’abord s’accorder sur les salaires, puis négocier un accord de convergence et l’appliquer… Remercions d’avance les bénévoles de la CS3D pour les longues heures de travail que prendra ce processus.

Décidément, l’ancien métier moyenâgeux « d’écorcheur de vilaines bêtes » qui s’est transformé en « applicateur » de vilains produits à la fin du siècle passé est le fourre-tout des métiers peu ragoutants. Il y a déjà le dégraissage de hottes et la désinfection des équipements liés aux ordures ménagères, on ajoutera dans quelques mois ou années le curage des égouts et la vidange de fosses septiques.

En quoi cela renforcera-t-il l’image de la profession ? D’abord quelle profession ? Peu de dératiseurs et désinsectiseurs circulent en camion de vidange ou de curage, et peu d’agents d’assainissement ou de maintenance industrielle ont à faire avec les souris et les blattes dans des appartements chicos du XVIème.

L’enrobage très politique du texte ministériel ne trompe personne. Qui peut raisonnablement croire que « Cette restructuration aura pour effet de renforcer les branches. La négociation sociale sera donc plus équilibrée et redynamisée » avec des métiers si différents ?

Quant au très hypocrite « Enfin, des branches renforcées pourront jouer un rôle plus structurant pour les petites et moyennes entreprises qui n’ont souvent pas les moyens de négocier », il fait fi de la structure très particulière de la branche des 3D :

Structure de la profession

Qui peut croire que les 88% de TPE et PME seront mieux entendues quand elles se plaindront encore et toujours, et à juste raison, de la gabegie d’un CERTIBIOCIDE de 3 jours obligatoire, même pour son renouvellement ?

Le déni de réalité est inquiétant. Lors de mes derniers audits pour des villes et agglos, j’ai encore constaté que les entreprises les plus connues du métier font un travail de piètre qualité, qui se résume à poser des boites en série, de très grosses gouttes de gel bien visibles sur des endroits où les blattes ne circulent pas, et remplir des tonnes de papiers ou de formulaires sur un logiciel dédié.

Même chez de petites PME je retrouve cette logique d’en « mettre plein la vue avec plein de boites, pourvu qu’on fasse un ou deux rats morts ». Comment voulez-vous que nos contemporains témoins de ce genre de pratiques aient une image positive du métier ? Comment voulez-vous qu’ils y comprennent quelque chose lorsqu’ils verront que les vidangeurs de fosses septiques sont des collègues des dératiseurs ? Il y a effectivement de quoi être sceptique, non ?

Mais s’il n’y avait qu’en notre douce France que se prépare un avenir meilleur pour notre métier… Le CEPA, le Syndicat européen des grosses boites (les 1% du camembert plus haut), fait dans la politique.

Il souhaite une reconnaissance professionnelle européenne malgré la « mauvaise qualification » de bien des entreprises « dans de nombreux pays ». En effet, il y a des pays européens qui ont la chance de n’être pas soumis un CERTIBIOCIDE, qui sont considérés comme mauvais élèves.

Tout part de là :

https://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9morandum_d%27entente

Citation : « Un Mémorandum d’entente (en anglais Memorandum of Understanding – MoU) ou Protocole d’entente (PE) (Canada1) est un document décrivant un accord ou une convention bilatérale ou multilatérale entre ses parties. Elle déclare une convergence d’intention entre les différentes parties, indiquant une ligne d’action commune. Il est souvent utilisé dans les cas où les parties n’ont pas impliqué un engagement juridique ou bien dans des situations où les parties ne peuvent pas créer une entente ayant force exécutoire. Il est une alternative plus formelle à un gentlemen’s agreement . »

L’idée est donc de signer un accord qui déclare « une convergence d’intention entre les différentes parties, indiquant une ligne d’action commune. »

Dans cet accord, les professionnels s’engagent à être certifiés EN 166-36, à former leur personnel, à privilégier le préventif, le durable et l’humain et à être audité par des organismes externes.

La certification CEPA (norme EN 166-36), qui contient déjà tous ces engagements, n’aurait-elle donc pas assez de crédibilité auprès des clients ? Au point de nécessiter un résumé de son contenu ? Car le MOU n’est rien d’autre…

Au fait, pourquoi cette initiative ? Elle est faite pour les grosses sociétés dans des pays sans certification, qui veulent séduire des clients en se distinguant du menu fretin, parce que chez eux, la certification CEPA n’est pas suffisante.

Je ne crois pas qu’un coup de MOU arrangera les choses…

Pierre Falgayrac

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