Le réchauffement climatique ne peut pas justifier la prolifération des rats à Paris

Il s’agit d’un article de Nicolas Berrod dans Le Parisien du 23 janvier dernier, qui a pour titre « Municipales à Paris : les rats prolifèrent-ils plus vite avec le réchauffement climatique ? »

Je suis cité à plusieurs reprises dans cet article, mais mon commentaire sur le site Web du quotidien a été censuré. Allez comprendre…

Les propos de Virginie Lattard, chercheuse à l’INRAE m’ont interpellé : « Globalement, il y a plus de rats dans les pays chauds que dans les pays froids (…) lorsqu’il fait chaud, la période de reproduction des rats, de plusieurs mois en temps normal, peut être rallongée de quelques semaines. Ce qui leur laisse potentiellement davantage de temps pour proliférer (…) La pullulation est plus importante lorsqu’il fait chaud, donc le réchauffement climatique a probablement un rôle. Mais personne ne pourrait dire dans quelle proportion, faute d’avoir des études plus complètes sur la physiologie du rat. »

Tous ces propos sont infondés. Comment cette personne peut-elle affirmer qu’il y a davantage de rats dans les pays chauds alors qu’elle ignore dans quelles proportions ? Il n’y a aucune rigueur scientifique dans cette assertion. S’il y avait davantage de rats en Amérique du sud ou en Afrique qu’en Europe, pourquoi n’en parle-t-on jamais ?

Partout dans le monde, c’est la quantité de nourriture disponible qui conditionne le nombre de rats et jamais la température, surtout que le surmulot, le rat d’égout, n’aime pas la chaleur ! Il affectionne en effet les endroits humides et frais…

Quant à déplorer « l’absence d’études plus complètes sur la physiologie des rats », c’est un aveu d’incompétence : il y a des dizaines d’années que l’on sait TOUT sur le rat d’égout, je dis bien TOUT. Entre les études en ligne sur Google Scholar et les livres publiés depuis 1904 comme « Das Rattenbuch » de M. Koller et les écrits de M. Rode (entre les deux guerres) puis de M.Giban (dans les années 50), MM. Robitaille et Bovet (1976), etc. tout ce qui concerne la biologie, la physiologie et l’éthologie des rats est connu et accessible.

Quant à l’argument du réchauffement climatique qui fait proliférer les rats, il est bien pratique pour Anne Hidalgo, qui se dédouane du problème : « Un certain nombre d’experts m’ont dit – et j’avoue être tombée de ma chaise – qu’avec le changement climatique, les rats font une portée supplémentaire par an. Une portée de rats, c’est huit petits rats. »

Je me demande bien qui sont ces « experts »… Et le Parisien de ressortir ce tableau :

Qui est totalement faux. Pourquoi ?

1/ Parce que les rats régulent leur population en fonction des ressources vitales (voir de précédents articles de ce blog). D’ailleurs, en ville (gros avaloirs d’égout, bas d’immeubles de la première couronne, jardins des Plantes…) il est dénombré un maximum de 600 rats. Bien loin du chiffre théorique de 46.410…

2/ Reportons cette logique mathématique aux humains : une femme peut avoir un enfant tous les 9 mois entre ses premières règles et sa ménopause, soit 45 à 50 enfants uniques, ou 90 à 180 si elle a des jumeaux. Cela ne s’est jamais vu (Google vous chalutera un maximum de 69 enfants). La moyenne de la natalité mondiale est entre 1 et 5 enfants. Eh bien pour les rats, c’est pareil : ils n’en ont pas autant que ce que prédit la théorie. Il est inutile et malhonnête de tirer des plans sur la comète avec ce genre de tableau.

Parlons à présent du réchauffement climatique. D’après le site climate-data-org, ces dernières années, les températures moyennes sont de 11,3° pour Paris et 14,2° pour Marseille.

Comme il fait plus chaud à Marseille, il devrait donc s’y trouver davantage de rats qu’à Paris, n’est-ce pas ? Et pourtant, à Marseille les plaintes adressées via le service Allo Mairie ou d’autres canaux, comme les courriers aux élus, sont passées de 990 en 2016, à 396 en 2018. (Soit trois fois moins – NDLA) – Monique Daubet, élue en charge de l’hygiène, citée ici https://www.20minutes.fr/societe/2636779-20191026-marseille-apres-rats-villes-semblent-perdre-terrain-rats-plages-affut )

Voilà qui invalide totalement l’argument du réchauffement climatique parisien pour expliquer la prolifération des rats.

Au fait, pourquoi les signalements de rats ont-ils baissé à Marseille en une année ?

Il se trouve que j’ai réalisé en 2018 un audit sur la gestion globale des rats à Marseille, pour le compte de la SERAMM, qui gère les égouts et la station d’épuration de la ville, et est délégataire de la Mairie pour la dératisation.

Je ne révèlerai pas ici les préconisations de mon audit, mais il est évident que c’est leur mise en œuvre qui a produit ces bons résultats.

La Ville de Paris ne veut pas de mes services ? Tant pis pour elle.

Pierre Falgayrac

http://www.hyform.fr