Dératiser à l’endroit

Depuis le printemps, mes alertes Google « dératisation » me chalutent plusieurs fois par semaine « le début d’une campagne de dératisation des égouts à ……………………… (nom d’une ville) ».

Dératisations qui se passent selon le contenu du CCTP de l’appel d’offre emporté par le titulaire du marché : tous les tampons (ou regard), ou tous les deux ou tous les trois tampons, pose d’appâts anticoagulants.

Comme la molécule n’est pas précisée, lors de mes récents audits pour des villes j’ai constaté que ne sont utilisés que le difénacom ou la bromadiolone, sur lesquels il y a des phénomènes de résistance. Mais qui sont bien moins chers que la diféthialone ou le brodifacoum, sur lesquels il n’y a pas de résistance.

Quand la quantité d’appâts n’est pas davantage indiquée, les prestataires suspendent un seul bloc hydrofuge de + – 40g.

A supposer qu’un seul rat consomme l’appât entier en deux jours, il n’accumule pas une dose létale dans son foie et survit. Il faut en effet plus de 6 à 8 prises pour provoquer la mort.

Alors quand plusieurs rats se partagent l’appât, aucun ne décède et tous renforcent leur immunité aux anticoagulants. Idem si l’appât pèse 100g.

Il est donc dératisé complétement à l’envers.

Que nous reprenions l’étiquette du raticide ou la norme EN 166-36, les appâts doivent être placés « dans la zone d’activité des rats », « en quantité adaptée au niveau d’infestation » et « suivi sous trois jours maxi ». Et il est rappelé que les appâts non consommés doivent être récupérés.

Le prestataire devrait donc, au plus tard trois jours après la pose, rouvrir tous les tampons traités, pour compléter les appâts là où il y a de la consommation, et retirer ceux qui sont intacts. Personne ne fait ça, parce qu’aucune ville ne le demande, sauf celles de mes clients dont j’ai rédigé le CCTP de l’appel d’offre.

Pour dératiser les égouts à l’endroit, c’est très simple :

Il s’agit de ne traiter que ceux qui présentent des indices d’activité murine. Outre les éléments classiques que sont les traces de passage et les crottes, la détection d’urine fraiche à l’aide d’une lampe portative aux ultraviolets est un élément de preuve indéniable. Il y a une offre pléthorique de lampes portatives aux UV à partir d’une dizaine d’euros sur le Web.

En effet, l’urine des rats est fluorescente. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les rapaces détectent cette fluorescence ; la nature est vraiment bien faite. L’usage, donc, d’une petite lampe aux UV permet de repérer les seuls tampons à traiter. Ce qui permettra de vérifier que les rats ne sont pas uniformément répartis dans un réseau, et même qu’ils sont peu nombreux dans les sections en buse béton, et donc, que les exigences des villes sont infondées.

En conséquence de quoi il est possible de ne traiter qu’un quart, voire moins, de tampons, sur ce modèle simple : là où circulent des rats, mettre plusieurs centaines de grammes à plusieurs kilos d’appâts exclusivement au brodifacoum, flocoumafen ou diféthialone, préalablement aromatisés avec une solution de Viandox. Les visiter dès le lendemain, et réappâter jusqu’à la fin des consommations (3 à 4 jours maxi ave ces molécules-là.).

Leur avantage, c’est qu’en estimant que deux prises de 20 grammes sont létales, lors de la récupération des appâts en fin de traitement il est possible de déterminer la quantité consommée par les rats et donc le nombre « neutralisé ». Exemple pour un avaloir infesté : 1,5 kg d’appâts posés et 100 g récupérés donnent une consommation de 1,4 kg, divisé par 0,040 = 35 rats tués. Et peut-être davantage car bien des jeunes individus ou des rats malades, décèdent à la première prise.

Dans les CCTP que je modifie pour les villes j’exige que le titulaire se fabrique un dispositif de pose en acier sur ce modèle :

Dératisation des égouts de Marseille

C’est le seul dispositif d’appâtage qui permet à plusieurs rats de manger en même temps.

C’est ce qu’utilise la SERAMM de Marseille pour dératiser les égouts, avec pour résultat une baisse de 50 % des signalements de rats depuis 2018, après la mise en œuvre des préconisations de mon audit.

Bien sûr, il est possible d’utiliser les nouveaux appâts au cholécarciférol. Mais le problème reste le même qu’avec les anticoagulants : inutile d’en mettre partout et utile d’en mettre beaucoup là où il y a des preuves d’infestation.

Dératiser les égouts à l’endroit c’est donc beaucoup moins de tampons soulevés, beaucoup moins de biocides appliqués pour rien et pas de phénomènes de résistance renforcés, au contraire.

Pierre Falgayrac

http://www.hyform.fr

3 réflexions sur “Dératiser à l’endroit

  1. Bonjour,
    Des infos intéressantes. Peu de fournisseurs (en France) propose du Brodifacoum autorisé en égouts, et à ma connaissance, il n’y en a pas qui en propose à la difethialone ou au focoumafen.
    La fréquence de contrôle après la pose doit effectivement avoir lieu dans les jours qui suivent jusqu’à arrêt de consommation afin de réguler la population de rats.

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  2. Juste une correction dans votre article, (sauf erreur de ma part bien sûr) je pense qu’il y a des inversions concernant les molécules:
    « Comme la molécule n’est pas précisée, lors de mes récents audits pour des villes j’ai constaté que ne sont utilisés que le brodifacom ou la bromadiolone »
    -> probablement difenacoum et bromadiolone
    Et l’alphachloralose est réservé uniquement aux souris, son effet d’abbatage n’est pas adapté à des colonies de rats si méfiants.
    Peut être le Cholécalciférol?

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  3. Merci de vos remarques, je vais corriger pour difénacoum et cholécarciférol.
    Quant aux fournisseurs d’appâts hydrofuges au brodifénacoum, il y en a peu, mais il y en a.
    Ensuite, peu importe d’utiliser « un produit qui n’est pas autorisé dans les égouts » pour dératiser un avaloir infesté.
    Précisons : le brodifénacoum est interdit pour dératiser les égouts de la manière « classique » que je dénonce, c’est à dire en appliquant des appâts régulièrement dans l’ensemble d’un réseau.
    Or, quand il s’agit de traiter un avaloir infesté, il s’agit d’une dératisation ponctuelle. Donc, il peut être utilisé du brodifénacoum.
    Pierre Falgayrac

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