L’étude de l’INRA – VetAgroSup et de l’Institut Pasteur sur les rats capturés dans le parc des Chanteraines (Hauts-de-Seine)

Cette étude fait le buzz et occasionne des articles pitoyables sur bien des médias (Consoglobe, Sixtualités et LCI notamment, Presse INRA et Sciences et Avenir dans une moindre mesure). Pourquoi « pitoyables » ? Parce qu’aucune analyse en profondeur ne préside à l’écriture des articles, ce qui amène à des conclusions aussi creuses qu’injustement alarmistes.

Résumons les faits

86 rats surmulots ont été capturés dans le parc, puis euthanasiés à fin d’examens. Les résultats mis en avance dans tous les médias cités (et d’autres), sont les suivants :

  • Grande diversité génétique (c’est à dire que la majorité des rats n’étaient pas parents entre eux et arrivaient de l’extérieur du Parc) ;
  • Des résidus de plusieurs molécules raticides (anticoagulantes) trouvées dans les foies, et plus de la moitié des rats résistaient à ces molécules ;
  • 16 parasites identifiés, potentiellement vecteurs de zoonoses.

Les conclusions de tous les articles vont dans le même sens : il faut mieux gérer nos déchets (qui attirent les rats) et développer de nouvelles molécules raticides pour remplacer les anticoagulants. Gwenaël Vourc’h, l’auteure de l’étude, écrit que « Les résultats de ces travaux seront très utiles pour développer et mettre en œuvre des méthodes de lutte intégrée contre des populations de rongeurs en milieu urbain, respectueuses de l´environnement et adaptée au contexte local ». Avec tout le respect dû à cette personne, je considère qu’il s’agit de propos peu consistants et contradictoires avec les résultats obtenus : Il y a des lustres que les techniques de lutte intégrée sont connues (elles sont d’ailleurs le fondement de la norme européenne EN 166-36, qui est le nouveau standard de référence des professionnels), et ce sont les mauvaises pratiques de professionnels formés par des fournisseurs de biocides (cherchez l’erreur…) qui ont rendu inefficaces les anticoagulants, dont l’usage raisonné préserve l’environnement. Ce que montrent d’ailleurs les résultats de l’étude !

Développons

Commençons par ce qui n’est pas mis en évidence dans l’étude : ses tenants et aboutissants.

  • La majorité des rats capturés pesaient 200 grammes. Or, les rats adultes pèsent de 300 à 350 g ; il n’y a donc que des jeunes ou des rachitiques qui ont été capturés. L’étude est dés lors incomplète ;
  • Il n’y a aucune indication sur des travaux récents ou en cours à proximité du parc. Or, le surmulot est un migrateur instinctif, qui s’installe au plus près de la nourriture, et y reste tant que les conditions ne changent pas. D’où venaient donc les rats capturés dans le parc ? Ce point n’est pas abordé dans l’étude, alors même qu’il est évoqué des « connections spatiales et d´échanges génétiques entre différentes populations de rats au-delà des limites du parc et du périmètre de dispersion fréquemment admis pour ces animaux. ». Le cas de la ville de Paris montre bien que ce sont les nombreux travaux en cours qui provoquent des migrations de rats en surface. Il aurait donc convenu de rechercher les causes de la présence des rats « étrangers » au parc;
  • Les parasites identifiés sont présent sur les rats depuis toujours et n’ont à ce jour pas occasionné de zoonoses. Pourquoi donc évoquer de « potentielles transmissions à l’homme» et affoler inutilement les lecteurs ? (voir un précédent article de ce blog sur les « 18 nouveaux virus de rats » découverts par les américains).
  • Et surtout, pourquoi en sommes-nous arrivés à cette situation ? Pourquoi les rats résistent-ils aux anticoagulants ?

 

Des éléments de réponses se trouvent dans le dernier numéro de Nuisibles et Parasites Informations (le magazine du milieu professionnel), à la rubrique « Expertise – Rongeurs, adapter la lutte à la saison »

Il est conseillé « d’appliquer des appâts placebo (sans poison) pour habituer les rongeurs, et d’effectuer une visite de contrôle 2 mois maximum après la mise en place. En cas de consommation nulle, on regarnira les postes à l’aide placebos « frais ». En cas de consommation modérée, on les remplacera par des produits à base de bromadiolone. Si la consommation dépasse 60%, il faut passer au traitement de choc en doublant la quantité de postes, en utilisant des appâts à la diféthialone, qui procure un effet choc, pour garnir les nouveaux et remplacer les appâts anciens. Il sera éventuellement nécessaire de réorganiser le plan de dératisation (emplacement des postes d’appâtage) pour se rapprocher des zones de passages et de consommation »

Oui, vous avez bien lu, un expert préconise de dératiser « à l’envers » : si le dispositif ne fonctionne pas bien, il convient de repérer les zones de passage et consommation… Alors que la norme EN166-36, le nouveau standard européen du métier, édicte avec raison qu’il faut commencer par là ! Notons que l’expert préconise aussi de maintenir des postes inutiles (ceux où il n’y a pas de consommation).

Le récent audit que nous avons réalisé pour une ville portuaire (second port céréalier de France) confirme que les professionnels pratiquent bien ainsi : 80 postes d’appâtage avec appâts à la diféthialone sont répartis dans des enrochements et sur les quais. Ils sont suivis tous les deux mois, avec renouvellement des appâts là où il y a eu de la consommation.

Que se passe-t-il réellement lorsque il est dératisé de la sorte ?

Rappelons que les rats consomment l’équivalent de 10% de leur poids par jour, en grignotant tout au long de leur période d’éveil. Que ce soit dans les parcs ou un port céréalier, la nourriture saine est abondante. Les consommations partielles d’appâts indiquent donc que les rats se nourrissent sainement par ailleurs, et ne consomment pas suffisamment d’appâts empoisonnés pour mourir.

Autrement dit les experts des fournisseurs de biocides apprennent à leurs clients à fabriquer des rats résistants aux anticoagulants. Voilà ce que démontre en fait l’étude de Mme Gwenaël Vourc’h.

Comment faut-il dératiser avec les anticoagulants pour ne pas générer de la résistance ?

1/ Identifier et quantifier le nombre de rongeurs présents sur un site (analyse des fèces (ou crottes), des points de boisson, de nourrissage et de dégâts, des traces de passage ; repérage des terriers ou de leur emplacement probable…) ;

2/ Gérer les déchets, supprimer autant que faire se peut la nourriture saine ;

3/ Obturer les passages utilisés et potentiels avec de la laine d’acier ;

4/ Si possible, utiliser en priorité des pièges sans biocides à prises multiples (nous préconisons les Mimetic Mhouse pour leur rapport efficacité/ prix), et des ultrasons ;

5/ Améliorer l’appétence des appâts anticoagulants (difethialone ou brodifacoum) avec des saveurs culinaires, ;imprégner les boites d’appâtage sécurisées d’odeurs alimentaires. Manipuler ces choses avec des gants de peau (gants de bricolage), imprégnés d’odeurs alimentaires et/ou naturelles (terre) ;

6/ Placer les dispositifs au plus près des nidifications, en nombre suffisant pour que tous les rongeurs accèdent aux appâts (un seul rat à la fois peut pénétrer dans un poste d’appâtage) ;

7/ Suivre à +3 jours maximum (le lendemain pour les souris). Renouveler les appâts jusqu’à l’arrêt des consommations (autrement dit, la majorité des chantiers sont achevés en une à deux semaines)

8/ Tout enlever quand c’est fini.

Bien sûr, la dératisation d’un parc aussi vaste que celui de Chanteraines ne peut pas s’envisager aussi simplement : une expertise sur place est nécessaire pour établir un plan de lutte cohérent, qui s’étalera dans le temps puisque des rats arrivent de l’extérieur.

Concluons

L’étude de Mme Gwenaël Vourc’h démontre que les protocoles de dératisation pratiqués par les professionnels sont peu efficaces et génèrent des rats résistant aux anticoagulants. Ce n’est pas la découverte de nouvelles molécules qui résoudra le problème, mais bien une refonte du métier de dératiseur.

Et là, il y a du travail… Les fournisseurs de biocides sont d’importants cotisants de la Chambre Syndicale 3D, ils dispensent des formations et certifications qui avalisent les pratiques de « poseurs de boite et puis s’en vont », et ont la mainmise sur le contenu du seul magazine professionnel (N&PI).

Ou quand le lobbying devient gabegie.

Pierre Falgayrac

http://www.hyform.fr

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Les rats prolifèrent-ils vraiment à Paris ?

C’est cette information que relaient en boucle tous les médias, sauf Europe 1, qui m’a fait l’honneur d’un interview sur ce sujet par Jean-Jacques Hery, dans les journaux de 7h et 18h le 8 octobre dernier.

Je le remercie d’avoir repris mes arguments dans son reportage, arguments que je vais exposer en détail ici.

Faisons d’abord le point. Depuis quelques années, de nombreux rats sont vus en plein jour dans les parcs et espaces verts fréquentés les parisiens et les touristes. Bien que des parcs soient fermés plusieurs jours, le temps nécessaire à une dératisation, les rats sont toujours là.

Et Mme le Maire, sur RTL, de reconnaitre qu’il y a davantage de rats à Paris qu’avant, et d’accuser les parisiens et visiteurs de laisser trop de reliefs de leurs casse-croutes à disposition des rats. D’où la création de brigades d’incivilités.

Bien que ne vivant pas à Paris, mais m’y rendant régulièrement pour raisons professionnelles depuis plus de 30 ans, je n’ai pas observé que les comportements inciviques des passants aient évolué, en mal comme en bien. A supposer que ce soit réellement le cas, il se seraient donc brusquement dégradés en 2014, lors des premières infestations de rats sur les jardins du Louvre… Restons sérieux, ce n’est pas l’hypothétique dégradation des comportements citadins qui peut expliquer la prolifération des rats !

En attendant, on dépense des sous pour tester leur résistance aux anticoagulants (le poison utilisé dans les appâts raticides), tout en reconnaissant que « ce ne sera qu’une partie de la réponse » (Bernard Jomier, adjoint à la Santé de la maire de Paris). Effectivement, non seulement cela ne donnera aucune explication à la prolifération des rats, mais ça n’en donnera pas non plus sur l’inefficacité des traitements. Pourquoi ? Parce que les rats qui sortent des parcs « fermés pour dératisation » afin d’aller se nourrir à l’extérieur, démontrent qu’ils ne sont pas attirés par les appâts empoisonnés mis à leur disposition par le SMASH (service Hygiène de la Ville de Paris). C’est donc un problème d’appétence et pas de résistance (d’ailleurs comment devenir résistant à un poison qui n’est pas consommé ???).

Pour expliquer la « prolifération », Geoffroy Boulard, le maire du XVII donne une piste :« Sans doute du fait des nombreux travaux qui sont en cours dans (tramway, la ZAC des Batignolles, le creusement de la prolongation de la ligne 14, le TGI) », pour affirmer ensuite « mais bien plus sûrement à cause de l’incivisme de certains habitants qui négligent les sacs-poubelles, les rats ont fait ici un beau terrain d’action. » La conclusion est désolante, mais la première proposition est la bonne, j’y reviens plus loin.

Ce que personne ne dit, je dis bien personne, parmi les différentes sommités consultées et les reportages de journalistes, c’est que :

– Les rats sont nyctalopes. Ce n’est pas un gros mot, cela veut dire qu’ils sortent de leur terrier quand le soleil se couche, et qu’ils y rentrent quand il se lève ;

– Ils passent 60 à 75% de leur temps dans leur terrier, et n’en sortent que pour boire, manger et ronger (pour user leurs dents hypsodontes (à croissance continue)). Autrement dit, ils ne se promènent jamais et ne se déplacent « qu’utile » ;

– Ils consomment l’équivalent de 10% de leurs poids par jour en plusieurs fois (ils ne font pas de vrais repas au sens où nous l’entendons, nous humains, mais grignotent plusieurs fois pendant leur période d’activité) ;

– Il n’y a quasiment rien à manger dans les égouts. Les rats s’y abritent parce qu’il y a à boire et qu’il n’y a pas de prédateurs, mais le peu de déchets comestibles qui traversent les grilles d’avaloirs ne suffisent pas à les nourrir. Voilà pourquoi ils sortent des égouts : pour manger ;

– La majorité d’entre eux colonisent égouts et caves et s’installent au plus près de la nourriture, pour avoir le moins de chemin à parcourir. Ils sont en effet d’un naturel craintif et n’aiment pas se déplacer à découvert (crainte du prédateur ailé).

Donc, voir des rats en plein jour n’est pas normal. Pour trouver la réponse à ce problème, il faut se poser les bonnes questions. Dans le genre : D’où viennent-ils ? Qu’est-ce qui les a chassé de l’endroit où ils se trouvaient avant, et où ils étaient si discrets qu’on les voyait peu ?

Il s’agit tout simplement des travaux d’excavations et de démolitions, qui fleurissent dans Paris depuis quelques années. Les vibrations du sol, sous l’effet des pelleteuses et marteaux-piqueurs, dérangent les rats dans leurs terriers et les contraignent à migrer ailleurs, mais le moins loin possible. Car le rat d’égout (Rattus norvegicus), en accord avec son tempérament craintif, est un migrateur (c’est d’ailleurs le titre d’un livre scientifique qui lui a été consacré au début du XXème siècle). Les gros travaux dans les rues de Paris produisent le même effet que la guerre et l’anarchie dans certains pays : des flots de migrants.

Que se passe-t-il réellement chez les rats en période migratoire ? D’abord, et surtout, ils doivent manger. Comme c’est leur odorat qui régente leur vie (il est 1.000 fois plus discriminant que le nôtre), ils se dirigent naturellement vers les odeurs de nourriture. Et là, Vigipirate joue un rôle bien plus déterminant que les incivilités des parisiens et touristes : les sacs poubelle en plastique transparent laissent passer beaucoup plus d’odeurs qu’un container correctement fermé. Depuis peu, elles sont collectées en fin d’après-midi, pour éviter de laisser à manger aux rats pendant la nuit, ce qui est une très bonne chose. Mais les rats, qui ont d’excellentes capacités cognitives, se sont adaptés en se nourrissant avant qu’elles soient vidées. Ceci étant, seuls les rats les plus forts et les plus expérimentés peuvent le faire. Et que font les autres, trop faibles ou trop craintifs pour affronter le jour et ses dangers ? Eh bien, ils meurent. De plus, en période migratoire il n’y a pas de reproduction : les femelles en œstrus repoussent les assiduités des mâles, tant qu’elles ne sont pas en mesure d’élever leurs petits en sécurité, dans un terrier. C’est le propre de toute migration : les plus faibles n’y résistent pas et la reproduction passe au second plan.

La situation est donc paradoxale : il y a en fait moins de rats, mais on ne voit qu’eux. Comme les migrants…Merci de ne pas me faire dire ce que je n’ai pas dit : les migrants ne sont pas des rats, ce sont les rats qui sont des migrants naturels.

Comment prévenir ce genre de situation à l’avenir ?
En procédant à la dératisation préalable d’un site avant travaux programmés. Je sais que les agents du SMASH prétendent que c’est impossible, mais qui peut croire qu’une municipalité qui impose contre vents et marées médiatiques des voies sur berge piétonnières, n’est pas capable d’édicter un arrêté de dératisation obligatoire d’une rue ou d’un quartier ? Qui peut croire que la Ville de Paris n’est pas capable de mettre en balance le coût de la prévention par rapport au coût de la carte postale écornée par le buzz (mondial ! ) autour des rats.
Ce qui ressort des interviews des différents personnages politiques, c’est qu’ils n’y connaissent rien en rats. Il est certes difficile de le leur reprocher tant il y a des problèmes plus importants à régler, mais ils pourraient s’assurer d’aller chercher des conseils aux bonnes adresses. Et là, c’est pas gagné… La preuve : non seulement personne n’a évoqué ce que j’ai écrit en première partie de cet article, mais le plan de lutte contre les rats présenté au printemps n’a rien d’expert. Détaillons-le :

Empêcher les rats de sortir des égouts
1/ Dans le cas de la Ville de Paris, cela ne veut strictement rien dire. « Etanchéifier les égouts » cela sent le discours répétitif du Dr Michaud, de l’ISTAV (un de nos confrères formateur), qui n’est manifestement jamais entré dans un égout. Autant l’étanchéité d’un réseau d’eaux usées est un objectif vers lequel on peut tendre, autant c’est strictement impossible avec un réseau d’eaux pluviales ou un réseau unitaire, qui collecte les deux eaux sans les différencier. Or, c’est le cas des égouts de Paris, qui comptent 30.000 regards / avaloirs, et qui fonctionnent par gravitation. Etanchéifier les égouts, c’est les empêcher de fonctionner !
2/ Comme déjà dit, il n’y a quasiment rien à manger dans les égouts et c’est bien pour ça que les rats en sortent ! J’ai passé des dizaines d’heures dans les égouts de plusieurs villes à étudier le comportement des rats et j’affirme, preuves photographiques et vidéos à l’appui, que les égouts constituent seulement un site idéal pour boire, creuser des terriers et s’abriter des prédateurs, mais en aucun cas ne sont un espace de nourrissage. C’est d’ailleurs pour cette raison que les rats ne sont pas uniformément répartis dans un réseau : ils se regroupent en fonction des ressources alimentaires disponibles en surface.

Éliminer progressivement les rats dans les parties en sous-sol des immeubles bâtis et dans les zones faisant l’objet de travaux
Oui, très bien, c’est que je préconise aussi ! Mais comment procéder sans obliger, par arrêté municipal, les bailleurs et syndics à dératiser les caves de leurs immeubles en gestion ? De toute façon ça ne fonctionne manifestement pas…

Cibler drastiquement la population de rats indépendants des égouts, vivants en surface. Dans les parcs et jardins de la ville, les zones les plus touchées commencent à être clôturées et de nouveaux pièges sans risque pour l’environnement seront expérimentés. Le protocole d’intervention se déploie en plusieurs temps :
• fermeture des squares pour la durée des opérations de dératisation,
• pose de boîtes sécurisées contenant des appâts anticoagulants,
• évaluation visuelle de la consommation des appâts et comptage et élimination des cadavres,
• rebouchage des terriers.

Le « drastiquement » laisse rêveur, car depuis le mois de mars, les résultats ne sont guère probants ; quant aux expérimentations, elles ont manifestement fait long feu… Effectivement, l’utilisation de pièges à prises multiples fonctionnant avec une bascule demande un savoir-faire qui ne peut pas se résumer par « pose ça ici et on rentre »…
Les parcs sont donc fermés au public afin que les poubelles ne soient plus remplies et que des déchets de repas ne se retrouvent sur les pelouses. Bonne mesure puisque la concurrence alimentaire entre l’appât empoisonné et l’aliment sain habituel est le problème n° 1 de la dératisation.
La technique consiste donc à poser de boites en plastique « sécurisées », contenant les appâts des fournisseurs attitrés de la Ville de Paris, appâts qui séjournent depuis plusieurs semaines ou mois dans un bidon plastique ; les boites sont posées près des terriers repérés et dans la zone de circulation estimée des rats.

Mais alors, comment se fait-il que l’on voit des rats sortir des « parcs fermés pour dératisation » pour aller se nourrir sur le trottoir d’en face ? Tout simplement parce que les appâts posés à l’intérieur du parc ne sont pas appétissants et que les rats préfèrent aller manger autre chose ailleurs. Donc, le problème de la concurrence alimentaire n’a pas été résolu. Disons que les techniques d’amélioration de l’appétence des appâts nécessitent un certain savoir-faire, et que les dératiseurs parisiens ne les maîtrisent pas.
Quant aux évaluations visuelles des consommations et aux comptages des cadavres, on attend toujours. De toute façon, la majorité des rats empoisonnés aux anticoagulants meurent dans leurs terrier. Comment donc les compter ?
Quant au rebouchage des terriers, ça ne sert à pas grand-chose ou rien : ou les rats sont vivants et creusent à côté pour sortir (mais ils quitteront les lieux et n’y reviendront pas), ou le terrier est déjà abandonné.

Le plan de lutte se poursuit ainsi :
Un programme d’action de long terme est parallèlement mis en œuvre afin de réduire au maximum la menace de retour des rats après la dératisation initiale effectuée. Un vétérinaire de la Ville pilote ce programme d’action qui comprend :
• l’installation de corbeilles inaccessibles aux rats, l’adaptation des horaires de passage des agents de la Direction de la propreté et de l’environnement (DPE) afin d’éviter que des déchets restent dans l’espace public sur de trop longues périodes,

Trèèèèès bien. On attend toujours… Mais que fait le vétérinaire pilote ?

des actions de communication incitant le public à adopter des comportements adaptés (pas de nourrissage, dépôt des déchets alimentaires dans les corbeilles prévues à cet effet, vigilance lors de pique-nique…),
Ah oui, comme pour les pigeons. Donc, rien de bien concret à espérer de ce côté-là.

la multiplication des rondes effectuées par la brigade de lutte contre les incivilités, le nourrissage et l’abandon de déchets,
• le déploiement d’agents en renfort si nécessaire.

Du coercitif et du personnel supplémentaire, la recette miracle qui fonctionne à tous les coups, n’est-ce pas ?

Ce qui est certain, c’est que ce plan de lutte transpire l’inculture du rat, or tout commence par la prise en compte de son mode de vie et son éthologie (étude du comportement – voir 1ère partie de cet article).

Quelles constructions, mêmes intellectuelles, peuvent-elles se passer de fondations ? Aucune, la preuve vient d’en être faite.

Pierre Falgayrac
http://www.hyform.fr

 

Grippe aviaire : le coupable est identifié

Michael Coston, sommité mondiale de la grippe, vient d’établir un historique  des mutations du virus depuis le premier H1N1 jusqu’au récent H7, en soulignant que la variante H2N2, relativement ancienne (1898 et 1957), est toujours présente dans la nature, sur des rats musqués sibériens.

C’est ici : https://flutrackers.com/forum/forum/internet-communication/avian-flu-diary/779408-h2n2-everything-old-is-flu-again

Voilà qui rappelle les études asiatiques au sujet des oiseaux migrateurs, qui sont contaminés par le virus sur leurs points de repos et d’abreuvement, probablement par les rongeurs présents en ces endroits ; rongeurs dont il a été démontré la très grande sensibilité aux virus de la grippe (voir le précédent article de ce blog sur la grippe aviaire).

Apparemment, seuls les russes procèdent à des prélèvements sur les rongeurs infestant les points d’eau fréquentés par les oiseaux. Et ils ont donc trouvé que les rats musqués sont un réservoir du virus…

Voilà où nous en sommes : Tandis que les asiatiques travaillent sur les tenants et aboutissants de la grippe aviaire, en disculpant les oiseaux et en ciblant les rongeurs, l’Europe bat l’air en imposant vide sanitaire et désinfection des élevages avicoles, sans s’occuper le moins du monde de ce qu’il se passe dans la faune murine des rivières et points d’eau fréquentés par les oiseaux.

Pourquoi ne pas profiter de la lutte, coordonnée par les préfectures, contre le rat musqué et le ragondin, pour faire des prélèvements sur des cadavres ?

Pourquoi ne pas profiter des dératisations obligatoires des élevages avicoles, pour là aussi faire des prélèvements sur des cadavres de rats et souris ?

Quand se décidera-t-on enfin à faire des prélèvements sur les rongeurs sauvages, notamment le rat musqué, aujourd’hui présent dans une grande partie, si ce n’est toute, de l’Europe ?

Pourquoi aucun buzz en Europe au sujet des articles asiatiques qui cernent les vrais coupables de la grippe aviaire ?

Mais à qui donc profitent ce silence assourdissant et cette inertie ? A qui ???

Pierre Falgayrac

Le bizness des rats de New-York

Décidément, s’il y avait encore besoin de démontrer que la lutte contre les rats à New-York est sources de profits, financier pour certains et électoral pour d’autres, les dernières actualités sur le sujet enfoncent le clou.

Commençons par une énième étude sur la dangerosité sanitaire des rats d’égout, avec une information montée en neige pour faire peur sensibiliser les populations à l’impérieuse nécessité de surveiller les microbes que trimballent les rats. C’est ici : https://entomologytoday.org/2015/03/02/fleas-that-could-potentially-carry-plague-found-on-new-york-city-rats/. C’est que des puces potentiellement vectrices de peste ont été trouvées sur des surmulots… Fort heureusement, la bactérie pesteuse manque à l’appel, ouf !

Précisons : Xenopsylla cheopis, vectrice de bactérie Yersinia pestis, est la puce inféodée aux rats noirs et gerbilles du désert. Elle parasite aussi des écureuils et chiens de prairie du sud-ouest américain (alors que NYC est au nord-est).

Plutôt que de conclure « les responsables de la santé publique devraient surveiller de près les rats de la ville et leurs puces (…) et que les citoyens devraient utiliser les pratiques sanitaires pour se protéger » (ce qui est l’assurance de contrats juteux pour quelques laboratoires, et de voix pour un candidat qui s’engagera sur ce thème), il me semble que la question à se poser est : Comment des puces de zones chaudes et sèches, inféodées à des rats et des écureuils grimpeurs, peuvent-elles se retrouver dans le pelage de surmulots aux mœurs souterraines, dans des zones fraiches et humides ?

Surtout que le mode de passage des puces  d’un hôte principal (l’animal) à un hôte secondaire (un autre animal ou l’homme) est connu depuis longtemps : ou il y a une forte promiscuité (dans les nids ou terriers), ou l’hôte principal meurt et les puces cherchent alors à migrer sur un autre hôte vivant. Où et quand ces conditions se présentent-elles? Ou alors, existe-t-il un autre mode inconnu de migration des puces entre hôtes ?

Il y a là de véritables questions à portée scientifique. Que pour l’instant aucun des impétrants new-yorkais ne s’est posé. Notons que c’est la même question qui n’a pas été traitée dans l’étude concluant à des épidémies de peste en Europe 15 après un été chaud et humide en Asie… (voir  https://bloghyform.wordpress.com/2015/02/26/a-propos-de-l-etude-sur-les-gerbilles-les-rats-et-la-peste/ ).

La seconde info qui fait un buzz, c’est le plan pour affamer les rats de NYC avec 32 millions de $. Non, il ne s’agit pas de leur donner à manger des billets qui, n’en doutons pas, seront attribués à ceux qui savent y faire en politique et bizness, mais de repenser complètement la gestion des ordures et certains aménagements de sous-sols, notamment pour trois quartiers.

Actuellement, les new-yorkais sont invités à sortir leurs sacs à ordures directement sur le trottoir à partir de 16h, sacs qui sont ramassés par les camions poubelles à 6h le lendemain. Autrement dit, on met le couvert pour les rats quand il se réveillent, et on leur débarrasse la table au moment où ils vont se coucher… Sans compter que le sol de bien des caves d’immeubles est en terre battue, où les rats creusent en abondance leurs terriers.

Comme le téléphone du Rat Portail croule sous les appels et que de récentes études scientifiques forcément neutres et  bien intentionnées affolent les populations, il a été prévu :

  • D’obliger les immeubles de plus de 9 appartements à sortir leurs ordures au plus tôt à 4 h du matin (pour un ramassage à 6h) ;
  • D’augmenter la fréquence de collecte des ordures dans les parcs ;
  • De bétonner le sol des caves d’HLM encore en terre battue ;
  • De fournir 336 poubelles de compactage en métal.

D’où une première question : Quelle efficacité attendre de ces mesures ?

Pas grand-chose, sauf pour les immeubles aux caves bétonnées. En effet, l’installation et la prolifération des rats dégout, les surmulots, dépend de deux choses : la nourriture et la nidification. Le simple fait d’empêcher les rats de creuser ou aménager des terriers suffit à les chasser, même si la nourriture est abondante. Démonstration avec le témoignage du représentant de la ville de Zurich lors du « Séminaire sur la gestion des rats » organisé par la ville de Paris le 16 juin 2016 : « Dans les secteurs rénovés du réseau d’égout, il n’est plus enregistré de plaintes liées au rats, alors que la gestion des déchets est inchangée. »

C’est bien ce sujet qui est interpellant dans le projet new-yorkais : Pourquoi traiter le problème de la nidification seulement dans quelques HLM et pas dans les égouts, où vivent 75 à 80% des rats urbains ? Rénover, en les bétonnant, les parties vétustes du réseau, c’est l’assurance de faire chuter les effectifs de rats. Or, il n’y a rien de la sorte dans le projet. De l’art de traiter un problème à moitié…

Par contre, forcer la majorité des new-yorkais à se lever entre 3h30 et 3h45 pour sortir leurs sacs poubelles sur le trottoir, est-ce bien raisonnable / réalisable ? C’est un coup à perdre plein de voix…  Il serait si simple de renouveler l’initiative du préfet Poubelle en obligeant les syndics à équiper leurs immeubles de containers fermés… Parce que 336 poubelles « compactantes » pour 8 millions d’habitants… Cela revient à une miction dans un violon.

De toute façon, même si ces dispositions aboutissaient réellement à une diminution significative des déchets sur les trottoirs, il en restera suffisamment pour nourrir encore des hordes de rats, puisqu’ils ne mangent chacun que 25g par jour (l’équivalent de 10% de leur poids).

Ce qui entraîne une deuxième question : Comment ces mesurettes peuvent-elles coûter 32 millions de  $ ? Et là, je n’ai pas de réponse…

Au fait, la tonitruante annonce du plan de stérilisation des rats (société SenesTech, voir par exemple ici : https://www.wired.com/2017/04/nycs-newest-weapon-rats-sterilization/) a fait long feu. Ben, oui, c’était un projet irréalisable.

Pierre Falgayrac

 

Les rats souffrent-ils lors d’un empoisonnement aux anticoagulants ?

Cette question, et sa réponse, sont en jeu dans le bien-fondé de la pétition de Mme Benchetrit « Stoppez le génocide des rats », qui fait l’objet d’un précédent article de ce blog.

Commençons par préciser que les rats sont bien plus hémophiles que d’autres mammifères et que l’action des anticoagulants sur leur organisme n’est pas la même que sur des chiens ou des humains.

Poursuivons en exposant un trait comportemental des rats bien connu par ceux qui ont à faire avec eux (les dératiseurs, comme ceux qui en élèvent pour l’agrément ou le laboratoire) : une souffrance physique ou « psychologique » est toujours accompagnée de cris, dont l’intensité est liée à celle de la douleur ressentie (de petits gémissements à des cris suraigus).

Ce fait est manifeste lors de brèves luttes entre dominants et dominés (accès refusé à la nourriture, à une femelle en œstrus…), lors d’une capture dans un piège-nasse ou lors d’un pincement sévère, et non mortel, dans une tapette.

De mon expérience de dératiseur, confirmée par les clients que je rencontre lors de mes formations ou lors de salons professionnels, les rats empoisonnés aux anticoagulants (ou AVe) s’affaiblissent progressivement, se déplacent de plus en plus en plus lentement, s’alimentent de moins en moins, mais ne présentent aucun signe de souffrance autre que celui lié à un état de fatigue intense. En tout cas, il n’y a aucun signe de douleur.

Or, voici l’explication scientifique de l’intoxication par le Docteur Romain Lasseur, d’IZIPEST :

« Les Ave après s’être fixés dans le foie inhibent le recyclage de la vitamine K1 nécessaire à la bonne coagulation du sang. Néanmoins, l’individu (mammifère, oiseaux) dispose d’environ 4 jours de stock de vitamine K1 dans l’organisme. L’individu ne recyclant plus la vitamine K1 vit sur son stock pendant 4 jours.

Après 4 jours, la vitamine K1 venant à manquer (les apports extérieurs par la nourriture ne suffisent pas), la coagulation du sang (nécessaire au maintien de son état semi-solide semi-liquide) dysfonctionne, et le sang devient plus liquide et commence à sortir des vaisseaux pour aller remplir la cavité intra-péritonéale. L’organisme devant faire face à cette perte de volume sanguin, il rapatrie le sang périphérique pour soutenir les fonctions vitales (cœur cerveau poumon) et c’est donc au cinquième jour que les muqueuses se décolorent. Ensuite, l’animal ne pouvant plus faire face à cette hémorragie, il se met en veille (coma) avant de succomber.

L’animal meurt alors qu’il est dans le coma. Malgré un état de mal-être de l’animal avant d’entrer dans le coma, il n’y a aucun signe de souffrance de l’animal. »

Il n’est donc pas question d’hématome cérébral et des douleurs et pertes d’équilibre qui l’accompagnent chez les hommes,  puisque le sang descend dans la cavité intrapéritonéale qui entoure les viscères des rats. Que ce phénomène s’étale sur 4 ou 8 jours ne change rien au ressenti des rats.

Quant au coma, il est tout sauf douloureux. Je sais de quoi je parle, les médecins m’y ont plongé 5 jours pour m’éviter de trop souffrir après mon accident de moto.

En résumé, l’empoisonnement aux anticoagulants ne provoque pas de douleurs chez les rats et personne ne peut qualifier de souffrance leur état de fatigue croissant jusqu’au coma et la mort.

Je reprendrai ces éléments dans un prochain article pour Le Supplément Mensuel Technique de la Dépêche Vétérinaire, le magazine à comité de lecture pour lequel j’écris une série d’articles sur la biologie et l’éthologie des murinés.

Pierre Falgayrac

http://www.hyform.fr

 

 

Grippe aviaire: la prenons-nous par le bon bout ?

Wikipédia nous dit : La grippe (ou influenza) est une maladie infectieuse fréquente et contagieuse causée par trois virus à ARN de la famille des Orthomyxoviridae ( Myxovirus influenza A, B et C), touchant les oiseaux et certains mammifères dont le porc, le phoque et l’être humain.

L’influenza aviaire H5N8 provoque les dégâts que l’on sait dans les élevages de volailles du sud-ouest, tandis que le virus est également identifié dans la faune sauvage un peu partout en France.

Une recherche sur les communications scientifiques asiatiques fait apparaître des éléments totalement ignorés par le législateur français et ses experts, et les journalistes qui évoquent la situation.
Il s’agit, pour commencer, d’un article de 2009 intitulé « Fears of bird-to-rodent H5N1 relay » et écrit par Terry Mabett, en ligne ici : http://www.wattagnet.com/articles/559-web-exclusive-fears-of-bird-to-rodent-h5n1-relay
On y lit : « Des scientifiques gouvernementaux ont inspecté les fermes infectées et signalé des filets et des revêtements suffisants pour exclure les grands oiseaux migrateurs, mais pas les petits rongeurs comme les rats et les souris. Dans trois fermes, des dizaines de poulets morts se trouvaient dans les zones les plus éloignées des entrées de la coopérative, suggérant que les oiseaux sauvages n’étaient pas la source directe d’infection.
(…) Le professeur Toshihiro Ito, de l’Université Tottori, a déclaré au journal national Ashi Shimbun: « Il est possible que de petits rongeurs comme les rats emmènent le virus dans les poulaillers».

(…) Les rats et les oiseaux se mélangent librement autour des étangs, des lacs, des rivières et des réservoirs agricoles.

(…) Des recherches en laboratoire montrent que les virus H5N1 sont pathogènes pour les souris. Un isolat H5N1 de l’épidémie de Hong Kong de 1997 a montré des titres élevés de virus dans les poumons de souris infectées et a tué tous ceux inoculés. Les isolats de poulet de H5N1 se reproduisent à des titres plus élevés chez les rats que les souches de virus H5N1 provenant d’autres sources.
L’autre article, d’Andrew R. Dalby et Munir Iqbal, est « The European and Japanese outbreaks of H5N8 derive from a single source population providing evidence for the dispersal along the long distance bird migratory flyways », publié en 2015 ici : https://peerj.com/articles/934/.

Il y est rappelé que « des études ont montré qu’il (le virus) peut être transmis à des furets et des souris, et des anticorps ont été détectés chez les chiens domestiques (Kim et al., 2014 ). »

Après avoir indiqué que la source originelle de contamination est probablement unique (et sibérienne), les auteurs soulignent :
– « la plupart des cas récents se produisent près de la côte et dans les zones où il y a des lacs et des sites connus pour leur faune sauvage et les oiseaux migrateurs ;
– la Dispersion du virus par des voies de migration exige toujours qu’il y ait une infection relais pour que le virus de se propage sur de très longues distances migratoires (…) de sorte qu’il se propage parmi les oiseaux sensibles aux points de haltes migratoires, afin de fournir la prochaine étape dans la transmission. Ceci est observé avec la présence d’un nombre croissant de cas aux points d’arrêt, tels qu’au Pays-Bas. »
Et suggèrent :
– « (une) surveillance environnementale des échantillons de matières fécales dans les zones où les oiseaux migrateurs se rassemblent. »

Par ailleurs, on ne compte plus les cas d’élevages qui enchaînent abattages/ désinfection/ abattages / désinfection.

Comment se fait-il que le législateur qui, au nom du sacro-saint principe de précaution, impose des zones de « protection » de 3 et 10 km (sans tenir compte des reliefs et vents dominants), et des procédures d’abattages ubuesques (transports des volailles à abattre), n’ait toujours pas imposé :
– une recherche de la présence du virus sur la faune fréquentant les point d’eaux où se posent les oiseaux migrateurs ;
– la dératisation des élevages condamnés à l’abattage leurs pensionnaires ?

Faut-il rappeler comment a été découvert le mode de transmission de la peste ? En 1898, Paul Louis Simon, médecin militaire, place un rat sain dans une cage ou venait de mourir un rat pesteux. Le rat sain contracte la maladie alors qu’il n’avait pas été en contact avec son prédécesseur. P. L. Simon s’intéresse alors aux puces présentes dans la cage et découvre que ce sont elles le réservoir de la bactérie (alors qu’à cette époque la communauté scientifique doutait que les insectes puissent être vecteurs de maladies…). Cet exemple montre que les explications, et donc les solutions, ne se trouvent pas toujours là où règne la pensée unique (l’abattage des volailles et des oiseaux sauvages, par exemple).

L’impasse faite sur les souris et rats qui infestent bien des élevages contaminés par l’influenza est coupable.
Les études démontrant leur sensibilité au virus établissent le risque de contamination d’un local d’élevage. Il convient donc d’intégrer des opérations de dératisation aux process de décontamination des élevages infectés.

Des désinfections sans véritable dépeuplement préalable n’ont pas de sens, si ce n’est celui d’une gabegie…

Pierre Falgayrac