À propos de la norme EN 166-36

Cette norme européenne remplace donc feue la nationale NF 43-500, qui fait en son temps l’objet d’un précédent article de ce blog.

Autant dire d’emblée qu’il n’y a pas de différences fondamentales entre les deux et que les professionnels qui appliquaient déjà la NFU 43-500 n’auront pas trop de mal à passer à l’EN 166-36, car les principaux points qui ont évolué sont très faciles à mettre en œuvre : juste un peu plus de paperasse. Il s’agit en effet de :

–          La formation des techniciens, dont les critères des différents niveaux de compétences sont clairement détaillés, et dont le dispositif de formation est un bijou de maquillage, comme nous le verrons plus loin ;

–          La description d’une méthodologie professionnelle des traitements ;

–          Des « outils » de mesure de la qualité de la prestation fournie.

J’ai eu l’honneur de participer à l’élaboration de cette norme et d’avoir quelques-unes de mes suggestions de modifications retenues ; mais le dépouillement de ces suggestions pour finaliser le document s’est fait en une petite matinée, ce qui était notoirement insuffisant pour tout aborder. De l’art de prendre les contributeurs autres que M. le Président de la CEPA pour des minus habens. Qui doivent néanmoins s’acquitter de 90 € pour acquérir la norme…

En voici quelques extraits choisis pour leur intérêt pratique et, parfois, soulignés et/ou commentés par mes soins, (en italique et entre parenthèses). L’expression « En résumé » en début de phrase indique qu’il s’agit d’un résumé de l’article. Le signe « (…) » indique la suppression  phrases non indispensables à la compréhension.

3        Termes et définitions

3.9 Personne compétente

Gestion des nuisibles personne ayant suivi une formation et qui possède les aptitudes, les connaissances, les compétences pratiques et la responsabilité requises pour fournir des services professionnels de gestion des nuisibles

Note 1 à l’article : Les compétences requises pour chaque fonction sont spécifiées à l’Annexe A.

3.15 Gestion intégrée des nuisibles GIN

Prise en compte attentive de toutes les méthodes de lutte contre les nuisibles disponibles et, par conséquent, intégration des mesures appropriées qui découragent le développement des populations de nuisibles et maintiennent le recours aux pesticides et à d’autres types d’intervention à des niveaux justifiés sur le plan économique, et réduisent ou limitent au maximum les risques pour la santé humaine et l’environnement [SOURCE : FAO]

3.17 Surveillance

Processus consistant à maintenir une surveillance régulière propre à un nuisible sur une période de temps convenue et à conserver un enregistrement systématique des avancées vers un niveau défini ou des écarts par rapport à celui-ci.

3.21 Gestion des nuisibles

Mesures de toutes sortes comprenant l’évaluation des dommages, l’évaluation de l’infestation de nuisibles, l’utilisation de pesticides, la documentation et la prévention.

3.24 Prestataire de services professionnels

Entreprise, structure ou organisme privé(e) ou public(publique) constitué(e) d’une ou de plusieurs personnes possédant des qualifications, certifications ou contrats de licence spécifiques et bénéficiant d’une formation régulière, qui travaille conformément à une norme prescrivant des niveaux requis de connaissance et d’approche de service.

(À ce jour, il n’existe aucune filière de qualification dans les métiers des 3D…)

3.25 Utilisateur professionnel

(…) Personne qui reçoit une formation régulière et/ ou utilise/applique des pesticides au cours de ses activités.

Exemple : Un technicien ou un agent de terrain constituent des exemples d’utilisateurs professionnels.

3.28 prestataire de services

Entreprise, structure ou organisme privé(e) ou public (publique) constitué(e) d’une ou de plusieurs personnes, qui fournit des services (de gestion des nuisibles).

[SOURCE : Basé sur la définition du Guide CEN 15, adapté au domaine de la gestion des nuisibles.]

3.30 Personne techniquement responsable

Personne chargée de garantir la formation et les compétences des utilisateurs professionnels et leur conformité dans le secteur aux protocoles de services définis (incluant l’inspection, l’identification des nuisibles, l’évaluation des risques, la planification des services, l’évaluation des approches de services alternatives, la définition des conditions dans lesquelles les mesures de contrôle sont appliquées et la validation de l’efficacité des services).

(Donc, le « compagnonnage » de la NFU 43-500 perdure sous un habillage plus « honorable »).

4        Approche professionnelle de la gestion des nuisibles

Le prestataire de services professionnels doit :

–       Démontrer qu’il a suivi une procédure conforme à celle présentée à la Figure 1 ;

–       Démontrer que cette procédure est menée par des personnes compétentes remplissant une fonction comme décrit à l’Article 5 et dans l’Annexe A, qui doivent mettre en œuvre leurs connaissances dans leurs recommandations, propositions et pratiques quotidiennes ;

–      Élaborer et présenter un plan de gestion des nuisibles au client, qui tient compte des exigences déclarées, de l’impact et des risques associés à l’environnement propre du client individuel et qui englobe les procédures de prévention et/ou de contrôle nécessaires pour obtenir des conditions sanitaires et environnementales adéquates permettant d’éviter la prolifération de toute infestation ;

–       Mettre en œuvre, avec le client, les procédures de contrôle convenues et être en mesure de fournir des dossiers détaillés et des preuves de compétence de chaque étape réalisée dans le cadre de ces procédures de contrôle ;

–       Fournir un rapport sur le service exécuté et évaluer dans quelle mesure les objectifs identifiés dans le plan de gestion des nuisibles ont été atteints, ainsi que les recommandations d’actions à mener par le client pour assurer le maintien d’un environnement salubre après la fourniture du service.

5        Organigramme de service professionnel

5.1 Contact avec le client

En résumé, le professionnel doit établir un document indiquant les tenants et aboutissants de sa prestation. Reprendre la « fiche d’intervention » conforme à la NFU 43-500 et y ajouter les items déduits de ce qui suit.

5.2 Inspecter/évaluer le site

(…) L’évaluation doit fournir un diagnostic de la situation comme demandé par le client et doit comprendre :

o    La détection et l’identification des espèces de nuisibles ;

o    Une évaluation de l’ampleur de l’infestation et de la répartition des nuisibles ;

o    Une évaluation des facteurs contributifs locaux susceptibles de favoriser leur prolifération ultérieure ;

o    L’identification des mesures qu’il est nécessaire d’entreprendre pour atténuer les risques de prolifération de la contamination, d’infestation ou de réinfestation ultérieures ;

o    Une revue et une évaluation de l’efficacité des inspections, traitements et interventions antérieurs.

5.3        Évaluer l’infestation, identifier les nuisibles et réaliser une analyse des causes profondes

(…) L’évaluation doit fournir un diagnostic de la situation et doit au moins comprendre :

o    La détection et l’identification de toute espèce nuisible ainsi qu’une évaluation de l’ampleur et de la répartition de leur présence ;

o    L’identification du risque ou de la présence d’espèces/organismes nuisibles ;

o    Une évaluation des facteurs contributifs locaux susceptibles de favoriser leur prolifération ultérieure ;

o    L’identification des mesures préventives, y compris des actions correctives du client, nécessaires pour atténuer les risques d’infestation ultérieure ; en ce qui concerne les recommandations, une distinction doit être faite selon que le client est responsable de la réalisation d’une action corrective ou de la modification des pratiques locales ;

o    Une revue et une évaluation de l’efficacité des inspections, traitements et interventions antérieurs. Les situations dans lesquelles le client n’est pas parvenu à appliquer des recommandations antérieures considérées comme faisant partie de leur domaine de responsabilité doivent être particulièrement signalées et enregistrées, de même que l’impact potentiel sur le maintien de l’infestation actuelle.

5.4        Évaluation des risques pour le client et pour le site

(…) Lors du choix de stratégies de traitement alternatives (voir (6) de l’Annexe A), la société ou l’organisme chargé(e) de la gestion des nuisibles doit tenir compte :

o    De toutes les implications découlant des exigences liées à la nature et à la structure des locaux, à l’environnement et à l’emplacement, aux activités effectuées sur le site ;

o    De l’attitude du client vis-à-vis du risque (c’est-à-dire la nature des organismes nuisibles, la probabilité de présence et/ou de prolifération et une évaluation réaliste des conséquences potentielles qu’aurait cette présence sur le client) ;

o    De l’impact potentiel de l’intervention sur l’environnement et les espèces non cibles.

5.6       Définir un plan de gestion des nuisibles

(…) Les scénarios potentiels pourraient comprendre les éléments suivants :

  1. a) Pendant l’évaluation du site, aucune présence de nuisibles n’a été observée et l’environnement interne était correct (c’est-à-dire que les conditions ne sont pas favorables à la prolifération de nuisibles). Une vigilance périodique doit être poursuivie afin de maintenir les résultats du diagnostic ;
  2. b) Pendant l’évaluation du site, aucune présence de nuisibles n’a été observée, mais l’environnement interne ou l’environnement externe local est tel qu’il pourrait potentiellement faciliter le développement d’une infestation. Le prestataire de services professionnels doit tenir compte des éléments suivants et donner des conseils à cet égard :

1)   Les méthodes relatives à la structure et à la construction ;

2)   Les conditions d’hygiène/sanitaires et l’environnement actuels ;

3)   Les actions destinées à former le client et à enrichir son comportement ou ses pratiques ;

4)   Les méthodes de contrôle direct appliquées sur les nuisibles dans l’environnement externe immédiat.

  1. c) Pendant l’évaluation du site, la présence de nuisibles a été observée. Les opérations indiquées au point b ci-dessus doivent être réalisées, ainsi que des méthodes de contrôle direct sur les nuisibles à l’intérieur du site.

Lors de la définition des méthodes de contrôle appropriées, les principes de gestion intégrée des nuisibles doivent être suivis et tenir compte des stratégies suivantes ou des combinaisons de celles-ci, selon le cas, pour chaque espèce de nuisible identifiée :

o    Modification de l’habitat ;

o    Contrôle biologique ;

o    Contrôle physique ;

o    Contrôle chimique.

Lors de la sélection des méthodes de contrôle, les paramètres suivants doivent être pris en compte :

o    Risque pour l’environnement local ;

o    Potentiel de contamination des milieux environnementaux (par exemple sol agricole ou eaux de surface) ;

o    Potentiel d’empoisonnement primaire et secondaire d’animaux non cibles

5.7        Proposition formelle au client

(..) Elle doit comprendre, selon le cas, les éléments suivants :

  1. a) Le risque d’infestation sur le site (existence et probabilité d’accès) ;
  2. b) L’identification des espèces d’arthropodes, de rongeurs et d’autres vertébrés ayant été détectés dans le cadre de l’enquête ainsi que des informations sur ces dernières ;
  3. c) L’origine potentielle des espèces identifiées et leur emplacement dans le site ;
  4. d) L’évaluation du niveau de contamination/d’infestation des nuisibles et de l’ampleur de leur répartition sur le site du client ;
  5. e) Des conseils au client sur les risques potentiels associés à la présence de l’infestation ;
  6. f) Les facteurs qui influencent l’accès ou la prolifération des nuisibles incluant les conditions, les structures, l’hygiène sanitaire, les pratiques de travail du site local ; ceci garantit que des informations correctes sont fournies au propriétaire du site ;
  7. g) Une description de la stratégie de contrôle proposée et des détails sur les méthodes d’intervention, incluant, si nécessaire, des étapes supplémentaires pour restaurer des conditions salubres sur le site ;
  8. h) Une description de la stratégie de prévention proposée, avec des détails sur les méthodes et la responsabilité du client pour le suivi des tâches respectives en fonction des recommandations du prestataire de services ;
  9. i) Une évaluation de la nécessité de recourir à une aide extérieure (par exemple : nécessité pour les services municipaux d’accéder à un égout externe) ;
  10. j) Une évaluation des risques portant sur les implications de la stratégie de traitement et son mode de déploiement ;
  11. k) Les autres informations présentant un intérêt technique et pertinentes pour la spécification de la situation à ce stade, pour déterminer les mesures correctives environnementales urgentes, les opérations de contrôle technique de référence pour les actions futures, y compris les actions préventives à mener par le client ou le prestataire de services ;
  12. l) Un devis à faire signer par le client indiquant qu’il l’accepte et approuve la proposition.

(Un tableau Excel dérivé le la fiche NFU 43-500 fera donc l’affaire, j’y travaille)

5.8        Fournir le service convenu

En résumé, confirmer le contenu de la proposition formelle ci-dessus.

5.9        Gérer le site des déchets

En résumé, gérer les emballages vides (selon indications des étiquettes) et si besoin les cadavres d’animaux et leurs déjections. Voir le contenu de Certiphyto/ Certibiocide.

5.10 Enregistrement formel, rapport du service et recommandation au client

5.10.1 Enregistrement interne

En résumé, c’est le double de la proposition formelle.

5.10.2 Rapport du service et recommandation

(…) Le rapport doit comprendre les informations suivantes, sans toutefois s’y limiter :

o    Identification du prestataire de services ;

o    Nom et adresse du client ;

o    Confirmation de la fourniture du service convenu et élaboration de rapports sur les écarts éventuels ;

o    Date, heure et type de service fourni, incluant un enregistrement des produits utilisés et du domaine d’application ;

o    Toutes les recommandations d’actions à entreprendre par le client pour empêcher toute récidive ;

o    Période d’attente avant de pouvoir rentrer à nouveau dans la zone traitée, le cas échéant.

Donc, toujours dérivé de la proposition formelle.

5.11 Confirmer l’efficacité du service

En résumé, tout est dans le titre : la signature du client sur le document initial complété vaut « bon ».

5.12 Surveillance

(…) Le prestataire de services professionnels doit enregistrer le résultat de chaque visite, et lorsque des preuves d’activité de nuisibles sont découvertes, il doit proposer des interventions appropriées conformément à l’organigramme de services professionnels.

6        Compétences et exigences

6.1        Compétences

6.1.1 En résumé : Lecture, écriture, calcul, compréhension des étiquettes et de la demande du client. L’Annexe A décrit les compétences nécessaires pour chaque fonction.

6.1.2 (…) Disposer dans son effectif permanent (c’est-à-dire non occasionnel), d’une personne techniquement responsable chargée de superviser l’acquisition et le maintien des connaissances pratiques et théoriques ainsi que des compétences techniques nécessaires à la réalisation des activités de contrôle des nuisibles au sein de l’entreprise et à leur vérification.

6.1.3       (…) Garantir que les activités de formation et l’expérience professionnelle sont documentées et mises à jour en continu (…). Ce document doit être disponible sur demande.

6.1.4       Avant de démarrer la fourniture de tout service dans son secteur, le personnel doit participer à des cours de formation et de qualification spécifiques incluant une évaluation finale formelle destinée à vérifier leur compréhension et s’ils ont obtenu les niveaux de compétence décrits à l’Annexe A.

6.1.5       (…) Un journal de formation doit être tenu à jour pour indiquer que la formation a été réalisée, ainsi que les résultats de l’évaluation des compétences. L’enregistrement doit être conservé dans les dossiers de formation du personnel.

6.1.6   (…) Garantir que les personnes en formation pour remplir une fonction définie dans l’Annexe A doivent travailler sur la supervision directe de la personne techniquement responsable ou de la personne compétente désignée.

6.1.7       Le personnel doit connaître l’impact des stratégies disponibles sur les espèces cibles et non cibles.

6.1.8   (…) Garantir que les connaissances et les compétences de son personnel continuent à être pertinentes et actualisées en établissant un système de formation professionnelle continue et de formation destiné à la personne techniquement responsable et à chaque utilisateur professionnel. Cette actualisation des connaissances et des compétences doit s’effectuer lorsqu’elle est jugée nécessaire par la personne techniquement responsable et elle doit être passée en revue au moins tous les trois ans.

6.1.9   Au moins une fois par an, chaque utilisateur professionnel doit démontrer ses compétences professionnelles dans le cadre d’une évaluation réalisée par la personne techniquement responsable ou son mandataire à l’aide d’une combinaison de registres de formation, de visites du site et d’observation personnelle. Cette évaluation doit être formellement enregistrée. Après une insuffisance, la personne techniquement responsable doit être en mesure de démontrer qu’une intervention corrective a été menée et enregistrée dans le dossier personnel de l’utilisateur professionnel ou son journal de formation.

Autrement dit, un novice ou incompétent, dés lors qu’il travaille sous l’autorité de la « personne techniquement responsable » peut être considéré en formation professionnelle continue.

6.2  Gestion de l’équipement

En résumé, gestion technique et traçabilité de l’entretien des véhicules et équipements.

6.3  Fourniture et utilisation de pesticides

En résumé, choisir le biocide qui va bien pour le nuisible et l’environnement, et respecter les consignes des étiquettes – voir le contenu de Certiphyto/ Certibiocide.

6.4  Documentation et consignation

6.4.1 à 6.4.4 En résumé, traçabilité totale de la prestation, avec les documents qui vont bien, plans compris. Concrètement, la proposition formelle au client sera dérivée en plusieurs variantes.

               6.4.5 L’évaluation de l’enquête, si nécessaire, la cause profonde de l’infestation de nuisibles et les propositions/mesures à effectuer par le prestataire de services professionnels ou le client (par exemple, traitement supplémentaire, systèmes de surveillance supplémentaires, amélioration des structures, des procédés, de la manipulation).

6.4.6 En résumé, informer le client (ce que fera très bien la proposition formelle).

6.5 Assurance

En résumé, il faut une RCP.

7 Sous-traitance

En résumé, le sous-traitant doit se conformer à la norme, même s’il n’est pas certifié EN 166-36.

Figure 1

  Le tableau « A1  Compétences requises » s’étale sur 10 pages, il ne sera donc pas reproduit ici.

La « Personne techniquement responsable » doit maîtriser l’ensemble des compétences décrites, « l’utilisateur professionnel » aussi, sauf :

–       Définir le type de client, le problème de nuisible et le risque associé/ l’action prioritaire pour le type de client et les exigences spécifiques de son domaine d’activité (1.1) ;

–       Décrire les exigences clés de la législation/des règlements locaux et européens en matière de sécurité, d’environnement, de protection animale et de bien-être animal concernant les services de gestion des nuisibles proposés (4.4), pour laquelle seule une « sensibilisation » est exigée ;

–       Organiser un programme de travail continu en portant une attention élevée à : la surveillance des activités, la gestion des informations techniques, l’élaboration et à la collecte de données pertinentes et à leur communication et transmission rapides au client ; pour laquelle seule une « sensibilisation » est exigée ;

–       Définir une proposition formelle à l’attention du client (7.14) ;

–       Les compétences liées à la formation (13).

Concrètement, une entreprise satisfaisant déjà à la NFU 43-500 doit présenter des fiches de visites et d’inspection conformes à l’organigramme de service ci-dessus.

Ensuite, il suffit d’indiquer sur les cartes de visites, plaquettes commerciales, devis, contrats et factures : « Application volontaire de l’EN 166-36 ».

Je prépare un kit. N’hésitez pas à me contacter.

Pierre Falgayrac

http://www.hyform.fr

La lutte contre les nuisibles en IAA

(Article initialement écrit en 2009 et révisé en 2016)

OU COMMENT LA DÉSINFORMATION INTOXIQUE L’IAA

Il ne s’agit pas d’intoxication alimentaire, mais cela a un rapport.

La lutte contre les nuisibles (rongeurs, insectes, oiseaux) en Industrie Agroalimentaire (IAA) est une exigence des normes internationales régissant les échanges commerciaux, dont la finalité est ce qui retrouve dans nos assiettes. Les plus connues de ces normes sont l’AIB, l’IFS, le BRC et l’IOP.

Des auditeurs vérifient régulièrement si les IAA satisfont toujours la norme adoptée. La majorité des IAA sous-traitent les prestations de lutte contre les nuisibles à des entreprises de dératisation, désinsectisation et désinfection (3D). Sur le terrain, ce sont les Responsables Qualité (RQ) qui supervisent/contrôlent la bonne conduite du contrat de lutte contre les rats, souris, blattes, mites, triboliums, demestres, oiseaux, etc.

Notre système économique faisant que les grands travaillent avec les gros, une poignée de ces entreprises de 3D se partage l’essentiel du juteux marché que représentent l’IAA et la grande distribution, sa principale partenaire.

Oui, mais voilà, très peu de RQ, et encore moins d’auditeurs, ne sont qualifiés ou suffisamment formés pour comprendre ce qu’il se passe réellement quand les applicateurs 3D interviennent dans leur entreprise, ou les tenants et aboutissants d’un contrat de 3D. La plupart ne comprennent même rien aux « rapports de sanitation » remis par leur sous-traitant…

Témoignages de RQ ayant récemment assisté à une de mes formations

    • « Je ne comprends rien au fiches que l’on me demande de signer, mais du moment que je les ai, je suis tranquille en cas d’audit » (IAA « farinière »);

    • « J’ai la nette impression qu’on se moque de moi puisque je vois régulièrement des souris sur le site, alors que les fiches de passage indiquent qu’il n’y en a pas » (IAA fruits et légumes);

    • « L’auditeur était très content de voir la dizaine de postes d’appâtage le long de ce mur. Il a immédiatement coché « bon » pour le plan de lutte contre les nuisibles, sans rien vérifier d’autre, alors que nous avions pourtant des souris en zone de production » (IAA laitière);

    • « Ça fait douze ans que nous avons des mites, mais comme nous avons un contrat, des DEIV et des fiches de suivi corrects, les auditeurs nous notent bien » (IAA produits déshydratés).

C’est assez choquant, d’autant que les normes évoquées plus haut contiennent une quinzaine d’articles, dont onze en commun, sur la lutte contre les nuisibles; articles qui, s’ils sont parfois imprécis, ou au contraire directifs, N’IMPOSENT RIEN en matière de techniques de lutte.

Leur analyse met en lumière que certaines pratiques ou usages dans le milieu sont aberrantes, incohérentes, voire peu honorables.

Je veux parler du discours tenu par de pourtant « honorables » fournisseurs et prestataires « 3D » dans leurs plaquettes, magazines professionnels ou réunions d’information, où l’on lit et entend que les « exigences de l’IAA et de ses normes internationale obligent à utiliser certains types de matériel et interdisent tout poison en zone de production ».

Ce discours bien rodé et relayé par la majorité du milieu professionnel est ainsi parfois adopté à l’excès par des IAA elles-mêmes. Je viens de lire un document interne de bonnes pratiques d’hygiène (BPH) d’un grand nom français de l’IAA laitière, qui impose le « zéro toxique » en zone de production et d’emballage à toutes ses usines, s’appuyant sur une collaboration avec le prestataire 3D.

Et pourtant, jamais au grand jamais les normes AIB, IFS ou BRC-IOP n’exigent cela…

L’AIB dit: « Aucun appât toxique ou non-toxique n’est utilisé pour la surveillance à l’intérieur des bâtiments »;

et l’IFS: « La contamination du matériel de production et des produits par les appâts doit être évitée ».

Le BRC, quant à lui, ne dit rien du tout à ce sujet.

Sans parler de l’ISO 22000 qui ne demande rien d’autre que « la maîtrise des nuisibles », et de l’HACCP, qui est tout ce qu’on veut mais certainement pas une « norme », comme on le clame parfois à tort…

Le principal argument avancé est qu’il faut éliminer tout risque de contamination de la production, et qu’un rat ou une souris pourrait peut-être disséminer de l’anticoagulant là où il ne le faudrait pas…

Je fais le pari qu’une analyse micro biologique démontrera que même sans disséminer du poison, le simple passage de rats ou souris (qui ne se lavent généralement pas les pattes) est vecteur de contamination.

J’irai même jusqu’à oser penser qu’une petite colonie de rongeurs, qui ne risque donc pas d’être empoisonnée, est bien plus dangereuse qu’un jeune papa rat qui fait les courses pour son épouse et les enfants restés au terrier. « Courses » empoisonnées qui tueront toute la famille d’un seul coup, soit dit en passant…

Car c’est surtout dans cette situation que le risque de dissémination de « miettes » d’appât existe. Le reste du temps, le rat ne recrache pas ce qu’il a consommé sur le chemin du retour vers son terrier ou nid. Tout au plus peut-il laisser un peu de miettes ou reliefs de repas, comme nous, aux abords immédiats de son lieu de restauration.

Je passe vite sur les « appâts placebo », c’est à dire de la nourriture saine non empoisonnée, prônée par l’AIB et certains qui pratiquent (mal) la technique dite de l’appâtage préalable. Il s’agit d’habituer les rats à manger à un endroit, pour un jour les empoisonner (C’est une excellente méthode, plutôt difficile à maîtriser).

Que l’appât soit sain ou toxique, il s’agit toujours d’un « corps étranger » qui ne doit pas se mélanger à la production. La distinction toxique/non toxique est dés lors peu importante.

On voit donc fleurir chez les fournisseurs 3D des gammes de pièges mécaniques et nasses de piégeage, tous plus complexes et chers les uns que les autres. Les pauvres s’équipant avec des plaques de glu.

Le piégeage mécanique ou à la glu est une aberration. Si une colonie de rongeurs est en train d’infester les lieux, seule une minorité d’individus se fera piégée (le plus souvent des jeunes). Et le reste de la colonie évitera désormais tout ce qui ressemble et porte l’odeur de ce qui a provoqué les cris de douleur, puis la mort de compagnons. C’est un comportement des rats observé et connu depuis longtemps.

Le piégeage mécanique se justifie seulement dans le cas de rats dits « explorateurs », souvent solitaires le temps de trouver un nouveau territoire, ou de vieux rats proches de leur mort naturelle. Autrement dit, quand le risque est minime pour une IAA.

Dans le pur respect de l’esprit et la lettre des normes, j’affirme, preuves à l’appui, qu’il est possible de faire de la détection pertinente de présence de rongeurs, puis si besoin, des traitements courts avec appâts empoisonnés, avec un risque infime, voire nul, de contamination de la production.

Évidemment, cela ne se fait pas à coups de visites mensuelles… Tout en ne demandant pas plus de temps et d’argent qu’un contrat standard, où quantités de visites sont inutiles.

Passons aux insecticides. Quand « on » interdit d’appliquer des insecticides, même filmogènes (les « laques »), alors qu’on autorise de repeindre certaines surfaces, réalise-t-on qu’il y a incohérence?

Quand on interdit de traiter des chemins de câbles en hauteur, alors que pour appliquer de l’insecticide filmogène il faudrait d’abord les dépoussiérer, réalise-t-on qu’on laisse perdurer une zone sale, où se reproduisent sans arrêt mites ou triboliums, bien plus vecteurs de dissémination de poussières et germes que si on faisait le nécessaire pour un traitement insecticide raisonné?

Que les grands responsables des IAA qui interdisent formellement tout toxique en zone de production m’expliquent comment on peut s’y prendre pour se débarrasser du tribolium, qui se reproduit sans cesse depuis cinq ans, sans utiliser un minimum d’insecticide (qui peut être « bio », d’ailleurs)?

Bon, j’accorde des circonstance atténuantes à ces grands décisionnaires que je j’interpelle, car ils sont aussi victimes des « conseils » et « préconisations » de leurs sous-traitant. Les normes prévoient d’ailleurs ce rôle de conseil pour les entreprise extérieures. Or, je suis à jeun d’avoir constaté que les entreprises de 3D, ou leurs fournisseurs, aient fait une analyse critique et constructive des articles normatifs les concernant…

Je n’ai jamais lu, dans leurs plaquettes, publicités, communiqués et supports de conférence, de citations d’articles normatifs. Par contre, désinformations et approximations font flores.

J’ai aussi l’impression très nette d’une espèce de ronronnement et de routine prospère avec des pratiques « tape à l’oeil » (50 postes d’appâtage, dont 40 ne servent à rien et ne sont jamais vraiment contrôlé et maintenus, DEIV capturant une dizaine de moucherons ou moustiques/ jour et quasiment jamais de mites, qui sont la cible principale…), des systèmes informatisés « qui font joli » (alors qu’il s’agit d’usines à gaz opaques pour les non initiés)…

Je pourrai encore citer bien des exemples démontrant que l’IAA et les entreprises de 3D n’ont pas noué un partenariat constructif (cinq ans avec toujours autant de tribolium, ce n’est pas normal!), mais mon propos est plutôt de dénoncer des rumeurs infondées persistantes et des campagnes de désinformation, qui intoxiquent littéralement l’IAA.

Pourquoi se montrer plus royaliste que le roi, quand on est IAA, en empêchant un service interne ou un sous-traitant d’utiliser de manière raisonnée et sûre, des appâts empoisonnés ou de l’insecticide?

J’affirme qu’il est possible de se débarrasser totalement du tribolium ou de la mite (je cite ces deux cas car il s’agit de missions récentes), en mettant en œuvre des mesures et techniques en tout point conformes aux normes, même la plus contraignante (l’AIB).

Or, il se trouve que ces mises en œuvre sont à l’heure actuelle impossibles, du fait d’une lecture incomplète et d’une très mauvaise interprétation des textes normatifs, par une autorité incompétente en matière de lutte contre les nuisibles.

Conclusion classique , je me répète: Et pendant ce temps-là, les souris dansent…

Si NPI m’avait contacté pour leur dernier n° hors série consacré justement à la luytte contre les nuisibles en IAA, je leur aurai proposé une analyse synthétique de la petite vingtaine d’articles que les normes ont en commun sur la lutte contre les nuisibles, et une check-list en 13 points de l’expertise préalable à l’établissement d’un plan de lutte, dont voici les grandes lignes :

  • 1/  Prise en compte de l’environnement
  • 2/  Etanchéité des bâtiments
  • 3/  Protection des passages et cheminements de fluides
  • 4/  Dispositifs de protection et de lutte extérieurs
  • 5/  Protocoles d’examen des matières premières arrivantes
  • 6/  Protection des denrées stockées
  • 7/  Dispositifs de surveillance à l’intérieur
  • 8/ Amélioration de l’appétence des appâts placébos
  • 9/ Protocoles de traitements ponctuels
  • 10/ Formalisation du plan de lutte
  • 11/ Documents de traçabilité
  • 12/ Outils de management du plan de lutte

Pierre Falgayrac

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Les rats envahissent Evry

Cette info fait un buzz dans les organes de presse parisiens (Le Parisien, Le Figaro et Francetv info).
Les faits :

  • Il y a deux semaines, un camp de roms a été démantelé, c’est à dire
    que les occupant en ont été expulsés, puis que leurs abris ont été
    détruits ;
  • Il y a des travaux souterrains aux alentours ;.
  • Un quartier du centre ville se trouve infesté de rats : on y
    voit des rats vivants et des cadavres.


« Le problème des rats dans la ville aujourd’hui est certes aggravé par le démantèlement du bidonville qui a perturbé l’écosystème des rats. Mais il y a aussi toute une série de travaux, de constructions de logements. Des travaux de géothermie qui nécessitent de creuser en profondeur (..) qui ont aussi perturbé les rats et c’est à cela que l’on fait face en ce
moment »
, indique le maire Philippe Bouyssou.

Des opérations de dératisation sont d’ailleurs en cours (ce qui explique que l’on trouve des cadavres de rats ; donc il n’y pas de raisons de s’inquiéter, au contraire, même).
Les propos du maire sont de bon sens. Il donne une bonne explication de la prolifération soudaine des rats.
Mais comment aurait-on pu éviter cette situation ?

Tout simplement en organisant la dératisation du camp de roms après l’expulsion des occupants, et avant la démolition des abris. Car c’est bien le démantèlement du camp qui a
chassé les rats qui y étaient installés.

Il se passe le même phénomène qu’après le démantèlement des Halles Baltard : Les rats qui y vivaient se sont répandus dans les quartiers alentours, et cela a duré quelque semaines (nous
consacrons d’ailleurs un chapitre de notre premier livre « Des rats et des hommes » à cet
événement).

Il serait grand temps que les Services d’Hygiène Communaux intègrent la gestion des populations murines à l’occasion de démantèlement de squats ou camps, et de travaux de creusement planifiés, en organisant des dératisations au bon moment Après un nettoyage de camp ou de squat, des rats privés de leurs sources de nourriture habituelles accepteront facilement les appâts empoisonnés de dératiseurs. Après une semaine de traitement suivi,
les opérations de démolition/ réhabilitation peuvent avoir lieu.

Quand aux travaux d’excavation programmés, ils doivent être précédés d’une campagne de dératisation des égouts et des caves environnantes. Pendant les travaux, la propreté urbaine des environs immédiats doit être irréprochable (afin de ne pas offrir de nourriture aux rats). La pose de boites d’appâtage sécurisées, en nombre suffisant et en des endroits susceptibles d’être fréquentés par les rats, complétera ce dispositif de lutte.

Dans les deux cas, les dératiseurs seront affairés plusieurs jours, car il faut suivre les consommations (ou non consommation) d’appâts. Il ne s’agit pas de « poser quelques boites et puis s’en va »…

Encore une fois, la connaissance de la biologie et de l’éthologie (comportement) des rats est la base d’une bonne stratégie de dératisation. Or, ce ne sont pas des choses que l’on apprend lors
de la certification Certibiocide, obligatoire pour les professionnels…


Pierre Falgayrac

L’effet de bulle dans le secteur des 3D


L’effet de bulle économique désigne le comportement irrationnel d’un marché, dont les prix augmentent excessivement par rapport à la valeur réelle des choses. L’issue inéluctable est l’effondrement brutal des cours : L’explosion est suivie d’une implosion.

Les exemples récents les plus connus sont la bulle Internet de la fin des 90’, et la crise des subprimes en 2007.

Parmi les multiples facteurs déclenchant un effet de bulle économique, il y a les « mimétismes euphoriques collectifs » : Tout le monde veut sa part du gâteau et se lance frénétiquement dans l’arène.

Pourquoi évoquer ce phénomène en rapport avec notre profession ? Parce qu’il s’agit d’une
profession récente (la première organisation syndicale, la CS3D, a été fondée en 1946), à la structure atypique : 1% des entreprises comptant plus de trente salariés réalisent 50% du
Chiffre d’Affaire, alors que 30% des entreprises en réalisent seulement 1%.

Il est évident que cela va évoluer, car cette structure ne respecte pas la loi de Pareto (20% des entreprises réalisent 80% du CA et 80% des entreprises réalisent 20% du CA). De plus, cette profession est une des rares (la seule ?) à n’avoir pas de formation initiale, donc pas de diplômes professionnels ; ce qui ne l’empêche pas d’avoir une certification agrico-urbaine…


Jetons un œil dans le rétroviseur

Le métier d’origine, au moyen âge, est celui d« écorcheur de vilaines bêtes ». Cela consistait à tuer et sortir de la ville les rats, chiens et chats errants, malades ou morts. Il se pratiquait avec divers outils tranchants ou contondants, un fouet et, si besoin, une charrette.

Autant le traitement des chiens et chats était relativement simple, autant celui des rats nécessitait la connaissance de leurs mœurs et modes de déplacements, et une grande habileté pour les piéger ou les tuer d’un coup de fouet.

La découverte de la bactérie pesteuse par Alexandre Yersin, en 1894, et de son mode de transmission par les puces du rat noir, par Paul Louis Simond en 1898, déclenchèrent des études sur les rats et leurs puces dans le monde entier, et des campagnes de lutte dans
toutes les grandes villes d’Europe, du Japon, et des USA.

Tout le monde ne pouvant pas devenir chasseur de rats du jour au lendemain, divers artisans et industriels développèrent des dispositifs de piégeage et des poisons raticides. Leur goût
désagréable rendait difficile la fabrication d’appâts réellement attractifs.

Parallèlement, les progrès de l’industrie chimique permirent de développer des désinfectants et des insecticides (car pendant longtemps la communauté scientifique doutait que les petits
arthropodes puissent être vecteurs de maladies…). Les produits, très toxiques, sentaient fort.

Du début du XXème jusqu’à la seconde guerre mondiale, la gestion des déchets est prioritaire, suivie des techniques de prévention que sont le « ratproofing » et le « noratland » ; Il s’agit
d’aménager :

–          Les locaux, pour les rendre aussi étanches et inhospitaliers que possible aux
rongeurs, et

–          Leurs abords immédiats, en périphérie, qui sont dégagés et plats sur
quelques mètres.

Les choses ont évolué après la seconde guerre mondiale. L’apparition des anticoagulants pour la dératisation, et des organochlorés pour la désinsectisation, changèrent considérablement
les pratiques professionnelles : il était plus facile de concevoir des appâts rodenticides vraiment attractifs (les anticoagulants n’ont quasiment pas de goût), et de faire des hécatombes de blattes, puces et punaises des lits. L’avènement des pyréthrinoïdes dans les 70’ accentuèrent la tendance, puisqu’ils sentaient peu et étaient moins toxiques pour l’homme que les organochlorés.

Le métier devenait plus facile et la profession des 3D connu un fort développement, essentiellement avec des TPE et une minorité de PME qui, pour l’essentiel, posaient des boites
d’appâtage et pulvérisaient, point… En se souciant de moins en moins de ratproofing et de zones de noratland. C’est ainsi que peu à peu s’est perdue la culture du rat et de la
souris chez les applicateurs (les énormités que l’ont peut lire sur bien des sites Web de professionnels en témoignent), et que sont apparues des souches de rongeurs et d’insectes
résistant aux produits biocides…

Au milieu des années 90, le DAPA, prévu à l’origine pour préserver le pré carré des professionnels des 3D, a été obtenu par tous les chefs d’agences des grands groupes du nettoyage, qui se lancèrent sur un plan national, dans le métier. C’était en quelque sorte l’effet inverse de ce qui était implicitement recherché. Il faut dire que le DAPA ne comportait rien sur la
connaissance des nuisibles et les techniques de lutte : seulement de la réglementation… Dans la foulée, beaucoup de PME et TPE du nettoyage et des espaces verts ont suivi le mouvement
et font aujourd’hui partie du paysage professionnel des 3D.

Le mouvement s’est accentué au milieu des années 2000 avec l’arrivée d’une franchise nationale spécialisée à l’origine dans le nettoyage des VMC.

Et tout récemment, l’apparition de produits et dispositifs « grand public » sécurisés (règlementation biocides oblige), a vu une entreprise de services spécialisée dans la
location de linge et la gestion des consommables sanitaires, se lancer dans les 3D en toute légalité après avoir fait passer le Certiphyto à ses employés.

Une bulle serait-elle sur le point d’exploser, avec l’avènement officiel d’un métier de strict
« poseur de boites et puis s’en va », à l’opposé total de ce qu’il était à l’origine ? Quel « poseur de boites et puis s’en va » serait capable de tuer une trentaine de rats par jour avec un fouet, comme le faisaient encore des dératiseurs de l’entre-deux guerres ?

La situation est limpide : Des clients qui n’ont pas de problèmes de nuisibles peuvent s’offrir un plan de lutte obligatoire « à pas cher », mais se trouveront fort démunis lorsqu’une infestation avérée surviendra ! Car il y a une différence entre poser des boites contre un mur et sous
des meubles « pour respecter des normes », et traiter une infestation de souris. Seuls des applicateurs ayant la culture du nuisible, donc bien informés de sa biologie et des problèmes de
concurrence alimentaire posés, peuvent réaliser un traitement efficace et sécurisé. Ce qui n’a rien à voir avec le remplacement des rouleaux de papier toilette et des bobines essuie-mains…

Enfin, il est temps d’arrêter de se voiler la face : Il est un fait que blattes, souris et rats prolifèrent chez bien des enseignes commerciales prestigieuses, malgré des contrats de
sanitation passés avec de grands noms du secteur des 3D. Une politique de communication basée sur le sempiternel « nous faisons traiter par une des meilleures entreprises certifiées » ne pourra pas longtemps cacher la réalité à des clients de plus en plus sourcilleux sur les questions d’hygiène, surtout avec des Smartphones qui photographient et filment…

En résumé, les effets pervers de la facilité d’emploi des anticoagulants et des pyréthrinoïdes, et la vacuité d’une règlementation hors sujet, ont généré, au plan européen :

–    Des applicateurs loin d’être aussi qualifiés qu’on aime à
le penser ou le présenter ;

–    Des pratiques professionnelles responsables de l’apparition de
souches de nuisibles résistants aux biocides (conséquence de ce qui
précède) ;

–    Des plans de lutte irrationnels (beaucoup de dispositifs inutiles), dans
l’agroalimentaire notamment ;

–    Le désamour des instances européennes pour les biocides.


Le métier doit changer


L’évolution de la règlementation et la réduction des matières actives disponible contraignent le métier à se recentrer sur les fondamentaux historiques : Prévention et dissuasion (ratproofing) d’abord, traitement raisonné en dernier lieu.

Proposer d’aménager les locaux des clients en ratproofing nécessite des compétences en petite maintenance (ou bricolage, pour parler « terrain ») : Pour colmater des accès possibles, vérifier/ réparer l’étanchéité des bâtiments, installer des moustiquaires, poser ou réparer des plaques et grilles d’acier, protéger/ équiper des locaux de containers à déchets, installer des générateurs d’ultrasons…

Connaître des techniques d’entretien d’espaces verts et de petite maçonnerie permet d’implanter des zones de noratland et de maintenir des extérieurs nets, qui dissuaderont les
rats de s’y aventurer et encore moins de s’y installer.

Par ailleurs, maîtriser des techniques de nettoyage permet de proposer à certains clients négligents de procéder d’abord à un nettoyage des lieux, avant la mise en place d’un
ratproofing et/ou d’un traitement par gel et pulvérisation (qui sont d’autant plus efficaces et rémanents qu’ils sont appliqués sur des surfaces propres).

Les prestataires 3D ont aujourd’hui un intérêt vital à « aller vers » le multiservices, sur le modèles des entreprises de nettoyage et multiservices qui sont « allés vers » les 3D dans les 80’ et 90’.

Enfin, le recours aux techniques d’application raisonnées des biocides permet de réaliser des économies substantielles (4 à 5 fois moins de produits consommés chez certains), et expose
d’autant moins les applicateurs aux dangers et risques des substances toxiques.

Nous pensons que dans les années qui viennent, les plus importantes sociétés de 3D devraient perdre des parts de marchés au profit de PME et TPE plus réactives pour former leurs applicateurs aux techniques de ratproofing et d’application raisonnée de biocides. La profession se rapprocherait donc d’une structure Pareto (80/20).

A court terme, il conviendra d’expliquer aux clients les pourquoi et comment des stratégies de ratproofing et d’applications raisonnées de biocides ; il faudra leur désapprendre les alignements inutiles de boites d’appâtage le long des murs, leur démontrer que la pulvérisation raisonnée est une solution universelle et complémentaire de l’application de gels…

En l’espèce, les organisations syndicales auraient un important un rôle de communication à jouer auprès du public et des mondes de l’entreprise et de l’enseignement…
C’est qu’il faudrait « contrer » les émissions polémiques des majors de la télé et rectifier les
discours incohérents trouvés sur le Web (y compris sur des sites d’entreprises de 3D…), car une dynamique d’information sur les nuisibles urbains (et les pros qui s’en occupent mal…) s’installe progressivement qui, à terme, devrait contraindre de « gros » clients soucieux de leur image à se tourner vers des prestataires moins connus mais plus efficaces.

Ce que les grands argentiers d’entreprises ne doivent pas oublier, c’est que l’hygiène publique n’est pas une simple équation comptable. La surinformation/ désinformation de la télévision et du Web, en matière de rongeurs et arthropodes nuisibles, montre que les peurs de nos contemporains sont irrationnelles et dues à leur inculture du monde des petites bêtes. A terme il ne sera plus possible de prospérer économiquement sur ce malentendu, car il se résorbera bien un jour.

L’exemple de la « découverte des microbes » par Pasteur le montre bien : dans les décennies qui ont suivi, l’hygiène des personnes et des locaux n’a cessé de progresser. Il en sera un jour de même avec les nuisibles urbains et les méthodes de lutte/ régulation. Surtout si les organisations syndicales prennent le problème de la communication à bras le corps.

Il y a urgence, car un effet de bulle est en cours !


Pierre Falgayrac

http://www.hyform.fr

Les rats sont-ils vraiment altruistes ?

Et on remet le couvert avec les rats
« altruistes » !

http://www.sciencesetavenir.fr/animaux/20150518.OBS9107/les-rats-ces-altruistes-toujours-prets-a-secourir-un-comparse-en-danger.html

L’étude originale est ici :
http://link.springer.com/article/10.1007%2Fs10071-015-0872-2

Il s’agit de duos de rats : un placé dans un box rempli d’eau et risquant la noyade et un « sauveteur » dans un box au sec, qui doit manipuler un verrou pour ouvrir à son collègue nageur. Un choix est parfois à faire entre des friandises et l’ouverture du verrou.

Bref, une mise en scène de cirque qui aboutit à des résultats « enthousiasmants », comme
d’habitude : la majorité des rats sont altruistes !

Cette étude est un quasi copié-collé de celle de Ben-Ami Bartal, Jean Decety et Peggy Mason, citée et commentée dans la même revue en décembre 2011 :
http://www.sciencesetavenir.fr/fondamental/20111209.OBS6359/les-rats-liberent-leurs-camarades.html

Ces deux études permettent surtout de confirmer les capacités cognitives des rats, très largement exploitées par Gunter Sackman pour ses spectacles de cirque :
http://www.dailymotion.com/video/xcao1w_spectacle-des-rats-et-ragondins-201_animals

Par ailleurs, une lecture des ouvrages de Vinciane Despret (« Penser comme un rat » – QUAE 2009 et « Naissance d’une théorie éthologique » -Empêcheurs de penser en rond 1996) permet de porter un regard critique sur ces expériences, qui ressemblent par certains aspects à celle de Robert Rosenthal avec ses rats « idiots » et « intelligents » (en fait, tous les mêmes) confiés à des étudiants : ce sont les manières dont les étudiants manipulaient les rats qui généraient des « intelligents » et des « idiots »…

Et Mme Despret d’écrire « Seuls des expérimentateurs absolument neutres ou indifférents peuvent garantir des rats tout aussi neutres, des rats indifférents à la manière dont ils ont été traités. Ce qui, vous conviendrez, se base sur un présupposé aussi absurde que simpliste – que les rats sont indifférents à l’indifférence. »

Tous les rats de l’expérience étant familiers des scientifiques qui les nourrissent, et certains rats
ayant fait l’objet d’un apprentissage pour l’ouverture d’un verrou, personne ne peut assurer que
les résultats de l’expérience représentent une découverte ou une avancée dans la connaissance de l’éthologie murine.

Nous lisons d’ailleurs : « Alors, capacité d’apprendre par l’observation ou preuve d’empathie ? Les scientifiques n’excluent aucune piste. ».
L’observation des rats sauvages permet sans aucun doute d’éliminer l’empathie.

L’étude de MM. Robitaille, Bovet & Field «  Observations on the social behavior of the
Norway rat
 » (Biol Behav – 1976) montre en effet que la vie des rats sauvages n’a rien à voir avec les Bizounours et le quotidien confortable et doré de leurs cousins de laboratoire
qui, rappelons-le, seraient infichus de survivre plus de deux heures dans un égout ou sur une berge de rivière.

Bref, encore une étude qui nous en apprend davantage sur les chercheurs (ceux-là sont « vicieux », donc…) que sur les rats.

Pierre Falgayrac,

Auteur des livres « Des rats et des
hommes
 »
(Éditions Hyform 2013) et « 
Le grand guide de lutte raisonnée
contre les nuisibles urbains
 » (Éditions Lexitis 2014), disponibles ici

Les rats récompensent-ils leurs congénères pour leur générosité ?

’est le sujet, et la conclusion, d’une étude menée par Vassilissa Dolivo et Michael Taborsky, de l’Université de Berne, en ligne ici :

http://rsbl.royalsocietypublishing.org/content/11/2/20140959.

Le postulat qui cadre l’étude : « Un facteur qui influence la motivation de l’Homo sapiens pour la réciprocité dépend de la valeur estimée de l’aide reçue. Mais jusqu’à présent, il a été
difficile de déterminer si d’autres espèces fondent aussi leur décision de coopérer sur l’appréciation de la qualité de l’aide reçue
 ».

Et nos chercheurs de préparer une colonie de rats de laboratoire à cet effet (les
mêmes qui sont incriminés pour discréditer l’expérience du Dr Séralini sur la consommation d’OGM).

Les résultats semblent concluants, puisque les chercheurs précisent que leurs « données montrent que la propension d’un rat à restituer une aide semblable à celle reçue dépend, en effet, de la l’appréciation de l’aide précédente du partenaire. (…) Les rats apparemment estiment le bénéfice obtenu pour ajuster leur niveau d’aide en retour. (…) Ils aident préférentiellement les coopérateurs plutôt que les autres (non coopérateurs).

Notons la prudence de MM. Dolivo et Taborsky dans la formulation leurs
conclusions : il leur « semble »,« apparemment »… Bien leur en prend !

Un coup d’œil sur les prestations de Gunter Sacckman Jr : https://www.youtube.com/watch?v=89w2iO5id2c montre que les capacités d’apprentissage des rats sont
considérables.

Par ailleurs, une lecture du livre de Vinciane Despret (« Penser comme un rat », éditions Quae) éclaire d’une lumière très vive la vacuité des expériences de comportement sur les rats de laboratoire. Citations : « Seuls des expérimentateurs
absolument neutres ou indifférents peuvent garantir des rats tout aussi neutres et indifférents à la manière dont ils sont traités. Ce qui, vous en conviendrez, se base sur un présupposé aussi absurde que simpliste – que les rats sont indifférents à l’indifférence.
 » « Les rats répondent à une autre question que celle qui leur est posée ».

Cette expérience nous en apprend en effet davantage sur l’équipe de chercheurs
et ses motivations que sur les rats : cela fait des décennies que l’on sait que les rats de laboratoires font ce qui est attendu d’eux…

Quand-est-ce qu’un chercheur se résoudra à lâcher une colonie de rats de laboratoire sur un trottoir afin d’évaluer leurs capacités à s’adapter à la vie sauvage, donc à évaluer leur potentiel de « vrais » rats ? Nous parions qu’ils ne survivraient que quelques heures, pour les plus forts d’entre eux…

Bref, encore une expérience creuse et non signifiante qui fait un petit buzz. Ah ! Que le Web est merveilleux : On y trouve tout et son contraire, ce qui, en l’espèce, n’arrange pas le niveau d’inculture de notre société sur la gent murine.

Au moins, avec ce genre d’expérience, il n’y a pas matière à modifier le chapitre sur les rats de laboratoire dans notre premier livre (disponible ici).

 Pierre Falgayrac

http://www.hyform.fr

À propos de l’étude sur les gerbilles, les rats et la peste

Ces jours-ci, une étude sur les rats et gerbilles fait un buzz mondial.

Elle est ici : http://www.pnas.org/content/early/2015/02/20/1412887112.abstract

En résumé :
L’examen de 7.711 épidémies de pestes documentées entre 1347 et 1353 correspondent à un printemps chaud et un été humide en Asie, 15 ans plus tôt.

Nous avons d’ailleurs droit à un beau dessin :

Blog de hyform : HYFORM, le blog, A propos de l'étude sur les gerbilles, les rats et la peste

Cette étude est une tartufferie creuse comme seul le Web est capable d’en
générer.

Ces chercheurs font fi de ce que d’autres scientifiques bien plus rigoureux ont
publié sur le sujet. Voir notamment http://www.pathexo.fr/documents/articles-bull/T92-5b-1963-PLS11, un article de Florence Audouin-Rouzeau, autrement mieux documenté et argumenté.

Pour faire bref:

1/ La biologie de la gerbille est incompatible avec le milieu urbain, qu’il soit médiéval ou contemporain (les épidémies de peste du moyen âge se sont essentiellement développées dans les villes);

2/ Supposer que les gerbilles aient d’abord contaminé les rats noirs (rattus rattus), qui seulement ensuite auraient contaminés les hommes est grotesque : dans quel biotope les deux rongeurs pouvaient-ils se côtoyer pour échanger leurs puces, qui sont seules porteuses de la bactérie Yersinia pestis ???? Gerbille et rat noir ont des biologies très différentes : l’une est une robuste campagnarde, alors que l’autre est un strict commensal urbain frileux, au centre et au nord de l’Europe et de l’Asie.

Seule l’hypothèse que les chameaux aient fait le « lien » entre les deux rongeurs est évoquée: C’est à dire que les puces de gerbilles auraient d’abord migré sur les chameaux, puis ensuite sur les rats. Or, aucune expérimentation du phénomène n’a été faite… Et pour cause, ce que l’on sait de la migration des puces pesteuses  contredit l’hypothèse « chameaux » : c’est la mort (par peste) de leur hôte principal qui les incitent à chercher un hôte secondaire. Or, il n’est pas connu que des chameaux aient succombé en grand nombre à la peste, là où proliférait le rat noir…

3/ Établir un « temps d’incubation » de 15 ans ne signifie rien. C’est bien moins rapide que la vitesse d’une caravane de la soie ou d’une campagne militaire. Or c’est
forcément au cours des flux migratoires, commerciaux et guerriers que les rats noirs, commensaux, ont proliféré, et la peste avec eux. De l’art de se persuader d’un lien de causalité qui n’a rien d’évident et de logique.

Une forêt de chiffres (densités de gerbilles et de puces) cache ce qui est absent et
essentiel
: comment les puces des gerbilles passent-elles sur les rats?

Cette étude nous fait penser aux recherches obstinées de G. Blanc et M. Baltazard
(1945) tendant à démontrer que les puces et poux de l’homme sont des vecteurs potentiels de la peste : ils n’ont convaincu personne sauf eux-mêmes. Mme Audouin-Rouzeau a d’ailleurs contredit leurs conclusions dans son livre « Les chemins de la peste, le rat, la puce et l’homme » (éditions Texto 2007).

La lecture de ce livre est recommandée pour mieux juger l’étude dont nous
parlons.

Pierre Falgayrac

http://www.hyform.fr

À propos de La thèse de Mme Mourier Agnès, « Lutte intégrée contre deux insectes synantrophes Blatel


La thèse de Mme Mourier Agnès, « Lutte intégrée contre deux insectes synantrophes Blatella germanica et Cimex lectularius – apports de l’écologie scientifique pour le conseil à l’officine » est en ligne ici.

Comme d’autres thèses lues récemment sur la lutte contre les rongeurs et arthropodes commensaux, celle-ci est un trop plein de biologie et bio-écologie qui laisse la portion congrue aux techniques pratiques de lutte.

Passons aussi rapidement que l’auteure sur les nuisances réelles des blattes et punaise des lits, qui sont soit potentielles, soit bénignes, pour nous attarder, donc, sur les techniques de lutte.

Pour les blattes, c’est un énuméré de lieux communs théoriques irréalistes (« éliminer les cachettes et toute sources d’humidité, scellage des points d’accès »…) et de désinformations :
Affirmer que « les sprays seuls sont inefficaces » et préconiser l’utilisation de pièges est irresponsable ! Jamais au grand jamais des pièges à glu, même en grandes quantités, ne sont venus à bout d’une infestation.

Par contre, un applicateur qualifié qui travaille en raisonné, selon les méthodes exposées dans notre livre « Le grand guide de lutte raisonnée contre les nuisibles urbains » (éditions Lexitis 2014 – disponible ici ), c’est-à-dire en utilisant conjointement gouttes de gel et pulvérisations parcimonieuses, peut fort bien venir à bout d’une infestation en une intervention, en utilisant très peu d’insecticides et en ne perturbant pas la vie des occupants des lieux.

Quant aux appâts en gel qu’il est recommandé « d’utiliser en première intention », c’est de la désinformation pure. Il est tout à fait possible de traiter un restaurant, par exemple, exclusivement avec du gel, avec un résultat probant : Élimination totale des blattes.

Nous ne voyons pas du tout l’intérêt d’évoquer la poudre de diatomées et l’acide borique, complètement « hasbeen » en matière de désinsectisation et ne comprenons pas la saillie contre les insecticides biologiques, qui « ne sont pas recommandés », car justement ils
ont, forcément, leur utilité dans le cadre d’une lutte globale.

Quant au couplet sur la résistance des blattes et punaises aux insecticides, il trahit des lacunes dans la connaissance du phénomène. Pour faire simple, l’application d’une unique famille d’insecticide provoque l’apparition de souches totalement résistantes en une dizaine d’années.
L’alternance de familles différentes d’insecticides (par exemple néonicotinoïdes et  pyréthrinoïdes) suffit à contrer ce phénomène. C’est aussi simple que cela. L’auteure
évoque bien d’alterner des familles d’insecticides pour les appâts, mais elle ne va pas au bout de son raisonnement avec les « sprays ».

Nous nous demandons si le chapitre (nous avons failli écrire « la chimère ») sur la lutte biologique avec les scutigères, geckos, hérissons, scorpions, guêpes et autres
champignons entomopathogènes doit être pris au sérieux…

Bref, il n’y a rien de solide en matière de lutte intégrée contre les blattes puisqu’une énumération de lieux communs, de désinformations et de chimères ne justifient pas d’avoir
fait une impasse grossière sur l’application raisonnée des insecticides, la seule solution viable et compatible avec un développement durable.

Pour la punaise des lits, nous avons bien entendu droit à un long exposé biologique et un traité médical avant d’aborder les techniques de lutte. Là, nous passons en revue les différents pièges que recense le Web, les chiens détecteurs et les luttes mécaniques que sont le lavage en machine, l’aspirateur, la cryogénie, la vapeur et la chaleur ; avec trois impasses
monumentales qui démontrent que l’auteure ne maitrise pas le sujet.

D’abord, vu la biologie particulière de la punaise des lits, une lampe frontale et une loupe sont nécessaires pour repérer les traces de présence et les lieux de refuges. C’est ce qui permet de n’appliquer le traitement insecticide que là où c’est utile et de ne pas indisposer les occupants des lieux.

Ensuite, il est tout à fait possible de n’utiliser aucun insecticide en faisant le choix de la vapeur. Tuer les punaise vivantes se fait en plus ou moins une seconde et les œufs sont cuits lorsqu’ils virent du gris au jaune.

Et pour finir, l’aspirateur doit être traité à l’insecticide pour tuer les punaises vivantes et les
œufs aspirés (voir notre livre « Le grand guide de lutte raisonnée contre les nuisibles urbains », au chapitre « l’aspirateur, outil complémentaire de désinsectisation »).

Quant à un traitement raisonné avec insecticide, il se réalise avec un insecticide micro encapsulé (pour que les punaises s’empoisonnent mutuellement)), appliqué là où sont repérés
les traces de passage et refuges et, bien sûr, les punaises vivantes. Pour donner une idée de la quantité d’insecticide pulvérisé en raisonné dans une chambre faiblement infesté, le temps
total de pulvérisation est de moins d’une minute.

Un détail qui a son importance : le traitement d’une faible infestation dans une chambre à coucher exige au minimum une heure de travail méticuleux ; nous avons bien écrit « au minimum une heure de travail méticuleux ». Le long exposé sur la biologie de Cimex Lectularius permet de comprendre pourquoi…

Le couplet sur le recours nécessaire aux professionnels pour traiter la punaise est déplorable vu le sujet de la thèse. Il y a de telles disparités chez eux que les recommander « génériquement » est irresponsable : très peu savent traiter la punaise avec zéro insecticide ou en raisonné (avec très peu d’insecticide).

Bref, pour une thèse de doctorat qui s’intitule « Lutte intégrée contre deux insectes synanthropes Blatella germanica et Cimex lectularius », nous avons un bel emballage (beaucoup de texte et de belles photos) avec une étiquette accrocheuse, mais rien de bien intéressant en matière de techniques de lutte, car non seulement rien de nouveau ou de
novateur n’est exposé, mais sont totalement ignorées les techniques de lutte raisonnée.

Rassurons-nous, cela n’a pas empêché Mme Agnés Mourier d’obtenir son doctorat en pharmacie.

Pierre Falgayrac

http://www.hyform.fr

Les rats de New-York en concurrence avec les fourmis


Décidément, la ville de New-York est affairée avec les rats ces derniers temps. Voilà que des chercheurs les ont mis en concurrence avec des fourmis pour l’élimination des déchets comestibles des trottoirs.

L’étude complète, qui s’intitule « Habitat and species identity, not diversity,
predict the extent of refuse consumption by urban arthropods
 » est en ligne ici :
http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/gcb.12791/full
.

L’expérience a porté sur les arthropodes présents dans 59 des espaces verts et bandes enherbées, au milieu des grandes avenues, de la ville.

Cette étude a le mérite d’être complète et a été sérieusement menée. Il a d’abord été posé au sol des déchets alimentaires tels qu’ils se présentent habituellement grâce à l’incivisme des citadins.

Dans un second temps, ces déchets ont été « encagés » pour n’être accessibles qu’aux seuls arthropodes (et pas aux rongeurs). Il a été mené une campagne avec des miettes et
reliefs de repas normaux, puis avec des plats entiers (issus du commerce de la restauration rapide).

Il en ressort que les insectes, principalement des fourmis de l’espèce Tetramorium (la fourmi des trottoirs), peuvent consommer 0,4 à 2,8 kg des 10,6 kg de déchets comestibles que génère annuellement chaque new-yorkais.

Citons les chercheurs : « Nos résultats indiquent que les rongeurs sont en concurrence avec les arthropodes pour les déchets alimentaires jonchant les trottoirs de Manhattan. Dans l’ensemble,
1,5 à 2,5 fois plus de nourriture a été consommée quand les rongeurs avaient accès à la nourriture. Cependant, la consommation des rongeurs a un coût pour la santé publique, parce qu’ils PEUVENT transmettre des maladies à l’homme, ce qui n’est pas le cas des fourmis et de la plupart des arthropodes (sauf dans des cas particuliers tels que les hôpitaux)
 ».

Cette conclusion mesurée et modeste est tout à l’honneur de l’équipe de chercheurs. Toutefois, une relecture/ reformulation pourrait donner ceci :

« Comme il n’est pas envisageable d’encager les déchets issus de l’alimentation de citadins inciviques pour les réserver à la fourmi des trottoirs, heureusement qu’il y a des surmulots pour faire l’essentiel du travail de recyclage ! Service public qu’ils accomplissent sans trop de dangers pour les populations puisqu’à part quelques rares cas de leptospirose, ils ne transmettent pas de maladies. »


Pierre Falgayrac

http://www.hyform.fr

New-York: 8 ou 2 millions de rats ?

Jonathan Auerbach, a réussi un coup de maître en générant un buzz planétaire
aussi creux qu’une Start-up des débuts du Web.

Il était analyste financier du conseil municipal de New York et du service
d’information du marché du travail à la City University. Pour son article « Does New York City really have as many rats as people ? », il se présente comme étudiant doctorant du Département des Statistiques à l’Université de Columbia.

Ce statisticien qui ne connaît rien, mais alors rien du tout, à l’éthologie des rats d’égout, prétend avoir établi scientifiquement que New-York ne compterait pas 8 millions de rats, soit un par habitant comme l’affirme une légende urbaine, mais seulement 2 millions, soit 0,25 rat par habitant…

Son étude a été publiée dans le n° d’octobre de la revue Signifiance, éditée
par The Royal Statistical Society, en ligne à cette adresse :

http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/j.1740-9713.2014.00764.x/pdf

Passons rapidement sur sa mauvaise introduction digne d’un élève très moyen de seconde, pour nous attarder sur sa méthode de calcul. Elle est basée sur la technique de la « capture – recapture à 2 échantillons », bien connue des biologistes. Il s’agit
de marquer des animaux capturés, puis de les relâcher au milieu des non marqués. Lors d’une seconde capture, la proportion d’animaux marqués permet de déduire la population totale, sur ce modèle : 100 animaux marqués qui se mélangent aux autres,
puis une capture où l’on trouve 1% d’animaux marqués. Il est déduit qu’il existe 10.000 animaux, puisque 100 est 1% de 10.000.

Son idée initiale consistait à littéralement marquer des milliers de rats puis à les
relâcher en ville pour qu’ils se mélangent aux colonies en place. Le ridicule de cette idée est peut-être apparu aux responsables de l’hygiène de New-York, qui ont refusé cette proposition. De toute façon, les rats relâchés n’auraient survécu que quelques heures, car les colonies installées auraient été loin de les accueillir à bras ouverts. Mais bon, il fallait avoir lu autre chose que Wikipedia ou Dinausoria pour savoir
comment se comportent socialement les rats dans ce genre de situation…

Cela n’a  pas découragé notre jeune doctorant, qui décide d’appliquer cette méthode aux « parcelles » (secteurs de quartiers) dont est constitué New-York, en se basant sur les statistiques d’appel du 312, le n° d’appel du Département de Santé et d’Hygiène Mentale de la ville, mis en place en début d’année, le fameux « Rat Information Portail ».

Il écrit :
« Si nous nous adaptons à l’estimation de deux échantillons de capture-recapture, en rapprochant le nombre de parcelles de la ville infestées par des rats, on peut alors multiplier le nombre total de parcelles non infestées par le nombre moyen de parcelles infestées et en déduire la population totale de rats. Bien sûr, cette méthode ne tient pas compte de rats vivant en dessous du sol ou dans le sous-sol – car il est un mythe que de grandes populations de rats vivent dans le métro et les égouts de New York, affirme le Département de Santé et
d’Hygiène Mentale
. »

C’est nous qui soulignons ces deux dernières énormités. Ainsi donc, ce jeune
statisticien base son estimation sur une impasse monstrueuse et un mensonge : tous les dératiseurs et services hygiène savent que les égouts et tous les corps creux sous-terrain urbains sont des réservoirs de rats. Plus loin dans son article, en explication d’illustrations, il enfoncera le clou en écartant de ses statistiques les espaces verts (dont tous les citadins savent qu’ils sont dépourvus de rats, bien sûr…).

Pour simuler, donc, la capture-recapture en 2 échantillons, notre brillant jeune
homme considère :

– Des « parcelles » (morceaux de quartiers), distinguant celles qui sont infestées de rats et celles qui ne le sont pas ;

– 2 périodes de signalements téléphoniques, espacées de 6 mois (période « tampon) ;

– Que les appels de la première période ont tous été traités par le NYCH&MH, et donc que les rats signalés ont été éliminés ;

– Qu’en conséquence, un nouvel appel sur un lot déjà signalé est considéré comme indépendant du premier appel (il est donc supposé que de nouveaux rats se sont installés) ;

– Qu’une colonie de rats est constituée de 50 individus et ne partage pas son territoire avec une autre colonie (quand on pense qu’il songeait, dans un premier temps, mélanger des rats au hasard…) ;

– Que cette estimation de 50 rats/ bloc signalé est volontairement gonflée afin d’être « confiant » dans le chiffre final obtenu.

Les données du 312 indiquent que 40.500 parcelles ne sont pas infestées de rats,
soit 4,75% de toutes les parcelles de New-York. Et notre jeune homme de conclure : « Cela donne à penser que New York compte à peu près 2 million de rats (150 ± 000). Ce qui est bien loin de la légende urbaine des 8 millions de rats. En fait, chaque parcelle devrait abriter sa propre colonie d’environ 180 rats pour qu’une population totale de 8 millions soit
plausible. Par conséquent, notre méthode ne conforte pas l’hypothèse selon laquelle il y a 8 millions de rats à New York.
 »

Les timides réserves sur la fiabilité des signalements téléphoniques et la fausse modestie de la conclusion (« cette étude est au mieux à considérer comme une enquête susceptible d’être complétée par la découverte de nouveaux éléments, qui nous amèneront à affiner nos hypothèses »), n’ont pas empêché M. Auerbach de faire le matamore dans quelques interviews et à la conférence annuelle de la Royal Statistical Society of London à Sheffield, en septembre dernier, où il déclara « je lance un défi :  » Voyons voir si quelqu’un peut faire mieux. » »

J’invite bien entendu ce monsieur à ma conférence sur ce même sujet (combien
y-a-t-il de rats par habitant en ville ?) le 21 novembre prochain au salon Parasitec, où j’exposerai une méthode de calcul fondamentalement différente de la sienne, et vais donc m’appliquer à démontrer la vacuité de son estimation.

La principale faiblesse de sa méthode est l’utilisation des signalements téléphoniques de rats. Leur fiabilité est trop aléatoire pour être considérée comme une base sérieuse de travail. Autant estimer que les votes par téléphone qui désignent la nouvelle star ou le vainqueur de l’Eurovision sont pertinents et dignes de données scientifiques ! Quoi qu’encore les appels téléphoniques de ce type ne sont pas vraiment aléatoires (c’est A ou B, ou C), alors que les signalements téléphoniques de rats au 312 peuvent recouvrir plusieurs situations fort différentes, sans lien entre elles autre que les rats. Prenons des exemples :

– Des rats vus en plein jour sur une parcelle ? Il y a soit une infestation très importante qui recouvre plusieurs parcelles contigües, soit des travaux qui ont délogé des colonies en place ; les dits travaux pouvant avoir lieu sur la parcelle en
question mais aussi sur une autre plus éloignée ; A quelle parcelle « attribuer » les rats ? S’ils sont attribués à une parcelle déjà signalée, elle comptera dans les
faits bien plus que 50 rats, mais nous verrons que ce n’est « statistiquement » pas le cas ;

– Des rats vus la nuit ? Ils ne sortent de leurs terriers que pour manger et boire. Qu’ils soient aperçus sur une parcelle ne signifie pas qu’ils y résident. Les territoires occupés par les rats n’ont que faire des limites décidées par les hommes, et il ne faut pas oublier que bien des rats parcourent 30 à 50 m en ville pour se nourrir. A quelle parcelle appartiennent-ils alors ?

– Des rats vus en plein jour après un fort épisode pluvieux ? Il s’agit de rats de second et dernier rang, délogés de leurs terriers inondés, qui sortent des égouts (où soi-disant il n’y a pas de grandes quantités de rats…) ;

– Des rats d’une même colonie peuvent très bien traverser une rue pour aller se nourrir dans des poubelles sur le trottoir d’en face tandis que d’autres resteront sur le trottoir de leurs terriers. A quelle parcelle les uns et les autres seront-ils « attribués » ?

D’un autre côté, il me semble avoir compris sur le site du 312, qu’un signalement téléphonique de rats est enregistré, qu’il ait été vu un rat comme 10. Pourtant, ce n’est pas du tout la même chose, n’importe quel dératiseur expérimenté le confirmera. Une faiblesse du système de la hotline qui n’arrange pas les bidons des statistiques…

Si l’on tient compte par ailleurs des citadins qui voient des rats mais ne les déclarent pas, voilà un beau patchak inutilisable pour des statistiques sérieuses. Comme le jeune statisticien le dit lui-même : « Il y a beaucoup de raisons de croire que
des individus dans certaines parties de la ville sont plus susceptibles de déclarer un rat que dans d’autres parties de la ville.
 » Écrivant par ailleurs qu’« il y a des dizaines de milliers de signalements au n° 311 chaque mois, pour des centaines de demandes d’interventions »,
il admet que bien des signalements ne sont pas des informations fiables et que tous n’ont pas été traités par les dératiseurs de la ville. Voilà qui plombe bien sa méthode de calcul avec période « tampon » (voir plus loin)…

Les signalements téléphoniques de rats sont donc davantage un outil statistique de
l’humeur des citadins et de l’ambiance de leur quartier, qu’une base de données fiable pour décompter les rats de NYC, et constituent un premier artifice
grossier !

Mais ce n’est pas tout : En l’absence de signalement, et par défaut, le distinguo parcelle infestée/ parcelle non infestée est appliqué par copié/collé à des parcelles présentant des similitudes ; il écrit : « Pour cette raison, beaucoup de parcelles non infestées de rats ne sont pas communiqués au 312 avec une probabilité égale à travers la ville et ses divers quartiers (quartier zones de tabulation, ou NTas). Ce qui remet en question la validité de l’hypothèse (a). Cependant, nous pouvons limiter notre étude à un quartier à la fois. Dans chaque quartier, il est raisonnable de penser que les observations rapportées
seraient semblables dans des quartiers ayant des caractéristiques similaires
. »

Ce second artifice invalide son affirmation : « Notre enquête est soigneusement conçue de telle sorte que ces hypothèses sont raisonnables »…

Et pour coller à la technique du double échantillonnage en capture-recapture, il
adopte un troisième artifice : « Les périodes d’échantillonnage ont été choisies de manière à ce que les présences de rats dans la première période de l’échantillon soient
sans rapport avec des présences de rats dans la deuxième période. Chaque signalement de rat entre Janvier et Juillet 2010 (période d’échantillonnage 1) a été traité en Janvier 2011 (début de la période de l’échantillon 2) ».
Ce qui est faux : nous avons vu qu’il se contredit sur ce point.

C’est accorder une compétence digne de Superman, donc impossible, au
Département hygiène de New-York, que de considérer qu’il élimine systématiquement et durablement tous les rats signalés au téléphone, ne serait-ce que sur les parcelles où il est intervenu ! Il est en conséquence fort probable que des
signalements de rats répétés sur une même parcelle, malgré les traitements « systématiques » du NYCH&MH, indiquent que des colonies de rats y sont bien installées, années après années. Il reconnait d’ailleurs plus loin dans son article : « Les signalements de rats de Brooklyn sont plus susceptibles de se produire dans les mêmes
parcelles
 ».

Pour « simuler » les limites de la capture-recapture d’animaux sauvages que représentent les naissances-décès et migrations entre les échantillonnages, M. Auerbach considère donc une période « tampon » de 6 mois, pendant lesquels il ne
comptabilise pas les signalements téléphoniques dans son étude, arguant de campagnes de dératisation menées pendant cette période. La logique de ce raisonnement m’échappe totalement, mais bon, c’est un artifice essentiel du dispositif « auerbachien » !

Quid de ce choix arbitraire de 50 rats par colonie ? Une colonie de 3 générations compte une vingtaine de rats et là où les ressources trophiques sont importantes certaines peuvent compter une centaine d’individus. Je tiens à la disposition de M. Auerbach des photos de dizaines de terriers sur moins de 50m², soit bien plus de 50 individus présents, qui montrent que là où il y a des rats systématiquement signalés, en certains endroits il y en en a probablement bien plus que 50 ! Si l’on peut  admettre que 50 est une moyenne, elle est très hasardeuse puisque les rats ne sont pas uniformément répartis en milieu urbain, et c’est le Département de Santé de NYC qui l’a dit lors de la psychose précédent l’ouragan Sandy ! Ajoutons à cela les
parcelles avec rats bien présents mais non déclarés et il est dévoilé un autre artifice.

Et enfin, sur quels critères scientifiques, objectifs, considérer de facto que les parcelles n’ayant fait l’objet d’aucun signalement ne comportent aucun rat ? Ce n’est pas parce qu’on ne les voit pas, ou peu, qu’ils ne sont pas là ! La réalité est que si leur
densité est faible, leur commensalité n’occasionne pas de nuisance, même visuelle, car ils sont naturellement craintifs et se cachent de leurs prédateurs et des hommes, bien qu’ils soient néanmoins présents ! Je mets ma main à couper qu’il y a des dizaines, voire des centaines, de rats qui vivent dans les parcelles dont les résidents n’appellent pas le 312. Pour notre jeune doctorant cet artifice « 0 appel = 0 rat » est une supercherie tellement grossière qu’elle a échappée à la sagacité du comité de rédaction de la revue qui a publié son article, aux juges de son doctorat à l’Université de Columbia et aux pontes de la Royal Statistical Society of London qui lui ont accordé un prix et l’ont invité à prononcer une conférence à Sheffield. Cela fait beaucoup de beau linge berné par cette tartuferie !
C’est affligeant…

Par ailleurs, il serait intéressant de recueillir l’avis de biologistes sur « l’adaptation » de la méthode du double échantillonnage en capture-recapture à des parcelles urbaines inertes identifiées par des coups de fil… L’autre principal artifice est bien là : faire croire qu’une transposition mathématique est pertinente. L’analyse de milliers coups de fil new-yorkais aléatoires et incertains vaut bien une capture-recapture d’antilopes en région subtropicale, c’est M. Auerbach qui nous le
dit…

Car surtout, surtout, en restant bien au chaud derrière son ordinateur dans son bureau de NYC, notre brillant pourfendeur de légendes urbaines est resté dans son domaine de compétence, les statistiques, sans prendre la peine d’aller plus loin que les lieux communs du Web sur les rats, et n’est pas allé se rendre compte par lui-même des réalités de terrain, ni n’évoque des échanges avec les dératiseurs du Département de Santé. Son étude ne prend pas en considération les ressources trophiques qui conditionnent la population des rats, et a le bas qui blesse très sérieusement en matière d’éthologie murine : il peut y avoir des centaines de rats, voire des milliers, répartis en plusieurs colonies cohabitant paisiblement, sur certaines parcelles offrant nourriture et possibilités de nidifications abondantes (ressources trophiques).

Ceci étant, la principale caractéristique de rattus norvegicus, le rat d’égout, est son très gros appétit : Il consomme 10% de son poids par jour. En toute logique, seule une méthode de dénombrement par la consommation de nourriture préalablement pesée
peut donner des éléments statistiques fiables pour évaluer une population de rats. C’est cette méthode qu’utilisent des formulateurs de raticides pour évaluer l’appétence de leurs produits. Cela n’a même pas effleuré les neurones bien rangés de notre doctorant d’élite !

Pourquoi donc cette étude farfelue et le buzz qui l’accompagne ? Les accointances de M. Auerbach avec l’administration de la ville de New-York sont publiques, et  l’embarras dans lequel l’augmentation des appels à la hotline « rat » du 311 place le Département de Santé et d’Hygiène Mentale de NYC, cadrent le problème : une étude qui présente favorablement le travail des dératiseurs de New-York est bienvenue, même bâclée, biaisée et quasi-mensongère, mais adoubée par des universitaires ! Les réseaux politiques, journalistiques et sociaux font le reste…

De l’art de faire mousser un feu d’artifices…

Rappelons que la mousse est une émulsion d’air dans un liquide, donc du vent
en bulles.

Pierre Falgayrac

Ps1 : Il
y a dans mon livre « Des rats et des hommes », toujours
disponible ici, un chapitre sur « les compétences des acteurs
de la dératisation » qui est vraiment d’actualité avec
le sujet de cet article.

PS2 : Et
si cette « affaire » n’était qu’un gros
canular destiné à débusquer les incompétences des uns et des
autres, fussent-ils universitaires de haut-vol, ou détecter les
véritables experts en dératisation ? Quoiqu’il en soit,
je me positionne aussi dans cette
« configuration ».