Les rats souffrent-ils lors d’un empoisonnement aux anticoagulants ?

Cette question, et sa réponse, sont en jeu dans le bien-fondé de la pétition de Mme Benchetrit « Stoppez le génocide des rats », qui fait l’objet d’un précédent article de ce blog.

Commençons par préciser que les rats sont bien plus hémophiles que d’autres mammifères et que l’action des anticoagulants sur leur organisme n’est pas la même que sur des chiens ou des humains.

Poursuivons en exposant un trait comportemental des rats bien connu par ceux qui ont à faire avec eux (les dératiseurs, comme ceux qui en élèvent pour l’agrément ou le laboratoire) : une souffrance physique ou « psychologique » est toujours accompagnée de cris, dont l’intensité est liée à celle de la douleur ressentie (de petits gémissements à des cris suraigus).

Ce fait est manifeste lors de brèves luttes entre dominants et dominés (accès refusé à la nourriture, à une femelle en œstrus…), lors d’une capture dans un piège-nasse ou lors d’un pincement sévère, et non mortel, dans une tapette.

De mon expérience de dératiseur, confirmée par les clients que je rencontre lors de mes formations ou lors de salons professionnels, les rats empoisonnés aux anticoagulants (ou AVe) s’affaiblissent progressivement, se déplacent de plus en plus en plus lentement, s’alimentent de moins en moins, mais ne présentent aucun signe de souffrance autre que celui lié à un état de fatigue intense. En tout cas, il n’y a aucun signe de douleur.

Or, voici l’explication scientifique de l’intoxication par le Docteur Romain Lasseur, d’IZIPEST :

« Les Ave après s’être fixés dans le foie inhibent le recyclage de la vitamine K1 nécessaire à la bonne coagulation du sang. Néanmoins, l’individu (mammifère, oiseaux) dispose d’environ 4 jours de stock de vitamine K1 dans l’organisme. L’individu ne recyclant plus la vitamine K1 vit sur son stock pendant 4 jours.

Après 4 jours, la vitamine K1 venant à manquer (les apports extérieurs par la nourriture ne suffisent pas), la coagulation du sang (nécessaire au maintien de son état semi-solide semi-liquide) dysfonctionne, et le sang devient plus liquide et commence à sortir des vaisseaux pour aller remplir la cavité intra-péritonéale. L’organisme devant faire face à cette perte de volume sanguin, il rapatrie le sang périphérique pour soutenir les fonctions vitales (cœur cerveau poumon) et c’est donc au cinquième jour que les muqueuses se décolorent. Ensuite, l’animal ne pouvant plus faire face à cette hémorragie, il se met en veille (coma) avant de succomber.

L’animal meurt alors qu’il est dans le coma. Malgré un état de mal-être de l’animal avant d’entrer dans le coma, il n’y a aucun signe de souffrance de l’animal. »

Il n’est donc pas question d’hématome cérébral et des douleurs et pertes d’équilibre qui l’accompagnent chez les hommes,  puisque le sang descend dans la cavité intrapéritonéale qui entoure les viscères des rats. Que ce phénomène s’étale sur 4 ou 8 jours ne change rien au ressenti des rats.

Quant au coma, il est tout sauf douloureux. Je sais de quoi je parle, les médecins m’y ont plongé 5 jours pour m’éviter de trop souffrir après mon accident de moto.

En résumé, l’empoisonnement aux anticoagulants ne provoque pas de douleurs chez les rats et personne ne peut qualifier de souffrance leur état de fatigue croissant jusqu’au coma et la mort.

Je reprendrai ces éléments dans un prochain article pour Le Supplément Mensuel Technique de la Dépêche Vétérinaire, le magazine à comité de lecture pour lequel j’écris une série d’articles sur la biologie et l’éthologie des murinés.

Pierre Falgayrac

http://www.hyform.fr

 

 

Grippe aviaire: la prenons-nous par le bon bout ?

Wikipédia nous dit : La grippe (ou influenza) est une maladie infectieuse fréquente et contagieuse causée par trois virus à ARN de la famille des Orthomyxoviridae ( Myxovirus influenza A, B et C), touchant les oiseaux et certains mammifères dont le porc, le phoque et l’être humain.

L’influenza aviaire H5N8 provoque les dégâts que l’on sait dans les élevages de volailles du sud-ouest, tandis que le virus est également identifié dans la faune sauvage un peu partout en France.

Une recherche sur les communications scientifiques asiatiques fait apparaître des éléments totalement ignorés par le législateur français et ses experts, et les journalistes qui évoquent la situation.
Il s’agit, pour commencer, d’un article de 2009 intitulé « Fears of bird-to-rodent H5N1 relay » et écrit par Terry Mabett, en ligne ici : http://www.wattagnet.com/articles/559-web-exclusive-fears-of-bird-to-rodent-h5n1-relay
On y lit : « Des scientifiques gouvernementaux ont inspecté les fermes infectées et signalé des filets et des revêtements suffisants pour exclure les grands oiseaux migrateurs, mais pas les petits rongeurs comme les rats et les souris. Dans trois fermes, des dizaines de poulets morts se trouvaient dans les zones les plus éloignées des entrées de la coopérative, suggérant que les oiseaux sauvages n’étaient pas la source directe d’infection.
(…) Le professeur Toshihiro Ito, de l’Université Tottori, a déclaré au journal national Ashi Shimbun: « Il est possible que de petits rongeurs comme les rats emmènent le virus dans les poulaillers».

(…) Les rats et les oiseaux se mélangent librement autour des étangs, des lacs, des rivières et des réservoirs agricoles.

(…) Des recherches en laboratoire montrent que les virus H5N1 sont pathogènes pour les souris. Un isolat H5N1 de l’épidémie de Hong Kong de 1997 a montré des titres élevés de virus dans les poumons de souris infectées et a tué tous ceux inoculés. Les isolats de poulet de H5N1 se reproduisent à des titres plus élevés chez les rats que les souches de virus H5N1 provenant d’autres sources.
L’autre article, d’Andrew R. Dalby et Munir Iqbal, est « The European and Japanese outbreaks of H5N8 derive from a single source population providing evidence for the dispersal along the long distance bird migratory flyways », publié en 2015 ici : https://peerj.com/articles/934/.

Il y est rappelé que « des études ont montré qu’il (le virus) peut être transmis à des furets et des souris, et des anticorps ont été détectés chez les chiens domestiques (Kim et al., 2014 ). »

Après avoir indiqué que la source originelle de contamination est probablement unique (et sibérienne), les auteurs soulignent :
– « la plupart des cas récents se produisent près de la côte et dans les zones où il y a des lacs et des sites connus pour leur faune sauvage et les oiseaux migrateurs ;
– la Dispersion du virus par des voies de migration exige toujours qu’il y ait une infection relais pour que le virus de se propage sur de très longues distances migratoires (…) de sorte qu’il se propage parmi les oiseaux sensibles aux points de haltes migratoires, afin de fournir la prochaine étape dans la transmission. Ceci est observé avec la présence d’un nombre croissant de cas aux points d’arrêt, tels qu’au Pays-Bas. »
Et suggèrent :
– « (une) surveillance environnementale des échantillons de matières fécales dans les zones où les oiseaux migrateurs se rassemblent. »

Par ailleurs, on ne compte plus les cas d’élevages qui enchaînent abattages/ désinfection/ abattages / désinfection.

Comment se fait-il que le législateur qui, au nom du sacro-saint principe de précaution, impose des zones de « protection » de 3 et 10 km (sans tenir compte des reliefs et vents dominants), et des procédures d’abattages ubuesques (transports des volailles à abattre), n’ait toujours pas imposé :
– une recherche de la présence du virus sur la faune fréquentant les point d’eaux où se posent les oiseaux migrateurs ;
– la dératisation des élevages condamnés à l’abattage leurs pensionnaires ?

Faut-il rappeler comment a été découvert le mode de transmission de la peste ? En 1898, Paul Louis Simon, médecin militaire, place un rat sain dans une cage ou venait de mourir un rat pesteux. Le rat sain contracte la maladie alors qu’il n’avait pas été en contact avec son prédécesseur. P. L. Simon s’intéresse alors aux puces présentes dans la cage et découvre que ce sont elles le réservoir de la bactérie (alors qu’à cette époque la communauté scientifique doutait que les insectes puissent être vecteurs de maladies…). Cet exemple montre que les explications, et donc les solutions, ne se trouvent pas toujours là où règne la pensée unique (l’abattage des volailles et des oiseaux sauvages, par exemple).

L’impasse faite sur les souris et rats qui infestent bien des élevages contaminés par l’influenza est coupable.
Les études démontrant leur sensibilité au virus établissent le risque de contamination d’un local d’élevage. Il convient donc d’intégrer des opérations de dératisation aux process de décontamination des élevages infectés.

Des désinfections sans véritable dépeuplement préalable n’ont pas de sens, si ce n’est celui d’une gabegie…

Pierre Falgayrac

Un protocole pour la surveillance des rats en tant que vecteurs de maladies à New-York

Il s’agit des travaux de MM. Parsons, Samo (Université Hofstra – New-York) et Deutsch (entomologiste – Arrow exterminateur Company – New-York), publiés ici http://journal.frontiersin.org/article/10.3389/fpubh.2016.00132/full

Le préambule pose le sujet : New-York hébergerait 2 à 32 millions de rats (pour 8 millions d’habitants) et il y a un manque de connaissances sur les rats sauvages et les zoonoses qu’ils pourraient provoquer. D’où l’intérêt d’utiliser une technique de suivi de rats par radio fréquences et caméras, afin de suivre l’évolution de leur état de santé (poids, parasites et germes pathogènes). Cette méthode permettrait de surveiller les risques potentiels de zoonoses dues aux rats, qui deviendront un problème de plus en plus important avec l’augmentation des populations urbaines.

Les cinq phases du protocole sont :

  • La sélection des sites et le piégeage des individus ;
  • Anesthésie ;
  • Analyses sérologique et des ectoparasites ;
  • Implantation de la puce électronique ;
  • Libération après mise en place d’un leurre à phéromones et d’une balance.

Passons rapidement sur l’introduction, basée essentiellement sur de la manipulation d’informations et un alarmisme qui fleure bon des intérêts corporatistes malgré la déclaration d’absence de conflits d’intérêts en fin d’article (un des auteurs est dirigeant d’une entreprise de pest control…). Les études citées en référence ont peu à voir avec le sujet de l’étude (surtout celles qui concernent le milieu agricole), sont inutilement inquiétantes (on retrouve celle sur les « 18 nouveaux virus de rats » et des études de cas infectieux isolés), sont des synthèses littéraires de publications tierces (ah ! les « révélations » de SecretLifeCityRat_UrbanEcosystems), ou sont des auteurs eux-mêmes.

Avec des phrases comme :

  • « De nombreuses lacunes relatives à l’ écologie du rat et de la surveillance de la maladie se sont accumulés dans la littérature scientifique» ;
  • « Les rongeurs urbains sont insaisissables, souterrains, et souvent invisibles, ce qui rend les connaissances à leur sujet vraiment très difficiles à établir » ;
  • « La (…) plupart des observations conduisent à la désinformation qui se propage par les récits anecdotiques, par ouï-dire, et les médias. Le principal moyen pour lutter contre ce problème croissant est de surmonter les obstacles nécessaires à l’ étude des rats urbains in situ, dans leur environnement normal» ;
  • « (la question de santé publique) soulève la question de savoir combien d’autres agents pathogènes seront découvert quand les rongeurs seront plus régulièrement surveillés?» ;

nous obtenons la magnifique impression que l’humanité est fort dépourvue en connaissances sur les rats et qu’heureusement nos trois héros vont y remédier, pour un coût matériel de 15.000 $, jugé « négligeable » vu les enjeux. Et d’affirmer péremptoirement que « de toute évidence, de nouvelles méthodes sont nécessaires pour surmonter ces obstacles importants (NDA :peu de documentation sur les zoonoses murines) et de nouveaux tests détaillés contribuent à ouvrir de nouvelles perspectives de recherches ».

Des surmulots sont donc capturés, anesthésiés le temps de leur implanter une puce sous la peau (20’) puis relâchés dans la même zone, où se trouve désormais un emplacement avec des chiffons imprégnés d’odeurs et phéromones d’autres rats, dissimulant une balance permettant de peser les rats visiteurs, l’ensemble étant filmé par caméra. Certains rats sont recapturés pour mesurer l’évolution de leurs germes infectieux et de leurs parasites.

Après 6 mois de relevés sur 7 zones concernant 20 rats chacune, les résultats sous forme de tableaux indiquent qu’en moyenne, l’endroit a été visité 2,4 secondes et 4,7 fois par jour par les femelles, et 3,5 secondes et 2,6 fois par jour par les mâles.

La balance a été jugée peu probante, car les rats ne se positionnaient pas toujours correctement pour la faire fonctionner…

Comme d’habitude, détricotons le buzz. En commençant par le début.

« New-York hébergerait 2 à 32 millions de rats (pour 8 millions d’habitants) » : Cette « fourchette » énorme n’a aucun sens ; elle fait référence à l’étude farfelue du statisticien Jonathan Auerbach concluant à 2 millions de rats et aux légendes urbaines qui avancent 4 rats par habitant. Au moins le chiffre démontré de 1,75 rats par habitant est dans cette (immense) fourchette (cf. notre livre « Des rats et des hommes » Éditions Hyfom 2013)…

« Il y a un manque de connaissances sur les rats sauvages et les zoonoses qu’ils pourraient provoquer ». « Les rongeurs urbains sont insaisissables, souterrains, et souvent invisibles, ce qui rend les connaissances à leur sujet vraiment très difficiles à établir »  : Faux ! Il y a suffisamment de publications sur l’éthologie du surmulot, du rat noir et de la souris, entre quelques livres, de nombreux articles de revues et les publications scientifiques en ligne sur Google scholar, pour établir que l’on connait très bien leur biologie et leur éthologie. Les auteurs, publiant eux-mêmes sur Google scholar, sont vraiment de mauvaise foi pour ignorer les publications de leurs collègues !

Quant aux zoonoses, la réalité est qu’à part les épidémies pesteuses des siècles passés en Asie et en Europe (dues au rat noir et pas au surmulot), et la leptospirose à laquelle sont exposés les égoutiers et ceux qui ont à faire avec le ragondin, il n’a jamais été recensé d’autres épidémies dues aux rats en milieu urbain. Si les surmulots étaient vecteurs de maladies infectieuses, ils le seraient depuis toujours et n’auraient pas attendus le 21ème siècle… Donc, l’argument de la « méthode (qui) permettrait de surveiller les risques potentiels de zoonoses dues aux rats » s’effondre sur lui-même.

Bref, ces faux préalables suffisent à lancer un plan marketing / médiatique qui joue sur les peurs de nos contemporains pour préconiser une nouvelle méthode d’étude qui va rapporter des sous à ses géniteurs.

Au fait, quel est l’intérêt réel de cette étude ? Aucun. Démontrons pourquoi.

Nous savons depuis des siècles que le surmulot, et tous les autres murinés, vivent dans un monde d’odeurs au sens où la perception de leur environnement est essentiellement olfactive ; leur odorat est en effet 100 fois plus discriminant que celui d’un chien, alors que leurs sens du toucher et de la vision sont très limités (ils voient en niveau de gris et à moins de 20 mètres). Une étude récente vient d’ailleurs de confirmer le rôle primordial des vibrisses (les « moustaches ») dans l’appareil olfactif (http://jeb.biologists.org/content/219/7/937), chose que j’expose depuis 25 ans lors de mes formations.

Que peut donc produire l’installation de chiffons imprégnés d’odeurs et phéromones d’autres rats dans la zone d’activité d’une colonie de surmulots ? De la curiosité méfiante, tout simplement. Pourquoi méfiante ? Parce que ces odeurs étrangères ne sont pas bienvenues au sein d’une colonie dont la population est stabilisée, car dépendante des ressources alimentaires et des possibilités de nidification. Il est facile de concevoir que l’odeur persistante d’individus étrangers en un point particulier perturbe les rats au point de l’« inspecter » plusieurs fois par jour. Peu importe alors par qui et à quelle fréquence ! A la limite, que les femelles aient « inspecté » les chiffons un peu plus souvent mais moins longtemps que les mâles confirme qu’elles sont soucieuses de la protection de leur progéniture et que les mâles s’assurent bien qu’ils n’ont pas à en découdre avec un importun. La seule chose à retenir de cette expérience est que tous les rats qui se déplacent dans la zone des chiffons vont les sentir puis continuent leur chemin, et qu’ils agissent ainsi tant que les chiffons dégagent des odeurs. Tout au plus peut-on déduire que si un individu « étranger » avait été déposé au même endroit, en lieu et place des chiffons, il aurait suscité l’attention peu bienveillante des gros mâles qui ont inspecté le plus longtemps les chiffons…

Deux des auteurs avaient déjà conduit une expérience qui confirme que les rats sont sensibles aux phéromones (http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed?Db=pubmed&Cmd=ShowDetailView&TermToSearch=23590323). Ils démontrent par l’étude présente qu’aller plus loin n’apporte pas grand-chose.

Quant aux « enseignement éthologiques » tirés de l’étude, ils frisent le ridicule ! « Du point de vue éthologique, on peut distinguer des comportements différents entre les mâles et les femelles, y compris les adultes et les jeunes, les comportements des dominants et dominés et les temps d’activité de pointe. » : Non, les statistiques ne démontrent rien d’autre qu’une colonie a été perturbée par des odeurs étrangères, point. Seules des expériences basées sur l’accès à une quantité réduite de nourriture et/ou des possibilités insuffisantes de nidification permettent de dégager la hiérarchisation d’une colonie murine, en fonction de la force physique des individus. Et ces études n’ont pas besoin de capturer des rats pour leur mettre une puce sous la peau après les avoir anesthésiés.

Mais la cerise sur le gâteau est là :  Plus important encore, les données d’identification individuelle des rongeurs permettent d’évaluer les agents pathogènes dont ils sont porteurs, surtout pour les individus capturés à plusieurs reprises, qui permettent de suivre dans le temps l’évolution des agents pathogènes. Par exemple, il y a une incidence plus élevée de bactéries tels que Borrelia ou Rickettsia, tard dans la saison, alors qu’elles étaient peut-être absentes au début du printemps. En outre, certains rongeurs peuvent occasionner une nuisance pathogènes supplémentaires lorsqu’ils migrent saisonnièrement des espaces de parc publics aux égouts en hiver avant de ressortir (un processus appelé «migration verticale », d’après Corrigan).

Cette étude nous apprend donc que les microorganismes pathogènes du printemps et de l’automne ne sont pas les mêmes (quelle avancée scientifique !) et suppose qu’il y a un risque de zoonose lors des migrations « verticales » des rats, selon qu’ils quittent ou gagnent les égouts ou la surface. D’abord, répétons-le, les zoonoses dues aux surmulots sont une fable. Ensuite, cette histoire de « migration verticale » évoquée par M. Corrigan dans une étude privée sur les rats new-yorkais est sujette à caution. Que l’hiver incite des rats de surface à s’abriter dans les égouts est antropomorphiquement cohérent, mais pourquoi les rats abandonneraient-ils leurs sources de nourriture et leurs terriers adaptés aux froidures hivernales ? Par ailleurs, rien ne dit que les rats installés dans les égouts les accueillent à bras ouverts… C’est même tout le contraire qui doit se produire ! Les populations de rats étant stabilisées par les ressources alimentaires et de nidification, ils n’ont aucune raison de migrer tant que ces conditions sont bonnes, ni d’accueillir de nouveaux arrivants. Donc, ce concept de « migration verticale » paraît vraiment peu crédible, hors travaux d’excavation évidemment.

Ceci étant, quelle est la raison profonde qui a motivé cette étude ? Comme souvent avec les études américaines, elle se révèle dans le contenu « Il est de notoriété publique que les rats vus dans la journée indiquent qu’il y a une populations anormalement élevée dans l’environnement immédiat. Pourtant, la plupart des détections de rats sont basées sur un petit nombre d’individus de manière disproportionnée (…), ce qui conduit à des généralisations (infondées). (…) la plupart des observations conduisentt à la désinformation qui se propage par des récits anecdotiques, par ouï-dire, et les médias. Les principaux moyens pour lutter contre ce problème croissant sont de surmonter les obstacles nécessaires à l’ étude des rats urbains in situ, dans leur environnement normal, répliqués au niveau de chaque animal. »

Tiens donc, il semblerait bien que le service New-Yorkais du n° 312, le « Rat Portail », ait réalisé ce que je subodorais dans un précédent article : « Les signalements téléphoniques de rats sont davantage un outil statistique de l’humeur des citadins et de l’ambiance de leur quartier qu’une base de données fiables pour décompter des rats de NYC » (voir un précédent article de ce blog : https://wordpress.com/post/bloghyform.wordpress.com/202) . Cette étude s’inscrit donc dans un vaste dispositif de manipulation des électeurs new-yorkais, à qui il faut démontrer que la mairie s’occupe activement du problème des rats, potentiellement vecteurs de maladies nouvelles. Et tant qu’à faire, on en cause au monde entier, sous couvert d’avancée scientifique…

 Pierre Falgayrac

Le rapport d’expertise sur l’accident SNCF de Denguin en juin 2014

Le rapport complet est en ligne ici :

http://www.sncf-reseau.fr/sites/default/files/upload/_Import/pdf/Rapport_d_enquete_Rattrapage_Denguin.pdf

On y lit :

« Constats effectués le samedi 19/07/14 à l’occasion de la visite des installations organisée par l’autorité judiciaire :

– Un relais de signalisation présente un positionnement anormal ;

– La présence de traces d’habitat de rongeurs est constatée ;

– Après ouverture des chemins de câble du centre, il est constaté que plusieurs fils conducteurs sont dénudés partiellement ou présentent une partie isolante attaquée par des rongeurs mettant ainsi à nu ponctuellement la partie conductrice des fils conducteurs concernés (voir annexe 8). Les investigations menées ce jour-là n’ont pas permis de déterminer avec plus de précision quels étaient les fils conducteurs affectés ;

– Plombage du dispositif « borne de maintenance » en place, mais ne présentant pas la marque d’une pince à plomber, ce point mériterait d’être éclairci ;

– De nombreux plombs non coupés jonchent le sol de la guérite ;

– Les essayeurs ont éprouvé des difficultés à ouvrir les ES8 (éléments de sectionnement) en tête de câble ;

– Les règles de l’art en matière de protection contre les rongeurs, lors de la construction de ce centre, n’ont pas été respectées de façon exhaustive (mesures contre les intrusions, calfeutrement, …). »

(…) « A ce stade de l’enquête :

– compte tenu des constats faits et des entretiens qu’elle a pu mener,

– constatant en particulier des traces de rongeurs dans le centre de signalisation et la présence de nombreux fils conducteurs partiellement dénudés,

– et sous réserve des expertises complémentaires à conduire, la Direction des Audits de Sécurité privilégie l’hypothèse d’une réalimentation intempestive du relais de commande à voie libre du sémaphore 23 (S23). Cette

réalimentation serait la conséquence directe d’un contact fortuit entre deux fils conducteurs partiellement dénudés et d’une conjonction de circonstances techniques exceptionnelles (proximité des câbles, présence de courant, mise en contact des conducteurs, par vibrations par exemple, séquence particulière conduisant à une conséquence sur un élément de sécurité).

Les conclusions formelles et définitives de l’enquête appartiennent aux autorités judiciaires.

Néanmoins, à titre de précaution, la Direction des Audits de Sécurité préconise :

  1. de procéder dans un premier temps à la visite des centres de signalisation de cantonnement selon un calendrier hiérarchisé à préciser, en procédant d’une part à la mesure d’isolement global des installations et d’autre part à la vérification visuelle des équipements présents dans les centres, et notamment le bon état des câbles électriques ;
  1. de procéder dans un second temps à la visite complémentaire des autres centres de pleine voie ;
  1. de mener un examen approfondi des normes de conception visant à renforcer encore la prévention contre ce type de risque exceptionnel, à la fois par des spécifications techniques sur les circuits de signalisation (séparation de circuits, durcissement des sections de fils conducteurs, etc…), mais également par la protection contre les rongeurs, d’engager le réexamen des normes d’entretien, en particulier au regard de la protection contre les rongeurs ;
  1. d’engager le réexamen des normes d’entretien, en particulier au regard de la protection contre les rongeurs,
  1. de s’assurer par ailleurs de la bonne appropriation par l’ensemble des acteurs concernés des procédures de protection technique à mettre en œuvre avant toute intervention dans le cadre de la maintenance préventive ou corrective. »

(…) L’annexe 8 présente des photos de fils rongés dans la guérite et l’annexe 9 est le plan de lutte contre les rongeurs adopté par la SNCF. Le voici :

LUTTE CONTRE LES RONGEURS

Il arrive parfois que des rongeurs pénètrent dans nos installations et rongent des câbles sans que la sécurité soit pour autant engagée (sauf conjonction exceptionnelle type Denguin).

D’autres réseaux et d’autres industries connaissent ce genre de problème.

Des mesures existent : des dispositions précises sont reprises dans des instructions techniques IN 0494 et dans les instructions de conception DES 184 et de travaux IN 7157.

Des études sont également conduites par la SNCF, parfois en collaboration (Muséum d’Histoire Naturelle), visant à améliorer la protection de nos installations.

Ces règles se fondent sur 2 principes

–       Des mesures de Conception ;

–       Des mesures de Surveillance et de Maintenance.

Les câbles

Chaque câble est techniquement spécifié pour un usage précis. De manière générale et depuis les années 90 les câbles sont blindées. Les câbles de ligne mis en œuvre dans les installations sont équipés d’une enveloppe métallique. Ces principes étendus à certains câbles locaux en 1989, permettent d’obtenir une protection efficace. Des mesures de renforcement ont été décidées en 2008.

(Suit un tableau des caractéristique des câbles)

Mesures de prévention et de conception

Les règles ci-après sont à appliquer lors de l’établissement ou de la modification des installations électriques, de manière à interdire la pénétration des rongeurs dans les postes et centres d’appareillages.

–       Placer les câbles en tranchées chaque fois que cela est possible,

–       Obturer les extrémités des caniveaux débouchant dans les centres d’appareillage par un bouchon de laine de verre maintenu par un tampon de plâtre ou de ciment maigre,

–       Combler les soubassements de guérite ou d’armoire avec du gravier,

–       Réaliser les entrées de câblage au moyen de fourreaux, ceux-ci étant ensuite obturés,

–       Éviter la multiplication des entrées de câbles,

–       Soigner l’étanchéité de ces centres,

–       Munir les bouches de ventilation, justifiées par des conditions réglementaires ou de salubrité (fort taux d’humidité), d’un fort grillage à mailles fines en inox ou traité contre l’oxydation,

–       Condamner les bouches de ventilations ainsi que les passages divers dans les centres d’appareillage, etc. qui ne seraient pas utiles,

–       Obturer les entrées de câbles et de conducteurs isolés dans les appareils. Cette précaution est particulièrement importante sur les installations où les rongeurs peuvent provoquer des incidents graves (coincement d’un moteur d’aiguille, ou d’un moteur de barrière de PN à SAL, etc.),

–       Établir les câblages intérieurs en torons ou ouvrir les goulottes après avoir immobilisé les conducteurs lorsque la situation le justifie,

–       Vérifier l’obturation des platines.

Si, malgré toutes les précautions prises, on constate la présence de rongeurs, il convient

–  De rechercher rapidement et très attentivement toutes les possibilités de pénétrations par les canalisations, les gaines, les caniveaux, etc. et de réaliser les obturations nécessaires au plus tôt,

– De recourir à la dératisation éventuellement,

–  D’ouvrir les goulottes en prenant soin d’immobiliser les conducteurs si l’installation en est dotée et si l’ouverture n’a pas déjà été réalisée.

Les études

– Études sur le comportement de l’animal

– Généralisation dans la mesure du possible de câbles renforcés

– Isolants de câbles et fils répulsifs ou renforcés

– Barrières techniques ou barrières électriques

Par ailleurs, a SNCF déclare dans un communiqué à propos de ce rapport (http://www.sncf-reseau.fr/fr/publication-du-rapport-sur-la-collision-de-denguin) :

« Il s’agit d’une conjonction technique très exceptionnelle et sans précédent connu sur ce type d’équipement.

Elle comporte le cumul de trois événements : l’action de rongeurs sur les gaines d’isolement des câbles, malgré le dispositif de précaution existant ; le fait que les deux fils détériorés étaient situés à l’extrémité de la chaîne électrique commandant le signal ; enfin une séquence défavorable provoquant la mise en contact de deux fils électriques, comme des vibrations ou encore la mise en tension des circuits voisins. »

Ces préalables étant posés, voici ma contribution à l’analyse de cet accident et à l’amélioration du plan de lutte contre les rongeurs de la SNCF

Le problème posé est simple :

   –  Des rongeurs sont à l’origine du dysfonctionnement électrique du signal qui a trompé un chauffeur de train ;

   –  Le dispositif de protection (un appât empoisonné) n’a pas fonctionné.

Le rapport d’expertise n’analyse pas pourquoi des rongeurs se trouvaient là. Quantités de guérites qui présentent les mêmes défauts d’étanchéité et de circuits non séparés n’ont pas connu de dysfonctionnements, bien que la présence de rongeurs soit avérée dans certaines. Il tombe donc sous le sens que la question de la raison de la présence des rongeurs dans les guérites mérite d’être posé. Elle en entraîne une autre : Pourquoi les rongeurs s’attaquent-ils aux gaines des câbles électriques ?

En conséquence, l’identification des rongeurs incriminés est fondamentale, car c’est la connaissance de leur biologie qui permettra de répondre à ces questions. Notons qu’à aucun moment il n’a été précisé qu’il s’agissait peut-être de souris et que le Web a fait le buzz autour des rats.

Les photos publiés sur le Web montrent par le type de nidification et la taille des crottes, qu’il s’agissait plutôt de souris que de rats. (photos journal Sud-ouest) 

Pourquoi est-ce important de le préciser ? Parce qu’on ne lutte pas de la même façon contre des rongeurs qui ont des comportements différents.

L’environnement de la guérite semble plus favorable au rat surmulot qu’à la souris, qui vit généralement à l’intérieur des bâtiments ; mais nous sommes en été dans le sud du pays, où elle peut donc vivre à l’extérieur.

SNCF3

Le rat surmulot n’aurait pu être attiré par la guérite que s’il y avait à manger à proximité, mais comme il préfère creuser un terrier au frais plutôt que faire un nid de chiffons et papiers au chaud, il y a fort peu de chances, voire quasi-impossibilité, qu’il soit attiré par la guérite (sauf éventuellement par l’appât empoisonné, mais c’est un autre sujet que nous aborderons plus loin).

Revenons aux souris, qui ont besoin chacune d’environ 2,5 grammes de nourriture par jour (10% de leur poids). Il est évident qu’elles les trouvent dans l’environnement végétal, mais pour s’abriter des prédateurs et des températures plus fraiches de la nuit, la guérite est idéale, surtout qu’elles y rentrent facilement. À supposer que les passages de câbles soient bouchés à « la laine verre ou au plâtre ou au ciment maigre », quelques coups de dents leur auraient frayé un passage vers l’intérieur. En effet, seul l’acier résiste à leurs dents… Les conclusions de l’expertise tirent le drap du côté de l’étanchéité à parfaire dans les guérites, mais les techniques préconisées ne constituent aucunement une barrière dissuasive pour souris et rats !

Seuls certains mastics ayant une composition particulière, vendus par des professionnels de la lutte contre les  nuisibles, peuvent constituer une barrière sûre. À défaut, des tampons de laine d’acier destinés à la vaisselle ou l’ébénisterie feront très bien l’affaire, et pour moins cher !

Et que trouvent les souris en recherche de chaleur dans la guérite ? Un appât rodenticide. À supposer qu’il soit plus appétissant que la nourriture saine de l’extérieur, elles le consomment en plusieurs fois et ne sortent plus à l’extérieur. Le poison anticoagulant (AVK) agit en effet après deux à quatre repas. Entre ces repas, même affaiblies par l’AVK, il leur faut user leurs dents hypsodontes (qui poussent permanence)… Et que trouvent-elles à ronger ? Rien d’autre que les gaines plastique des câbles électriques !

Voilà le fond du problème : Un appât rodenticide ne peut pas constituer un dispositif de protection, puisqu’il « fixe » le rongeur jusqu’à plusieurs jours dans l’installation technique, temps pendant lequel il peut nuire. Il agit donc à l’inverse du but recherché !

Ce qui attire les rongeurs, c’est avant tout la nourriture, ce qui les fixe c’est la possibilité de nicher à proximité : Il s’agit des ressources trophiques. Dans le cas des guérites de la SNCF, ces deux conditions sont réunies lorsqu’une source de nourriture est à proximité (poubelle, déchets…), ou dans la guérite (appât à action lente).

Les biologies du surmulot (Rattus norvegicus) et du rat noir(Rattus rattus) ne sont guère « compatibles » avec les guérites en bord de voie ferrée de la SNCF. L’un, comme déjà dit, préfèrera creuser un terrier à l’extérieur, l’autre pourrait faire un gros nid ressemblant à celui des souris, mais les passages de trains, avec force vibrations et bruits, le dissuaderaient de s’installer.

Plutôt la souris, donc, est susceptible de causer des dégâts aux guérites. Il serait intéressant d’avoir des photos des indices de présence de rongeurs dans d’autres guérites : Les crottes de la taille d’un grain de riz sont celles de souris, des nids de papier, tissus et feuilles sont ceux de souris. De toute façon, ce qui suit est valable qu’il s’agisse de rats noirs ou de souris.

Que faire pour éviter que des rongeurs rongent à nouveau des fils ? Il faut revoir le plan de lutte SNCF contre les rongeurs.

Sans entrer dans les détails, en voici les grandes lignes :

 – Étanchéifier les accès possibles avec des mastics répulsifs « prévus pour » et/ou des tampons de laine d’acier ;

–  Utiliser exclusivement des grilles d’acier à maillage fin (<5mm) ;

–  Utiliser du béton armé pour les soubassements, dés que cela est possible ;

–  Là où le risque rongeur est important, installer des générateurs d’ultrasons à balayage de fréquences (pour éviter les phénomènes d’accoutumance) ;

–  Là où le risque est faible, utiliser des appâts anticoagulants de dernière génération (Brodifacoum, Difethialone) en pâte (ou gel). Étant hydratés, ils attireront plus facilement les rongeurs qu’un bloc hydrofuge, et un à deux repas suffiront pour tuer les rongeurs. 

 – Et placer un morceau de branchage naturel à proximité : Les rongeurs le rongeront de préférence aux gaines de câbles.

 SNCF4

Rien de bien compliqué en somme. Mais je doute que les pontes de la SNCF lisent mon blog ou me prennent au sérieux, vu que je ne suis pas intervenant au Muséum d’Histoire Naturelle.

Au fait, pourquoi les cheminots posent-ils des appâts dans les guérites ? Parce qu’ils ont vu des applicateurs d’entreprises de 3D faire ainsi, à l’époque où la SNCF sous-traitait ce travail.

Là aussi, comme il n’y avait rien de bien compliqué à faire, autant le faire soi-même ont décidé les grands chefs de la SNCF.

Quand je disais, dans un autre article, que le métier se tirait une balle dans le pied, avec des pratiques de poseur de boite et puis s’en va, et des certifications bidon…

Et pendant ce temps-là, comme depuis toujours, les souris dansent. Dans les guérites de la SNCF.

     Pierre Falgayrac

     http://www.hyform.fr

 

Les rats récompensent-ils leurs congénères pour leur générosité ?

’est le sujet, et la conclusion, d’une étude menée par Vassilissa Dolivo et Michael Taborsky, de l’Université de Berne, en ligne ici :

http://rsbl.royalsocietypublishing.org/content/11/2/20140959.

Le postulat qui cadre l’étude : « Un facteur qui influence la motivation de l’Homo sapiens pour la réciprocité dépend de la valeur estimée de l’aide reçue. Mais jusqu’à présent, il a été
difficile de déterminer si d’autres espèces fondent aussi leur décision de coopérer sur l’appréciation de la qualité de l’aide reçue
 ».

Et nos chercheurs de préparer une colonie de rats de laboratoire à cet effet (les
mêmes qui sont incriminés pour discréditer l’expérience du Dr Séralini sur la consommation d’OGM).

Les résultats semblent concluants, puisque les chercheurs précisent que leurs « données montrent que la propension d’un rat à restituer une aide semblable à celle reçue dépend, en effet, de la l’appréciation de l’aide précédente du partenaire. (…) Les rats apparemment estiment le bénéfice obtenu pour ajuster leur niveau d’aide en retour. (…) Ils aident préférentiellement les coopérateurs plutôt que les autres (non coopérateurs).

Notons la prudence de MM. Dolivo et Taborsky dans la formulation leurs
conclusions : il leur « semble »,« apparemment »… Bien leur en prend !

Un coup d’œil sur les prestations de Gunter Sacckman Jr : https://www.youtube.com/watch?v=89w2iO5id2c montre que les capacités d’apprentissage des rats sont
considérables.

Par ailleurs, une lecture du livre de Vinciane Despret (« Penser comme un rat », éditions Quae) éclaire d’une lumière très vive la vacuité des expériences de comportement sur les rats de laboratoire. Citations : « Seuls des expérimentateurs
absolument neutres ou indifférents peuvent garantir des rats tout aussi neutres et indifférents à la manière dont ils sont traités. Ce qui, vous en conviendrez, se base sur un présupposé aussi absurde que simpliste – que les rats sont indifférents à l’indifférence.
 » « Les rats répondent à une autre question que celle qui leur est posée ».

Cette expérience nous en apprend en effet davantage sur l’équipe de chercheurs
et ses motivations que sur les rats : cela fait des décennies que l’on sait que les rats de laboratoires font ce qui est attendu d’eux…

Quand-est-ce qu’un chercheur se résoudra à lâcher une colonie de rats de laboratoire sur un trottoir afin d’évaluer leurs capacités à s’adapter à la vie sauvage, donc à évaluer leur potentiel de « vrais » rats ? Nous parions qu’ils ne survivraient que quelques heures, pour les plus forts d’entre eux…

Bref, encore une expérience creuse et non signifiante qui fait un petit buzz. Ah ! Que le Web est merveilleux : On y trouve tout et son contraire, ce qui, en l’espèce, n’arrange pas le niveau d’inculture de notre société sur la gent murine.

Au moins, avec ce genre d’expérience, il n’y a pas matière à modifier le chapitre sur les rats de laboratoire dans notre premier livre (disponible ici).

 Pierre Falgayrac

http://www.hyform.fr

À propos de l’étude sur les gerbilles, les rats et la peste

Ces jours-ci, une étude sur les rats et gerbilles fait un buzz mondial.

Elle est ici : http://www.pnas.org/content/early/2015/02/20/1412887112.abstract

En résumé :
L’examen de 7.711 épidémies de pestes documentées entre 1347 et 1353 correspondent à un printemps chaud et un été humide en Asie, 15 ans plus tôt.

Nous avons d’ailleurs droit à un beau dessin :

Blog de hyform : HYFORM, le blog, A propos de l'étude sur les gerbilles, les rats et la peste

Cette étude est une tartufferie creuse comme seul le Web est capable d’en
générer.

Ces chercheurs font fi de ce que d’autres scientifiques bien plus rigoureux ont
publié sur le sujet. Voir notamment http://www.pathexo.fr/documents/articles-bull/T92-5b-1963-PLS11, un article de Florence Audouin-Rouzeau, autrement mieux documenté et argumenté.

Pour faire bref:

1/ La biologie de la gerbille est incompatible avec le milieu urbain, qu’il soit médiéval ou contemporain (les épidémies de peste du moyen âge se sont essentiellement développées dans les villes);

2/ Supposer que les gerbilles aient d’abord contaminé les rats noirs (rattus rattus), qui seulement ensuite auraient contaminés les hommes est grotesque : dans quel biotope les deux rongeurs pouvaient-ils se côtoyer pour échanger leurs puces, qui sont seules porteuses de la bactérie Yersinia pestis ???? Gerbille et rat noir ont des biologies très différentes : l’une est une robuste campagnarde, alors que l’autre est un strict commensal urbain frileux, au centre et au nord de l’Europe et de l’Asie.

Seule l’hypothèse que les chameaux aient fait le « lien » entre les deux rongeurs est évoquée: C’est à dire que les puces de gerbilles auraient d’abord migré sur les chameaux, puis ensuite sur les rats. Or, aucune expérimentation du phénomène n’a été faite… Et pour cause, ce que l’on sait de la migration des puces pesteuses  contredit l’hypothèse « chameaux » : c’est la mort (par peste) de leur hôte principal qui les incitent à chercher un hôte secondaire. Or, il n’est pas connu que des chameaux aient succombé en grand nombre à la peste, là où proliférait le rat noir…

3/ Établir un « temps d’incubation » de 15 ans ne signifie rien. C’est bien moins rapide que la vitesse d’une caravane de la soie ou d’une campagne militaire. Or c’est
forcément au cours des flux migratoires, commerciaux et guerriers que les rats noirs, commensaux, ont proliféré, et la peste avec eux. De l’art de se persuader d’un lien de causalité qui n’a rien d’évident et de logique.

Une forêt de chiffres (densités de gerbilles et de puces) cache ce qui est absent et
essentiel
: comment les puces des gerbilles passent-elles sur les rats?

Cette étude nous fait penser aux recherches obstinées de G. Blanc et M. Baltazard
(1945) tendant à démontrer que les puces et poux de l’homme sont des vecteurs potentiels de la peste : ils n’ont convaincu personne sauf eux-mêmes. Mme Audouin-Rouzeau a d’ailleurs contredit leurs conclusions dans son livre « Les chemins de la peste, le rat, la puce et l’homme » (éditions Texto 2007).

La lecture de ce livre est recommandée pour mieux juger l’étude dont nous
parlons.

Pierre Falgayrac

http://www.hyform.fr

Les rats de New-York en concurrence avec les fourmis


Décidément, la ville de New-York est affairée avec les rats ces derniers temps. Voilà que des chercheurs les ont mis en concurrence avec des fourmis pour l’élimination des déchets comestibles des trottoirs.

L’étude complète, qui s’intitule « Habitat and species identity, not diversity,
predict the extent of refuse consumption by urban arthropods
 » est en ligne ici :
http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/gcb.12791/full
.

L’expérience a porté sur les arthropodes présents dans 59 des espaces verts et bandes enherbées, au milieu des grandes avenues, de la ville.

Cette étude a le mérite d’être complète et a été sérieusement menée. Il a d’abord été posé au sol des déchets alimentaires tels qu’ils se présentent habituellement grâce à l’incivisme des citadins.

Dans un second temps, ces déchets ont été « encagés » pour n’être accessibles qu’aux seuls arthropodes (et pas aux rongeurs). Il a été mené une campagne avec des miettes et
reliefs de repas normaux, puis avec des plats entiers (issus du commerce de la restauration rapide).

Il en ressort que les insectes, principalement des fourmis de l’espèce Tetramorium (la fourmi des trottoirs), peuvent consommer 0,4 à 2,8 kg des 10,6 kg de déchets comestibles que génère annuellement chaque new-yorkais.

Citons les chercheurs : « Nos résultats indiquent que les rongeurs sont en concurrence avec les arthropodes pour les déchets alimentaires jonchant les trottoirs de Manhattan. Dans l’ensemble,
1,5 à 2,5 fois plus de nourriture a été consommée quand les rongeurs avaient accès à la nourriture. Cependant, la consommation des rongeurs a un coût pour la santé publique, parce qu’ils PEUVENT transmettre des maladies à l’homme, ce qui n’est pas le cas des fourmis et de la plupart des arthropodes (sauf dans des cas particuliers tels que les hôpitaux)
 ».

Cette conclusion mesurée et modeste est tout à l’honneur de l’équipe de chercheurs. Toutefois, une relecture/ reformulation pourrait donner ceci :

« Comme il n’est pas envisageable d’encager les déchets issus de l’alimentation de citadins inciviques pour les réserver à la fourmi des trottoirs, heureusement qu’il y a des surmulots pour faire l’essentiel du travail de recyclage ! Service public qu’ils accomplissent sans trop de dangers pour les populations puisqu’à part quelques rares cas de leptospirose, ils ne transmettent pas de maladies. »


Pierre Falgayrac

http://www.hyform.fr

New-York: 8 ou 2 millions de rats ?

Jonathan Auerbach, a réussi un coup de maître en générant un buzz planétaire
aussi creux qu’une Start-up des débuts du Web.

Il était analyste financier du conseil municipal de New York et du service
d’information du marché du travail à la City University. Pour son article « Does New York City really have as many rats as people ? », il se présente comme étudiant doctorant du Département des Statistiques à l’Université de Columbia.

Ce statisticien qui ne connaît rien, mais alors rien du tout, à l’éthologie des rats d’égout, prétend avoir établi scientifiquement que New-York ne compterait pas 8 millions de rats, soit un par habitant comme l’affirme une légende urbaine, mais seulement 2 millions, soit 0,25 rat par habitant…

Son étude a été publiée dans le n° d’octobre de la revue Signifiance, éditée
par The Royal Statistical Society, en ligne à cette adresse :

http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/j.1740-9713.2014.00764.x/pdf

Passons rapidement sur sa mauvaise introduction digne d’un élève très moyen de seconde, pour nous attarder sur sa méthode de calcul. Elle est basée sur la technique de la « capture – recapture à 2 échantillons », bien connue des biologistes. Il s’agit
de marquer des animaux capturés, puis de les relâcher au milieu des non marqués. Lors d’une seconde capture, la proportion d’animaux marqués permet de déduire la population totale, sur ce modèle : 100 animaux marqués qui se mélangent aux autres,
puis une capture où l’on trouve 1% d’animaux marqués. Il est déduit qu’il existe 10.000 animaux, puisque 100 est 1% de 10.000.

Son idée initiale consistait à littéralement marquer des milliers de rats puis à les
relâcher en ville pour qu’ils se mélangent aux colonies en place. Le ridicule de cette idée est peut-être apparu aux responsables de l’hygiène de New-York, qui ont refusé cette proposition. De toute façon, les rats relâchés n’auraient survécu que quelques heures, car les colonies installées auraient été loin de les accueillir à bras ouverts. Mais bon, il fallait avoir lu autre chose que Wikipedia ou Dinausoria pour savoir
comment se comportent socialement les rats dans ce genre de situation…

Cela n’a  pas découragé notre jeune doctorant, qui décide d’appliquer cette méthode aux « parcelles » (secteurs de quartiers) dont est constitué New-York, en se basant sur les statistiques d’appel du 312, le n° d’appel du Département de Santé et d’Hygiène Mentale de la ville, mis en place en début d’année, le fameux « Rat Information Portail ».

Il écrit :
« Si nous nous adaptons à l’estimation de deux échantillons de capture-recapture, en rapprochant le nombre de parcelles de la ville infestées par des rats, on peut alors multiplier le nombre total de parcelles non infestées par le nombre moyen de parcelles infestées et en déduire la population totale de rats. Bien sûr, cette méthode ne tient pas compte de rats vivant en dessous du sol ou dans le sous-sol – car il est un mythe que de grandes populations de rats vivent dans le métro et les égouts de New York, affirme le Département de Santé et
d’Hygiène Mentale
. »

C’est nous qui soulignons ces deux dernières énormités. Ainsi donc, ce jeune
statisticien base son estimation sur une impasse monstrueuse et un mensonge : tous les dératiseurs et services hygiène savent que les égouts et tous les corps creux sous-terrain urbains sont des réservoirs de rats. Plus loin dans son article, en explication d’illustrations, il enfoncera le clou en écartant de ses statistiques les espaces verts (dont tous les citadins savent qu’ils sont dépourvus de rats, bien sûr…).

Pour simuler, donc, la capture-recapture en 2 échantillons, notre brillant jeune
homme considère :

– Des « parcelles » (morceaux de quartiers), distinguant celles qui sont infestées de rats et celles qui ne le sont pas ;

– 2 périodes de signalements téléphoniques, espacées de 6 mois (période « tampon) ;

– Que les appels de la première période ont tous été traités par le NYCH&MH, et donc que les rats signalés ont été éliminés ;

– Qu’en conséquence, un nouvel appel sur un lot déjà signalé est considéré comme indépendant du premier appel (il est donc supposé que de nouveaux rats se sont installés) ;

– Qu’une colonie de rats est constituée de 50 individus et ne partage pas son territoire avec une autre colonie (quand on pense qu’il songeait, dans un premier temps, mélanger des rats au hasard…) ;

– Que cette estimation de 50 rats/ bloc signalé est volontairement gonflée afin d’être « confiant » dans le chiffre final obtenu.

Les données du 312 indiquent que 40.500 parcelles ne sont pas infestées de rats,
soit 4,75% de toutes les parcelles de New-York. Et notre jeune homme de conclure : « Cela donne à penser que New York compte à peu près 2 million de rats (150 ± 000). Ce qui est bien loin de la légende urbaine des 8 millions de rats. En fait, chaque parcelle devrait abriter sa propre colonie d’environ 180 rats pour qu’une population totale de 8 millions soit
plausible. Par conséquent, notre méthode ne conforte pas l’hypothèse selon laquelle il y a 8 millions de rats à New York.
 »

Les timides réserves sur la fiabilité des signalements téléphoniques et la fausse modestie de la conclusion (« cette étude est au mieux à considérer comme une enquête susceptible d’être complétée par la découverte de nouveaux éléments, qui nous amèneront à affiner nos hypothèses »), n’ont pas empêché M. Auerbach de faire le matamore dans quelques interviews et à la conférence annuelle de la Royal Statistical Society of London à Sheffield, en septembre dernier, où il déclara « je lance un défi :  » Voyons voir si quelqu’un peut faire mieux. » »

J’invite bien entendu ce monsieur à ma conférence sur ce même sujet (combien
y-a-t-il de rats par habitant en ville ?) le 21 novembre prochain au salon Parasitec, où j’exposerai une méthode de calcul fondamentalement différente de la sienne, et vais donc m’appliquer à démontrer la vacuité de son estimation.

La principale faiblesse de sa méthode est l’utilisation des signalements téléphoniques de rats. Leur fiabilité est trop aléatoire pour être considérée comme une base sérieuse de travail. Autant estimer que les votes par téléphone qui désignent la nouvelle star ou le vainqueur de l’Eurovision sont pertinents et dignes de données scientifiques ! Quoi qu’encore les appels téléphoniques de ce type ne sont pas vraiment aléatoires (c’est A ou B, ou C), alors que les signalements téléphoniques de rats au 312 peuvent recouvrir plusieurs situations fort différentes, sans lien entre elles autre que les rats. Prenons des exemples :

– Des rats vus en plein jour sur une parcelle ? Il y a soit une infestation très importante qui recouvre plusieurs parcelles contigües, soit des travaux qui ont délogé des colonies en place ; les dits travaux pouvant avoir lieu sur la parcelle en
question mais aussi sur une autre plus éloignée ; A quelle parcelle « attribuer » les rats ? S’ils sont attribués à une parcelle déjà signalée, elle comptera dans les
faits bien plus que 50 rats, mais nous verrons que ce n’est « statistiquement » pas le cas ;

– Des rats vus la nuit ? Ils ne sortent de leurs terriers que pour manger et boire. Qu’ils soient aperçus sur une parcelle ne signifie pas qu’ils y résident. Les territoires occupés par les rats n’ont que faire des limites décidées par les hommes, et il ne faut pas oublier que bien des rats parcourent 30 à 50 m en ville pour se nourrir. A quelle parcelle appartiennent-ils alors ?

– Des rats vus en plein jour après un fort épisode pluvieux ? Il s’agit de rats de second et dernier rang, délogés de leurs terriers inondés, qui sortent des égouts (où soi-disant il n’y a pas de grandes quantités de rats…) ;

– Des rats d’une même colonie peuvent très bien traverser une rue pour aller se nourrir dans des poubelles sur le trottoir d’en face tandis que d’autres resteront sur le trottoir de leurs terriers. A quelle parcelle les uns et les autres seront-ils « attribués » ?

D’un autre côté, il me semble avoir compris sur le site du 312, qu’un signalement téléphonique de rats est enregistré, qu’il ait été vu un rat comme 10. Pourtant, ce n’est pas du tout la même chose, n’importe quel dératiseur expérimenté le confirmera. Une faiblesse du système de la hotline qui n’arrange pas les bidons des statistiques…

Si l’on tient compte par ailleurs des citadins qui voient des rats mais ne les déclarent pas, voilà un beau patchak inutilisable pour des statistiques sérieuses. Comme le jeune statisticien le dit lui-même : « Il y a beaucoup de raisons de croire que
des individus dans certaines parties de la ville sont plus susceptibles de déclarer un rat que dans d’autres parties de la ville.
 » Écrivant par ailleurs qu’« il y a des dizaines de milliers de signalements au n° 311 chaque mois, pour des centaines de demandes d’interventions »,
il admet que bien des signalements ne sont pas des informations fiables et que tous n’ont pas été traités par les dératiseurs de la ville. Voilà qui plombe bien sa méthode de calcul avec période « tampon » (voir plus loin)…

Les signalements téléphoniques de rats sont donc davantage un outil statistique de
l’humeur des citadins et de l’ambiance de leur quartier, qu’une base de données fiable pour décompter les rats de NYC, et constituent un premier artifice
grossier !

Mais ce n’est pas tout : En l’absence de signalement, et par défaut, le distinguo parcelle infestée/ parcelle non infestée est appliqué par copié/collé à des parcelles présentant des similitudes ; il écrit : « Pour cette raison, beaucoup de parcelles non infestées de rats ne sont pas communiqués au 312 avec une probabilité égale à travers la ville et ses divers quartiers (quartier zones de tabulation, ou NTas). Ce qui remet en question la validité de l’hypothèse (a). Cependant, nous pouvons limiter notre étude à un quartier à la fois. Dans chaque quartier, il est raisonnable de penser que les observations rapportées
seraient semblables dans des quartiers ayant des caractéristiques similaires
. »

Ce second artifice invalide son affirmation : « Notre enquête est soigneusement conçue de telle sorte que ces hypothèses sont raisonnables »…

Et pour coller à la technique du double échantillonnage en capture-recapture, il
adopte un troisième artifice : « Les périodes d’échantillonnage ont été choisies de manière à ce que les présences de rats dans la première période de l’échantillon soient
sans rapport avec des présences de rats dans la deuxième période. Chaque signalement de rat entre Janvier et Juillet 2010 (période d’échantillonnage 1) a été traité en Janvier 2011 (début de la période de l’échantillon 2) ».
Ce qui est faux : nous avons vu qu’il se contredit sur ce point.

C’est accorder une compétence digne de Superman, donc impossible, au
Département hygiène de New-York, que de considérer qu’il élimine systématiquement et durablement tous les rats signalés au téléphone, ne serait-ce que sur les parcelles où il est intervenu ! Il est en conséquence fort probable que des
signalements de rats répétés sur une même parcelle, malgré les traitements « systématiques » du NYCH&MH, indiquent que des colonies de rats y sont bien installées, années après années. Il reconnait d’ailleurs plus loin dans son article : « Les signalements de rats de Brooklyn sont plus susceptibles de se produire dans les mêmes
parcelles
 ».

Pour « simuler » les limites de la capture-recapture d’animaux sauvages que représentent les naissances-décès et migrations entre les échantillonnages, M. Auerbach considère donc une période « tampon » de 6 mois, pendant lesquels il ne
comptabilise pas les signalements téléphoniques dans son étude, arguant de campagnes de dératisation menées pendant cette période. La logique de ce raisonnement m’échappe totalement, mais bon, c’est un artifice essentiel du dispositif « auerbachien » !

Quid de ce choix arbitraire de 50 rats par colonie ? Une colonie de 3 générations compte une vingtaine de rats et là où les ressources trophiques sont importantes certaines peuvent compter une centaine d’individus. Je tiens à la disposition de M. Auerbach des photos de dizaines de terriers sur moins de 50m², soit bien plus de 50 individus présents, qui montrent que là où il y a des rats systématiquement signalés, en certains endroits il y en en a probablement bien plus que 50 ! Si l’on peut  admettre que 50 est une moyenne, elle est très hasardeuse puisque les rats ne sont pas uniformément répartis en milieu urbain, et c’est le Département de Santé de NYC qui l’a dit lors de la psychose précédent l’ouragan Sandy ! Ajoutons à cela les
parcelles avec rats bien présents mais non déclarés et il est dévoilé un autre artifice.

Et enfin, sur quels critères scientifiques, objectifs, considérer de facto que les parcelles n’ayant fait l’objet d’aucun signalement ne comportent aucun rat ? Ce n’est pas parce qu’on ne les voit pas, ou peu, qu’ils ne sont pas là ! La réalité est que si leur
densité est faible, leur commensalité n’occasionne pas de nuisance, même visuelle, car ils sont naturellement craintifs et se cachent de leurs prédateurs et des hommes, bien qu’ils soient néanmoins présents ! Je mets ma main à couper qu’il y a des dizaines, voire des centaines, de rats qui vivent dans les parcelles dont les résidents n’appellent pas le 312. Pour notre jeune doctorant cet artifice « 0 appel = 0 rat » est une supercherie tellement grossière qu’elle a échappée à la sagacité du comité de rédaction de la revue qui a publié son article, aux juges de son doctorat à l’Université de Columbia et aux pontes de la Royal Statistical Society of London qui lui ont accordé un prix et l’ont invité à prononcer une conférence à Sheffield. Cela fait beaucoup de beau linge berné par cette tartuferie !
C’est affligeant…

Par ailleurs, il serait intéressant de recueillir l’avis de biologistes sur « l’adaptation » de la méthode du double échantillonnage en capture-recapture à des parcelles urbaines inertes identifiées par des coups de fil… L’autre principal artifice est bien là : faire croire qu’une transposition mathématique est pertinente. L’analyse de milliers coups de fil new-yorkais aléatoires et incertains vaut bien une capture-recapture d’antilopes en région subtropicale, c’est M. Auerbach qui nous le
dit…

Car surtout, surtout, en restant bien au chaud derrière son ordinateur dans son bureau de NYC, notre brillant pourfendeur de légendes urbaines est resté dans son domaine de compétence, les statistiques, sans prendre la peine d’aller plus loin que les lieux communs du Web sur les rats, et n’est pas allé se rendre compte par lui-même des réalités de terrain, ni n’évoque des échanges avec les dératiseurs du Département de Santé. Son étude ne prend pas en considération les ressources trophiques qui conditionnent la population des rats, et a le bas qui blesse très sérieusement en matière d’éthologie murine : il peut y avoir des centaines de rats, voire des milliers, répartis en plusieurs colonies cohabitant paisiblement, sur certaines parcelles offrant nourriture et possibilités de nidifications abondantes (ressources trophiques).

Ceci étant, la principale caractéristique de rattus norvegicus, le rat d’égout, est son très gros appétit : Il consomme 10% de son poids par jour. En toute logique, seule une méthode de dénombrement par la consommation de nourriture préalablement pesée
peut donner des éléments statistiques fiables pour évaluer une population de rats. C’est cette méthode qu’utilisent des formulateurs de raticides pour évaluer l’appétence de leurs produits. Cela n’a même pas effleuré les neurones bien rangés de notre doctorant d’élite !

Pourquoi donc cette étude farfelue et le buzz qui l’accompagne ? Les accointances de M. Auerbach avec l’administration de la ville de New-York sont publiques, et  l’embarras dans lequel l’augmentation des appels à la hotline « rat » du 311 place le Département de Santé et d’Hygiène Mentale de NYC, cadrent le problème : une étude qui présente favorablement le travail des dératiseurs de New-York est bienvenue, même bâclée, biaisée et quasi-mensongère, mais adoubée par des universitaires ! Les réseaux politiques, journalistiques et sociaux font le reste…

De l’art de faire mousser un feu d’artifices…

Rappelons que la mousse est une émulsion d’air dans un liquide, donc du vent
en bulles.

Pierre Falgayrac

Ps1 : Il
y a dans mon livre « Des rats et des hommes », toujours
disponible ici, un chapitre sur « les compétences des acteurs
de la dératisation » qui est vraiment d’actualité avec
le sujet de cet article.

PS2 : Et
si cette « affaire » n’était qu’un gros
canular destiné à débusquer les incompétences des uns et des
autres, fussent-ils universitaires de haut-vol, ou détecter les
véritables experts en dératisation ? Quoiqu’il en soit,
je me positionne aussi dans cette
« configuration ».

Dix-huit nouveaux virus de rats


L’American Society for Microbiology a publié un article qui fait un buzz mondial depuis quelques semaines. Il est ici : http://mbio.asm.org/content/5/5/e01933-14.abstract.

En résumé : L’utilisation de moyens à la pointe de la technique a permis d’identifier une quantité impressionnante d’agents pathogènes (dont l’Ebola, l’Hantavirus et plusieurs nouveaux virus) sur les rats new-yorkais. Il semblerait que les animaux de compagnie ayant été au contact des
déjections de ces rats « surinfectés » aient contaminés leur maîtres avec l’hépatite C…

Les commentaires des milieux autorisés (monde médical essentiellement) fleurent bon un alarmisme de circonstance plus affectif qu’objectif, et une inculture désolante en matière
de rats… Détricotons le buzz :

– Pour commencer : Y-a-t-il lieu de s’affoler parce que l’on sait seulement aujourd’hui que les  rats sont porteurs de microbes horribles et très dangereux depuis toujours ?

– Ensuite : Si l’on faisait ce même genre d’investigation sur d’autres animaux commensaux de nos cités, ne pensez-vous pas que l’on découvrirait le même genre de microbes « effrayants » sur oiseaux, chiens et chats errants ?


– Et pour finir : ces dernières décennies, quelles zoonoses sont imputables aux rats d’égout ? aucune ! Voilà qui nous renvoi aux récentes psychoses dispendieuses de la grippe aviaire et de la grippe A…

Seule la leptospirose, qui se transmet par l’urine des rats d’égout, est connue pour infecter occasionnellement des personnes œuvrant dans un environnement infesté.

Je laisse au corps médical lucide le soin de désamorcer dans le détail ce buzz irrationnel pour revenir sur des propos qui concernent les rats eux-mêmes.

Sur le blog de Jacques Henry (http://www.contrepoints.org/2014/10/21/185288-rats-attention-danger) nous lisons : « (le rat) est le seul animal avec l’homme à s’entre-tuer sans raison apparente. « qui se ressemble s’assemble » comme on dit dans les chaumières. »

Non, les rats se battent à mort (cannibalisme) seulement en cas de famine, et les survivants comptent bien davantage de femelles que de mâles afin d’assurer la pérennité de l’espèce. En dehors de ces situations de manque de nourriture, il n’y a jamais de lutte à mort entre
rats. Rien à voir avec les hommes !

Sur http://franceusamedia.com/2014/10/les-rats-new-yorkais-porteurs-de-virus-et-de-maladies-dangereuses/ nous lisons :

« Dans la plupart des grandes cités du monde, ces rongeurs prolifèrent près des populations. C’est d’ailleurs à Chicago et à Los Angeles que l’on trouve la plus forte densité
de ces animaux 
( et de renvoyer vers le lien d’une entreprise qui classe les villes américaines par le nombre de traitements « rats » effectués par elle…) »

Non, les rats ne « prolifèrent » pas. Leur population s’équilibre en fonction des ressources trophiques (possibilités de nidification et d’alimentation) de l’endroit où ils vivent. Mais il est vrai qu’ils vivent à proximité de l’homme, pour recycler ses déchets.

Sur http://finance.yahoo.com/news/york-citys-rats-carrying-viruses-130000460.html , nous lisons « Personne ne sait combien il y a de rats dans le métro de New York, mais Rick Ostfeld de l’Institut Cary d’études de l’écosystème à Millbrook, NY a déclaré à Bloomberg Businessweek « qu’il soupçonne qu’il y a autant de rats que il ya des gens dans la
ville » ».

Si, il y a moyen de savoir combien nos villes comptent de rats par habitant. Nous avons exposé une expérience de dénombrement de surmulots en ville dans notre livre « Des rats et des hommes » (Editions Hyform 2013), disponible ici. Ceci étant, Rick Ostfeld n’est pas inutilement alarmiste et son estimation diffère notablement de ce qu’on trouve habituellement sur le Web.

Sur  http://www.startribune.com/lifestyle/health/280364312.html, nous lisons « (que la difficulté à les piéger ) est due au fait que les rats de New York sont beaucoup rusés que les rats dans
d’autres villes
 ».

Ah bon. Les rats de New-York sont donc plus intelligents que ceux du reste du monde… C’est tellement « gros » qu’il y a juste à souligner qu’il n’y a rien qui ressemble plus à un rat de New-York ou de Paris, qu’un rat de Berlin ou de Tokyo.

Sur http://abc7.com/news/new-study-finds-rats-in-nyc-carry-18-new-viruses/352432/ nous lisons : « Voici le problème : les rats se multiplient très, très vite ; au cours d’une année, un couple peut produire plus de 100 enfants, et ainsi de suite, et ainsi de suite, et ainsi de suite. »

De l’art de balancer des chiffres qui ne veulent rien dire. Dans de bonnes conditions (nourriture abondante et peu de prédation), un couple de rats peut avoir jusqu’à 2.000 descendants en un an, voire 5.000 dans des conditions idéales (territoire illimité et zéro prédation). Au moins,
l’imprécision de l’article n’est pas si alarmiste que ça.

Encore une fois, l’inculture de notre société en matière murine transpire dans ce buzz.


Pierre Falgayrac

http://www.hyform.fr

Spécial investigation – Rats : la poule aux œufs d’or, de MM. Tresanini et Vescovacci


Il s’agit de l’émission de Canal + diffusée en octobre 2014 et visible ici :
https://www.youtube.com/watch?v=3-RH8V7cDps


L’introduction cadre le sujet :
« Les rats : on en compte 2 par habitants à Paris et 10 à
Marseille. En France, on en trouve dans les jardins publics, les restaurants, les supermarchés, mais aussi dans le métro à New-York et dans les hôpitaux en Chine. L’invasion est mondiale.
Qu’est-ce qui peut expliquer cette prolifération ? Eh bien il y a plusieurs causes, et l’une d’elles est étonnante : au fil du temps les rats sont devenus résistants aux produits chimiques qui sont censés les éradiquer. Les multinationales qui fabriquent ces raticides pourraient en lancer d’autres plus puissants, mais elles ne le font pas. Pourquoi ? Nous allons vous le révéler. »


Avec de tels propos,
« l’émission qui contre-enquête le monde » annonce que ce qui va suivre est un réquisitoire basé sur un procès d’intention, et certainement pas une enquête d’investigation neutre et approfondie.

D’ailleurs cela commence très mal : « L’idée de ce film je l’ai eu un soir alors que je me baladais dans Paris (…) mais ici, à deux pas des Champs Elysées, la balade peut réserver des surprises. A la nuit tombée, des dizaines de rats quittent les égouts et envahissent les pelouses (…). Paris envahit par les rats, c’est en tout cas le sentiment des touristes asiatiques ou américains qui postent leurs vidéos sur Internet ». Suivent les images, tournées en journée, des
pelouses du jardin du Musée du Louvre parcourues par des rats au milieu des touristes qui pique-niquent. Images qui ont fait le tour du monde cet été.

L’idée de « l’enquête » est donc venue de ce buzz estival et certainement pas d’une balade parisienne. Pourquoi s’en cacher et se faire passer pour le candide de service qui
découvre quelque chose de nouveau ?

« Les rats c’est sale mais ça peut aussi être dangereux », et de passer des rats pique-niqueurs à ceux qui ont rongé les câbles d’une armoire électrique de la SNCF, ce qui a provoqué un accident mortel l’été dernier (collision TER/TGV). A part que les photos de la SNCF sont explicites : il s’agissait de souris, qui ne vivent pas dans les égouts et n’envahissent pas les pelouses fréquentées par les touristes… Leur mode de vie est bien différent de celui des
rats d’égout et l’amalgame rat/souris n’a pas lieu d’être dans ces deux cas; votre propos, MM. Tresanini et Vescovacci, relève ici de la manipulation.

D’ailleurs cela continue avec les voyageurs terrorisés par un rat dans métro de New-York (panique totalement irrationnelle…), un quarteron de rats qui « envahit un fast-food » de Chicago (en restant sur la terrasse…), une poignée de rats qui « prennent d’assaut » un
hôpital chinois, et les bobbies anglais et leur chiens qui tentent de stopper une « invasion » diurne de quelques dizaines de rats affamés et apeurés, à coups de crocs et de pelles…


Voilà, le décor est posé pour balancer une première énormité : «Toujours plus de rongeurs. À qui la faute ? Aux rats eux-mêmes d’abord, car l’espèce se reproduit plus vite que son
ombre
». Suit un bout d’interview d’Etienne Benoit, qui dit que « qu’un couple de rats peut avoir
entre 2.000 et 5.000 descendants en un an
», en zappant ce qu’il dit juste avant : « dans une zone extrêmement vaste avec autant à manger que l’on veut », autrement dit certainement pas les jardins du Louvre !


Même si plus loin dans le reportage, l’interview du Pr Benoit est passée en entier, le « mal » est fait dés le début du sujet.Manipulation oui, investigation, non !

MM. Tresanini et Vescovacci, cela fait des millénaires que les rats se reproduisent à ce rythme, pourquoi affoler inutilement vos téléspectateurs en affirmant qu’ils sont de plus en plus nombreux ?
Si vous vous étiez penché un peu le « pourquoi ? » du buzz des jardins du Louvre, vous auriez relevé :

1/ Que ce sont d’importants travaux qui ont délogé et déplacé des rats qui n’étaient pas très embêtants jusque-là;

2/ Que c’est la faim qui les a fait sortir en plein jour, alors qu’ils sont biologiquement de mœurs
nocturnes.

Il ne pouvait donc pas s’agir d’un « envahissement » mais plutôt d’un comportement
opportuniste lié à l’augmentation des ressources trophiques que représentent les jardins (pour y creuser des terriers) et l’afflux de touristes (avec leurs reliefs de repas). Donc un épisode strictement estival ; d’ailleurs le buzz s’est éteint en même temps que « l’invasion »…


Quant aux souris de l’armoire électrique de la SNCF, il s’agissait de l’incompétence du sevicee de dératisation, et certainement pas d’une autre «invasion » !

La deuxième énormité est sidérante : « si les rats prolifèrent autant aujourd’hui, c’est peut-être aussi parce que l’industrie du rat gagne beaucoup d’argent ». Suivent des extraits d’interviewes d’un commercial qui déclare que « c’est colossal. Il n’y a pas un seul pays au monde épargné par les rongeurs » et d’une chef d’entreprise qui évoque « une progression annuelle de 5% ». Notons que cette séquence ayant été tournée lors d’un salon professionnel tenu l’année précédente, votre introduction est bien mensongère et manipulatrice.

MM. Tresanini et Vescovacci, expliquez-nous comment les rats peuvent proliférer alors que :

1/ Ils se reproduisent de la même manière depuis la nuit des temps;

2/ L’industrie de rat est prospère et très riche ?

Qu’est-ce que ces deux choses ont à voir ? Vous vous réécoutez quand vous avez bu ? Le témoignage d’une poignée de professionnels satisfaits suffit-il à établir une vérité ?
Avez-vous pris le temps d’observer comment est structurée « l’industrie du rat » ? Vous n’en parlez pas dans votre reportage, alors qu’il y aurait matière à débat : un syndicat représentatif (la CS3D) qui réunit fabricants et prestataires, qui fédère 1% d’entreprises qui réalisent 50%
du chiffre d’affaire du secteur professionnel, et un tiers qui n’en réalisent que 1%… L’ensemble représentant 7.500 salariés ou artisans, qui n’ont jamais suivi de formations qualifiantes, puisqu’il n’en existe pas !

L’enquête qui se poursuit en Auvergne où pullule le campagnol des champs, abouti à un amalgame inapproprié entre rats des villes et rats des champs. Vous n’avez pas appris une certaine fable de La Fontaine, à l’école primaire, qui montre que les mondes des rats des champs et des rats de villes n’ont rien à voir ?

La question à se poser devant la prolifération des campagnols des champs, MM. Tresanini et Vescovacci, est celle de la non-prolifération de leurs prédateurs (serpents, mustélidés et
rapaces), puisque dans les milieux équilibrés les populations rongeurs/prédateurs sont interdépendantes. C’est donc un problème de modèle agricole que posent les campagnols, ce qui n’a rien à voir, mais rien du tout, avec les rats d’égouts délogés de leurs terriers et les souris qui s’abritent dans une armoire électrique.

Lors de votre visite à l’école vétérinaire de Lyon, n’avez-vous pas été frappés par la petite taille des rats résistants aux anticoagulants, dont le Pr Benoit dit « qu’ils ne sont pas en grande grande forme », alors qu’au début du reportage et vers 28’03 vous évoquez des
rats énormes ? Je vous invite à lire sur ce sujet un autre article de mon blog (http://hyform.blogspace.fr/6044179/Retour-sur-les-phenomenes-de-resistance-des-rats-aux-anticoagulants/ ), car effectivement les rats résistants aux anticoagulants sont
loin d’être des super-rats…

Et vous n’avez certainement pas bien écouté ce que vous disait Étienne Benoit à propos du rat noir, car il n’est pas arrivé en Europe «au 18ème siècle, par bateaux, en provenance
l’Asie
», mais bien avant ; encore une énormité, qui trahit que vous n’avez pas bien préparé/finalisé votre reportage. De même, ce n’est pas « en quelques années que
les rats d’égout ont remplacé les rats noirs dans les villes
» ; le phénomène s’est étalé sur plus d’un siècle et est expliqué dans mon livre « Des rats et des hommes » (disponible ici).

Le petit couplet positif sur l’utilité des rats dans les égouts est vite étouffé par un sinistre « cercle vicieux, car à force d’abandonner nos déchets alimentaires sur la voie publique les rats prolifèrent dans les grandes villes », cette répétition révélant le parti-pris erroné et inutilement dramatique de votre reportage.

Le passage sur les estimations de l’OMS quant aux coûts des dégâts causés par les rongeurs se conclut par de bonnes paroles, car en effet « nous sommes tous responsables », mais la
suite sur les agents anti-rats de la préfecture de police de Paris est à la limite du pitoyable. Ces agents n’ont manifestement jamais suivi de formation sur le sujet qui les occupe et ils ne se
sont pas beaucoup renseignés sur la biologie du rat d’égout ! Affirmer que « les rats circulent en plein jour parce que les gens jettent des déchets par les fenêtres » trahit une connaissance très superficielle de la situation. Voir des rats en plein jour signifie qu’il y en a 10 fois plus qui ne sortent que la nuit, car ceux qui sortent en journée sont des rats dominés affamés. Il y a bien plus que les personnes verbalisées pour avoir jeté de la nourriture par les fenêtres qui sont à mettre en cause, à commencer par le bailleur social, qui pourrait assurer un entretien plus rigoureux des espaces de la cité.


La visite des caves d’une cité HLM est à l’avenant : les caves sont un capharnaüm insalubre et une seule cave est fautive ! Si les agents les avaient toutes visitées, ils en auraient trouvé
bien d’autres tout aussi « coupables ». Mais coupables de quoi ? D’offrir un abri aux rats, et seulement un abri, car il est évident qu’ils s’alimentent ailleurs… Or, c’est au niveau des sources d’alimentation qu’il faut rechercher des « coupables » ! Quant au pauvre représentant de la société HLM « dépassé » par la situation et « qui ne sait pas trop comment éradiquer
le problème
», je lui conseille de suivre une formation, car il est gestionnaire d’une problématique qu’il ne maîtrise pas. Au fait, pourquoi a-t-il été nommé à cette fonction,
s’il « ne sait pas comment faire ? »


Le passage sur le restaurant de Belleville est à se tordre de rire. Les habitants de l’immeuble et le syndic le soupçonnent d’attirer les rats. Or, les policiers concluent que c’est un défaut d’étanchéité d’une conduite d’eau usée qui offre un passage aux rats en provenance des
égouts vers les caves délabrées, sales et encombrées de l’immeuble; c’est donc le syndic qui est mis en cause… Un minimum de connaissance sur la biologie du surmulot aurait permis de conclure différemment : son gros appétit le trahit (il consomme 10% de son poids/ jour), c’est donc la source de nourriture qu’il faut considérer, en l’occurrence les poubelles de l’immeuble et du restaurant… Ensuite il faut obliger les occupants à débarrasser leurs caves pour ne plus offrir de refuges aux rats, et en dernier lieu boucher le passage depuis les égouts ; car il est évident, pour qui connaît les rats, que ce ne sont pas ceux qui nichent dans les égouts qui traversent les caves pour aller manger dans les poubelles de l’immeuble…


Souligner la « légèreté des syndics » en matière de lutte contre les rongeurs est justifié, de même que le « laxisme de certains services municipaux de ramassage des ordures ». Mais
le long développement sur Marseille ressemble à un règlement de compte d’un supporter du PSG contre l’OM… Ce n’est plus du journalisme d’investigation mais du reportage polémiste ! L’utilisation que vous faites des estimations de la proportion de rats par habitant est grotesque («10 rats/habitants à Marseille, 2 à Paris »), car vous reproduisez sans les avoir vérifié des chiffres non documentés et très sujets à caution. Figurez-vous, MM. Tresanini et Vescovacci,
que l’expérience de dénombrement de rats d’égout qui figure dans mon livre « Des rats et des hommes » a été conduite à Marseille, où il y a moins de 2 rats par habitant. Sur ce sujet je vous invite à assister à ma conférence au prochain salon Parasitec, le 21 novembre prochain.


Votre conclusion « 50.000 € de budget raticides, c’est insuffisant pour dératiser Marseille » est
incongrue, surtout après avoir filmé les dératiseurs de la ville qui font n’importe quoi (jeter à l’aveugle des raticides dans les tampons d’égout). A aucun moment cette manière de faire ne vous interpelle. Pourquoi ? Parce vous vous n’êtes pas souciés de savoir comment vivent les rats et comment il faut, idéalement, lutter contre eux. Jamais, dans votre reportage vous ne posez des questions en rapport avec les stratégies de lutte, histoire de vérifier si elles sont pertinentes ou inadaptées.


Quand donc vous filmez les deux dératiseurs « qui ont longtemps hésité (à se faire filmer par vous) », vous ne vous demandez pas s’ils représentent l’ensemble de leurs collègues où
seulement une partie ? Oui, il y a des margoulins dans tous les secteurs de métier (y compris les journalistes TV), mais comment vous assurez-vous que ceux que vous filmez sont représentatifs de l’ensemble d’une profession ? En l’espèce, vous auriez pu suivre aussi des professionnels compétents et honnêtes, car il y en a. Par contre, ceux de votre reportage sont vraiment mauvais : leur technique de lutte dans la supérette ne vous a pas interpellé ? Les souris consomment des denrées alimentaires sur les étagères des rayons, or, ils placent leurs plaques de glu au sol, c’est-à-dire que quantités de souris peuvent les éviter sur leur chemin vers les étagères, ce qui est le cas puisqu’ils déplorent « de la casse »…

Passons sur votre commentaire (30’38) « les bons mois, ils peuvent gagner jusqu’à 5.000€ », qui montre que vous confondez chiffre d’affaire et bénéfice, pour considérer votre « en France, la dératisation c’est 800 millions d’€ de chiffre d’affaire par an ». Où avez-vous trouvé ce chiffre? En 2009 les prestataires 3D (c’est dire dératisation + désinsectisation + désinfection)
ont réalisé 500 M€ de CA avec 3 type des prestations. Ne vous moquez-vous pas du monde, MM. Tresanini et Vescovacci ?

Votre tirade sur « les produits raticides qui envahissent les rayons des grandes enseignes de bricolage » montre surtout que vous n’êtes pas bricoleurs (sauf pour le montage de vos
sujets), puisque ce n’est pas le cas : les rayons phytosanitaires sont loin d’être ostentatoires dans les grandes surfaces de bricolage…

Ceci étant, la séquence sur l’opération de communication de la Chambre Syndicale 3D est quasi-honnête : de l’art de se prendre les pieds dans le tapis, pourrait-on dire… De là à
souligner que les dératiseurs professionnels s’appliquent sciemment « à ne pas tuer tous les rats pour continuer le business », il y a un pas franchi en toute mauvaise foi et méconnaissance de cause. La réalité est qu’il est impossible d’éradiquer tous les rats commensaux (chercher sur Internet la définition de ce mot) et qu’en conséquence, la dératisation consiste à maintenir leur densité en dessous d’un seuil de nuisance. Prétendre « qu’on en préserve une partie pour préserver le business» indique surtout que ces « professionnels » ne connaissent pas grand chose aux tenants et aboutissants de leur métier, ou que vous n’avez pas bien compris leurs propos… Notons à nouveau que cette séquence a été tournée avant le buzz des rats du
Louvre et votre « idée de reportage lors d’une balade« . Manipulation toujours, donc.

Vers 35’, les couplets sur « les rats qui deviennent de plus en plus malins (pour éviter les plaques de glu) » et ceux « qui résistent de plus en plus aux anticoagulants » démontrent une nouvelle foi une inculture coupable sur la biologie et l’éthologie des rats et souris (consulter mon premier livre pour la combler).

Par contre, lors de la séquence sur le salon professionnel en Pologne (36’), attardons-nous sur les propos des industriels de la chimie à qui vous demandez : « Vos raticides sont-ils
efficaces ?
»

–    « Utilisés par un pro qui sait ce
qu’il fait, je vous dis oui. Les dératiseurs devraient mieux
se former
» (BASF).

–    « Ils utilisent mal nos produits. Ils les
mettent n’importe où. Ce sont eux, les problèmes, voilà
pourquoi ils vous disent que nos raticides ne marchent pas
»
(Bayer).

–    « Le vrai problème, ce sont les dératiseurs
incompétents
» (Bell).


Cette unanimité ne semble pas vous avoir interpellé, alors que les dératiseurs que vous avez suivis (ceux de la ville de Marseille et les deux parisiens) leur donnent raison. Permettez-moi, MM. Tresanini et Vescovacci, de douter de votre perspicacité, car là, il y avait matière à investigation (un élément que vous auriez pu détecter : la certification obligatoire des dératiseurs ne vaut pas qualification…).

Le propos du Pr Benoit sur la résistance génétique (38’) est incomplet : il existe aussi une résistance métabolique (sur le « modèle » des humains alcooliques et tabagiques) provoquée par les prises répétées de doses non létales de raticides, ce à quoi reviennent bien des stratégies actuelles de dératisation (dératiseurs de la ville Marseille, par exemple).

La séquence qui suit sur le parlement européen (38’30) commence par un mensonge (volontaire ?) : « les fabricants de raticides ont mis quelques produits nouveaux sur le marché, mais bizarrement, ils ne sont pas plus efficaces que les précédents ». C’est en effet totalement inexact ! Ils sont même plus efficaces que les anciens (moins de prises nécessaires pour tuer
les rats qui en consomment), mais se pose toujours le problème de la compétence des dératiseurs qui doivent proposer des appâts vraiment appétant là où il le faut.


Pour information, l’alphachloralose, un produit très efficace qui fonctionne différemment des anticoagulants, a été interdite en raticide par l’Europe (elle est autorisée en souricide). C’est un point sur lequel les industriels de la chimie peuvent être mis en cause: ils n’ont pas défendu une molécule qui est une alternative très efficace aux anticoagulants!

Les propos de M. Angelo Filipo, que vous interviewez à l’appui de cette affirmation, relèvent de la diffamation. Il avance que « les molécules raticides sont inefficaces car elles sont trop vieilles : le flocoumafène date de 1984, la bromadiolone de 1976 et la diféthialone date de 1989« .

A 40’07, vous dites « malgré les injonctions de la commission européenne en 2007, les fabricants de raticides continuent donc à vendre leurs vieux anticoagulants inefficaces », ce qui est totalement diffamant. D’abord, où avez-vous vu des injonctions de l’Europe? Ensuite, oseriez-vous, vous deux et M. Filipo, remettre en question l’efficacité de l’aspirine, du paracétamol, du baclofène ou de l’Augmentin au motif qu’ils datent des années 50 à 70 ? La réalité est que les anticoagulants sont efficaces quand on sait les utiliser : nombre de dératiseurs sérieux, et leurs clients, en attestent. Nous vous renvoyons aux propos lucides des industriels de la chimie en 36’ de votre reportage : les produits sont efficaces, mais ce sont les dératiseurs qui ne le sont pas !

Quand M. Filipo prétend que « les chimistes ont toujours un coup d’avance » (en matière de raticides), il se dénonce lui-même : s’il a travaillé 40 ans dans la chimie, ce n’est pas dans les raticides, car si un nouveau poison raticide existe dans les cartons, se posera toujours le problème de son ingestion par les rats, donc de la compétence des dératiseurs.

Par ailleurs, s’il s’agissait vraiment d’une molécule ultra-efficace et révolutionnaire, elle serait le plus rapidement possible mise sur la marché, pour les mêmes raisons de marketing
évoquées par M. Filipo
pour vendre les « anciens » anticoagulants !


Vous mettez le Pr Benoit dans l’embarras en lui demandant (à 41’45) « ce qu’il se passerait si demain tous les rats devenaient résistants aux raticides ? », puisqu’ il ne répond pas. Bien joué, mais cela ne vaut pas, car il est coutumier de la chose (je l’ai mis dans le même genre
d’embarras, lors d’une de ses conférences, en lui demandant s’il ne fallait pas arrêter la technique de la « dératisation permanente»). Je vais donc répondre pour lui, en reprenant les arguments qu’il m’avait exposés plus tard, hors de la mise en lumière de la conférence :

–    Il s’agit d’arrêter de dératiser avec des anticoagulants pendant un an ou deux : les nouvelles
générations de rats comporteront de plus en plus d’individus non résistants, puisque le gène de résistance WKORC1 ne sera pas stimulé ;

–    De toute façon, ils ne prolifèreront pas exponentiellement et indéfiniment, car leur population
s’équilibrera en fonction des possibilités offertes par le milieu qui les accueille.

La longue séquence sur le lobbyiste Andy Adams, Bertrand Montmoreau et le parlement européen est savoureuse à double titre : vous pointez leurs manipulations politiques, mais vous présentez négativement leurs arguments très logiques et de bon sens (et ceux de Mme Lepage) en défense des anticoagulants. « Investigation », vraiment ?

A titre personnel, je suis bien aise d’apprendre que c’est grâce à Bertrand Montmoreau que le parlement européen a sauvé les anticoagulants (46’30). Quel pouvoir a donc ce
monsieur… Quand on pense qu’il s’est fendu d’une lettre ouverte à mon encontre, dans un magazine professionnel, quel honneur m’a-t-il fait ! Que va-t-il bien pouvoir faire pour se défendre de l’image peu reluisante que vous donnez de lui, MM. Tresanini et Vescovacci ? Une conférence de presse, une pleine page dans le Figaro et le Parisien ?

Les plans finaux sur les coûts de développent d’une nouvelle matière active (48’) sont totalement inappropriés et hors sujet, car les vieux anticoagulants que vous vilipendez sont
toujours efficaces ; il s’agit de les utiliser correctement, autrement dit, pas comme les dératiseurs que vous avez filmé à Marseille et Paris…

A 48’46, votre « mais voilà, si les géants de la chimie inventaient demain une nouvelle molécule capable de tuer les rats résistants, les fabricants de raticides tueraient par la même occasion leur poule aux œufs d’or. En 2013, rien qu’en Europe, le bizness de la dératisation a rapporté un bénéfice de 3 milliards €. Décidément, les rats ne sont pas des nuisibles pour tout le monde» est une saillie totalement irresponsable et indigne du véritable journalisme
d’investigation.

D’abord, d’où sort ce chiffre et que recouvre-t-il ? Les moins de 7.500 dératiseurs français seraient très intéressés de savoir comment leurs collègues européens s’en sortent si bien, puisque malgré les 5% de progrès annuel de certains français, ils sont loin de se partager la part française de ce « bénéfice » !

En synthèse, je vous demande, MM. Tresanini et Vescovacci, de bien vouloir considérer ces quelques éléments :
–    Les rongeurs commensaux ont un point faible : leur appétit. Ils consomment en effet 10% de leur poids par jour.C’est donc sur ce point qu’il faut les attaquer. L’empoisonnement est LA solution ;

–    Ils ont une forme d’intelligence et des capacité cognitives qui leur permettent d’éviter pièges et plaques de glu. Les stratégies de dératisation basées sur le piégeage ne peuvent donc pas être aussi efficaces que les poisons ;

–    Toute stratégie de dératisation doit tenir compte de la concurrence alimentaire présentée par la nourriture saine habituelle des rongeurs vs l’appât empoisonné. L’appétence de ces derniers et leur emplacement (au plus près du terrier ou du nid) sont fondamentaux en matière de dératisation. C’est le problème n° 1 de la dératisation chimique, qui est négligé par bien des dératiseurs, qui invoquent alors injustement la mauvaise qualité des raticides ;

–    Les anciens anticoagulants sont toujours très efficaces s’ils sont bien appliqués, et en plus ils moins nocifs pour l’environnement (sur animaux non cibles) que les derniers anticoagulants plus virulents ;

–    Le problème de la non-efficacité de certaines dératisations pratiquées par les professionnels provient de leur formation : 90% des formations sont dispensées par les formulateurs /distributeurs de raticides, et la certification obligatoire, qui ne vaut pas qualification, n’aborde pas la biologie et l’éthologie des rats et souris.

En conclusion, votre reportage témoigne de l’inculture de notre société sur les rats et souris et maintient les téléspectateurs dans le concept millénaire « les rats sont dégoutants, ceux qui s’en occupent aussi ». Il ne s’agit donc pas d’une enquête d’investigation mais d’un reportage destiné à faire mousser un duo de journalistes en générant une petite polémique de seconde zone (c’est sûr que le rats et les dératiseurs mobilisent moins l’attention que les turpitudes des hommes politiques).

A titre subsidiaire, avec votre reportage la profession n’a que ce qu’elle mérite : la CS3D récolte ce qu’elle sème depuis des décennies, avec son mélange des genres malsain (industriels de la chimie et prestataires dans un même syndicat), sa stratégie de communication passéiste et sa politique de formation incohérente. Je suis curieux de voir comment elle va réagir à votre émission.

Ceci étant, si le sujet des rats et des dératiseurs vous intéresse vraiment, MM. Tresanini et Vescovacci, lisez mon premier livre « Des rats et des hommes ».


Pierre Falgayrac

http://www.hyform.fr