Les rats prolifèrent-ils vraiment à Paris ?

C’est cette information que relaient en boucle tous les médias, sauf Europe 1, qui m’a fait l’honneur d’un interview sur ce sujet par Jean-Jacques Hery, dans les journaux de 7h et 18h le 8 octobre dernier.

Je le remercie d’avoir repris mes arguments dans son reportage, arguments que je vais exposer en détail ici.

Faisons d’abord le point. Depuis quelques années, de nombreux rats sont vus en plein jour dans les parcs et espaces verts fréquentés les parisiens et les touristes. Bien que des parcs soient fermés plusieurs jours, le temps nécessaire à une dératisation, les rats sont toujours là.

Et Mme le Maire, sur RTL, de reconnaitre qu’il y a davantage de rats à Paris qu’avant, et d’accuser les parisiens et visiteurs de laisser trop de reliefs de leurs casse-croutes à disposition des rats. D’où la création de brigades d’incivilités.

Bien que ne vivant pas à Paris, mais m’y rendant régulièrement pour raisons professionnelles depuis plus de 30 ans, je n’ai pas observé que les comportements inciviques des passants aient évolué, en mal comme en bien. A supposer que ce soit réellement le cas, il se seraient donc brusquement dégradés en 2014, lors des premières infestations de rats sur les jardins du Louvre… Restons sérieux, ce n’est pas l’hypothétique dégradation des comportements citadins qui peut expliquer la prolifération des rats !

En attendant, on dépense des sous pour tester leur résistance aux anticoagulants (le poison utilisé dans les appâts raticides), tout en reconnaissant que « ce ne sera qu’une partie de la réponse » (Bernard Jomier, adjoint à la Santé de la maire de Paris). Effectivement, non seulement cela ne donnera aucune explication à la prolifération des rats, mais ça n’en donnera pas non plus sur l’inefficacité des traitements. Pourquoi ? Parce que les rats qui sortent des parcs « fermés pour dératisation » afin d’aller se nourrir à l’extérieur, démontrent qu’ils ne sont pas attirés par les appâts empoisonnés mis à leur disposition par le SMASH (service Hygiène de la Ville de Paris). C’est donc un problème d’appétence et pas de résistance (d’ailleurs comment devenir résistant à un poison qui n’est pas consommé ???).

Pour expliquer la « prolifération », Geoffroy Boulard, le maire du XVII donne une piste :« Sans doute du fait des nombreux travaux qui sont en cours dans (tramway, la ZAC des Batignolles, le creusement de la prolongation de la ligne 14, le TGI) », pour affirmer ensuite « mais bien plus sûrement à cause de l’incivisme de certains habitants qui négligent les sacs-poubelles, les rats ont fait ici un beau terrain d’action. » La conclusion est désolante, mais la première proposition est la bonne, j’y reviens plus loin.

Ce que personne ne dit, je dis bien personne, parmi les différentes sommités consultées et les reportages de journalistes, c’est que :

– Les rats sont nyctalopes. Ce n’est pas un gros mot, cela veut dire qu’ils sortent de leur terrier quand le soleil se couche, et qu’ils y rentrent quand il se lève ;

– Ils passent 60 à 75% de leur temps dans leur terrier, et n’en sortent que pour boire, manger et ronger (pour user leurs dents hypsodontes (à croissance continue)). Autrement dit, ils ne se promènent jamais et ne se déplacent « qu’utile » ;

– Ils consomment l’équivalent de 10% de leurs poids par jour en plusieurs fois (ils ne font pas de vrais repas au sens où nous l’entendons, nous humains, mais grignotent plusieurs fois pendant leur période d’activité) ;

– Il n’y a quasiment rien à manger dans les égouts. Les rats s’y abritent parce qu’il y a à boire et qu’il n’y a pas de prédateurs, mais le peu de déchets comestibles qui traversent les grilles d’avaloirs ne suffisent pas à les nourrir. Voilà pourquoi ils sortent des égouts : pour manger ;

– La majorité d’entre eux colonisent égouts et caves et s’installent au plus près de la nourriture, pour avoir le moins de chemin à parcourir. Ils sont en effet d’un naturel craintif et n’aiment pas se déplacer à découvert (crainte du prédateur ailé).

Donc, voir des rats en plein jour n’est pas normal. Pour trouver la réponse à ce problème, il faut se poser les bonnes questions. Dans le genre : D’où viennent-ils ? Qu’est-ce qui les a chassé de l’endroit où ils se trouvaient avant, et où ils étaient si discrets qu’on les voyait peu ?

Il s’agit tout simplement des travaux d’excavations et de démolitions, qui fleurissent dans Paris depuis quelques années. Les vibrations du sol, sous l’effet des pelleteuses et marteaux-piqueurs, dérangent les rats dans leurs terriers et les contraignent à migrer ailleurs, mais le moins loin possible. Car le rat d’égout (Rattus norvegicus), en accord avec son tempérament craintif, est un migrateur (c’est d’ailleurs le titre d’un livre scientifique qui lui a été consacré au début du XXème siècle). Les gros travaux dans les rues de Paris produisent le même effet que la guerre et l’anarchie dans certains pays : des flots de migrants.

Que se passe-t-il réellement chez les rats en période migratoire ? D’abord, et surtout, ils doivent manger. Comme c’est leur odorat qui régente leur vie (il est 1.000 fois plus discriminant que le nôtre), ils se dirigent naturellement vers les odeurs de nourriture. Et là, Vigipirate joue un rôle bien plus déterminant que les incivilités des parisiens et touristes : les sacs poubelle en plastique transparent laissent passer beaucoup plus d’odeurs qu’un container correctement fermé. Depuis peu, elles sont collectées en fin d’après-midi, pour éviter de laisser à manger aux rats pendant la nuit, ce qui est une très bonne chose. Mais les rats, qui ont d’excellentes capacités cognitives, se sont adaptés en se nourrissant avant qu’elles soient vidées. Ceci étant, seuls les rats les plus forts et les plus expérimentés peuvent le faire. Et que font les autres, trop faibles ou trop craintifs pour affronter le jour et ses dangers ? Eh bien, ils meurent. De plus, en période migratoire il n’y a pas de reproduction : les femelles en œstrus repoussent les assiduités des mâles, tant qu’elles ne sont pas en mesure d’élever leurs petits en sécurité, dans un terrier. C’est le propre de toute migration : les plus faibles n’y résistent pas et la reproduction passe au second plan.

La situation est donc paradoxale : il y a en fait moins de rats, mais on ne voit qu’eux. Comme les migrants…Merci de ne pas me faire dire ce que je n’ai pas dit : les migrants ne sont pas des rats, ce sont les rats qui sont des migrants naturels.

Comment prévenir ce genre de situation à l’avenir ?
En procédant à la dératisation préalable d’un site avant travaux programmés. Je sais que les agents du SMASH prétendent que c’est impossible, mais qui peut croire qu’une municipalité qui impose contre vents et marées médiatiques des voies sur berge piétonnières, n’est pas capable d’édicter un arrêté de dératisation obligatoire d’une rue ou d’un quartier ? Qui peut croire que la Ville de Paris n’est pas capable de mettre en balance le coût de la prévention par rapport au coût de la carte postale écornée par le buzz (mondial ! ) autour des rats.
Ce qui ressort des interviews des différents personnages politiques, c’est qu’ils n’y connaissent rien en rats. Il est certes difficile de le leur reprocher tant il y a des problèmes plus importants à régler, mais ils pourraient s’assurer d’aller chercher des conseils aux bonnes adresses. Et là, c’est pas gagné… La preuve : non seulement personne n’a évoqué ce que j’ai écrit en première partie de cet article, mais le plan de lutte contre les rats présenté au printemps n’a rien d’expert. Détaillons-le :

Empêcher les rats de sortir des égouts
1/ Dans le cas de la Ville de Paris, cela ne veut strictement rien dire. « Etanchéifier les égouts » cela sent le discours répétitif du Dr Michaud, de l’ISTAV (un de nos confrères formateur), qui n’est manifestement jamais entré dans un égout. Autant l’étanchéité d’un réseau d’eaux usées est un objectif vers lequel on peut tendre, autant c’est strictement impossible avec un réseau d’eaux pluviales ou un réseau unitaire, qui collecte les deux eaux sans les différencier. Or, c’est le cas des égouts de Paris, qui comptent 30.000 regards / avaloirs, et qui fonctionnent par gravitation. Etanchéifier les égouts, c’est les empêcher de fonctionner !
2/ Comme déjà dit, il n’y a quasiment rien à manger dans les égouts et c’est bien pour ça que les rats en sortent ! J’ai passé des dizaines d’heures dans les égouts de plusieurs villes à étudier le comportement des rats et j’affirme, preuves photographiques et vidéos à l’appui, que les égouts constituent seulement un site idéal pour boire, creuser des terriers et s’abriter des prédateurs, mais en aucun cas ne sont un espace de nourrissage. C’est d’ailleurs pour cette raison que les rats ne sont pas uniformément répartis dans un réseau : ils se regroupent en fonction des ressources alimentaires disponibles en surface.

Éliminer progressivement les rats dans les parties en sous-sol des immeubles bâtis et dans les zones faisant l’objet de travaux
Oui, très bien, c’est que je préconise aussi ! Mais comment procéder sans obliger, par arrêté municipal, les bailleurs et syndics à dératiser les caves de leurs immeubles en gestion ? De toute façon ça ne fonctionne manifestement pas…

Cibler drastiquement la population de rats indépendants des égouts, vivants en surface. Dans les parcs et jardins de la ville, les zones les plus touchées commencent à être clôturées et de nouveaux pièges sans risque pour l’environnement seront expérimentés. Le protocole d’intervention se déploie en plusieurs temps :
• fermeture des squares pour la durée des opérations de dératisation,
• pose de boîtes sécurisées contenant des appâts anticoagulants,
• évaluation visuelle de la consommation des appâts et comptage et élimination des cadavres,
• rebouchage des terriers.

Le « drastiquement » laisse rêveur, car depuis le mois de mars, les résultats ne sont guère probants ; quant aux expérimentations, elles ont manifestement fait long feu… Effectivement, l’utilisation de pièges à prises multiples fonctionnant avec une bascule demande un savoir-faire qui ne peut pas se résumer par « pose ça ici et on rentre »…
Les parcs sont donc fermés au public afin que les poubelles ne soient plus remplies et que des déchets de repas ne se retrouvent sur les pelouses. Bonne mesure puisque la concurrence alimentaire entre l’appât empoisonné et l’aliment sain habituel est le problème n° 1 de la dératisation.
La technique consiste donc à poser de boites en plastique « sécurisées », contenant les appâts des fournisseurs attitrés de la Ville de Paris, appâts qui séjournent depuis plusieurs semaines ou mois dans un bidon plastique ; les boites sont posées près des terriers repérés et dans la zone de circulation estimée des rats.

Mais alors, comment se fait-il que l’on voit des rats sortir des « parcs fermés pour dératisation » pour aller se nourrir sur le trottoir d’en face ? Tout simplement parce que les appâts posés à l’intérieur du parc ne sont pas appétissants et que les rats préfèrent aller manger autre chose ailleurs. Donc, le problème de la concurrence alimentaire n’a pas été résolu. Disons que les techniques d’amélioration de l’appétence des appâts nécessitent un certain savoir-faire, et que les dératiseurs parisiens ne les maîtrisent pas.
Quant aux évaluations visuelles des consommations et aux comptages des cadavres, on attend toujours. De toute façon, la majorité des rats empoisonnés aux anticoagulants meurent dans leurs terrier. Comment donc les compter ?
Quant au rebouchage des terriers, ça ne sert à pas grand-chose ou rien : ou les rats sont vivants et creusent à côté pour sortir (mais ils quitteront les lieux et n’y reviendront pas), ou le terrier est déjà abandonné.

Le plan de lutte se poursuit ainsi :
Un programme d’action de long terme est parallèlement mis en œuvre afin de réduire au maximum la menace de retour des rats après la dératisation initiale effectuée. Un vétérinaire de la Ville pilote ce programme d’action qui comprend :
• l’installation de corbeilles inaccessibles aux rats, l’adaptation des horaires de passage des agents de la Direction de la propreté et de l’environnement (DPE) afin d’éviter que des déchets restent dans l’espace public sur de trop longues périodes,

Trèèèèès bien. On attend toujours… Mais que fait le vétérinaire pilote ?

des actions de communication incitant le public à adopter des comportements adaptés (pas de nourrissage, dépôt des déchets alimentaires dans les corbeilles prévues à cet effet, vigilance lors de pique-nique…),
Ah oui, comme pour les pigeons. Donc, rien de bien concret à espérer de ce côté-là.

la multiplication des rondes effectuées par la brigade de lutte contre les incivilités, le nourrissage et l’abandon de déchets,
• le déploiement d’agents en renfort si nécessaire.

Du coercitif et du personnel supplémentaire, la recette miracle qui fonctionne à tous les coups, n’est-ce pas ?

Ce qui est certain, c’est que ce plan de lutte transpire l’inculture du rat, or tout commence par la prise en compte de son mode de vie et son éthologie (étude du comportement – voir 1ère partie de cet article).

Quelles constructions, mêmes intellectuelles, peuvent-elles se passer de fondations ? Aucune, la preuve vient d’en être faite.

Pierre Falgayrac
http://www.hyform.fr

 

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Les rats souffrent-ils lors d’un empoisonnement aux anticoagulants ?

Cette question, et sa réponse, sont en jeu dans le bien-fondé de la pétition de Mme Benchetrit « Stoppez le génocide des rats », qui fait l’objet d’un précédent article de ce blog.

Commençons par préciser que les rats sont bien plus hémophiles que d’autres mammifères et que l’action des anticoagulants sur leur organisme n’est pas la même que sur des chiens ou des humains.

Poursuivons en exposant un trait comportemental des rats bien connu par ceux qui ont à faire avec eux (les dératiseurs, comme ceux qui en élèvent pour l’agrément ou le laboratoire) : une souffrance physique ou « psychologique » est toujours accompagnée de cris, dont l’intensité est liée à celle de la douleur ressentie (de petits gémissements à des cris suraigus).

Ce fait est manifeste lors de brèves luttes entre dominants et dominés (accès refusé à la nourriture, à une femelle en œstrus…), lors d’une capture dans un piège-nasse ou lors d’un pincement sévère, et non mortel, dans une tapette.

De mon expérience de dératiseur, confirmée par les clients que je rencontre lors de mes formations ou lors de salons professionnels, les rats empoisonnés aux anticoagulants (ou AVe) s’affaiblissent progressivement, se déplacent de plus en plus en plus lentement, s’alimentent de moins en moins, mais ne présentent aucun signe de souffrance autre que celui lié à un état de fatigue intense. En tout cas, il n’y a aucun signe de douleur.

Or, voici l’explication scientifique de l’intoxication par le Docteur Romain Lasseur, d’IZIPEST :

« Les Ave après s’être fixés dans le foie inhibent le recyclage de la vitamine K1 nécessaire à la bonne coagulation du sang. Néanmoins, l’individu (mammifère, oiseaux) dispose d’environ 4 jours de stock de vitamine K1 dans l’organisme. L’individu ne recyclant plus la vitamine K1 vit sur son stock pendant 4 jours.

Après 4 jours, la vitamine K1 venant à manquer (les apports extérieurs par la nourriture ne suffisent pas), la coagulation du sang (nécessaire au maintien de son état semi-solide semi-liquide) dysfonctionne, et le sang devient plus liquide et commence à sortir des vaisseaux pour aller remplir la cavité intra-péritonéale. L’organisme devant faire face à cette perte de volume sanguin, il rapatrie le sang périphérique pour soutenir les fonctions vitales (cœur cerveau poumon) et c’est donc au cinquième jour que les muqueuses se décolorent. Ensuite, l’animal ne pouvant plus faire face à cette hémorragie, il se met en veille (coma) avant de succomber.

L’animal meurt alors qu’il est dans le coma. Malgré un état de mal-être de l’animal avant d’entrer dans le coma, il n’y a aucun signe de souffrance de l’animal. »

Il n’est donc pas question d’hématome cérébral et des douleurs et pertes d’équilibre qui l’accompagnent chez les hommes,  puisque le sang descend dans la cavité intrapéritonéale qui entoure les viscères des rats. Que ce phénomène s’étale sur 4 ou 8 jours ne change rien au ressenti des rats.

Quant au coma, il est tout sauf douloureux. Je sais de quoi je parle, les médecins m’y ont plongé 5 jours pour m’éviter de trop souffrir après mon accident de moto.

En résumé, l’empoisonnement aux anticoagulants ne provoque pas de douleurs chez les rats et personne ne peut qualifier de souffrance leur état de fatigue croissant jusqu’au coma et la mort.

Je reprendrai ces éléments dans un prochain article pour Le Supplément Mensuel Technique de la Dépêche Vétérinaire, le magazine à comité de lecture pour lequel j’écris une série d’articles sur la biologie et l’éthologie des murinés.

Pierre Falgayrac

http://www.hyform.fr

 

 

Grippe aviaire: la prenons-nous par le bon bout ?

Wikipédia nous dit : La grippe (ou influenza) est une maladie infectieuse fréquente et contagieuse causée par trois virus à ARN de la famille des Orthomyxoviridae ( Myxovirus influenza A, B et C), touchant les oiseaux et certains mammifères dont le porc, le phoque et l’être humain.

L’influenza aviaire H5N8 provoque les dégâts que l’on sait dans les élevages de volailles du sud-ouest, tandis que le virus est également identifié dans la faune sauvage un peu partout en France.

Une recherche sur les communications scientifiques asiatiques fait apparaître des éléments totalement ignorés par le législateur français et ses experts, et les journalistes qui évoquent la situation.
Il s’agit, pour commencer, d’un article de 2009 intitulé « Fears of bird-to-rodent H5N1 relay » et écrit par Terry Mabett, en ligne ici : http://www.wattagnet.com/articles/559-web-exclusive-fears-of-bird-to-rodent-h5n1-relay
On y lit : « Des scientifiques gouvernementaux ont inspecté les fermes infectées et signalé des filets et des revêtements suffisants pour exclure les grands oiseaux migrateurs, mais pas les petits rongeurs comme les rats et les souris. Dans trois fermes, des dizaines de poulets morts se trouvaient dans les zones les plus éloignées des entrées de la coopérative, suggérant que les oiseaux sauvages n’étaient pas la source directe d’infection.
(…) Le professeur Toshihiro Ito, de l’Université Tottori, a déclaré au journal national Ashi Shimbun: « Il est possible que de petits rongeurs comme les rats emmènent le virus dans les poulaillers».

(…) Les rats et les oiseaux se mélangent librement autour des étangs, des lacs, des rivières et des réservoirs agricoles.

(…) Des recherches en laboratoire montrent que les virus H5N1 sont pathogènes pour les souris. Un isolat H5N1 de l’épidémie de Hong Kong de 1997 a montré des titres élevés de virus dans les poumons de souris infectées et a tué tous ceux inoculés. Les isolats de poulet de H5N1 se reproduisent à des titres plus élevés chez les rats que les souches de virus H5N1 provenant d’autres sources.
L’autre article, d’Andrew R. Dalby et Munir Iqbal, est « The European and Japanese outbreaks of H5N8 derive from a single source population providing evidence for the dispersal along the long distance bird migratory flyways », publié en 2015 ici : https://peerj.com/articles/934/.

Il y est rappelé que « des études ont montré qu’il (le virus) peut être transmis à des furets et des souris, et des anticorps ont été détectés chez les chiens domestiques (Kim et al., 2014 ). »

Après avoir indiqué que la source originelle de contamination est probablement unique (et sibérienne), les auteurs soulignent :
– « la plupart des cas récents se produisent près de la côte et dans les zones où il y a des lacs et des sites connus pour leur faune sauvage et les oiseaux migrateurs ;
– la Dispersion du virus par des voies de migration exige toujours qu’il y ait une infection relais pour que le virus de se propage sur de très longues distances migratoires (…) de sorte qu’il se propage parmi les oiseaux sensibles aux points de haltes migratoires, afin de fournir la prochaine étape dans la transmission. Ceci est observé avec la présence d’un nombre croissant de cas aux points d’arrêt, tels qu’au Pays-Bas. »
Et suggèrent :
– « (une) surveillance environnementale des échantillons de matières fécales dans les zones où les oiseaux migrateurs se rassemblent. »

Par ailleurs, on ne compte plus les cas d’élevages qui enchaînent abattages/ désinfection/ abattages / désinfection.

Comment se fait-il que le législateur qui, au nom du sacro-saint principe de précaution, impose des zones de « protection » de 3 et 10 km (sans tenir compte des reliefs et vents dominants), et des procédures d’abattages ubuesques (transports des volailles à abattre), n’ait toujours pas imposé :
– une recherche de la présence du virus sur la faune fréquentant les point d’eaux où se posent les oiseaux migrateurs ;
– la dératisation des élevages condamnés à l’abattage leurs pensionnaires ?

Faut-il rappeler comment a été découvert le mode de transmission de la peste ? En 1898, Paul Louis Simon, médecin militaire, place un rat sain dans une cage ou venait de mourir un rat pesteux. Le rat sain contracte la maladie alors qu’il n’avait pas été en contact avec son prédécesseur. P. L. Simon s’intéresse alors aux puces présentes dans la cage et découvre que ce sont elles le réservoir de la bactérie (alors qu’à cette époque la communauté scientifique doutait que les insectes puissent être vecteurs de maladies…). Cet exemple montre que les explications, et donc les solutions, ne se trouvent pas toujours là où règne la pensée unique (l’abattage des volailles et des oiseaux sauvages, par exemple).

L’impasse faite sur les souris et rats qui infestent bien des élevages contaminés par l’influenza est coupable.
Les études démontrant leur sensibilité au virus établissent le risque de contamination d’un local d’élevage. Il convient donc d’intégrer des opérations de dératisation aux process de décontamination des élevages infectés.

Des désinfections sans véritable dépeuplement préalable n’ont pas de sens, si ce n’est celui d’une gabegie…

Pierre Falgayrac

Un protocole pour la surveillance des rats en tant que vecteurs de maladies à New-York

Il s’agit des travaux de MM. Parsons, Samo (Université Hofstra – New-York) et Deutsch (entomologiste – Arrow exterminateur Company – New-York), publiés ici http://journal.frontiersin.org/article/10.3389/fpubh.2016.00132/full

Le préambule pose le sujet : New-York hébergerait 2 à 32 millions de rats (pour 8 millions d’habitants) et il y a un manque de connaissances sur les rats sauvages et les zoonoses qu’ils pourraient provoquer. D’où l’intérêt d’utiliser une technique de suivi de rats par radio fréquences et caméras, afin de suivre l’évolution de leur état de santé (poids, parasites et germes pathogènes). Cette méthode permettrait de surveiller les risques potentiels de zoonoses dues aux rats, qui deviendront un problème de plus en plus important avec l’augmentation des populations urbaines.

Les cinq phases du protocole sont :

  • La sélection des sites et le piégeage des individus ;
  • Anesthésie ;
  • Analyses sérologique et des ectoparasites ;
  • Implantation de la puce électronique ;
  • Libération après mise en place d’un leurre à phéromones et d’une balance.

Passons rapidement sur l’introduction, basée essentiellement sur de la manipulation d’informations et un alarmisme qui fleure bon des intérêts corporatistes malgré la déclaration d’absence de conflits d’intérêts en fin d’article (un des auteurs est dirigeant d’une entreprise de pest control…). Les études citées en référence ont peu à voir avec le sujet de l’étude (surtout celles qui concernent le milieu agricole), sont inutilement inquiétantes (on retrouve celle sur les « 18 nouveaux virus de rats » et des études de cas infectieux isolés), sont des synthèses littéraires de publications tierces (ah ! les « révélations » de SecretLifeCityRat_UrbanEcosystems), ou sont des auteurs eux-mêmes.

Avec des phrases comme :

  • « De nombreuses lacunes relatives à l’ écologie du rat et de la surveillance de la maladie se sont accumulés dans la littérature scientifique» ;
  • « Les rongeurs urbains sont insaisissables, souterrains, et souvent invisibles, ce qui rend les connaissances à leur sujet vraiment très difficiles à établir » ;
  • « La (…) plupart des observations conduisent à la désinformation qui se propage par les récits anecdotiques, par ouï-dire, et les médias. Le principal moyen pour lutter contre ce problème croissant est de surmonter les obstacles nécessaires à l’ étude des rats urbains in situ, dans leur environnement normal» ;
  • « (la question de santé publique) soulève la question de savoir combien d’autres agents pathogènes seront découvert quand les rongeurs seront plus régulièrement surveillés?» ;

nous obtenons la magnifique impression que l’humanité est fort dépourvue en connaissances sur les rats et qu’heureusement nos trois héros vont y remédier, pour un coût matériel de 15.000 $, jugé « négligeable » vu les enjeux. Et d’affirmer péremptoirement que « de toute évidence, de nouvelles méthodes sont nécessaires pour surmonter ces obstacles importants (NDA :peu de documentation sur les zoonoses murines) et de nouveaux tests détaillés contribuent à ouvrir de nouvelles perspectives de recherches ».

Des surmulots sont donc capturés, anesthésiés le temps de leur implanter une puce sous la peau (20’) puis relâchés dans la même zone, où se trouve désormais un emplacement avec des chiffons imprégnés d’odeurs et phéromones d’autres rats, dissimulant une balance permettant de peser les rats visiteurs, l’ensemble étant filmé par caméra. Certains rats sont recapturés pour mesurer l’évolution de leurs germes infectieux et de leurs parasites.

Après 6 mois de relevés sur 7 zones concernant 20 rats chacune, les résultats sous forme de tableaux indiquent qu’en moyenne, l’endroit a été visité 2,4 secondes et 4,7 fois par jour par les femelles, et 3,5 secondes et 2,6 fois par jour par les mâles.

La balance a été jugée peu probante, car les rats ne se positionnaient pas toujours correctement pour la faire fonctionner…

Comme d’habitude, détricotons le buzz. En commençant par le début.

« New-York hébergerait 2 à 32 millions de rats (pour 8 millions d’habitants) » : Cette « fourchette » énorme n’a aucun sens ; elle fait référence à l’étude farfelue du statisticien Jonathan Auerbach concluant à 2 millions de rats et aux légendes urbaines qui avancent 4 rats par habitant. Au moins le chiffre démontré de 1,75 rats par habitant est dans cette (immense) fourchette (cf. notre livre « Des rats et des hommes » Éditions Hyfom 2013)…

« Il y a un manque de connaissances sur les rats sauvages et les zoonoses qu’ils pourraient provoquer ». « Les rongeurs urbains sont insaisissables, souterrains, et souvent invisibles, ce qui rend les connaissances à leur sujet vraiment très difficiles à établir »  : Faux ! Il y a suffisamment de publications sur l’éthologie du surmulot, du rat noir et de la souris, entre quelques livres, de nombreux articles de revues et les publications scientifiques en ligne sur Google scholar, pour établir que l’on connait très bien leur biologie et leur éthologie. Les auteurs, publiant eux-mêmes sur Google scholar, sont vraiment de mauvaise foi pour ignorer les publications de leurs collègues !

Quant aux zoonoses, la réalité est qu’à part les épidémies pesteuses des siècles passés en Asie et en Europe (dues au rat noir et pas au surmulot), et la leptospirose à laquelle sont exposés les égoutiers et ceux qui ont à faire avec le ragondin, il n’a jamais été recensé d’autres épidémies dues aux rats en milieu urbain. Si les surmulots étaient vecteurs de maladies infectieuses, ils le seraient depuis toujours et n’auraient pas attendus le 21ème siècle… Donc, l’argument de la « méthode (qui) permettrait de surveiller les risques potentiels de zoonoses dues aux rats » s’effondre sur lui-même.

Bref, ces faux préalables suffisent à lancer un plan marketing / médiatique qui joue sur les peurs de nos contemporains pour préconiser une nouvelle méthode d’étude qui va rapporter des sous à ses géniteurs.

Au fait, quel est l’intérêt réel de cette étude ? Aucun. Démontrons pourquoi.

Nous savons depuis des siècles que le surmulot, et tous les autres murinés, vivent dans un monde d’odeurs au sens où la perception de leur environnement est essentiellement olfactive ; leur odorat est en effet 100 fois plus discriminant que celui d’un chien, alors que leurs sens du toucher et de la vision sont très limités (ils voient en niveau de gris et à moins de 20 mètres). Une étude récente vient d’ailleurs de confirmer le rôle primordial des vibrisses (les « moustaches ») dans l’appareil olfactif (http://jeb.biologists.org/content/219/7/937), chose que j’expose depuis 25 ans lors de mes formations.

Que peut donc produire l’installation de chiffons imprégnés d’odeurs et phéromones d’autres rats dans la zone d’activité d’une colonie de surmulots ? De la curiosité méfiante, tout simplement. Pourquoi méfiante ? Parce que ces odeurs étrangères ne sont pas bienvenues au sein d’une colonie dont la population est stabilisée, car dépendante des ressources alimentaires et des possibilités de nidification. Il est facile de concevoir que l’odeur persistante d’individus étrangers en un point particulier perturbe les rats au point de l’« inspecter » plusieurs fois par jour. Peu importe alors par qui et à quelle fréquence ! A la limite, que les femelles aient « inspecté » les chiffons un peu plus souvent mais moins longtemps que les mâles confirme qu’elles sont soucieuses de la protection de leur progéniture et que les mâles s’assurent bien qu’ils n’ont pas à en découdre avec un importun. La seule chose à retenir de cette expérience est que tous les rats qui se déplacent dans la zone des chiffons vont les sentir puis continuent leur chemin, et qu’ils agissent ainsi tant que les chiffons dégagent des odeurs. Tout au plus peut-on déduire que si un individu « étranger » avait été déposé au même endroit, en lieu et place des chiffons, il aurait suscité l’attention peu bienveillante des gros mâles qui ont inspecté le plus longtemps les chiffons…

Deux des auteurs avaient déjà conduit une expérience qui confirme que les rats sont sensibles aux phéromones (http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed?Db=pubmed&Cmd=ShowDetailView&TermToSearch=23590323). Ils démontrent par l’étude présente qu’aller plus loin n’apporte pas grand-chose.

Quant aux « enseignement éthologiques » tirés de l’étude, ils frisent le ridicule ! « Du point de vue éthologique, on peut distinguer des comportements différents entre les mâles et les femelles, y compris les adultes et les jeunes, les comportements des dominants et dominés et les temps d’activité de pointe. » : Non, les statistiques ne démontrent rien d’autre qu’une colonie a été perturbée par des odeurs étrangères, point. Seules des expériences basées sur l’accès à une quantité réduite de nourriture et/ou des possibilités insuffisantes de nidification permettent de dégager la hiérarchisation d’une colonie murine, en fonction de la force physique des individus. Et ces études n’ont pas besoin de capturer des rats pour leur mettre une puce sous la peau après les avoir anesthésiés.

Mais la cerise sur le gâteau est là :  Plus important encore, les données d’identification individuelle des rongeurs permettent d’évaluer les agents pathogènes dont ils sont porteurs, surtout pour les individus capturés à plusieurs reprises, qui permettent de suivre dans le temps l’évolution des agents pathogènes. Par exemple, il y a une incidence plus élevée de bactéries tels que Borrelia ou Rickettsia, tard dans la saison, alors qu’elles étaient peut-être absentes au début du printemps. En outre, certains rongeurs peuvent occasionner une nuisance pathogènes supplémentaires lorsqu’ils migrent saisonnièrement des espaces de parc publics aux égouts en hiver avant de ressortir (un processus appelé «migration verticale », d’après Corrigan).

Cette étude nous apprend donc que les microorganismes pathogènes du printemps et de l’automne ne sont pas les mêmes (quelle avancée scientifique !) et suppose qu’il y a un risque de zoonose lors des migrations « verticales » des rats, selon qu’ils quittent ou gagnent les égouts ou la surface. D’abord, répétons-le, les zoonoses dues aux surmulots sont une fable. Ensuite, cette histoire de « migration verticale » évoquée par M. Corrigan dans une étude privée sur les rats new-yorkais est sujette à caution. Que l’hiver incite des rats de surface à s’abriter dans les égouts est antropomorphiquement cohérent, mais pourquoi les rats abandonneraient-ils leurs sources de nourriture et leurs terriers adaptés aux froidures hivernales ? Par ailleurs, rien ne dit que les rats installés dans les égouts les accueillent à bras ouverts… C’est même tout le contraire qui doit se produire ! Les populations de rats étant stabilisées par les ressources alimentaires et de nidification, ils n’ont aucune raison de migrer tant que ces conditions sont bonnes, ni d’accueillir de nouveaux arrivants. Donc, ce concept de « migration verticale » paraît vraiment peu crédible, hors travaux d’excavation évidemment.

Ceci étant, quelle est la raison profonde qui a motivé cette étude ? Comme souvent avec les études américaines, elle se révèle dans le contenu « Il est de notoriété publique que les rats vus dans la journée indiquent qu’il y a une populations anormalement élevée dans l’environnement immédiat. Pourtant, la plupart des détections de rats sont basées sur un petit nombre d’individus de manière disproportionnée (…), ce qui conduit à des généralisations (infondées). (…) la plupart des observations conduisentt à la désinformation qui se propage par des récits anecdotiques, par ouï-dire, et les médias. Les principaux moyens pour lutter contre ce problème croissant sont de surmonter les obstacles nécessaires à l’ étude des rats urbains in situ, dans leur environnement normal, répliqués au niveau de chaque animal. »

Tiens donc, il semblerait bien que le service New-Yorkais du n° 312, le « Rat Portail », ait réalisé ce que je subodorais dans un précédent article : « Les signalements téléphoniques de rats sont davantage un outil statistique de l’humeur des citadins et de l’ambiance de leur quartier qu’une base de données fiables pour décompter des rats de NYC » (voir un précédent article de ce blog : https://wordpress.com/post/bloghyform.wordpress.com/202) . Cette étude s’inscrit donc dans un vaste dispositif de manipulation des électeurs new-yorkais, à qui il faut démontrer que la mairie s’occupe activement du problème des rats, potentiellement vecteurs de maladies nouvelles. Et tant qu’à faire, on en cause au monde entier, sous couvert d’avancée scientifique…

 Pierre Falgayrac

Le rapport d’expertise sur l’accident SNCF de Denguin en juin 2014

Le rapport complet est en ligne ici :

http://www.sncf-reseau.fr/sites/default/files/upload/_Import/pdf/Rapport_d_enquete_Rattrapage_Denguin.pdf

On y lit :

« Constats effectués le samedi 19/07/14 à l’occasion de la visite des installations organisée par l’autorité judiciaire :

– Un relais de signalisation présente un positionnement anormal ;

– La présence de traces d’habitat de rongeurs est constatée ;

– Après ouverture des chemins de câble du centre, il est constaté que plusieurs fils conducteurs sont dénudés partiellement ou présentent une partie isolante attaquée par des rongeurs mettant ainsi à nu ponctuellement la partie conductrice des fils conducteurs concernés (voir annexe 8). Les investigations menées ce jour-là n’ont pas permis de déterminer avec plus de précision quels étaient les fils conducteurs affectés ;

– Plombage du dispositif « borne de maintenance » en place, mais ne présentant pas la marque d’une pince à plomber, ce point mériterait d’être éclairci ;

– De nombreux plombs non coupés jonchent le sol de la guérite ;

– Les essayeurs ont éprouvé des difficultés à ouvrir les ES8 (éléments de sectionnement) en tête de câble ;

– Les règles de l’art en matière de protection contre les rongeurs, lors de la construction de ce centre, n’ont pas été respectées de façon exhaustive (mesures contre les intrusions, calfeutrement, …). »

(…) « A ce stade de l’enquête :

– compte tenu des constats faits et des entretiens qu’elle a pu mener,

– constatant en particulier des traces de rongeurs dans le centre de signalisation et la présence de nombreux fils conducteurs partiellement dénudés,

– et sous réserve des expertises complémentaires à conduire, la Direction des Audits de Sécurité privilégie l’hypothèse d’une réalimentation intempestive du relais de commande à voie libre du sémaphore 23 (S23). Cette

réalimentation serait la conséquence directe d’un contact fortuit entre deux fils conducteurs partiellement dénudés et d’une conjonction de circonstances techniques exceptionnelles (proximité des câbles, présence de courant, mise en contact des conducteurs, par vibrations par exemple, séquence particulière conduisant à une conséquence sur un élément de sécurité).

Les conclusions formelles et définitives de l’enquête appartiennent aux autorités judiciaires.

Néanmoins, à titre de précaution, la Direction des Audits de Sécurité préconise :

  1. de procéder dans un premier temps à la visite des centres de signalisation de cantonnement selon un calendrier hiérarchisé à préciser, en procédant d’une part à la mesure d’isolement global des installations et d’autre part à la vérification visuelle des équipements présents dans les centres, et notamment le bon état des câbles électriques ;
  1. de procéder dans un second temps à la visite complémentaire des autres centres de pleine voie ;
  1. de mener un examen approfondi des normes de conception visant à renforcer encore la prévention contre ce type de risque exceptionnel, à la fois par des spécifications techniques sur les circuits de signalisation (séparation de circuits, durcissement des sections de fils conducteurs, etc…), mais également par la protection contre les rongeurs, d’engager le réexamen des normes d’entretien, en particulier au regard de la protection contre les rongeurs ;
  1. d’engager le réexamen des normes d’entretien, en particulier au regard de la protection contre les rongeurs,
  1. de s’assurer par ailleurs de la bonne appropriation par l’ensemble des acteurs concernés des procédures de protection technique à mettre en œuvre avant toute intervention dans le cadre de la maintenance préventive ou corrective. »

(…) L’annexe 8 présente des photos de fils rongés dans la guérite et l’annexe 9 est le plan de lutte contre les rongeurs adopté par la SNCF. Le voici :

LUTTE CONTRE LES RONGEURS

Il arrive parfois que des rongeurs pénètrent dans nos installations et rongent des câbles sans que la sécurité soit pour autant engagée (sauf conjonction exceptionnelle type Denguin).

D’autres réseaux et d’autres industries connaissent ce genre de problème.

Des mesures existent : des dispositions précises sont reprises dans des instructions techniques IN 0494 et dans les instructions de conception DES 184 et de travaux IN 7157.

Des études sont également conduites par la SNCF, parfois en collaboration (Muséum d’Histoire Naturelle), visant à améliorer la protection de nos installations.

Ces règles se fondent sur 2 principes

–       Des mesures de Conception ;

–       Des mesures de Surveillance et de Maintenance.

Les câbles

Chaque câble est techniquement spécifié pour un usage précis. De manière générale et depuis les années 90 les câbles sont blindées. Les câbles de ligne mis en œuvre dans les installations sont équipés d’une enveloppe métallique. Ces principes étendus à certains câbles locaux en 1989, permettent d’obtenir une protection efficace. Des mesures de renforcement ont été décidées en 2008.

(Suit un tableau des caractéristique des câbles)

Mesures de prévention et de conception

Les règles ci-après sont à appliquer lors de l’établissement ou de la modification des installations électriques, de manière à interdire la pénétration des rongeurs dans les postes et centres d’appareillages.

–       Placer les câbles en tranchées chaque fois que cela est possible,

–       Obturer les extrémités des caniveaux débouchant dans les centres d’appareillage par un bouchon de laine de verre maintenu par un tampon de plâtre ou de ciment maigre,

–       Combler les soubassements de guérite ou d’armoire avec du gravier,

–       Réaliser les entrées de câblage au moyen de fourreaux, ceux-ci étant ensuite obturés,

–       Éviter la multiplication des entrées de câbles,

–       Soigner l’étanchéité de ces centres,

–       Munir les bouches de ventilation, justifiées par des conditions réglementaires ou de salubrité (fort taux d’humidité), d’un fort grillage à mailles fines en inox ou traité contre l’oxydation,

–       Condamner les bouches de ventilations ainsi que les passages divers dans les centres d’appareillage, etc. qui ne seraient pas utiles,

–       Obturer les entrées de câbles et de conducteurs isolés dans les appareils. Cette précaution est particulièrement importante sur les installations où les rongeurs peuvent provoquer des incidents graves (coincement d’un moteur d’aiguille, ou d’un moteur de barrière de PN à SAL, etc.),

–       Établir les câblages intérieurs en torons ou ouvrir les goulottes après avoir immobilisé les conducteurs lorsque la situation le justifie,

–       Vérifier l’obturation des platines.

Si, malgré toutes les précautions prises, on constate la présence de rongeurs, il convient

–  De rechercher rapidement et très attentivement toutes les possibilités de pénétrations par les canalisations, les gaines, les caniveaux, etc. et de réaliser les obturations nécessaires au plus tôt,

– De recourir à la dératisation éventuellement,

–  D’ouvrir les goulottes en prenant soin d’immobiliser les conducteurs si l’installation en est dotée et si l’ouverture n’a pas déjà été réalisée.

Les études

– Études sur le comportement de l’animal

– Généralisation dans la mesure du possible de câbles renforcés

– Isolants de câbles et fils répulsifs ou renforcés

– Barrières techniques ou barrières électriques

Par ailleurs, a SNCF déclare dans un communiqué à propos de ce rapport (http://www.sncf-reseau.fr/fr/publication-du-rapport-sur-la-collision-de-denguin) :

« Il s’agit d’une conjonction technique très exceptionnelle et sans précédent connu sur ce type d’équipement.

Elle comporte le cumul de trois événements : l’action de rongeurs sur les gaines d’isolement des câbles, malgré le dispositif de précaution existant ; le fait que les deux fils détériorés étaient situés à l’extrémité de la chaîne électrique commandant le signal ; enfin une séquence défavorable provoquant la mise en contact de deux fils électriques, comme des vibrations ou encore la mise en tension des circuits voisins. »

Ces préalables étant posés, voici ma contribution à l’analyse de cet accident et à l’amélioration du plan de lutte contre les rongeurs de la SNCF

Le problème posé est simple :

   –  Des rongeurs sont à l’origine du dysfonctionnement électrique du signal qui a trompé un chauffeur de train ;

   –  Le dispositif de protection (un appât empoisonné) n’a pas fonctionné.

Le rapport d’expertise n’analyse pas pourquoi des rongeurs se trouvaient là. Quantités de guérites qui présentent les mêmes défauts d’étanchéité et de circuits non séparés n’ont pas connu de dysfonctionnements, bien que la présence de rongeurs soit avérée dans certaines. Il tombe donc sous le sens que la question de la raison de la présence des rongeurs dans les guérites mérite d’être posé. Elle en entraîne une autre : Pourquoi les rongeurs s’attaquent-ils aux gaines des câbles électriques ?

En conséquence, l’identification des rongeurs incriminés est fondamentale, car c’est la connaissance de leur biologie qui permettra de répondre à ces questions. Notons qu’à aucun moment il n’a été précisé qu’il s’agissait peut-être de souris et que le Web a fait le buzz autour des rats.

Les photos publiés sur le Web montrent par le type de nidification et la taille des crottes, qu’il s’agissait plutôt de souris que de rats. (photos journal Sud-ouest) 

Pourquoi est-ce important de le préciser ? Parce qu’on ne lutte pas de la même façon contre des rongeurs qui ont des comportements différents.

L’environnement de la guérite semble plus favorable au rat surmulot qu’à la souris, qui vit généralement à l’intérieur des bâtiments ; mais nous sommes en été dans le sud du pays, où elle peut donc vivre à l’extérieur.

SNCF3

Le rat surmulot n’aurait pu être attiré par la guérite que s’il y avait à manger à proximité, mais comme il préfère creuser un terrier au frais plutôt que faire un nid de chiffons et papiers au chaud, il y a fort peu de chances, voire quasi-impossibilité, qu’il soit attiré par la guérite (sauf éventuellement par l’appât empoisonné, mais c’est un autre sujet que nous aborderons plus loin).

Revenons aux souris, qui ont besoin chacune d’environ 2,5 grammes de nourriture par jour (10% de leur poids). Il est évident qu’elles les trouvent dans l’environnement végétal, mais pour s’abriter des prédateurs et des températures plus fraiches de la nuit, la guérite est idéale, surtout qu’elles y rentrent facilement. À supposer que les passages de câbles soient bouchés à « la laine verre ou au plâtre ou au ciment maigre », quelques coups de dents leur auraient frayé un passage vers l’intérieur. En effet, seul l’acier résiste à leurs dents… Les conclusions de l’expertise tirent le drap du côté de l’étanchéité à parfaire dans les guérites, mais les techniques préconisées ne constituent aucunement une barrière dissuasive pour souris et rats !

Seuls certains mastics ayant une composition particulière, vendus par des professionnels de la lutte contre les  nuisibles, peuvent constituer une barrière sûre. À défaut, des tampons de laine d’acier destinés à la vaisselle ou l’ébénisterie feront très bien l’affaire, et pour moins cher !

Et que trouvent les souris en recherche de chaleur dans la guérite ? Un appât rodenticide. À supposer qu’il soit plus appétissant que la nourriture saine de l’extérieur, elles le consomment en plusieurs fois et ne sortent plus à l’extérieur. Le poison anticoagulant (AVK) agit en effet après deux à quatre repas. Entre ces repas, même affaiblies par l’AVK, il leur faut user leurs dents hypsodontes (qui poussent permanence)… Et que trouvent-elles à ronger ? Rien d’autre que les gaines plastique des câbles électriques !

Voilà le fond du problème : Un appât rodenticide ne peut pas constituer un dispositif de protection, puisqu’il « fixe » le rongeur jusqu’à plusieurs jours dans l’installation technique, temps pendant lequel il peut nuire. Il agit donc à l’inverse du but recherché !

Ce qui attire les rongeurs, c’est avant tout la nourriture, ce qui les fixe c’est la possibilité de nicher à proximité : Il s’agit des ressources trophiques. Dans le cas des guérites de la SNCF, ces deux conditions sont réunies lorsqu’une source de nourriture est à proximité (poubelle, déchets…), ou dans la guérite (appât à action lente).

Les biologies du surmulot (Rattus norvegicus) et du rat noir(Rattus rattus) ne sont guère « compatibles » avec les guérites en bord de voie ferrée de la SNCF. L’un, comme déjà dit, préfèrera creuser un terrier à l’extérieur, l’autre pourrait faire un gros nid ressemblant à celui des souris, mais les passages de trains, avec force vibrations et bruits, le dissuaderaient de s’installer.

Plutôt la souris, donc, est susceptible de causer des dégâts aux guérites. Il serait intéressant d’avoir des photos des indices de présence de rongeurs dans d’autres guérites : Les crottes de la taille d’un grain de riz sont celles de souris, des nids de papier, tissus et feuilles sont ceux de souris. De toute façon, ce qui suit est valable qu’il s’agisse de rats noirs ou de souris.

Que faire pour éviter que des rongeurs rongent à nouveau des fils ? Il faut revoir le plan de lutte SNCF contre les rongeurs.

Sans entrer dans les détails, en voici les grandes lignes :

 – Étanchéifier les accès possibles avec des mastics répulsifs « prévus pour » et/ou des tampons de laine d’acier ;

–  Utiliser exclusivement des grilles d’acier à maillage fin (<5mm) ;

–  Utiliser du béton armé pour les soubassements, dés que cela est possible ;

–  Là où le risque rongeur est important, installer des générateurs d’ultrasons à balayage de fréquences (pour éviter les phénomènes d’accoutumance) ;

–  Là où le risque est faible, utiliser des appâts anticoagulants de dernière génération (Brodifacoum, Difethialone) en pâte (ou gel). Étant hydratés, ils attireront plus facilement les rongeurs qu’un bloc hydrofuge, et un à deux repas suffiront pour tuer les rongeurs. 

 – Et placer un morceau de branchage naturel à proximité : Les rongeurs le rongeront de préférence aux gaines de câbles.

 SNCF4

Rien de bien compliqué en somme. Mais je doute que les pontes de la SNCF lisent mon blog ou me prennent au sérieux, vu que je ne suis pas intervenant au Muséum d’Histoire Naturelle.

Au fait, pourquoi les cheminots posent-ils des appâts dans les guérites ? Parce qu’ils ont vu des applicateurs d’entreprises de 3D faire ainsi, à l’époque où la SNCF sous-traitait ce travail.

Là aussi, comme il n’y avait rien de bien compliqué à faire, autant le faire soi-même ont décidé les grands chefs de la SNCF.

Quand je disais, dans un autre article, que le métier se tirait une balle dans le pied, avec des pratiques de poseur de boite et puis s’en va, et des certifications bidon…

Et pendant ce temps-là, comme depuis toujours, les souris dansent. Dans les guérites de la SNCF.

     Pierre Falgayrac

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Les rats récompensent-ils leurs congénères pour leur générosité ?

’est le sujet, et la conclusion, d’une étude menée par Vassilissa Dolivo et Michael Taborsky, de l’Université de Berne, en ligne ici :

http://rsbl.royalsocietypublishing.org/content/11/2/20140959.

Le postulat qui cadre l’étude : « Un facteur qui influence la motivation de l’Homo sapiens pour la réciprocité dépend de la valeur estimée de l’aide reçue. Mais jusqu’à présent, il a été
difficile de déterminer si d’autres espèces fondent aussi leur décision de coopérer sur l’appréciation de la qualité de l’aide reçue
 ».

Et nos chercheurs de préparer une colonie de rats de laboratoire à cet effet (les
mêmes qui sont incriminés pour discréditer l’expérience du Dr Séralini sur la consommation d’OGM).

Les résultats semblent concluants, puisque les chercheurs précisent que leurs « données montrent que la propension d’un rat à restituer une aide semblable à celle reçue dépend, en effet, de la l’appréciation de l’aide précédente du partenaire. (…) Les rats apparemment estiment le bénéfice obtenu pour ajuster leur niveau d’aide en retour. (…) Ils aident préférentiellement les coopérateurs plutôt que les autres (non coopérateurs).

Notons la prudence de MM. Dolivo et Taborsky dans la formulation leurs
conclusions : il leur « semble »,« apparemment »… Bien leur en prend !

Un coup d’œil sur les prestations de Gunter Sacckman Jr : https://www.youtube.com/watch?v=89w2iO5id2c montre que les capacités d’apprentissage des rats sont
considérables.

Par ailleurs, une lecture du livre de Vinciane Despret (« Penser comme un rat », éditions Quae) éclaire d’une lumière très vive la vacuité des expériences de comportement sur les rats de laboratoire. Citations : « Seuls des expérimentateurs
absolument neutres ou indifférents peuvent garantir des rats tout aussi neutres et indifférents à la manière dont ils sont traités. Ce qui, vous en conviendrez, se base sur un présupposé aussi absurde que simpliste – que les rats sont indifférents à l’indifférence.
 » « Les rats répondent à une autre question que celle qui leur est posée ».

Cette expérience nous en apprend en effet davantage sur l’équipe de chercheurs
et ses motivations que sur les rats : cela fait des décennies que l’on sait que les rats de laboratoires font ce qui est attendu d’eux…

Quand-est-ce qu’un chercheur se résoudra à lâcher une colonie de rats de laboratoire sur un trottoir afin d’évaluer leurs capacités à s’adapter à la vie sauvage, donc à évaluer leur potentiel de « vrais » rats ? Nous parions qu’ils ne survivraient que quelques heures, pour les plus forts d’entre eux…

Bref, encore une expérience creuse et non signifiante qui fait un petit buzz. Ah ! Que le Web est merveilleux : On y trouve tout et son contraire, ce qui, en l’espèce, n’arrange pas le niveau d’inculture de notre société sur la gent murine.

Au moins, avec ce genre d’expérience, il n’y a pas matière à modifier le chapitre sur les rats de laboratoire dans notre premier livre (disponible ici).

 Pierre Falgayrac

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À propos de l’étude sur les gerbilles, les rats et la peste

Ces jours-ci, une étude sur les rats et gerbilles fait un buzz mondial.

Elle est ici : http://www.pnas.org/content/early/2015/02/20/1412887112.abstract

En résumé :
L’examen de 7.711 épidémies de pestes documentées entre 1347 et 1353 correspondent à un printemps chaud et un été humide en Asie, 15 ans plus tôt.

Nous avons d’ailleurs droit à un beau dessin :

Blog de hyform : HYFORM, le blog, A propos de l'étude sur les gerbilles, les rats et la peste

Cette étude est une tartufferie creuse comme seul le Web est capable d’en
générer.

Ces chercheurs font fi de ce que d’autres scientifiques bien plus rigoureux ont
publié sur le sujet. Voir notamment http://www.pathexo.fr/documents/articles-bull/T92-5b-1963-PLS11, un article de Florence Audouin-Rouzeau, autrement mieux documenté et argumenté.

Pour faire bref:

1/ La biologie de la gerbille est incompatible avec le milieu urbain, qu’il soit médiéval ou contemporain (les épidémies de peste du moyen âge se sont essentiellement développées dans les villes);

2/ Supposer que les gerbilles aient d’abord contaminé les rats noirs (rattus rattus), qui seulement ensuite auraient contaminés les hommes est grotesque : dans quel biotope les deux rongeurs pouvaient-ils se côtoyer pour échanger leurs puces, qui sont seules porteuses de la bactérie Yersinia pestis ???? Gerbille et rat noir ont des biologies très différentes : l’une est une robuste campagnarde, alors que l’autre est un strict commensal urbain frileux, au centre et au nord de l’Europe et de l’Asie.

Seule l’hypothèse que les chameaux aient fait le « lien » entre les deux rongeurs est évoquée: C’est à dire que les puces de gerbilles auraient d’abord migré sur les chameaux, puis ensuite sur les rats. Or, aucune expérimentation du phénomène n’a été faite… Et pour cause, ce que l’on sait de la migration des puces pesteuses  contredit l’hypothèse « chameaux » : c’est la mort (par peste) de leur hôte principal qui les incitent à chercher un hôte secondaire. Or, il n’est pas connu que des chameaux aient succombé en grand nombre à la peste, là où proliférait le rat noir…

3/ Établir un « temps d’incubation » de 15 ans ne signifie rien. C’est bien moins rapide que la vitesse d’une caravane de la soie ou d’une campagne militaire. Or c’est
forcément au cours des flux migratoires, commerciaux et guerriers que les rats noirs, commensaux, ont proliféré, et la peste avec eux. De l’art de se persuader d’un lien de causalité qui n’a rien d’évident et de logique.

Une forêt de chiffres (densités de gerbilles et de puces) cache ce qui est absent et
essentiel
: comment les puces des gerbilles passent-elles sur les rats?

Cette étude nous fait penser aux recherches obstinées de G. Blanc et M. Baltazard
(1945) tendant à démontrer que les puces et poux de l’homme sont des vecteurs potentiels de la peste : ils n’ont convaincu personne sauf eux-mêmes. Mme Audouin-Rouzeau a d’ailleurs contredit leurs conclusions dans son livre « Les chemins de la peste, le rat, la puce et l’homme » (éditions Texto 2007).

La lecture de ce livre est recommandée pour mieux juger l’étude dont nous
parlons.

Pierre Falgayrac

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Les rats de New-York en concurrence avec les fourmis


Décidément, la ville de New-York est affairée avec les rats ces derniers temps. Voilà que des chercheurs les ont mis en concurrence avec des fourmis pour l’élimination des déchets comestibles des trottoirs.

L’étude complète, qui s’intitule « Habitat and species identity, not diversity,
predict the extent of refuse consumption by urban arthropods
 » est en ligne ici :
http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/gcb.12791/full
.

L’expérience a porté sur les arthropodes présents dans 59 des espaces verts et bandes enherbées, au milieu des grandes avenues, de la ville.

Cette étude a le mérite d’être complète et a été sérieusement menée. Il a d’abord été posé au sol des déchets alimentaires tels qu’ils se présentent habituellement grâce à l’incivisme des citadins.

Dans un second temps, ces déchets ont été « encagés » pour n’être accessibles qu’aux seuls arthropodes (et pas aux rongeurs). Il a été mené une campagne avec des miettes et
reliefs de repas normaux, puis avec des plats entiers (issus du commerce de la restauration rapide).

Il en ressort que les insectes, principalement des fourmis de l’espèce Tetramorium (la fourmi des trottoirs), peuvent consommer 0,4 à 2,8 kg des 10,6 kg de déchets comestibles que génère annuellement chaque new-yorkais.

Citons les chercheurs : « Nos résultats indiquent que les rongeurs sont en concurrence avec les arthropodes pour les déchets alimentaires jonchant les trottoirs de Manhattan. Dans l’ensemble,
1,5 à 2,5 fois plus de nourriture a été consommée quand les rongeurs avaient accès à la nourriture. Cependant, la consommation des rongeurs a un coût pour la santé publique, parce qu’ils PEUVENT transmettre des maladies à l’homme, ce qui n’est pas le cas des fourmis et de la plupart des arthropodes (sauf dans des cas particuliers tels que les hôpitaux)
 ».

Cette conclusion mesurée et modeste est tout à l’honneur de l’équipe de chercheurs. Toutefois, une relecture/ reformulation pourrait donner ceci :

« Comme il n’est pas envisageable d’encager les déchets issus de l’alimentation de citadins inciviques pour les réserver à la fourmi des trottoirs, heureusement qu’il y a des surmulots pour faire l’essentiel du travail de recyclage ! Service public qu’ils accomplissent sans trop de dangers pour les populations puisqu’à part quelques rares cas de leptospirose, ils ne transmettent pas de maladies. »


Pierre Falgayrac

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New-York: 8 ou 2 millions de rats ?

Jonathan Auerbach, a réussi un coup de maître en générant un buzz planétaire
aussi creux qu’une Start-up des débuts du Web.

Il était analyste financier du conseil municipal de New York et du service
d’information du marché du travail à la City University. Pour son article « Does New York City really have as many rats as people ? », il se présente comme étudiant doctorant du Département des Statistiques à l’Université de Columbia.

Ce statisticien qui ne connaît rien, mais alors rien du tout, à l’éthologie des rats d’égout, prétend avoir établi scientifiquement que New-York ne compterait pas 8 millions de rats, soit un par habitant comme l’affirme une légende urbaine, mais seulement 2 millions, soit 0,25 rat par habitant…

Son étude a été publiée dans le n° d’octobre de la revue Signifiance, éditée
par The Royal Statistical Society, en ligne à cette adresse :

http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/j.1740-9713.2014.00764.x/pdf

Passons rapidement sur sa mauvaise introduction digne d’un élève très moyen de seconde, pour nous attarder sur sa méthode de calcul. Elle est basée sur la technique de la « capture – recapture à 2 échantillons », bien connue des biologistes. Il s’agit
de marquer des animaux capturés, puis de les relâcher au milieu des non marqués. Lors d’une seconde capture, la proportion d’animaux marqués permet de déduire la population totale, sur ce modèle : 100 animaux marqués qui se mélangent aux autres,
puis une capture où l’on trouve 1% d’animaux marqués. Il est déduit qu’il existe 10.000 animaux, puisque 100 est 1% de 10.000.

Son idée initiale consistait à littéralement marquer des milliers de rats puis à les
relâcher en ville pour qu’ils se mélangent aux colonies en place. Le ridicule de cette idée est peut-être apparu aux responsables de l’hygiène de New-York, qui ont refusé cette proposition. De toute façon, les rats relâchés n’auraient survécu que quelques heures, car les colonies installées auraient été loin de les accueillir à bras ouverts. Mais bon, il fallait avoir lu autre chose que Wikipedia ou Dinausoria pour savoir
comment se comportent socialement les rats dans ce genre de situation…

Cela n’a  pas découragé notre jeune doctorant, qui décide d’appliquer cette méthode aux « parcelles » (secteurs de quartiers) dont est constitué New-York, en se basant sur les statistiques d’appel du 312, le n° d’appel du Département de Santé et d’Hygiène Mentale de la ville, mis en place en début d’année, le fameux « Rat Information Portail ».

Il écrit :
« Si nous nous adaptons à l’estimation de deux échantillons de capture-recapture, en rapprochant le nombre de parcelles de la ville infestées par des rats, on peut alors multiplier le nombre total de parcelles non infestées par le nombre moyen de parcelles infestées et en déduire la population totale de rats. Bien sûr, cette méthode ne tient pas compte de rats vivant en dessous du sol ou dans le sous-sol – car il est un mythe que de grandes populations de rats vivent dans le métro et les égouts de New York, affirme le Département de Santé et
d’Hygiène Mentale
. »

C’est nous qui soulignons ces deux dernières énormités. Ainsi donc, ce jeune
statisticien base son estimation sur une impasse monstrueuse et un mensonge : tous les dératiseurs et services hygiène savent que les égouts et tous les corps creux sous-terrain urbains sont des réservoirs de rats. Plus loin dans son article, en explication d’illustrations, il enfoncera le clou en écartant de ses statistiques les espaces verts (dont tous les citadins savent qu’ils sont dépourvus de rats, bien sûr…).

Pour simuler, donc, la capture-recapture en 2 échantillons, notre brillant jeune
homme considère :

– Des « parcelles » (morceaux de quartiers), distinguant celles qui sont infestées de rats et celles qui ne le sont pas ;

– 2 périodes de signalements téléphoniques, espacées de 6 mois (période « tampon) ;

– Que les appels de la première période ont tous été traités par le NYCH&MH, et donc que les rats signalés ont été éliminés ;

– Qu’en conséquence, un nouvel appel sur un lot déjà signalé est considéré comme indépendant du premier appel (il est donc supposé que de nouveaux rats se sont installés) ;

– Qu’une colonie de rats est constituée de 50 individus et ne partage pas son territoire avec une autre colonie (quand on pense qu’il songeait, dans un premier temps, mélanger des rats au hasard…) ;

– Que cette estimation de 50 rats/ bloc signalé est volontairement gonflée afin d’être « confiant » dans le chiffre final obtenu.

Les données du 312 indiquent que 40.500 parcelles ne sont pas infestées de rats,
soit 4,75% de toutes les parcelles de New-York. Et notre jeune homme de conclure : « Cela donne à penser que New York compte à peu près 2 million de rats (150 ± 000). Ce qui est bien loin de la légende urbaine des 8 millions de rats. En fait, chaque parcelle devrait abriter sa propre colonie d’environ 180 rats pour qu’une population totale de 8 millions soit
plausible. Par conséquent, notre méthode ne conforte pas l’hypothèse selon laquelle il y a 8 millions de rats à New York.
 »

Les timides réserves sur la fiabilité des signalements téléphoniques et la fausse modestie de la conclusion (« cette étude est au mieux à considérer comme une enquête susceptible d’être complétée par la découverte de nouveaux éléments, qui nous amèneront à affiner nos hypothèses »), n’ont pas empêché M. Auerbach de faire le matamore dans quelques interviews et à la conférence annuelle de la Royal Statistical Society of London à Sheffield, en septembre dernier, où il déclara « je lance un défi :  » Voyons voir si quelqu’un peut faire mieux. » »

J’invite bien entendu ce monsieur à ma conférence sur ce même sujet (combien
y-a-t-il de rats par habitant en ville ?) le 21 novembre prochain au salon Parasitec, où j’exposerai une méthode de calcul fondamentalement différente de la sienne, et vais donc m’appliquer à démontrer la vacuité de son estimation.

La principale faiblesse de sa méthode est l’utilisation des signalements téléphoniques de rats. Leur fiabilité est trop aléatoire pour être considérée comme une base sérieuse de travail. Autant estimer que les votes par téléphone qui désignent la nouvelle star ou le vainqueur de l’Eurovision sont pertinents et dignes de données scientifiques ! Quoi qu’encore les appels téléphoniques de ce type ne sont pas vraiment aléatoires (c’est A ou B, ou C), alors que les signalements téléphoniques de rats au 312 peuvent recouvrir plusieurs situations fort différentes, sans lien entre elles autre que les rats. Prenons des exemples :

– Des rats vus en plein jour sur une parcelle ? Il y a soit une infestation très importante qui recouvre plusieurs parcelles contigües, soit des travaux qui ont délogé des colonies en place ; les dits travaux pouvant avoir lieu sur la parcelle en
question mais aussi sur une autre plus éloignée ; A quelle parcelle « attribuer » les rats ? S’ils sont attribués à une parcelle déjà signalée, elle comptera dans les
faits bien plus que 50 rats, mais nous verrons que ce n’est « statistiquement » pas le cas ;

– Des rats vus la nuit ? Ils ne sortent de leurs terriers que pour manger et boire. Qu’ils soient aperçus sur une parcelle ne signifie pas qu’ils y résident. Les territoires occupés par les rats n’ont que faire des limites décidées par les hommes, et il ne faut pas oublier que bien des rats parcourent 30 à 50 m en ville pour se nourrir. A quelle parcelle appartiennent-ils alors ?

– Des rats vus en plein jour après un fort épisode pluvieux ? Il s’agit de rats de second et dernier rang, délogés de leurs terriers inondés, qui sortent des égouts (où soi-disant il n’y a pas de grandes quantités de rats…) ;

– Des rats d’une même colonie peuvent très bien traverser une rue pour aller se nourrir dans des poubelles sur le trottoir d’en face tandis que d’autres resteront sur le trottoir de leurs terriers. A quelle parcelle les uns et les autres seront-ils « attribués » ?

D’un autre côté, il me semble avoir compris sur le site du 312, qu’un signalement téléphonique de rats est enregistré, qu’il ait été vu un rat comme 10. Pourtant, ce n’est pas du tout la même chose, n’importe quel dératiseur expérimenté le confirmera. Une faiblesse du système de la hotline qui n’arrange pas les bidons des statistiques…

Si l’on tient compte par ailleurs des citadins qui voient des rats mais ne les déclarent pas, voilà un beau patchak inutilisable pour des statistiques sérieuses. Comme le jeune statisticien le dit lui-même : « Il y a beaucoup de raisons de croire que
des individus dans certaines parties de la ville sont plus susceptibles de déclarer un rat que dans d’autres parties de la ville.
 » Écrivant par ailleurs qu’« il y a des dizaines de milliers de signalements au n° 311 chaque mois, pour des centaines de demandes d’interventions »,
il admet que bien des signalements ne sont pas des informations fiables et que tous n’ont pas été traités par les dératiseurs de la ville. Voilà qui plombe bien sa méthode de calcul avec période « tampon » (voir plus loin)…

Les signalements téléphoniques de rats sont donc davantage un outil statistique de
l’humeur des citadins et de l’ambiance de leur quartier, qu’une base de données fiable pour décompter les rats de NYC, et constituent un premier artifice
grossier !

Mais ce n’est pas tout : En l’absence de signalement, et par défaut, le distinguo parcelle infestée/ parcelle non infestée est appliqué par copié/collé à des parcelles présentant des similitudes ; il écrit : « Pour cette raison, beaucoup de parcelles non infestées de rats ne sont pas communiqués au 312 avec une probabilité égale à travers la ville et ses divers quartiers (quartier zones de tabulation, ou NTas). Ce qui remet en question la validité de l’hypothèse (a). Cependant, nous pouvons limiter notre étude à un quartier à la fois. Dans chaque quartier, il est raisonnable de penser que les observations rapportées
seraient semblables dans des quartiers ayant des caractéristiques similaires
. »

Ce second artifice invalide son affirmation : « Notre enquête est soigneusement conçue de telle sorte que ces hypothèses sont raisonnables »…

Et pour coller à la technique du double échantillonnage en capture-recapture, il
adopte un troisième artifice : « Les périodes d’échantillonnage ont été choisies de manière à ce que les présences de rats dans la première période de l’échantillon soient
sans rapport avec des présences de rats dans la deuxième période. Chaque signalement de rat entre Janvier et Juillet 2010 (période d’échantillonnage 1) a été traité en Janvier 2011 (début de la période de l’échantillon 2) ».
Ce qui est faux : nous avons vu qu’il se contredit sur ce point.

C’est accorder une compétence digne de Superman, donc impossible, au
Département hygiène de New-York, que de considérer qu’il élimine systématiquement et durablement tous les rats signalés au téléphone, ne serait-ce que sur les parcelles où il est intervenu ! Il est en conséquence fort probable que des
signalements de rats répétés sur une même parcelle, malgré les traitements « systématiques » du NYCH&MH, indiquent que des colonies de rats y sont bien installées, années après années. Il reconnait d’ailleurs plus loin dans son article : « Les signalements de rats de Brooklyn sont plus susceptibles de se produire dans les mêmes
parcelles
 ».

Pour « simuler » les limites de la capture-recapture d’animaux sauvages que représentent les naissances-décès et migrations entre les échantillonnages, M. Auerbach considère donc une période « tampon » de 6 mois, pendant lesquels il ne
comptabilise pas les signalements téléphoniques dans son étude, arguant de campagnes de dératisation menées pendant cette période. La logique de ce raisonnement m’échappe totalement, mais bon, c’est un artifice essentiel du dispositif « auerbachien » !

Quid de ce choix arbitraire de 50 rats par colonie ? Une colonie de 3 générations compte une vingtaine de rats et là où les ressources trophiques sont importantes certaines peuvent compter une centaine d’individus. Je tiens à la disposition de M. Auerbach des photos de dizaines de terriers sur moins de 50m², soit bien plus de 50 individus présents, qui montrent que là où il y a des rats systématiquement signalés, en certains endroits il y en en a probablement bien plus que 50 ! Si l’on peut  admettre que 50 est une moyenne, elle est très hasardeuse puisque les rats ne sont pas uniformément répartis en milieu urbain, et c’est le Département de Santé de NYC qui l’a dit lors de la psychose précédent l’ouragan Sandy ! Ajoutons à cela les
parcelles avec rats bien présents mais non déclarés et il est dévoilé un autre artifice.

Et enfin, sur quels critères scientifiques, objectifs, considérer de facto que les parcelles n’ayant fait l’objet d’aucun signalement ne comportent aucun rat ? Ce n’est pas parce qu’on ne les voit pas, ou peu, qu’ils ne sont pas là ! La réalité est que si leur
densité est faible, leur commensalité n’occasionne pas de nuisance, même visuelle, car ils sont naturellement craintifs et se cachent de leurs prédateurs et des hommes, bien qu’ils soient néanmoins présents ! Je mets ma main à couper qu’il y a des dizaines, voire des centaines, de rats qui vivent dans les parcelles dont les résidents n’appellent pas le 312. Pour notre jeune doctorant cet artifice « 0 appel = 0 rat » est une supercherie tellement grossière qu’elle a échappée à la sagacité du comité de rédaction de la revue qui a publié son article, aux juges de son doctorat à l’Université de Columbia et aux pontes de la Royal Statistical Society of London qui lui ont accordé un prix et l’ont invité à prononcer une conférence à Sheffield. Cela fait beaucoup de beau linge berné par cette tartuferie !
C’est affligeant…

Par ailleurs, il serait intéressant de recueillir l’avis de biologistes sur « l’adaptation » de la méthode du double échantillonnage en capture-recapture à des parcelles urbaines inertes identifiées par des coups de fil… L’autre principal artifice est bien là : faire croire qu’une transposition mathématique est pertinente. L’analyse de milliers coups de fil new-yorkais aléatoires et incertains vaut bien une capture-recapture d’antilopes en région subtropicale, c’est M. Auerbach qui nous le
dit…

Car surtout, surtout, en restant bien au chaud derrière son ordinateur dans son bureau de NYC, notre brillant pourfendeur de légendes urbaines est resté dans son domaine de compétence, les statistiques, sans prendre la peine d’aller plus loin que les lieux communs du Web sur les rats, et n’est pas allé se rendre compte par lui-même des réalités de terrain, ni n’évoque des échanges avec les dératiseurs du Département de Santé. Son étude ne prend pas en considération les ressources trophiques qui conditionnent la population des rats, et a le bas qui blesse très sérieusement en matière d’éthologie murine : il peut y avoir des centaines de rats, voire des milliers, répartis en plusieurs colonies cohabitant paisiblement, sur certaines parcelles offrant nourriture et possibilités de nidifications abondantes (ressources trophiques).

Ceci étant, la principale caractéristique de rattus norvegicus, le rat d’égout, est son très gros appétit : Il consomme 10% de son poids par jour. En toute logique, seule une méthode de dénombrement par la consommation de nourriture préalablement pesée
peut donner des éléments statistiques fiables pour évaluer une population de rats. C’est cette méthode qu’utilisent des formulateurs de raticides pour évaluer l’appétence de leurs produits. Cela n’a même pas effleuré les neurones bien rangés de notre doctorant d’élite !

Pourquoi donc cette étude farfelue et le buzz qui l’accompagne ? Les accointances de M. Auerbach avec l’administration de la ville de New-York sont publiques, et  l’embarras dans lequel l’augmentation des appels à la hotline « rat » du 311 place le Département de Santé et d’Hygiène Mentale de NYC, cadrent le problème : une étude qui présente favorablement le travail des dératiseurs de New-York est bienvenue, même bâclée, biaisée et quasi-mensongère, mais adoubée par des universitaires ! Les réseaux politiques, journalistiques et sociaux font le reste…

De l’art de faire mousser un feu d’artifices…

Rappelons que la mousse est une émulsion d’air dans un liquide, donc du vent
en bulles.

Pierre Falgayrac

Ps1 : Il
y a dans mon livre « Des rats et des hommes », toujours
disponible ici, un chapitre sur « les compétences des acteurs
de la dératisation » qui est vraiment d’actualité avec
le sujet de cet article.

PS2 : Et
si cette « affaire » n’était qu’un gros
canular destiné à débusquer les incompétences des uns et des
autres, fussent-ils universitaires de haut-vol, ou détecter les
véritables experts en dératisation ? Quoiqu’il en soit,
je me positionne aussi dans cette
« configuration ».

Dix-huit nouveaux virus de rats


L’American Society for Microbiology a publié un article qui fait un buzz mondial depuis quelques semaines. Il est ici : http://mbio.asm.org/content/5/5/e01933-14.abstract.

En résumé : L’utilisation de moyens à la pointe de la technique a permis d’identifier une quantité impressionnante d’agents pathogènes (dont l’Ebola, l’Hantavirus et plusieurs nouveaux virus) sur les rats new-yorkais. Il semblerait que les animaux de compagnie ayant été au contact des
déjections de ces rats « surinfectés » aient contaminés leur maîtres avec l’hépatite C…

Les commentaires des milieux autorisés (monde médical essentiellement) fleurent bon un alarmisme de circonstance plus affectif qu’objectif, et une inculture désolante en matière
de rats… Détricotons le buzz :

– Pour commencer : Y-a-t-il lieu de s’affoler parce que l’on sait seulement aujourd’hui que les  rats sont porteurs de microbes horribles et très dangereux depuis toujours ?

– Ensuite : Si l’on faisait ce même genre d’investigation sur d’autres animaux commensaux de nos cités, ne pensez-vous pas que l’on découvrirait le même genre de microbes « effrayants » sur oiseaux, chiens et chats errants ?


– Et pour finir : ces dernières décennies, quelles zoonoses sont imputables aux rats d’égout ? aucune ! Voilà qui nous renvoi aux récentes psychoses dispendieuses de la grippe aviaire et de la grippe A…

Seule la leptospirose, qui se transmet par l’urine des rats d’égout, est connue pour infecter occasionnellement des personnes œuvrant dans un environnement infesté.

Je laisse au corps médical lucide le soin de désamorcer dans le détail ce buzz irrationnel pour revenir sur des propos qui concernent les rats eux-mêmes.

Sur le blog de Jacques Henry (http://www.contrepoints.org/2014/10/21/185288-rats-attention-danger) nous lisons : « (le rat) est le seul animal avec l’homme à s’entre-tuer sans raison apparente. « qui se ressemble s’assemble » comme on dit dans les chaumières. »

Non, les rats se battent à mort (cannibalisme) seulement en cas de famine, et les survivants comptent bien davantage de femelles que de mâles afin d’assurer la pérennité de l’espèce. En dehors de ces situations de manque de nourriture, il n’y a jamais de lutte à mort entre
rats. Rien à voir avec les hommes !

Sur http://franceusamedia.com/2014/10/les-rats-new-yorkais-porteurs-de-virus-et-de-maladies-dangereuses/ nous lisons :

« Dans la plupart des grandes cités du monde, ces rongeurs prolifèrent près des populations. C’est d’ailleurs à Chicago et à Los Angeles que l’on trouve la plus forte densité
de ces animaux 
( et de renvoyer vers le lien d’une entreprise qui classe les villes américaines par le nombre de traitements « rats » effectués par elle…) »

Non, les rats ne « prolifèrent » pas. Leur population s’équilibre en fonction des ressources trophiques (possibilités de nidification et d’alimentation) de l’endroit où ils vivent. Mais il est vrai qu’ils vivent à proximité de l’homme, pour recycler ses déchets.

Sur http://finance.yahoo.com/news/york-citys-rats-carrying-viruses-130000460.html , nous lisons « Personne ne sait combien il y a de rats dans le métro de New York, mais Rick Ostfeld de l’Institut Cary d’études de l’écosystème à Millbrook, NY a déclaré à Bloomberg Businessweek « qu’il soupçonne qu’il y a autant de rats que il ya des gens dans la
ville » ».

Si, il y a moyen de savoir combien nos villes comptent de rats par habitant. Nous avons exposé une expérience de dénombrement de surmulots en ville dans notre livre « Des rats et des hommes » (Editions Hyform 2013), disponible ici. Ceci étant, Rick Ostfeld n’est pas inutilement alarmiste et son estimation diffère notablement de ce qu’on trouve habituellement sur le Web.

Sur  http://www.startribune.com/lifestyle/health/280364312.html, nous lisons « (que la difficulté à les piéger ) est due au fait que les rats de New York sont beaucoup rusés que les rats dans
d’autres villes
 ».

Ah bon. Les rats de New-York sont donc plus intelligents que ceux du reste du monde… C’est tellement « gros » qu’il y a juste à souligner qu’il n’y a rien qui ressemble plus à un rat de New-York ou de Paris, qu’un rat de Berlin ou de Tokyo.

Sur http://abc7.com/news/new-study-finds-rats-in-nyc-carry-18-new-viruses/352432/ nous lisons : « Voici le problème : les rats se multiplient très, très vite ; au cours d’une année, un couple peut produire plus de 100 enfants, et ainsi de suite, et ainsi de suite, et ainsi de suite. »

De l’art de balancer des chiffres qui ne veulent rien dire. Dans de bonnes conditions (nourriture abondante et peu de prédation), un couple de rats peut avoir jusqu’à 2.000 descendants en un an, voire 5.000 dans des conditions idéales (territoire illimité et zéro prédation). Au moins,
l’imprécision de l’article n’est pas si alarmiste que ça.

Encore une fois, l’inculture de notre société en matière murine transpire dans ce buzz.


Pierre Falgayrac

http://www.hyform.fr