Sur l’interdiction d’utilisation des anticoagulants en appâtage permanent

L’évolution de la règlementation française impose désormais aux fabricants d’indiquer sur les étiquettes des rodenticides « NE PAS UTILISER DE RODENTICIDES EN GUISE D’APPÂTS PERMANENTS (par exemple, pour éviter toute infestation de rongeurs ou pour détecter l’activité de rongeurs) » – Etiquette de « Notrax blox Tous Temps » de Lodi Group.

Et la CS3D d’enfoncer le clou lors d’une conférence de presse le 6 juin dernier : https://www.cs3d.info/actualite/6-juin-2019-journee-mondiale-de-la-prevention-des-nuisibles/

D’où il ressort que cette interdiction va « provoquer une prolifération des rats », en conséquence de quoi la CS3D va faire du lobbying auprès du Ministère de la transition Ecologique « afin d’obtenir un alignement de la France sur la position européenne (autorisation de l’appâtage permanent avec bromadiolone et difénacoum) »

Autrement dit, désinformation et hypocrisie. Expliquons.

Premièrement, lors de mes derniers audits pour des IAA ou pour des villes, j’ai constaté une nouvelle fois que tout ce qui est ceinture ou alignements de boites ne sert strictement à rien. A rien !

D’ailleurs, vous qui me lisez, vous savez très bien que sur des dispositifs comptant 300 boites, il y en a 298 dans lesquelles il ne se passe jamais rien ; quant aux deux autres ; il y a seulement des consommations partielles avec des crottes de jeunes rats. Autrement dit, une contribution au phénomène de résistance, dû, rappelons-le, à des prises répétées de doses non létales.

La preuve :

Nous sommes dans une IAA qui fait des aliments pour animaux. Le prestataire 3D est certifié Certibiocide et a suivi une formation en dératisation chez un fournisseur du collège formateurs de la CS3D.

Il y a donc une ceinture de boites d’appâtage avec 3 rodenticides différents (broma, difénacoum et diféthialone).

Une des deux boites il y a consommation partielle (granulés au difénacoum) et des crottes de jeunes rats
Dans le prolongement du mur où sont installés ces boites,
à 10 mètres, il y a une source permanente d’aliments sains: Du maïs.

Explication : Pendant que les rats dominants consomment du maïs sain, les dominés, de jeunes individus, s’alimentent un peu dans les boites d’appâtage qui sont à 5 et 10 mètres, en attendant que la place se libère au maïs..

Et malgré cette ceinture avec des rodenticides, il y a bien plus d’une centaine de rats à l’intérieur…
Donc, la ceinture de boites avec rodenticides ne sert absolument pas à « éviter toute infestation de rongeurs ou pour détecter l’activité de rongeurs », comme indiqué sur les étiquettes et dans le discours de la CS3D, absolument pas !


Pour une raison très simple : Tant que les sources de nourriture habituelles des rats leur sont toujours accessibles, l’appâtage permanent n’a aucune utilité et génère des phénomènes de résistance.


Je me répète, insiste, persiste et signe : Les ceinture et alignements de boites d’appâtage sont des lignes Maginot totalement inefficaces et perverses. L’interdiction de l’appâtage permanent est donc une bonne chose pour réduire les phénomènes de résistance.


Ensuite, vous, professionnels qui me lisez, demandez-vous pourquoi vos fournisseurs présentent à leur catalogue depuis déjà plusieurs années des appâts « placebo » ? Pour faire joli, ou pour respecter la règlementation ? Car si la France a adopté cette interdiction, avant les autres, dites-vous bien que le reste de l’Europe suivra tôt ou tard.


De toute façon, le rapport (écrit en anglais) « Mesures d’atténuation des risques pour les rodenticides anticoagulants » (Philippe BERNY, Alexandra ESTHER, Jens JACOB, et Colin PRESCOTT, 2014 ), qui sert de référence aux législateurs européens, précise :
– « L’appâtage permanent ne devrait pas être effectué à l’extérieur à moins qu’il y ait un risque élevé de ré-invasion, car il présente un risque très élevé pour les espèces non ciblées.
– L’appâtage permanent peut être effectué à l’intérieur, en particulier là où il y a une exigence réglementaire, ou lorsqu’il y a un risque élevé de ré-invasion, car il peut être géré pour présenter un faible risque pour les espèces non-cibles.
– En premier lieu, la durée de l’amorçage en extérieur devrait toujours être limitée à 35 jours (5 semaines). Par la suite, l’activité continue des rongeurs pourrait indiquer que les rongeurs sont résistants au rodenticide ou qu’une proportion importante de l’infestation n’est pas traitée et qu’ils se déplacent continuellement dans la zone traitée.
– La fréquence des visites devrait être laissée à la discrétion de l’opérateur, à la lumière des évaluations des risques effectuées au début du traitement. La grande diversité des sites infestés par les rongeurs exclut toute fréquence stricte. Cependant, les sites traités devrait être visité au minimum une fois par semaine. ».


Notons que le collège d’expert se prononce contre l’appâtage permanent « pour le risque espèces non cibles », alors que la CS3D joue sur les peurs de nos contemporains avec sa crainte de « prolifération des rats ». Désinformation, disais-je…


Que faire pour s’adapter à cette règlementation ?
Pour commencer, la respecter, puisqu‘elle contribue à diminuer les phénomènes de résistances, donc à augmentera à terme l’efficacité des anticoagulants.


Deuxièmement, acceptez la réalité des faits : L’appâtage permanent n’a aucun effet régulateur sur les populations de rats, aucun.


Troisièmement, là où vous avez installé des ceintures ou des alignements de boites, forcez sur l’étanchéité des locaux en faisant vous-même les petits travaux que vous demandiez à votre client de faire. Rien de bien compliqué à exécuter avec la laine d’acier et les pâtes répulsives que vendent vos fournisseurs. Rappel: Aucune ouverture supérieure à 6 mm pour la souris et 1,5 cm pour le rat.


Quatrièmement, là où les boites sont censées jouer un rôle de détection, en IAA notamment, remplacez donc les appâts empoisonnés par des placébos. Cela continuera à ne servir à rien, mais votre client sera toujours content de voir plein de boites.


Cinquièmement, si vous avez les moyens et votre client aussi, remplacez les boites par des pièges nasse, avec des appâts sains. Ils ne serviront à rien, mais tout le monde sera content.


Autrement dit, dans les faits, cette nouvelle règlementation ne change rien pour les dératiseurs qui aiment leur métier et limitent au maximum l’utilisation des biocides.

Ci-dessous un tableau récapitulatif

Pierre Falgayrac

Un protocole pour la surveillance des rats en tant que vecteurs de maladies à New-York

Il s’agit des travaux de MM. Parsons, Samo (Université Hofstra – New-York) et Deutsch (entomologiste – Arrow exterminateur Company – New-York), publiés ici http://journal.frontiersin.org/article/10.3389/fpubh.2016.00132/full

Le préambule pose le sujet : New-York hébergerait 2 à 32 millions de rats (pour 8 millions d’habitants) et il y a un manque de connaissances sur les rats sauvages et les zoonoses qu’ils pourraient provoquer. D’où l’intérêt d’utiliser une technique de suivi de rats par radio fréquences et caméras, afin de suivre l’évolution de leur état de santé (poids, parasites et germes pathogènes). Cette méthode permettrait de surveiller les risques potentiels de zoonoses dues aux rats, qui deviendront un problème de plus en plus important avec l’augmentation des populations urbaines.

Les cinq phases du protocole sont :

  • La sélection des sites et le piégeage des individus ;
  • Anesthésie ;
  • Analyses sérologique et des ectoparasites ;
  • Implantation de la puce électronique ;
  • Libération après mise en place d’un leurre à phéromones et d’une balance.

Passons rapidement sur l’introduction, basée essentiellement sur de la manipulation d’informations et un alarmisme qui fleure bon des intérêts corporatistes malgré la déclaration d’absence de conflits d’intérêts en fin d’article (un des auteurs est dirigeant d’une entreprise de pest control…). Les études citées en référence ont peu à voir avec le sujet de l’étude (surtout celles qui concernent le milieu agricole), sont inutilement inquiétantes (on retrouve celle sur les « 18 nouveaux virus de rats » et des études de cas infectieux isolés), sont des synthèses littéraires de publications tierces (ah ! les « révélations » de SecretLifeCityRat_UrbanEcosystems), ou sont des auteurs eux-mêmes.

Avec des phrases comme :

  • « De nombreuses lacunes relatives à l’ écologie du rat et de la surveillance de la maladie se sont accumulés dans la littérature scientifique» ;
  • « Les rongeurs urbains sont insaisissables, souterrains, et souvent invisibles, ce qui rend les connaissances à leur sujet vraiment très difficiles à établir » ;
  • « La (…) plupart des observations conduisent à la désinformation qui se propage par les récits anecdotiques, par ouï-dire, et les médias. Le principal moyen pour lutter contre ce problème croissant est de surmonter les obstacles nécessaires à l’ étude des rats urbains in situ, dans leur environnement normal» ;
  • « (la question de santé publique) soulève la question de savoir combien d’autres agents pathogènes seront découvert quand les rongeurs seront plus régulièrement surveillés?» ;

nous obtenons la magnifique impression que l’humanité est fort dépourvue en connaissances sur les rats et qu’heureusement nos trois héros vont y remédier, pour un coût matériel de 15.000 $, jugé « négligeable » vu les enjeux. Et d’affirmer péremptoirement que « de toute évidence, de nouvelles méthodes sont nécessaires pour surmonter ces obstacles importants (NDA :peu de documentation sur les zoonoses murines) et de nouveaux tests détaillés contribuent à ouvrir de nouvelles perspectives de recherches ».

Des surmulots sont donc capturés, anesthésiés le temps de leur implanter une puce sous la peau (20’) puis relâchés dans la même zone, où se trouve désormais un emplacement avec des chiffons imprégnés d’odeurs et phéromones d’autres rats, dissimulant une balance permettant de peser les rats visiteurs, l’ensemble étant filmé par caméra. Certains rats sont recapturés pour mesurer l’évolution de leurs germes infectieux et de leurs parasites.

Après 6 mois de relevés sur 7 zones concernant 20 rats chacune, les résultats sous forme de tableaux indiquent qu’en moyenne, l’endroit a été visité 2,4 secondes et 4,7 fois par jour par les femelles, et 3,5 secondes et 2,6 fois par jour par les mâles.

La balance a été jugée peu probante, car les rats ne se positionnaient pas toujours correctement pour la faire fonctionner…

Comme d’habitude, détricotons le buzz. En commençant par le début.

« New-York hébergerait 2 à 32 millions de rats (pour 8 millions d’habitants) » : Cette « fourchette » énorme n’a aucun sens ; elle fait référence à l’étude farfelue du statisticien Jonathan Auerbach concluant à 2 millions de rats et aux légendes urbaines qui avancent 4 rats par habitant. Au moins le chiffre démontré de 1,75 rats par habitant est dans cette (immense) fourchette (cf. notre livre « Des rats et des hommes » Éditions Hyfom 2013)…

« Il y a un manque de connaissances sur les rats sauvages et les zoonoses qu’ils pourraient provoquer ». « Les rongeurs urbains sont insaisissables, souterrains, et souvent invisibles, ce qui rend les connaissances à leur sujet vraiment très difficiles à établir »  : Faux ! Il y a suffisamment de publications sur l’éthologie du surmulot, du rat noir et de la souris, entre quelques livres, de nombreux articles de revues et les publications scientifiques en ligne sur Google scholar, pour établir que l’on connait très bien leur biologie et leur éthologie. Les auteurs, publiant eux-mêmes sur Google scholar, sont vraiment de mauvaise foi pour ignorer les publications de leurs collègues !

Quant aux zoonoses, la réalité est qu’à part les épidémies pesteuses des siècles passés en Asie et en Europe (dues au rat noir et pas au surmulot), et la leptospirose à laquelle sont exposés les égoutiers et ceux qui ont à faire avec le ragondin, il n’a jamais été recensé d’autres épidémies dues aux rats en milieu urbain. Si les surmulots étaient vecteurs de maladies infectieuses, ils le seraient depuis toujours et n’auraient pas attendus le 21ème siècle… Donc, l’argument de la « méthode (qui) permettrait de surveiller les risques potentiels de zoonoses dues aux rats » s’effondre sur lui-même.

Bref, ces faux préalables suffisent à lancer un plan marketing / médiatique qui joue sur les peurs de nos contemporains pour préconiser une nouvelle méthode d’étude qui va rapporter des sous à ses géniteurs.

Au fait, quel est l’intérêt réel de cette étude ? Aucun. Démontrons pourquoi.

Nous savons depuis des siècles que le surmulot, et tous les autres murinés, vivent dans un monde d’odeurs au sens où la perception de leur environnement est essentiellement olfactive ; leur odorat est en effet 100 fois plus discriminant que celui d’un chien, alors que leurs sens du toucher et de la vision sont très limités (ils voient en niveau de gris et à moins de 20 mètres). Une étude récente vient d’ailleurs de confirmer le rôle primordial des vibrisses (les « moustaches ») dans l’appareil olfactif (http://jeb.biologists.org/content/219/7/937), chose que j’expose depuis 25 ans lors de mes formations.

Que peut donc produire l’installation de chiffons imprégnés d’odeurs et phéromones d’autres rats dans la zone d’activité d’une colonie de surmulots ? De la curiosité méfiante, tout simplement. Pourquoi méfiante ? Parce que ces odeurs étrangères ne sont pas bienvenues au sein d’une colonie dont la population est stabilisée, car dépendante des ressources alimentaires et des possibilités de nidification. Il est facile de concevoir que l’odeur persistante d’individus étrangers en un point particulier perturbe les rats au point de l’« inspecter » plusieurs fois par jour. Peu importe alors par qui et à quelle fréquence ! A la limite, que les femelles aient « inspecté » les chiffons un peu plus souvent mais moins longtemps que les mâles confirme qu’elles sont soucieuses de la protection de leur progéniture et que les mâles s’assurent bien qu’ils n’ont pas à en découdre avec un importun. La seule chose à retenir de cette expérience est que tous les rats qui se déplacent dans la zone des chiffons vont les sentir puis continuent leur chemin, et qu’ils agissent ainsi tant que les chiffons dégagent des odeurs. Tout au plus peut-on déduire que si un individu « étranger » avait été déposé au même endroit, en lieu et place des chiffons, il aurait suscité l’attention peu bienveillante des gros mâles qui ont inspecté le plus longtemps les chiffons…

Deux des auteurs avaient déjà conduit une expérience qui confirme que les rats sont sensibles aux phéromones (http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed?Db=pubmed&Cmd=ShowDetailView&TermToSearch=23590323). Ils démontrent par l’étude présente qu’aller plus loin n’apporte pas grand-chose.

Quant aux « enseignement éthologiques » tirés de l’étude, ils frisent le ridicule ! « Du point de vue éthologique, on peut distinguer des comportements différents entre les mâles et les femelles, y compris les adultes et les jeunes, les comportements des dominants et dominés et les temps d’activité de pointe. » : Non, les statistiques ne démontrent rien d’autre qu’une colonie a été perturbée par des odeurs étrangères, point. Seules des expériences basées sur l’accès à une quantité réduite de nourriture et/ou des possibilités insuffisantes de nidification permettent de dégager la hiérarchisation d’une colonie murine, en fonction de la force physique des individus. Et ces études n’ont pas besoin de capturer des rats pour leur mettre une puce sous la peau après les avoir anesthésiés.

Mais la cerise sur le gâteau est là :  Plus important encore, les données d’identification individuelle des rongeurs permettent d’évaluer les agents pathogènes dont ils sont porteurs, surtout pour les individus capturés à plusieurs reprises, qui permettent de suivre dans le temps l’évolution des agents pathogènes. Par exemple, il y a une incidence plus élevée de bactéries tels que Borrelia ou Rickettsia, tard dans la saison, alors qu’elles étaient peut-être absentes au début du printemps. En outre, certains rongeurs peuvent occasionner une nuisance pathogènes supplémentaires lorsqu’ils migrent saisonnièrement des espaces de parc publics aux égouts en hiver avant de ressortir (un processus appelé «migration verticale », d’après Corrigan).

Cette étude nous apprend donc que les microorganismes pathogènes du printemps et de l’automne ne sont pas les mêmes (quelle avancée scientifique !) et suppose qu’il y a un risque de zoonose lors des migrations « verticales » des rats, selon qu’ils quittent ou gagnent les égouts ou la surface. D’abord, répétons-le, les zoonoses dues aux surmulots sont une fable. Ensuite, cette histoire de « migration verticale » évoquée par M. Corrigan dans une étude privée sur les rats new-yorkais est sujette à caution. Que l’hiver incite des rats de surface à s’abriter dans les égouts est antropomorphiquement cohérent, mais pourquoi les rats abandonneraient-ils leurs sources de nourriture et leurs terriers adaptés aux froidures hivernales ? Par ailleurs, rien ne dit que les rats installés dans les égouts les accueillent à bras ouverts… C’est même tout le contraire qui doit se produire ! Les populations de rats étant stabilisées par les ressources alimentaires et de nidification, ils n’ont aucune raison de migrer tant que ces conditions sont bonnes, ni d’accueillir de nouveaux arrivants. Donc, ce concept de « migration verticale » paraît vraiment peu crédible, hors travaux d’excavation évidemment.

Ceci étant, quelle est la raison profonde qui a motivé cette étude ? Comme souvent avec les études américaines, elle se révèle dans le contenu « Il est de notoriété publique que les rats vus dans la journée indiquent qu’il y a une populations anormalement élevée dans l’environnement immédiat. Pourtant, la plupart des détections de rats sont basées sur un petit nombre d’individus de manière disproportionnée (…), ce qui conduit à des généralisations (infondées). (…) la plupart des observations conduisentt à la désinformation qui se propage par des récits anecdotiques, par ouï-dire, et les médias. Les principaux moyens pour lutter contre ce problème croissant sont de surmonter les obstacles nécessaires à l’ étude des rats urbains in situ, dans leur environnement normal, répliqués au niveau de chaque animal. »

Tiens donc, il semblerait bien que le service New-Yorkais du n° 312, le « Rat Portail », ait réalisé ce que je subodorais dans un précédent article : « Les signalements téléphoniques de rats sont davantage un outil statistique de l’humeur des citadins et de l’ambiance de leur quartier qu’une base de données fiables pour décompter des rats de NYC » (voir un précédent article de ce blog : https://wordpress.com/post/bloghyform.wordpress.com/202) . Cette étude s’inscrit donc dans un vaste dispositif de manipulation des électeurs new-yorkais, à qui il faut démontrer que la mairie s’occupe activement du problème des rats, potentiellement vecteurs de maladies nouvelles. Et tant qu’à faire, on en cause au monde entier, sous couvert d’avancée scientifique…

 Pierre Falgayrac

L’effet de bulle dans le secteur des 3D


L’effet de bulle économique désigne le comportement irrationnel d’un marché, dont les prix augmentent excessivement par rapport à la valeur réelle des choses. L’issue inéluctable est l’effondrement brutal des cours : L’explosion est suivie d’une implosion.

Les exemples récents les plus connus sont la bulle Internet de la fin des 90’, et la crise des subprimes en 2007.
Parmi les multiples facteurs déclenchant un effet de bulle économique, il y a les « mimétismes euphoriques collectifs » : Tout le monde veut sa part du gâteau et se lance frénétiquement dans l’arène.
Pourquoi évoquer ce phénomène en rapport avec notre profession ? Parce qu’il s’agit d’une profession récente (la première organisation syndicale, la CS3D, a été fondée en 1946), à la structure atypique : 1% des entreprises comptant plus de trente salariés réalisent 50% du Chiffre d’Affaire, alors que 30% des entreprises en réalisent seulement 1%.
Il est évident que cela va évoluer, car cette structure ne respecte pas la loi de Pareto (20% des entreprises réalisent 80% du CA et 80% des entreprises réalisent 20% du CA). De plus, cette profession est une des rares (la seule ?) à n’avoir pas de formation initiale, donc pas de diplômes professionnels ; ce qui ne l’empêche pas d’avoir une certification agrico-urbaine…


Jetons un œil dans le rétroviseur

Le métier d’origine, au moyen âge, est celui d« écorcheur de vilaines bêtes ». Cela consistait à tuer et sortir de la ville les rats, chiens et chats errants, malades ou morts. Il se pratiquait avec divers outils tranchants ou contondants, un fouet et, si besoin, une charrette.
Autant le traitement des chiens et chats était relativement simple, autant celui des rats nécessitait la connaissance de leurs mœurs et modes de déplacements, et une grande habileté pour les piéger ou les tuer d’un coup de fouet.
La découverte de la bactérie pesteuse par Alexandre Yersin, en 1894, et de son mode de transmission par les puces du rat noir, par Paul Louis Simond en 1898, déclenchèrent des études sur les rats et leurs puces dans le monde entier, et des campagnes de lutte dans toutes les grandes villes d’Europe, du Japon, et des USA.
Tout le monde ne pouvant pas devenir chasseur de rats du jour au lendemain, divers artisans et industriels développèrent des dispositifs de piégeage et des poisons raticides. Leur goût désagréable rendait difficile la fabrication d’appâts réellement attractifs.
Parallèlement, les progrès de l’industrie chimique permirent de développer des désinfectants et des insecticides (car pendant longtemps la communauté scientifique doutait que les petits arthropodes puissent être vecteurs de maladies…). Les produits, très toxiques, sentaient fort.
Du début du XXème jusqu’à la seconde guerre mondiale, la gestion des déchets est prioritaire, suivie des techniques de prévention que sont le « ratproofing » et le « noratland » ; Il s’agit d’aménager :
– Les locaux, pour les rendre aussi étanches et inhospitaliers que possible aux
rongeurs, et

– Leurs abords immédiats, en périphérie, qui sont dégagés et plats sur
quelques mètres.

Les choses ont évolué après la seconde guerre mondiale. L’apparition des anticoagulants pour la dératisation, et des organochlorés pour la désinsectisation, changèrent considérablement les pratiques professionnelles : il était plus facile de concevoir des appâts rodenticides vraiment attractifs (les anticoagulants n’ont quasiment pas de goût), et de faire des hécatombes de blattes, puces et punaises des lits. L’avènement des pyréthrinoïdes dans les 70’ accentuèrent la tendance, puisqu’ils sentaient peu et étaient moins toxiques pour l’homme que les organochlorés.
Le métier devenait plus facile et la profession des 3D connu un fort développement, essentiellement avec des TPE et une minorité de PME qui, pour l’essentiel, posaient des boites
d’appâtage et pulvérisaient, point… En se souciant de moins en moins de ratproofing et de zones de noratland. C’est ainsi que peu à peu s’est perdue la culture du rat et de la souris chez les applicateurs (les énormités que l’ont peut lire sur bien des sites Web de professionnels en témoignent), et que sont apparues des souches de rongeurs et d’insectes résistant aux produits biocides…

Au milieu des années 90, le DAPA, prévu à l’origine pour préserver le pré carré des professionnels des 3D, a été obtenu par tous les chefs d’agences des grands groupes du nettoyage, qui se lancèrent sur un plan national, dans le métier. C’était en quelque sorte l’effet inverse de ce qui était implicitement recherché. Il faut dire que le DAPA ne comportait rien sur la connaissance des nuisibles et les techniques de lutte : seulement de la réglementation… Dans la foulée, beaucoup de PME et TPE du nettoyage et des espaces verts ont suivi le mouvement et font aujourd’hui partie du paysage professionnel des 3D.
Le mouvement s’est accentué au milieu des années 2000 avec l’arrivée d’une franchise nationale spécialisée à l’origine dans le nettoyage des VMC.
Et tout récemment, l’apparition de produits et dispositifs « grand public » sécurisés (règlementation biocides oblige), a vu une entreprise de services spécialisée dans la
location de linge et la gestion des consommables sanitaires, se lancer dans les 3D en toute légalité après avoir fait passer le Certiphyto à ses employés.

Une bulle serait-elle sur le point d’exploser, avec l’avènement officiel d’un métier de strict « poseur de boites et puis s’en va », à l’opposé total de ce qu’il était à l’origine ? Quel « poseur de boites et puis s’en va » serait capable de tuer une trentaine de rats par jour avec un fouet, comme le faisaient encore des dératiseurs de l’entre-deux guerres ?
La situation est limpide : Des clients qui n’ont pas de problèmes de nuisibles peuvent s’offrir un plan de lutte obligatoire « à pas cher », mais se trouveront fort démunis lorsqu’une infestation avérée surviendra ! Car il y a une différence entre poser des boites contre un mur et sous
des meubles « pour respecter des normes », et traiter une infestation de souris. Seuls des applicateurs ayant la culture du nuisible, donc bien informés de sa biologie et des problèmes de concurrence alimentaire posés, peuvent réaliser un traitement efficace et sécurisé. Ce qui n’a rien à voir avec le remplacement des rouleaux de papier toilette et des bobines essuie-mains…

Enfin, il est temps d’arrêter de se voiler la face : Il est un fait que blattes, souris et rats prolifèrent chez bien des enseignes commerciales prestigieuses, malgré des contrats de
sanitation passés avec de grands noms du secteur des 3D. Une politique de communication basée sur le sempiternel « nous faisons traiter par une des meilleures entreprises certifiées » ne pourra pas longtemps cacher la réalité à des clients de plus en plus sourcilleux sur les questions d’hygiène, surtout avec des Smartphones qui photographient et filment…

En résumé, les effets pervers de la facilité d’emploi des anticoagulants et des pyréthrinoïdes, et la vacuité d’une règlementation hors sujet, ont généré, au plan européen :
– Des applicateurs loin d’être aussi qualifiés qu’on aime à le penser ou le présenter ;
– Des pratiques professionnelles responsables de l’apparition de
souches de nuisibles résistants aux biocides (conséquence de ce qui
précède) ;

– Des plans de lutte irrationnels (beaucoup de dispositifs inutiles), dans l’agroalimentaire notamment ;
– Le désamour des instances européennes pour les biocides.


Le métier doit changer

L’évolution de la règlementation et la réduction des matières actives disponible contraignent le métier à se recentrer sur les fondamentaux historiques : Prévention et dissuasion (ratproofing) d’abord, traitement raisonné en dernier lieu.
Proposer d’aménager les locaux des clients en ratproofing nécessite des compétences en petite maintenance (ou bricolage, pour parler « terrain ») : Pour colmater des accès possibles, vérifier/ réparer l’étanchéité des bâtiments, installer des moustiquaires, poser ou réparer des plaques et grilles d’acier, protéger/ équiper des locaux de containers à déchets, installer des générateurs d’ultrasons…
Connaître des techniques d’entretien d’espaces verts et de petite maçonnerie permet d’implanter des zones de noratland et de maintenir des extérieurs nets, qui dissuaderont les rats de s’y aventurer et encore moins de s’y installer.
Par ailleurs, maîtriser des techniques de nettoyage permet de proposer à certains clients négligents de procéder d’abord à un nettoyage des lieux, avant la mise en place d’un
ratproofing et/ou d’un traitement par gel et pulvérisation (qui sont d’autant plus efficaces et rémanents qu’ils sont appliqués sur des surfaces propres).

Les prestataires 3D ont aujourd’hui un intérêt vital à « aller vers » le multiservices, sur le modèles des entreprises de nettoyage et multiservices qui sont « allés vers » les 3D dans les 80’ et 90’.
Enfin, le recours aux techniques d’application raisonnées des biocides permet de réaliser des économies substantielles (4 à 5 fois moins de produits consommés chez certains), et expose d’autant moins les applicateurs aux dangers et risques des substances toxiques.
Nous pensons que dans les années qui viennent, les plus importantes sociétés de 3D devraient perdre des parts de marchés au profit de PME et TPE plus réactives pour former leurs applicateurs aux techniques de ratproofing et d’application raisonnée de biocides. La profession se rapprocherait donc d’une structure Pareto (80/20).
A court terme, il conviendra d’expliquer aux clients les pourquoi et comment des stratégies de ratproofing et d’applications raisonnées de biocides ; il faudra leur désapprendre les alignements inutiles de boites d’appâtage le long des murs, leur démontrer que la pulvérisation raisonnée est une solution universelle et complémentaire de l’application de gels…
En l’espèce, les organisations syndicales auraient un important un rôle de communication à jouer auprès du public et des mondes de l’entreprise et de l’enseignement…
C’est qu’il faudrait « contrer » les émissions polémiques des majors de la télé et rectifier les discours incohérents trouvés sur le Web (y compris sur des sites d’entreprises de 3D…), car une dynamique d’information sur les nuisibles urbains (et les pros qui s’en occupent mal…) s’installe progressivement qui, à terme, devrait contraindre de « gros » clients soucieux de leur image à se tourner vers des prestataires moins connus mais plus efficaces.

Ce que les grands argentiers d’entreprises ne doivent pas oublier, c’est que l’hygiène publique n’est pas une simple équation comptable. La surinformation/ désinformation de la télévision et du Web, en matière de rongeurs et arthropodes nuisibles, montre que les peurs de nos contemporains sont irrationnelles et dues à leur inculture du monde des petites bêtes. A terme il ne sera plus possible de prospérer économiquement sur ce malentendu, car il se résorbera bien un jour.
L’exemple de la « découverte des microbes » par Pasteur le montre bien : dans les décennies qui ont suivi, l’hygiène des personnes et des locaux n’a cessé de progresser. Il en sera un jour de même avec les nuisibles urbains et les méthodes de lutte/ régulation. Surtout si les organisations syndicales prennent le problème de la communication à bras le corps.
Il y a urgence, car un effet de bulle est en cours !


Pierre Falgayrac

http://www.hyform.fr

Les rats récompensent-ils leurs congénères pour leur générosité ?

’est le sujet, et la conclusion, d’une étude menée par Vassilissa Dolivo et Michael Taborsky, de l’Université de Berne, en ligne ici :

http://rsbl.royalsocietypublishing.org/content/11/2/20140959.

Le postulat qui cadre l’étude : « Un facteur qui influence la motivation de l’Homo sapiens pour la réciprocité dépend de la valeur estimée de l’aide reçue. Mais jusqu’à présent, il a été
difficile de déterminer si d’autres espèces fondent aussi leur décision de coopérer sur l’appréciation de la qualité de l’aide reçue
 ».

Et nos chercheurs de préparer une colonie de rats de laboratoire à cet effet (les
mêmes qui sont incriminés pour discréditer l’expérience du Dr Séralini sur la consommation d’OGM).

Les résultats semblent concluants, puisque les chercheurs précisent que leurs « données montrent que la propension d’un rat à restituer une aide semblable à celle reçue dépend, en effet, de la l’appréciation de l’aide précédente du partenaire. (…) Les rats apparemment estiment le bénéfice obtenu pour ajuster leur niveau d’aide en retour. (…) Ils aident préférentiellement les coopérateurs plutôt que les autres (non coopérateurs).

Notons la prudence de MM. Dolivo et Taborsky dans la formulation leurs
conclusions : il leur « semble »,« apparemment »… Bien leur en prend !

Un coup d’œil sur les prestations de Gunter Sacckman Jr : https://www.youtube.com/watch?v=89w2iO5id2c montre que les capacités d’apprentissage des rats sont
considérables.

Par ailleurs, une lecture du livre de Vinciane Despret (« Penser comme un rat », éditions Quae) éclaire d’une lumière très vive la vacuité des expériences de comportement sur les rats de laboratoire. Citations : « Seuls des expérimentateurs
absolument neutres ou indifférents peuvent garantir des rats tout aussi neutres et indifférents à la manière dont ils sont traités. Ce qui, vous en conviendrez, se base sur un présupposé aussi absurde que simpliste – que les rats sont indifférents à l’indifférence.
 » « Les rats répondent à une autre question que celle qui leur est posée ».

Cette expérience nous en apprend en effet davantage sur l’équipe de chercheurs
et ses motivations que sur les rats : cela fait des décennies que l’on sait que les rats de laboratoires font ce qui est attendu d’eux…

Quand-est-ce qu’un chercheur se résoudra à lâcher une colonie de rats de laboratoire sur un trottoir afin d’évaluer leurs capacités à s’adapter à la vie sauvage, donc à évaluer leur potentiel de « vrais » rats ? Nous parions qu’ils ne survivraient que quelques heures, pour les plus forts d’entre eux…

Bref, encore une expérience creuse et non signifiante qui fait un petit buzz. Ah ! Que le Web est merveilleux : On y trouve tout et son contraire, ce qui, en l’espèce, n’arrange pas le niveau d’inculture de notre société sur la gent murine.

Au moins, avec ce genre d’expérience, il n’y a pas matière à modifier le chapitre sur les rats de laboratoire dans notre premier livre (disponible ici).

 Pierre Falgayrac

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À propos de La thèse de Mme Mourier Agnès, « Lutte intégrée contre deux insectes synantrophes Blatel


La thèse de Mme Mourier Agnès, « Lutte intégrée contre deux insectes synantrophes Blatella germanica et Cimex lectularius – apports de l’écologie scientifique pour le conseil à l’officine » est en ligne ici.

Comme d’autres thèses lues récemment sur la lutte contre les rongeurs et arthropodes commensaux, celle-ci est un trop plein de biologie et bio-écologie qui laisse la portion congrue aux techniques pratiques de lutte.

Passons aussi rapidement que l’auteure sur les nuisances réelles des blattes et punaise des lits, qui sont soit potentielles, soit bénignes, pour nous attarder, donc, sur les techniques de lutte.

Pour les blattes, c’est un énuméré de lieux communs théoriques irréalistes (« éliminer les cachettes et toute sources d’humidité, scellage des points d’accès »…) et de désinformations :
Affirmer que « les sprays seuls sont inefficaces » et préconiser l’utilisation de pièges est irresponsable ! Jamais au grand jamais des pièges à glu, même en grandes quantités, ne sont venus à bout d’une infestation.

Par contre, un applicateur qualifié qui travaille en raisonné, selon les méthodes exposées dans notre livre « Le grand guide de lutte raisonnée contre les nuisibles urbains » (éditions Lexitis 2014 – disponible ici ), c’est-à-dire en utilisant conjointement gouttes de gel et pulvérisations parcimonieuses, peut fort bien venir à bout d’une infestation en une intervention, en utilisant très peu d’insecticides et en ne perturbant pas la vie des occupants des lieux.

Quant aux appâts en gel qu’il est recommandé « d’utiliser en première intention », c’est de la désinformation pure. Il est tout à fait possible de traiter un restaurant, par exemple, exclusivement avec du gel, avec un résultat probant : Élimination totale des blattes.

Nous ne voyons pas du tout l’intérêt d’évoquer la poudre de diatomées et l’acide borique, complètement « hasbeen » en matière de désinsectisation et ne comprenons pas la saillie contre les insecticides biologiques, qui « ne sont pas recommandés », car justement ils
ont, forcément, leur utilité dans le cadre d’une lutte globale.

Quant au couplet sur la résistance des blattes et punaises aux insecticides, il trahit des lacunes dans la connaissance du phénomène. Pour faire simple, l’application d’une unique famille d’insecticide provoque l’apparition de souches totalement résistantes en une dizaine d’années.
L’alternance de familles différentes d’insecticides (par exemple néonicotinoïdes et  pyréthrinoïdes) suffit à contrer ce phénomène. C’est aussi simple que cela. L’auteure
évoque bien d’alterner des familles d’insecticides pour les appâts, mais elle ne va pas au bout de son raisonnement avec les « sprays ».

Nous nous demandons si le chapitre (nous avons failli écrire « la chimère ») sur la lutte biologique avec les scutigères, geckos, hérissons, scorpions, guêpes et autres
champignons entomopathogènes doit être pris au sérieux…

Bref, il n’y a rien de solide en matière de lutte intégrée contre les blattes puisqu’une énumération de lieux communs, de désinformations et de chimères ne justifient pas d’avoir
fait une impasse grossière sur l’application raisonnée des insecticides, la seule solution viable et compatible avec un développement durable.

Pour la punaise des lits, nous avons bien entendu droit à un long exposé biologique et un traité médical avant d’aborder les techniques de lutte. Là, nous passons en revue les différents pièges que recense le Web, les chiens détecteurs et les luttes mécaniques que sont le lavage en machine, l’aspirateur, la cryogénie, la vapeur et la chaleur ; avec trois impasses
monumentales qui démontrent que l’auteure ne maitrise pas le sujet.

D’abord, vu la biologie particulière de la punaise des lits, une lampe frontale et une loupe sont nécessaires pour repérer les traces de présence et les lieux de refuges. C’est ce qui permet de n’appliquer le traitement insecticide que là où c’est utile et de ne pas indisposer les occupants des lieux.

Ensuite, il est tout à fait possible de n’utiliser aucun insecticide en faisant le choix de la vapeur. Tuer les punaise vivantes se fait en plus ou moins une seconde et les œufs sont cuits lorsqu’ils virent du gris au jaune.

Et pour finir, l’aspirateur doit être traité à l’insecticide pour tuer les punaises vivantes et les
œufs aspirés (voir notre livre « Le grand guide de lutte raisonnée contre les nuisibles urbains », au chapitre « l’aspirateur, outil complémentaire de désinsectisation »).

Quant à un traitement raisonné avec insecticide, il se réalise avec un insecticide micro encapsulé (pour que les punaises s’empoisonnent mutuellement)), appliqué là où sont repérés
les traces de passage et refuges et, bien sûr, les punaises vivantes. Pour donner une idée de la quantité d’insecticide pulvérisé en raisonné dans une chambre faiblement infesté, le temps
total de pulvérisation est de moins d’une minute.

Un détail qui a son importance : le traitement d’une faible infestation dans une chambre à coucher exige au minimum une heure de travail méticuleux ; nous avons bien écrit « au minimum une heure de travail méticuleux ». Le long exposé sur la biologie de Cimex Lectularius permet de comprendre pourquoi…

Le couplet sur le recours nécessaire aux professionnels pour traiter la punaise est déplorable vu le sujet de la thèse. Il y a de telles disparités chez eux que les recommander « génériquement » est irresponsable : très peu savent traiter la punaise avec zéro insecticide ou en raisonné (avec très peu d’insecticide).

Bref, pour une thèse de doctorat qui s’intitule « Lutte intégrée contre deux insectes synanthropes Blatella germanica et Cimex lectularius », nous avons un bel emballage (beaucoup de texte et de belles photos) avec une étiquette accrocheuse, mais rien de bien intéressant en matière de techniques de lutte, car non seulement rien de nouveau ou de
novateur n’est exposé, mais sont totalement ignorées les techniques de lutte raisonnée.

Rassurons-nous, cela n’a pas empêché Mme Agnés Mourier d’obtenir son doctorat en pharmacie.

Pierre Falgayrac

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Au sujet de l’accident TER / TGV près de Pau


Nous lisons dans « Le Monde » : La collision d’un TER et d’un TGV près de Pau, qui a fait 40 blessés le 17 juillet 2014, lorsque le premier a percuté le second en raison d’un signal passé au vert, est en partie due, selon la SNCF, à des rongeurs qui ont endommagé des câbles.


Selon un rapport de la SNCF, publié samedi 26 juillet,  » une conjonction technique très exceptionnelle et sans précédent «  a impliqué le  » cumul de trois événements «  :  » L’action de rongeurs sur les gaines d’isolement des câbles, malgré le dispositif de précaution existant ; le fait que les deux fils détériorés étaient situés à l’extrémité de la chaîne électrique commandant le signal ; enfin, une séquence défavorable provoquant la mise en contact de deux fils électriques, comme des vibrations ou encore la mise en tension des circuits voisins. «  C’est donc parce que les fils électriques étaient en partie exposés qu’ils ont été mis en contact et ont amené le signal à passer au vert alors que le TER reliant Pau à Dax aurait dû rester à l’arrêt en attendant le départ du TGV Tarbes-Paris. La SNCF précise que d’ici à la fin septembre, les 10 000 installations similaires seront vérifiées. – (AFP.) © Le Monde

En l’absence de davantage d’informations, il est difficile d’émettre un avis péremptoire. Mais devant la gravité des conséquences de cet incident, il me semble judicieux de souligner certains faits.
Il ne faut pas être voyant extra-lucide pour deviner que « le dispositif de protection existant » est un classique dispositif d’appâtage avec rodenticide en bloc ou sachet, qu’utilise abondamment le service interne de dératisation de la SNCF.
Par ailleurs, si les rongeurs s’en sont pris aux câbles électriques, c’est :
1/ Qu’ils n’avaient pas d’autres matériaux à ronger ;
2/ Qu’ils nidifient à proximité immédiate ;
3/ Donc qu’il y a à manger.
Pour le 1/ Leurs dents hypsodontes (qui poussent en permanence) les obligent à ronger. En
l’absence de « matériaux » naturels, les rongeurs s’en sont prix aux matériaux tendres présents, les câbles électriques… Voilà pourquoi je conseille de placer dans toutes les armoires et installations électriques à protéger un bout de branchage qui ne présente aucun danger de mise à feu spontanée, et vers lequel les rongeurs se dirigeront naturellement (voir mon
dernier livre, disponible ici), en délaissant les câbles électriques.

Pour le 2/ et 3/ s’ils nidifient sur place, c’est qu’il y a manger. Donc qu’il y a des déchets non ramassés, ou un site de restauration « sur le pouce » pas très bien tenu puisque des reliefs de repas attirent les rongeurs. Il y a donc un problème de concurrence alimentaire, que les appâts du service de dératisation ne résolvent pas. Preuve de l’incompétence du service en
question… Les problèmes n°1 et 2 à résoudre pour toute dératisation/désourisation sont :

1/ La réduction des ressource trophiques (ressources alimentaires et possibilités de
nidification) ;

2/ La prise en compte de la concurrence alimentaire, autrement dit, proposer des appâts plus appétissants que la nourriture habituelle des rongeurs.
Bref, attendons les résultats de l’enquête ; qui sera biaisée, car il n’y a aucun expert en dératisation près des tribunaux…
Pierre Falgayrac

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Des dizaines de rats grouillent sur les pelouses du Louvre


L’info fait un buzz sur le Web depuis plusieurs jours : http://www.francetvinfo.fr/france/des-dizaines-de-rats-grouillent-sur-les-pelouses-du-louvre_656631.html#xtor=EPR-2-[newsletterquotidienne]-20140728-[lespluscommentes/titre2

Si les journalistes étaient honnêtes , ils pourraient signaler que c’est aussi le cas dans les jardins de Monaco ouverts au public (avec bien moins de rats ostensiblement visibles), dans la
plupart des zoos ornithologiques (oiseaux), dans nombres d’espaces verts sur berges et beaucoup de parcs urbains d’agrément, partout en Europe.

Le problème posé est assez simple : Il y a d’importants travaux d’excavation à proximité qui délogent des colonies entières de rats. Avec l’afflux de touristes se restaurant sur les espaces verts, les ressources trophiques de ce genre de sites augmentent. Les ressources trophiques sont, pour les rongeurs, l’ensemble des possibilités de nourriture et de nidification offerts par le milieu qu’ils occupent ; en l’espèce des pelouses et massifs d’arbustes, qui présentent abris et opportunités de creuser des terriers, et abondance de nourriture avec les restes des repas des touristes.
Que faire ? Gérer les rongeurs nuisibles, c’est prévoir l’évolution de leurs ressources trophiques. Il s’agit alors d’une lutte globale, impliquant plusieurs acteurs. Il aurait fallu procéder à une dératisation préventive des environs du site de travaux avant que le chantier ne commence (égouts, caves, corps creux…), et la poursuivre pendant, puisque les rats en migration auraient été facilement attirés par des dispositifs d’appâtage.
Le service de nettoiement est le second concerné pour vider les poubelles et ramasser chaque jour les reliefs de nourriture abandonnés au sol par les irresponsables et inciviques.
Les jardiniers sont en troisième ligne pour « raccourcir les jupes » des haies et surveiller les moindres petits tas de terre trahissant le creusement d’un terrier. En effet, un entretien suivi et rigoureux des espaces verts dissuade les rongeurs de s’installer (réduction des ressources vitales).
Enfin, le service d’hygiène doit procéder à une dératisation préventive avant la saison touristique, en utilisant les méthodes que nous préconisons dans notre dernier livre, disponible ici.
Or, ce n’est pas avec les formations ubuesques obligatoires Certiphyto/Certibiocides que les « professionnels » sauront gérer ce genre de situation. De toute façon, il ne faut pas poser force boites d’appâtage (avec un rodenticide bien moins appétissant que les reliefs de casse-croûte) quand les touristes sont là… En ce moment, les ressources trophiques des pelouses du Louvre sont abondantes (nourriture et possibilités de nidification), il faut donc attendre le départ des touristes pour qu’elles diminuent.
Répétons que gérer les rongeurs nuisibles, c’est prévoir et gérer l’évolution de leurs ressources trophiques. Notions non approfondies dans les certifications Certiphyto/Certibiocides (mais
figurant dans notre dernier livre).

En attendant, et comme d’habitude, les souris dansent toujours…
Pierre Falgayrac

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Les services de dératisation de Paris et Toulon dos à dos


Et on remet le couvert ! Dans VAR MATIN 19/06/14 « Le service hygiène de Toulon traque les rats », nous lisons : « Un effort chaque jour renouvelé, bouche d’égout par bouche d’égout, avaloir par avaloir. Tous les quartiers de la ville reçoivent la visite des techniciens : inspection et remplacement des produits raticides »

Cela ne sert à rien : 

1/ De remplacer des appâts non consommés, puisque preuve est faite de
l’absence de rats ou de non-appétence de l’appât en question ;

2/ De mettre systématiquement un appât par tampon et avaloir, puisque les rats ne sont pas uniformément répartis sur le réseau.
A moins qu’un ou deux rats fassent leur affaire d’un appât entier, il seront plusieurs à en consommer trop peu pour accumuler une dose létale dans leur foie. Ce genre de stratégie
« fabrique » des rats résistants aux anticoagulants…

« Le rat a une sale réputation. Parce qu’il se nourrit dans nos poubelles et parce qu’il est responsable de maladies et d’épidémies de peste qui ont ravagé l’espèce humaine » 

Non. D’abord, se nourrir dans nos poubelles n’est pas mal, c’est même un bien puisque nous sommes infichus de recycler nos déchets…Ensuite, le surmulot, ou rat d’égout, ne peut pas transmettre la peste. Sa puce est différente de celle du rat noir (ou rat des greniers) : elle ne manifeste pas le phénomène de blocage de ses trompe de succion par la bactérie yersina pestis (puisque c’est la « salive» des puces qui est vectrice de contamination)  et n’a pas l’homme comme hôte secondaire. C’est d’ailleurs cette découverte (par AW Bacot et CJ
Martin en 1914) qui mit un frein aux recherches sur les surmulots, que l’on craignait jusque-là d’être plus malfaisants que le rat noir (plus petit et moins prolifique). Si le surmulot transmettait la peste, l’espèce humaine serait décimée depuis qu’il y a des égouts en ville.

« L’animal s’adapte à la teneur des produits raticides, aussi il est utile d’alterner les substances anticoagulantes. Les appâts provoquent le décès après trois à quatre jours. » 

Oui et non. Il s’agit donc d’anticoagulants de 1ère et 2ème génération. Les alterner ne sert à rien, sauf à renforcer les défenses immunitaires des rats, donc cela va à l’encontre du but recherché.
Il conviendrait d’appliquer des anticoagulants de dernière génération (plus chers), mais dans le cadre d’une stratégie de suivi hebdomadaire des consommations.

« Un laps de temps qui permet à plusieurs rongeurs de s’empoisonner, quand bien même des rats goûteurs sont désignés au sein de la colonie pour tester tout plat suspect. » 

Ah ! Les ravages des conceptions anthropomorphiques… Il n’y a pas de connivences entre les rats et ils ne peuvent donc désigner des goûteurs (ou des explorateurs). Il s’agit soit d’un rat dominant α affamé qui s’arrogera le droit de goûter en premier la nourriture peu appétissante proposée par un dératiseur, soit un rat dominé ω, toujours affamé, qui se résoudra à calmer sa faim avec un appât peu avenant, après que ses congénères aient mangé toute la nourriture disponible, sans rien lui laisser.

Conclusion habituelle : toutes ces choses sont expliqués dans notre premier livre (ici).

Cordialement,
Pierre Falgayrac

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Proposition de réforme ou d’adaptation de Certibiocide

Comme annoncé dans la réponse à M. Montmoreau et dans le précédent article sur
l’incohérence du dispositif de certification CERTIBIOCIDE, voici notre proposition détaillée de réforme ou adaptation du programme de CERTIBIOCIDE.

Préambule :

L’arrêté du 9 octobre 2013 instituant le dispositif CERTIBIOCIDE indique que « les durées par chapitre sont indicatives ».

Ce qui signifie clairement qu’il est possible d’adapter contenus et durées aux besoins des stagiaires, puisque le « Protocole de mise en œuvre » de Simmbad.fr (site officiel du MEDD) dit que: « l’organisme de formation s’assure de l’éligibilité du demandeur
(certificat/attestation de formation Certiphyto éventuellement possédé), s’informe sur l’expérience professionnelle, les formations suivies, s’informe sur les spécificités de l’activité professionnelle des stagiaires et les problématiques environnementales de la zone géographique où ils exercent leurs fonctions. (…) Les organismes de formation s’attachent, dans toute la mesure du possible, à constituer des groupes de stagiaires exerçant dans le même secteur d’activité : utilisation de biocides ou vente de biocides
. »

Certification ne vaut pas qualification : simmbad.fr précise que « le certificat porte sur des connaissances et non sur des compétences professionnelles. Il exclut donc l’évaluation des
savoir-faire et ne confère pas une qualification professionnelle.
 » (C’est nous qui soulignons).

L’existant
(tiré de simmbad.fr)

Programme de formation
(durés indicatives préconisées entre parenthèses, pour un total de
21 heures) :

Chapitre «
réglementation » (2 h 30) :

– Introduction au certificat individuel pour l’activité «utilisateur professionnel et distribution de certains types de produits biocides destinés exclusivement aux professionnels».

  • Définition des produits biocides, cadre réglementaire français et européen, produits autorisés et produits illégaux, autorisation de mise sur le marché, utilisation des produits, réglementation du transport et du stockage.

Chapitres « produits rodenticides » « produits insecticides » et « produits désinfectants » (5 h 30 chacun – nous les regroupons car le contenu des 3 modules est
identique) :

Thème « prévention des risques pour la santé »:

  • Risques liés à l’utilisation des produits rodenticides, insecticides et
    désinfectants ;
  • Présentation des principales substances actives ;
  • Dangerosité des produits : voies de pénétration, intoxication aiguë et
    intoxication chronique, devenir des produits dans l’organisme
    (stockage ou élimination) ;
  • Situations d’exposition aux dangers : situations d’exposition :
    avant, pendant et après l’application, contact direct et indirect, facteurs favorisant et aggravant la pénétration, catégories de populations sensibles ;
  • Mesures à prendre pour réduire les risques pour les êtres humains ;
  • Estimation des risques pour la santé des applicateurs et des usagers ;
  • Principales mesures de prévention ;
  • Principales mesures de protection : port des EPI…
  • Principes d’utilisation dans les espaces impliquant des usagers ;
  • Principales consignes et réglementation ;
  • Conduite à tenir en cas d’intoxication aiguë ou d’accident ;
  • Principaux symptômes d’empoisonnement ;
  • Conduite à tenir en cas d’accident ;
  • Mesures d’alerte des premiers secours : numéros d’urgence,
    déclaration des accidents.

Thème « prévention des risques pour l’environnement » :

  • Risques pour l’environnement et principales voies de contamination ;
  • Dangerosité pour l’environnement : impacts sur l’environnement, sur les
    organismes non-cibles et la biodiversité, connaissance des dangers des produits ;
  • Situations d’exposition aux dangers : types de pollution : diffuse ou ponctuelle, devenir des produits biocides dans l’environnement après le traitement, situations de contamination avant, pendant et après le traitement, facteurs favorisant et aggravant les contaminations, risques au niveau de la zone à traiter lors d’une intervention ;
  • Prévention des risques : zonage (zones protégées…), stratégies retenues selon
    les espaces, leur nature, leur usage, pratiques et aménagements visant à limiter la dispersion des produits biocides dans l’environnement lors de leur utilisation, traçabilité tout au long du processus.

Thème « stratégies visant à limiter le recours aux produits rodenticides, insecticides et désinfectants »:

  • Techniques alternatives à l’utilisation des produits biocides ;
  • Méthodes et produits alternatifs ;
  • Techniques de lutte intégrée (lutte biologique directe et indirecte, méthodes
    physiques, etc.) ;
  • Évaluation comparative de l’utilisation des produits ;
  • Évaluation de la nécessité d’intervenir : identification des organismes cibles
    et évaluation des risques ;
  • Raisonnement des interventions ;
  • Choix des produits par rapport à leur efficacité, à la toxicité, à leurs facteurs intrinsèques (dose de matière active, mobilité, dégradation plus ou moins rapide, solubilité, etc.) ;
  • Adaptation des doses et des modes d’application en fonction de l’état
    et de la distribution spatiale des organismes cibles ;
  • Évaluation comparative de l’utilisation des produits biocides et
    techniques alternatives.

Chapitre « gestions des déchets » (1 h 30) :

  • Gestion des déchets dans l’entreprise et sur site d’intervention ;
  • Gestion des effluents ;
  • Gestion des déchets organiques.

Autoévaluation (0 h30)

 Autant dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas : il s’agit d’un bourrage de crâne pénible et peu pertinent sur le plan professionnel…

PROPOSITION pour une
réforme ou une adaptation du programme de
CERTIBIOCIDE

 

Notre programme repose sur une approche logique de l’application
des produits biocides :

– Ils sont conçus pour tuer des organismes vivants jugés nuisibles
dans un contexte donné ;

– Pour préserver la santé des personnes et l’environnement dans
ce contexte donné, il convient de connaître l’action de ces
produits biocides sur les organismes vivants cibles et non cibles
et l’environnement au sens large ;

– Pour en appliquer le moins et le mieux possible, il convient de
connaître la biologie et l’éthologie (le comportement) des
organismes vivants cibles ;

– Pour être en conformité avec la règlementation, il faut connaître
celle qui concerne les applicateurs.

Nous pensons que la durée de 3 jours peut être conservée vu l’étendue et la
profondeur des matières que nous proposons.

Nous considérons que l’hygiène et la sécurité des personnes et de l’environnement font partie intégrante des techniques d’application et qu’elles doivent être abordées en même temps que les techniques d’application. À l’exemple d’un cuisinier professionnel, qui veille constamment, au cours de son travail, aussi bien à l’hygiène
des aliments et des surfaces où ils sont manipulés et cuisinés, qu’à la sienne, tout en veillant à sa sécurité et celle de ses collègues en cuisine.

Jour 1 : Règlementation (1,5h) et désinfection (5,5h)

Règlementations applicables au public de stagiaires

Objectif : permettre aux stagiaires de connaître et respecter la
règlementation qui les concerne.

  • Introduction au certificat individuel pour l’activité « utilisateur professionnel et distribution de certains types de produits biocides destinés exclusivement aux professionnels ».
  • Définition des produits biocides, cadre réglementaire français et européen,
    produits autorisés et produits illégaux, autorisation de mise sur le marché, utilisation des produits, réglementation du transport et du stockage.
  • L’importance de la lecture et de la bonne compréhension des étiquettes de produits, des fiches techniques et FDS.

Désinfection

Objectif : permettre aux stagiaires de connaître la biologie des microorganismes et leurs modes de transmission et de prolifération, de connaître les différentes familles de désinfectants et leurs modes d’action, de connaître et mettre en œuvre des opérations de désinfection courantes en hygiène publique, dans une logique de développement durable (le moins possible de biocides, appliqués seulement là où c’est nécessaire).

  • Biologie des micro-organismes (bactéries, moisissures, levures, micromycètes,
    virus) : milieux favorables et défavorables, mitose, modes de transmission…
  • Définitions AFNOR (désinfection, décontamination, aseptisation,
    stérilisation) ;
  • Les désinfectants : normes NFT 72, familles de désinfectants, modes d’action, compréhension des étiquettes, FT et FDS ;
  • Principes de désinfection ;
  • Techniques génériques de désinfection (surfaces et volumes) ;
  • Désinfection de vide-ordures et containers à déchets ;
  • Désinfection de bacs à sable ;
  • Désinfection post mortem ;
  • Prévenir les phénomènes de résistance des bactéries ;
  • Hygiène et sécurité des personnes, des biens et de l’environnement (dangerosité des produits, EPI, mesures de prévention et protection, dispositions en cas d’intoxication, premiers secours et n° d’urgence) ;
  • Gestion des déchets et effluents.

Jour 2 : Lutte raisonnée contre les rongeurs nuisibles urbains (7h)

Objectif : permettre aux stagiaires de connaître la biologie et
l’éthologie des rongeurs commensaux, de connaître et mettre
en œuvre des stratégies de prévention et préservation de
leurs méfaits, de connaître et appliquer des rodenticides
anticoagulants dans une logique de développement durable (le moins
possible de biocides, appliqués seulement là où c’est
nécessaire).

  • Identification des rongeurs nuisibles urbains : surmulot, rat noir, souris,
    lérot…
  • Les rongeurs commensaux dans l’histoire ;
  • Les murinés : biologie, éthologie : biotopes, terriers et nids, territoires et déplacements, alimentation, hiérarchie sociale, adaptations aux situations, légendes et conceptions anthropomorphiques fausses…
  • Méthodes de prévention : diminuer les ressources trophiques, ratproofing,
    usages des infra et ultrasons, favoriser la prédation…
  • Techniques de piégeages : nasses, pinces et tapettes, glu, pièges à
    électrocution, noyade et écrasement / intérêts et imites, mises en
    œuvre possibles ;
  • Les produits rodenticides : familles et modes d’action, intérêts et
    limites, applications sécurisées ;
  • Application raisonnée d’anticoagulants :
    • Abandonner la dératisation permanente ;
    • Pratiquer la détection sans biocides, impliquer le client ;
    • Établir un diagnostic, déterminer et conduire un traitement
      curatif :

      • Évaluer un taux d’infestation, identifier les ressources
        trophiques ;
      • Déterminer la quantité d’appâts nécessaires ;
      • Prendre en compte la concurrence alimentaire ;
      • Placements judicieux et sécurisés des dispositifs
        d’appâtage ;
      • Prévenir les phénomènes de résistance ;
      • Planifier la conduite du traitement curatif ;
      • Stratégies de lutte contre les rongeurs résistants aux
        anticoagulants ;
      • Hygiène et sécurité des personnes, des biens et de l’environnement : dangerosité des produits, statistiques des accidents recensés et analyses de leurs causes, EPI, mesures de prévention et protection, dispositions en cas d’intoxication, premiers secours et n° d’urgence ;
  • Gestion des déchets et cadavres.

Jour 3 : Lutte raisonnée contre les arthropodes nuisibles urbains (7h)

Objectif : permettre aux stagiaires de connaître la biologie et l’éthologie des arthropodes commensaux, de mettre en œuvre des stratégies de prévention et préservation de leurs méfaits, de connaître et mettre en œuvre différentes
techniques de préservation et de lutte sans biocides, de connaître les différentes familles d’insecticides et de savoir les appliquer dans une logique de développement durable (le moins possible de biocides, appliqués seulement là où c’est nécessaire).

  • Identification et biologie des arthropodes nuisibles urbains (acariens, blattes,
    puces, punaises des lits, fourmis, mouches, moustiques, guêpes et frelons, insectes xylophages, insectes des denrées alimentaires, araignées et autres prédateurs…) ;
  • Méthodes de prévention : propreté pragmatique, étanchéification, moustiquaires, plantes et produits naturels ayant un effet répulsif sur certaines espèces ;
  • Dispositifs de lutte sans biocides – du bon usage des

    • DEIV (insectes attirés par les UV, emplacements, plages de fonctionnement, …) ;
    • Pièges à glu ;
    • Pièges à phéromones ;
    • Caissons à anoxie ;
    • Générateurs de vapeur et appareils cryogéniques ;
  • Matériels d’application : seringues de gel, pulvérisateurs à pression préalable, brumisateurs, thermonébulisateurs, sprays et cartouches « one shot »…
  • Les insecticides : familles et modes d’action, intérêts et limites ;
  • Techniques générales d’applications raisonnée et sécurisées pour les arthropodes qui marchent et les insectes volants (pulvérisations et applications de gel), avec démonstrations en salle de formation (utilisation d’eau dans un
    pulvérisateur) ;
  • Planification d’un traitement curatif. Prise en compte du cycle de reproduction des arthropodes cibles en fonction des circonstances (température et hygrométrie) ;
  • Techniques de traitements raisonnés contre les

    • Acariens ;
    • Mouches ;
    • Moustiques ;
    • Guêpes et
      frelons ;
    • Puces ;
    • Punaises des
      lits ;
    • Blattes ;
  • Prévenir les phénomènes de résistance, stratégies de lutte contre les arthropodes résistants aux insecticides ;
  • Hygiène et sécurité des personnes, des biens et de l’environnement
    (dangerosité des produits, EPI, mesures de prévention et protection, dispositions en cas d’intoxication, premiers secours et n° d’urgence) ;
  • Gestion des déchets.

La documentation remise aux stagiaires sera constituée :

– Du cahier de prise de notes comprenant l’aperçu des +ou- 200
slides powerPoint ;

– D’un exemplaire du livre « Grand guide de lutte raisonnée contre les nuisibles urbains » (631 pages – Éditions Lexitis – parution 2014).

Il nous semble qu’avec un tel programme, incluant des démonstrations pratiques, on pourrait parler de qualification et pas seulement de certification.

Pierre Falgayrac

http://www.hyform.fr

Certiphyto 2 jours + Certibiocide 1 jour : toujours aussi ubuesque

Rappelons :

1/ Que la législation impose à tous les applicateurs des entreprises de 3D (Dératisation, Désinsectisation, Désinfection) de passer CERTIBIOCIDE avant juillet 2015 ;

2/ Que CERTIBIOCIDE peut s’obtenir après une journée de formation pour ceux qui sont titulaires de CERTIPHYTO, ou après 3 jours pour passer d’abord un CERTIPHYTO en 2 jours ;

3/ Que CERTIPHYTO concerne l’agriculture et le secteur des espaces verts ;

4/ Que depuis plus de vingt ans, il n’est enregistré aucune victime humaine par empoisonnement accidentel avec des produits biocides appliqués en hygiène publique (en ville et sa banlieue) ;

5/ Qu’une partie du milieu professionnel s’interroge à juste titre de l’intérêt et la pertinence de cette certification qui, selon simmbad.fr (site officiel du Ministère EDD), n’est aucunement une qualification professionnelle…

Un de nos clients qui s’est astreint aux trois jours de formation dans un des
centres agréés par le Ministère nous a confié la documentation remise aux stagiaires pour la 3ème journée. Sa consultation nous a abasourdi !

246 slides (ou diapos) PowerPoint, oui j’ai bien écrit 246 slides pour la journée de formation… Soit plus de 35 slides à l’heure, donc 1,7 minute par slide. Bien sûr, il n’y a pas de règles en la matière, mais lorsqu’il s’agit de formation professionnelle, il convient d’être synthétique et pas « cumulatif ». Or, en l’espèce, ou la journée
est menée tambour battant de 9h à 17h, ou le formateur zappe des séries entières de slides lors de son intervention (ce qui a été le cas). Quel est donc l’intérêt d’en avoir conçu autant et d’en surcharger le dossier destiné à prendre des notes ? N’importe quel enseignant confirmé vous dira que pour une assimilation efficace des informations, les stagiaires occasionnellement distraits doivent aisément retrouver le fil de la formation en se repérant dans le carnet de notes où figurent les slides. Notre client nous a ainsi avoué que lui et d’autres ont rapidement « décrochés » car ils étaient infichus de s’y retrouver dans la documentation…

Que trouve-t-on comme contenu pédagogique dans ces slides ?

– 27 concernent le campagnol des champs et la taupe : ces thèmes sont totalement hors-sujet de la certification Biocides. Quitte à en parler, 2 ou 3 slides suffiraient largement.

– 186 traitent des moyens de lutte non chimiques pour les arthropodes et rongeurs : glu, pièges, ultra et infrasons, lutte biologique, destructeurs électriques à rayons ultra-violets, etc.

1/ Les problématiques rongeurs et arthropodes ne sont pas séparées et traitées ensemble, ce qui ne peut qu’être sources de confusions. Il tombe en effet sous le sens que le traitement des blattes est bien différent de celui des souris…

2/ Il y a bien évidemment des longueurs inutiles (pièges à phéromones, UV et
vision des insectes), mais par contre d’autres sujets sont survolés, qui mériteraient d’être développés (notions de piste obligée et non obligée pour les rongeurs).

3/ Il y a des informations fausses sur les normes agroalimentaires et d’autres très discutables sur les appâts « naturels » « préférés » par les rongeurs.

– 32 slides abordent le « rat proofing » et la lutte intégrée : le contenu est cohérent mais pourrait tenir en une dizaine de slides.

Et, surtout, que ne trouve-t-on pas dans le contenu de cette certification Biocides ? L’essentiel!

Oui, l’essentiel : c’est-à-dire les techniques d’application raisonnées des rodenticides et insecticides. C’est incroyable, mais vrai !

Apprendre à se passer des biocides est une chose, mais l’esprit même de
CERTIPHYTO et CERTIBIOCIDE est bien d’en appliquer le moins possible et avec précautions, or ce sujet n’est même pas effleuré !

Il existe pourtant des manières de dératiser avec des anticoagulants ou de désinsectiser avec des pulvérisations d’insecticides en utilisant 4 à 10 moins de produits toxiques, oui, nous avons bien écrit 4 à 10 fois moins. Nos clients peuvent en témoigner et l’un d’eux l’a déjà fait sur ce blog.

Mais comment appliquer juste ce qu’il faut de biocides sans connaître d’abord la biologie et l’éthologie (le comportement) des rongeurs et arthropodes cibles ?

Bref, comme nous l’avons déjà écrit, CERTIBIOCIDE est une certification inutilement lourde et inadaptée aux besoins réels des professionnels qui appliquent des biocides.

D’où notre prochain article : pour une réforme de CERTIBIOCIDE.

Pierre Falgayrac

http://www.hyform.fr