Le réchauffement climatique ne peut pas justifier la prolifération des rats à Paris

Il s’agit d’un article de Nicolas Berrod dans Le Parisien du 23 janvier dernier, qui a pour titre « Municipales à Paris : les rats prolifèrent-ils plus vite avec le réchauffement climatique ? »

Je suis cité à plusieurs reprises dans cet article, mais mon commentaire sur le site Web du quotidien a été censuré. Allez comprendre…

Les propos de Virginie Lattard, chercheuse à l’INRAE m’ont interpellé : « Globalement, il y a plus de rats dans les pays chauds que dans les pays froids (…) lorsqu’il fait chaud, la période de reproduction des rats, de plusieurs mois en temps normal, peut être rallongée de quelques semaines. Ce qui leur laisse potentiellement davantage de temps pour proliférer (…) La pullulation est plus importante lorsqu’il fait chaud, donc le réchauffement climatique a probablement un rôle. Mais personne ne pourrait dire dans quelle proportion, faute d’avoir des études plus complètes sur la physiologie du rat. »

Tous ces propos sont infondés. Comment cette personne peut-elle affirmer qu’il y a davantage de rats dans les pays chauds alors qu’elle ignore dans quelles proportions ? Il n’y a aucune rigueur scientifique dans cette assertion. S’il y avait davantage de rats en Amérique du sud ou en Afrique qu’en Europe, pourquoi n’en parle-t-on jamais ?

Partout dans le monde, c’est la quantité de nourriture disponible qui conditionne le nombre de rats et jamais la température, surtout que le surmulot, le rat d’égout, n’aime pas la chaleur ! Il affectionne en effet les endroits humides et frais…

Quant à déplorer « l’absence d’études plus complètes sur la physiologie des rats », c’est un aveu d’incompétence : il y a des dizaines d’années que l’on sait TOUT sur le rat d’égout, je dis bien TOUT. Entre les études en ligne sur Google Scholar et les livres publiés depuis 1904 comme « Das Rattenbuch » de M. Koller et les écrits de M. Rode (entre les deux guerres) puis de M.Giban (dans les années 50), MM. Robitaille et Bovet (1976), etc. tout ce qui concerne la biologie, la physiologie et l’éthologie des rats est connu et accessible.

Quant à l’argument du réchauffement climatique qui fait proliférer les rats, il est bien pratique pour Anne Hidalgo, qui se dédouane du problème : « Un certain nombre d’experts m’ont dit – et j’avoue être tombée de ma chaise – qu’avec le changement climatique, les rats font une portée supplémentaire par an. Une portée de rats, c’est huit petits rats. »

Je me demande bien qui sont ces « experts »… Et le Parisien de ressortir ce tableau :

Qui est totalement faux. Pourquoi ?

1/ Parce que les rats régulent leur population en fonction des ressources vitales (voir de précédents articles de ce blog). D’ailleurs, en ville (gros avaloirs d’égout, bas d’immeubles de la première couronne, jardins des Plantes…) il est dénombré un maximum de 600 rats. Bien loin du chiffre théorique de 46.410…

2/ Reportons cette logique mathématique aux humains : une femme peut avoir un enfant tous les 9 mois entre ses premières règles et sa ménopause, soit 45 à 50 enfants uniques, ou 90 à 180 si elle a des jumeaux. Cela ne s’est jamais vu (Google vous chalutera un maximum de 69 enfants). La moyenne de la natalité mondiale est entre 1 et 5 enfants. Eh bien pour les rats, c’est pareil : ils n’en ont pas autant que ce que prédit la théorie. Il est inutile et malhonnête de tirer des plans sur la comète avec ce genre de tableau.

Parlons à présent du réchauffement climatique. D’après le site climate-data-org, ces dernières années, les températures moyennes sont de 11,3° pour Paris et 14,2° pour Marseille.

Comme il fait plus chaud à Marseille, il devrait donc s’y trouver davantage de rats qu’à Paris, n’est-ce pas ? Et pourtant, à Marseille les plaintes adressées via le service Allo Mairie ou d’autres canaux, comme les courriers aux élus, sont passées de 990 en 2016, à 396 en 2018. (Soit trois fois moins – NDLA) – Monique Daubet, élue en charge de l’hygiène, citée ici https://www.20minutes.fr/societe/2636779-20191026-marseille-apres-rats-villes-semblent-perdre-terrain-rats-plages-affut )

Voilà qui invalide totalement l’argument du réchauffement climatique parisien pour expliquer la prolifération des rats.

Au fait, pourquoi les signalements de rats ont-ils baissé à Marseille en une année ?

Il se trouve que j’ai réalisé en 2018 un audit sur la gestion globale des rats à Marseille, pour le compte de la SERAMM, qui gère les égouts et la station d’épuration de la ville, et est délégataire de la Mairie pour la dératisation.

Je ne révèlerai pas ici les préconisations de mon audit, mais il est évident que c’est leur mise en œuvre qui a produit ces bons résultats.

La Ville de Paris ne veut pas de mes services ? Tant pis pour elle.

Pierre Falgayrac

http://www.hyform.fr

Quand la science se dévoie

Deux expériences de laboratoire avec des rats ont fait le buzz en fin d’année dernière :

Les rats ont été dressés à conduire de petits véhicules électriques avec de la nourriture, comme le font tous les dompteurs et apprivoiseurs d’animaux de la planète.

Des examens ont permis de constater que les rats qui conduisent sont moins stressés que leurs passagers (NDLA : comme chez les humains, donc), ce qui confirme de précédentes expériences avec des rats moins stressés quand ils maîtrisent des tâches difficiles.

« Cette découverte pourrait être utilisée pour comprendre comment l’acquisition de nouvelles compétences soulage le stress et l’influence des conditions neurologiques et psychiatriques sur les capacités mentales » (sur les humains), dit l’équipe de chercheurs.

Quelle découverte ? Il y a longtemps que l’on sait que les processus de motivation au travail reposent sur l’accroissement accepté de davantage de responsabilité et de complexité des tâches. Voir notre article de blog sur ce sujet ici : https://bloghyform.wordpress.com/2007/09/19/la-motivation-au-travail/

Et l’équipe d’ajouter : « (…) par exemple, les tests de conduite pourraient être utilisés pour sonder les effets de la maladie de Parkinson sur la motricité et la conscience de l’espace, ou les effets de la dépression sur la motivation, dit-elle. « Si nous utilisons des modèles plus réalistes et stimulants, cela peut fournir des données plus significatives ».

Le problème, comme nous l’écrivions déjà en 2007, est que la psychologie humaine à peu à voir avec celle des animaux, notamment parce que tous, et particulièrement les rats, n’ont pas d’égo, alors que les humains…

Comme l’a écrit l’éthologue Vinciane Despret, « les expériences sur les animaux de laboratoire nous en apprennent davantage sur les chercheurs que sur les animaux ».

Ceux de cette expérience sont donc des bricoleurs amusants.

Pour les rats qui jouent à cache-cache, la motivation de l’expérience scientifique est pitoyable : « Le neuroscientifique Michael Brecht de l’Université Humboldt de Berlin a eu l’idée de son expérience sur YouTube. « Il y a toutes ces vidéos YouTube de propriétaires d’animaux qui disent que leurs animaux aiment faire cela », dit-il. Bien qu’il soit notoire que les rats jouent souvent à des jeux compliqués, le cache-cache est tellement plus élaboré que Brecht s’est demandé s’ils pourraient le faire réellement. »

Michael Brecht écrit :« Après avoir vécu dans des cages, il a fallu un peu de temps pour que les six rats mâles adolescents de l’expérience se sentent à l’aise dans la pièce spacieuse. Mais une fois qu’ils se sont sentis en sécurité, ils étaient prêts à jouer. »

Nous avons donc à faire à des rats conditionnés, qui ont été apprivoisés (« entraînés ») par des récompenses : des caresses et des chatouilles.

L’article de Sciencemag dit : « De nombreux scientifiques pensent que c’est trivial, mais ce sont des comportements très complexes » parce que les rats assument des rôles différents, suivent des règles et même élaborent des stratégies pour se cacher, dit Brecht.

Et d’étudier le fonctionnement neuronal de la chose, dans le cortex préfrontal (impliqué dans les stratégies d’apprentissage chez les hommes, qui sont des mammifères comme les rats).

Brecht redécouvre alors que les rats ont des capacités cognitives… La cognition, pour faire simple est la faculté d’apprendre de nos expériences, sur le schéma « l’eau ça mouille, mais la pluie moins qu’un bain ». C’est grâce aux capacités cognitives des rats et des ragondins que Gunter Sacckman réalise un numéro de cirque : https://youtu.be/89w2iO5id2c?t=12 .

La science ne découvre donc rien de nouveau et s’interroge sur les motivations des rats apprivoisés : jouent-ils à cache-cache pour le plaisir ou pour une récompense ? Il est supposé que c’est pour le plaisir, et de conclure que les rats disposent « de rudiments du comportement humain ».

Comme tous les mammifères et bien des oiseaux…

Nos animaux de compagnie chiens, chats, perroquets, perruches, canaris, etc. apprécient aussi de jouer avec leurs maîtres quand les conditions sont sécurisantes. Le cortex préfrontal (chez les mammifères) est forcément impliqué à chaque foi ; est-ce une découverte scientifique ? Non.

Que ce serait utile, en revanche, que la science analyse l’effet du réchauffement climatique sur la reproduction des rats, histoire de démonter l’argument fallacieux utilisé par certains pour se dédouaner de la présence ostentatoire des rats à Paris.

Pierre Falgayrac

www.hyform.fr

Fusion de branches et coup de MOU

Tout commence ici :

https://travail-emploi.gouv.fr/archives/archives-courantes/loi-travail-2016/les-principales-mesures-de-la-loi-travail/article/branches-professionnelles

Extrait : « L’objectif est de passer de 700 branches aujourd’hui à 200 branches professionnelles d’ici 3 ans. Cette restructuration aura pour effet de renforcer les branches. La négociation sociale sera donc plus équilibrée et redynamisée. Ainsi, les branches seront plus à même de remplir leurs fonctions économiques, sociales et normatives et les conventions et accords collectifs négociés seront de meilleure qualité.

Enfin, des branches renforcées pourront jouer un rôle plus structurant pour les petites et moyennes entreprises qui n’ont souvent pas les moyens de négocier. »

Passons sur les états d’âme que peut provoquer un rouleau compressage de l’identité et l’originalité des petites corporations, contraintes de se marier par raison et contre nature pour simplifier le travail de l’administration.

Parce que pour compliquer la vie des pros, ça va le faire ! Il s’agira en effet de faire Convention Collective commune entre plusieurs métiers. Qu’en sera-t-il ensuite des codes NAF ou APE? Cela sent les modifications de contrats, fiches de paye, bulletins de salaires, donc des MAJ onéreuses (forcément) de logiciels de compta et de paye…

En politiquement correct, il convient de trouver des convergences entre des activités différentes, pour minimiser les divergences. A l’époque de l’hyper communication, force est de constater que certains maîtrisent remarquablement l’exercice.

Donc, la CS3D, représentante de la branche, se rapproche de la FNSA, la Fédération Nationale de l’Assainissement et de la Maintenance Industrielle. Dans la liste de mariage, il y a un OPCO commun et une collaboration sur le compte pénibilité (le si bien nommé).

Les deux partenaires sont enthousiastes et tout semble aller pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Tant mieux, car l’aveu d’un chantier « colossal » augure d’une complexité et d’un temps de réalisation à rallonge : il faudra d’abord s’accorder sur les salaires, puis négocier un accord de convergence et l’appliquer… Remercions d’avance les bénévoles de la CS3D pour les longues heures de travail que prendra ce processus.

Décidément, l’ancien métier moyenâgeux « d’écorcheur de vilaines bêtes » qui s’est transformé en « applicateur » de vilains produits à la fin du siècle passé est le fourre-tout des métiers peu ragoutants. Il y a déjà le dégraissage de hottes et la désinfection des équipements liés aux ordures ménagères, on ajoutera dans quelques mois ou années le curage des égouts et la vidange de fosses septiques.

En quoi cela renforcera-t-il l’image de la profession ? D’abord quelle profession ? Peu de dératiseurs et désinsectiseurs circulent en camion de vidange ou de curage, et peu d’agents d’assainissement ou de maintenance industrielle ont à faire avec les souris et les blattes dans des appartements chicos du XVIème.

L’enrobage très politique du texte ministériel ne trompe personne. Qui peut raisonnablement croire que « Cette restructuration aura pour effet de renforcer les branches. La négociation sociale sera donc plus équilibrée et redynamisée » avec des métiers si différents ?

Quant au très hypocrite « Enfin, des branches renforcées pourront jouer un rôle plus structurant pour les petites et moyennes entreprises qui n’ont souvent pas les moyens de négocier », il fait fi de la structure très particulière de la branche des 3D :

Structure de la profession

Qui peut croire que les 88% de TPE et PME seront mieux entendues quand elles se plaindront encore et toujours, et à juste raison, de la gabegie d’un CERTIBIOCIDE de 3 jours obligatoire, même pour son renouvellement ?

Le déni de réalité est inquiétant. Lors de mes derniers audits pour des villes et agglos, j’ai encore constaté que les entreprises les plus connues du métier font un travail de piètre qualité, qui se résume à poser des boites en série, de très grosses gouttes de gel bien visibles sur des endroits où les blattes ne circulent pas, et remplir des tonnes de papiers ou de formulaires sur un logiciel dédié.

Même chez de petites PME je retrouve cette logique d’en « mettre plein la vue avec plein de boites, pourvu qu’on fasse un ou deux rats morts ». Comment voulez-vous que nos contemporains témoins de ce genre de pratiques aient une image positive du métier ? Comment voulez-vous qu’ils y comprennent quelque chose lorsqu’ils verront que les vidangeurs de fosses septiques sont des collègues des dératiseurs ? Il y a effectivement de quoi être sceptique, non ?

Mais s’il n’y avait qu’en notre douce France que se prépare un avenir meilleur pour notre métier… Le CEPA, le Syndicat européen des grosses boites (les 1% du camembert plus haut), fait dans la politique.

Il souhaite une reconnaissance professionnelle européenne malgré la « mauvaise qualification » de bien des entreprises « dans de nombreux pays ». En effet, il y a des pays européens qui ont la chance de n’être pas soumis un CERTIBIOCIDE, qui sont considérés comme mauvais élèves.

Tout part de là :

https://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9morandum_d%27entente

Citation : « Un Mémorandum d’entente (en anglais Memorandum of Understanding – MoU) ou Protocole d’entente (PE) (Canada1) est un document décrivant un accord ou une convention bilatérale ou multilatérale entre ses parties. Elle déclare une convergence d’intention entre les différentes parties, indiquant une ligne d’action commune. Il est souvent utilisé dans les cas où les parties n’ont pas impliqué un engagement juridique ou bien dans des situations où les parties ne peuvent pas créer une entente ayant force exécutoire. Il est une alternative plus formelle à un gentlemen’s agreement . »

L’idée est donc de signer un accord qui déclare « une convergence d’intention entre les différentes parties, indiquant une ligne d’action commune. »

Dans cet accord, les professionnels s’engagent à être certifiés EN 166-36, à former leur personnel, à privilégier le préventif, le durable et l’humain et à être audité par des organismes externes.

La certification CEPA (norme EN 166-36), qui contient déjà tous ces engagements, n’aurait-elle donc pas assez de crédibilité auprès des clients ? Au point de nécessiter un résumé de son contenu ? Car le MOU n’est rien d’autre…

Au fait, pourquoi cette initiative ? Elle est faite pour les grosses sociétés dans des pays sans certification, qui veulent séduire des clients en se distinguant du menu fretin, parce que chez eux, la certification CEPA n’est pas suffisante.

Je ne crois pas qu’un coup de MOU arrangera les choses…

Pierre Falgayrac

Sur l’interdiction d’utilisation des anticoagulants en appâtage permanent

L’évolution de la règlementation française impose désormais aux fabricants d’indiquer sur les étiquettes des rodenticides « NE PAS UTILISER DE RODENTICIDES EN GUISE D’APPÂTS PERMANENTS (par exemple, pour éviter toute infestation de rongeurs ou pour détecter l’activité de rongeurs) » – Etiquette de « Notrax blox Tous Temps » de Lodi Group.

Et la CS3D d’enfoncer le clou lors d’une conférence de presse le 6 juin dernier : https://www.cs3d.info/actualite/6-juin-2019-journee-mondiale-de-la-prevention-des-nuisibles/

D’où il ressort que cette interdiction va « provoquer une prolifération des rats », en conséquence de quoi la CS3D va faire du lobbying auprès du Ministère de la transition Ecologique « afin d’obtenir un alignement de la France sur la position européenne (autorisation de l’appâtage permanent avec bromadiolone et difénacoum) »

Autrement dit, désinformation et hypocrisie. Expliquons.

Premièrement, lors de mes derniers audits pour des IAA ou pour des villes, j’ai constaté une nouvelle fois que tout ce qui est ceinture ou alignements de boites ne sert strictement à rien. A rien !

D’ailleurs, vous qui me lisez, vous savez très bien que sur des dispositifs comptant 300 boites, il y en a 298 dans lesquelles il ne se passe jamais rien ; quant aux deux autres ; il y a seulement des consommations partielles avec des crottes de jeunes rats. Autrement dit, une contribution au phénomène de résistance, dû, rappelons-le, à des prises répétées de doses non létales.

La preuve :

Nous sommes dans une IAA qui fait des aliments pour animaux. Le prestataire 3D est certifié Certibiocide et a suivi une formation en dératisation chez un fournisseur du collège formateurs de la CS3D.

Il y a donc une ceinture de boites d’appâtage avec 3 rodenticides différents (broma, difénacoum et diféthialone).

Une des deux boites il y a consommation partielle (granulés au difénacoum) et des crottes de jeunes rats
Dans le prolongement du mur où sont installés ces boites,
à 10 mètres, il y a une source permanente d’aliments sains: Du maïs.

Explication : Pendant que les rats dominants consomment du maïs sain, les dominés, de jeunes individus, s’alimentent un peu dans les boites d’appâtage qui sont à 5 et 10 mètres, en attendant que la place se libère au maïs..

Et malgré cette ceinture avec des rodenticides, il y a bien plus d’une centaine de rats à l’intérieur…
Donc, la ceinture de boites avec rodenticides ne sert absolument pas à « éviter toute infestation de rongeurs ou pour détecter l’activité de rongeurs », comme indiqué sur les étiquettes et dans le discours de la CS3D, absolument pas !


Pour une raison très simple : Tant que les sources de nourriture habituelles des rats leur sont toujours accessibles, l’appâtage permanent n’a aucune utilité et génère des phénomènes de résistance.


Je me répète, insiste, persiste et signe : Les ceinture et alignements de boites d’appâtage sont des lignes Maginot totalement inefficaces et perverses. L’interdiction de l’appâtage permanent est donc une bonne chose pour réduire les phénomènes de résistance.


Ensuite, vous, professionnels qui me lisez, demandez-vous pourquoi vos fournisseurs présentent à leur catalogue depuis déjà plusieurs années des appâts « placebo » ? Pour faire joli, ou pour respecter la règlementation ? Car si la France a adopté cette interdiction, avant les autres, dites-vous bien que le reste de l’Europe suivra tôt ou tard.


De toute façon, le rapport (écrit en anglais) « Mesures d’atténuation des risques pour les rodenticides anticoagulants » (Philippe BERNY, Alexandra ESTHER, Jens JACOB, et Colin PRESCOTT, 2014 ), qui sert de référence aux législateurs européens, précise :
– « L’appâtage permanent ne devrait pas être effectué à l’extérieur à moins qu’il y ait un risque élevé de ré-invasion, car il présente un risque très élevé pour les espèces non ciblées.
– L’appâtage permanent peut être effectué à l’intérieur, en particulier là où il y a une exigence réglementaire, ou lorsqu’il y a un risque élevé de ré-invasion, car il peut être géré pour présenter un faible risque pour les espèces non-cibles.
– En premier lieu, la durée de l’amorçage en extérieur devrait toujours être limitée à 35 jours (5 semaines). Par la suite, l’activité continue des rongeurs pourrait indiquer que les rongeurs sont résistants au rodenticide ou qu’une proportion importante de l’infestation n’est pas traitée et qu’ils se déplacent continuellement dans la zone traitée.
– La fréquence des visites devrait être laissée à la discrétion de l’opérateur, à la lumière des évaluations des risques effectuées au début du traitement. La grande diversité des sites infestés par les rongeurs exclut toute fréquence stricte. Cependant, les sites traités devrait être visité au minimum une fois par semaine. ».


Notons que le collège d’expert se prononce contre l’appâtage permanent « pour le risque espèces non cibles », alors que la CS3D joue sur les peurs de nos contemporains avec sa crainte de « prolifération des rats ». Désinformation, disais-je…


Que faire pour s’adapter à cette règlementation ?
Pour commencer, la respecter, puisqu‘elle contribue à diminuer les phénomènes de résistances, donc à augmentera à terme l’efficacité des anticoagulants.


Deuxièmement, acceptez la réalité des faits : L’appâtage permanent n’a aucun effet régulateur sur les populations de rats, aucun.


Troisièmement, là où vous avez installé des ceintures ou des alignements de boites, forcez sur l’étanchéité des locaux en faisant vous-même les petits travaux que vous demandiez à votre client de faire. Rien de bien compliqué à exécuter avec la laine d’acier et les pâtes répulsives que vendent vos fournisseurs. Rappel: Aucune ouverture supérieure à 6 mm pour la souris et 1,5 cm pour le rat.


Quatrièmement, là où les boites sont censées jouer un rôle de détection, en IAA notamment, remplacez donc les appâts empoisonnés par des placébos. Cela continuera à ne servir à rien, mais votre client sera toujours content de voir plein de boites.


Cinquièmement, si vous avez les moyens et votre client aussi, remplacez les boites par des pièges nasse, avec des appâts sains. Ils ne serviront à rien, mais tout le monde sera content.


Autrement dit, dans les faits, cette nouvelle règlementation ne change rien pour les dératiseurs qui aiment leur métier et limitent au maximum l’utilisation des biocides.

Ci-dessous un tableau récapitulatif

Pierre Falgayrac

La peste de Glasgow en 1900

Il s’agit de l’étude « Epidemiology of a bubonic plague outbreak in Glasgow, Scotland in 1900 », de Katharine R. Dean, Fabienne Krauer and Boris V. Schmid. En ligne ici : https://royalsocietypublishing.org/doi/10.1098/rsos.181695, présentée comme une modélisation de la contamination interhumaine lors d’une épidémie de peste, à partir des données d’une documentation d’époque.

Commençons par l’information indiquée à la fin de l’étude pour en comprendre les ressorts : les auteurs ont reçu un financement de l’Europe. Ou comment gagner trois sous en lançant une étude sur un vieux sujet qui n’intéresse plus personne et surtout, n’a aucun intérêt pratique.

Elle est basée sur l’hypothèse que l’épidémie de peste de Glasgow du 3 août 1900 est davantage le fait de contaminations entre humains que de piqures de puces pesteuses. D’où un intérêt pour « modéliser les flambées de peste ». Et d’étudier les 35 cas documentés par les autorités de l’époque.

Les malgaches qui sont confrontés encore aujourd’hui à la réalité de la peste apprécieront sans doute que des matheux futés (il faut l’être pour obtenir un financement européen) se penchent sur la modélisation d’une contamination de la peste par les hommes plutôt que par les rats…

Inutile d’exposer les savant calculs de probabilités de l’étude, selon la méthode Hens & al, puisque leur pertinence est invalidée par quelques données issues de la documentation écossaise (exceptionnelle selon nos chercheurs), citées dans l’étude.

La première info, qui constitue le socle de l’étude, est qu’il n’y a aucune preuve d’une épizootie de rats, d’où la spéculation sur une contamination interhumaine.

Expliquons donc le mécanisme classique de la peste : le rat noir (Rattus rattus) hôte des puces pesteuses meurt de la peste ; les puces se cherchent alors un autre hôte : l’homme, puisque les rats sont morts. Or, la mort de nombreux rats avant le déclenchement de l’épidémie est ce que racontent tous les auteurs, dont D. Defoe dans « La peste de Londres ».

Rien de cela n’a été constaté à Glasgow, et les centaines de rats piégés par les écossais n’étaient pas pesteux. Bon sang, mais c’est bien sûr, ce sont donc les hommes qui se sont contaminés entre eux, supposent nos chercheurs !

Citons les données écossaises d’époque :

  • Les rats étaient nombreux dans les logements infectés ; « cependant rien n’indique que la mortalité chez les rats ait été anormale » disent nos statisticiens ;
  • Les cas étaient principalement localisés dans les zones densément peuplées ;
  • 62,5% des infections sont survenues en milieu familial ;
  • Les rats vivants capturés n’étaient pas pesteux.

D’abord, lorsqu’il y a promiscuité hommes/ rats, il n’y a pas besoin que les rats meurent pour que leurs puces sautent sur les hommes.

Ceux qui permettent à leurs chiens ou chats de partager le canapé familial savent que des puces peuvent quitter le pelage douillet de Minette et Médor pour les espaces confinés des coutures ou des espaces entre les coussins, en attendant de sauter sur le premier humain qui viendra s’asseoir.

A combien plus forte raison les les puces pesteuses Xenopsylla cheopis qui, ne pouvant plus se nourrir (une trompe bloquée par la bactérie Yersinia pestis), multiplient les tentatives de repas ! Ce fait, qui est davantage qu’une hypothèse plus que fortement probable, est occultée nos chercheurs !

Voilà un premier socle de l’étude qui s’effondre. Du coup, écrire « nos résultats montrent qu’un un taux élevé de transmission secondaire au sein des ménages peut également survenir lors d’épidémies buboniques » est faux.

Comme nous l’avons déjà écrit dans un autre article, il n’y a aucun doute sur le fait qu’un individu pesteux soit vecteur de contamination pour son entourage familial, mais de là à dédouaner les rats et leurs puces au prétexte d’absence d’épizootie… C’est un pur artifice. Voilà qui nous rappelle l’étude d’un autre statisticien sur le nombre de rats à New-York !

Par ailleurs, les rats noirs sont beaucoup plus méfiants que les surmulots et leur capture est difficile. Félicitations aux écossais d’en avoir attrapé plusieurs centaines. Leur savoir-faire s’est malheureusement perdu (ce n’est pas l’équipe qui a réalisé l’étude du parc de Chanteraine qui dira le contraire, vu comme elle a galéré pour capturer 80 jeunes surmulots). Mais quel est l’intérêt d’avoir capturé ces rats ? S’ils étaient bien vivants, c’est qu’ils résistaient à la peste ou n’étaient pas infectés. Constater simplement qu’ils circulaient serait revenu au même. De l’art de se compliquer la vie et d’apporter de l’eau au moulin des matheux sponsorisés par l’Europe.

Décidément, la peste et les rats attirent les statisticiens. Il y avait déjà ceux qui spéculaient sur « l’examen de 7.711 épidémies de pestes documentées entre 1347 et 1353, qui correspondent à un printemps chaud et un été humide en Asie, 15 ans plus tôt », et celui qui dupa le monde entier avec son « 2 millions de rats (et pas 8) à New-York » (études qui ont fait l’objet d’articles précédents).

Entre les politiques parisiens et new-yorkais qui utilisent les rats pour communiquer, et les statisticiens en mal de financement d’études qui le choisissent comme sujet, les rats occupent l’espace médiatique. Je suis sûr que cela les indiffère.

Pierre Falgayrac

La dératisation de l’île de Sein

Le trimestriel de publireportages NPI, dans son numéro 107 d’octobre – novembre 2018, contient un article sur la dératisation de l’île de Sein.

Passons sur la fausse information relative à « l’arrivée en France du surmulot vers 1750 ». En effet, cette date est reconnue complétement bidon par la communauté scientifique, puisqu’il y a des traces de sa présence dans l’est de la France dès le 4ème siècle.

La dératisation a consisté en la pose de postes d’appâtage sécurisés tous les 5-15 mètres, 30 maxi, de manière à « quadriller » l’île. Cette méthode aurait « fait ses preuves, nous dit-on, dans des îles polynésiennes et néo-zélandaises ». Ce qui est oublier qu’elle n’a pas fonctionné dans d’autres, comme l’île australienne de Henderson, où la nourriture saine disponible était infiniment plus appétente que les 75m3 de raticides déversés.

Sur l’île de Sein, après 4 semaines de pose et suivi du traitement (renouvellement des appâts consommés), il est présenté un tableau montrant l’augmentation et la baisse rapides des consommations. La dératisation « totale » est considérée obtenue avec le maintien du dispositif « pendant 2 semaines ».

Cette manière de faire (quadriller d’appâts une importante zone) est en contradiction avec la norme EN 16636, le rapport DRAFT « Mesures d’atténuation des risques pour les anticoagulants », et la fiche technique de la CS3D « Traitements contre les rats et souris », qui prescrivent de ne traiter que la zone où se trouvent des traces d’activité murine.

Par ailleurs, il n’est nulle part fait mention dans l’article des sources de nourritures exploitées par les rats et des dispositions pour les empêcher d’y accéder.

Nous mettons donc fortement en doute l’efficacité réelle de cette dératisation.

Si les 4 caméras utilisées avaient filmé des endroits où se trouvaient de la nourriture saine et des postes d’appâtage, il aurait été vu des rats dominant écarter des congénères dominés de leur lieux de nourrissage sain ; dominés se rabattant alors sur les appâts.

Il y a de très fortes chances que bien des rats dominants n’aient pas consommé d’appâts empoisonnés, puisqu’ils pouvaient accéder à leurs sources de nourriture habituelles.

Bien sûr que la population murine a été drastiquement réduite avec cette campagne. Mais nous faisons le pari que d’ici moins d’un an, il y aura de nouveau autant de rats qu’avant.

Quitte à parcourir toute l’île dans tous les sens pour la quadriller de boites, l’applicateur de la société Help Service ne pouvait-il pas repérer les zones infestées et ne traiter qu’elles ? En supprimant d’abord et autant que faire se peut les sources de nourriture saine qui s’y trouvaient ? Et donc en posant beaucoup, beaucoup moins de postes d’appâtage ?

Mais voilà, c’est tellement confortable de ne pas se poser trop de questions et de poser des boites partout, histoire d’en mettre plein la vue à ceux qui paient… Et puis ça fait marcher les affaires du fournisseur.

Tout le monde est content donc.

Même les rats les plus malins, qui sont toujours là. Rats qui rigoleraient bien s’ils savaient lire…

Pierre Falgayrac

Pensée unique et poseurs d’appâts

L’actualité récente, et constante depuis plusieurs années, sur les rats parisiens met en évidence :

  • L’incompétence des acteurs de la dératisation, qu’ils soient décisionnaires politiques (et leurs conseillers), ou applicateurs sur le terrain (et leurs formateurs), car les rats font toujours l’actualité, puisqu’un deuxième maire, après M. Boulard, lance un portail de signalement de rats ;
  • Des pratiques de dératisation uniformisées : quadrillage de parcs par des boites d’appâtage, « monitoring » généralisé (ceintures de boites dans les usines agroalimentaires et commerces alimentaires), visites de contrôles rarement faites sous 3 jours et plutôt au-delà d’une semaine.

Détaillons les tenant et aboutissant de cette situation

Il est un fait que les dératisations mises en œuvre par la Ville de Paris se sont étalées sur des mois. Or, le rapport final DRAFT (MESURES D’ATTÉNUATION DES RISQUES POUR LES RODENTICIDES ANTICOAGULANTS, 2014 Berny et al.) indique « une durée maximale de traitement rodenticide d’environ 4-6 semaines », ce que permet le respect du protocole d’expertise préalable et de traitement raisonné préconisés par l’EN16636 et ce rapport. Il y a donc un évident problème de compétences à Paris.

La conférence de Bertrand Montmoreau sur le monitoring (Journées techniques de la CS3D à Rungis en novembre 2017) présente la pratique de pose et surveillance de multiples boites d’appâtage comme conformes aux items 5.3 « Évaluer l’infestation, identifier les nuisibles et réaliser une analyse des causes profondes », et 5.12 «Surveillance » de cette norme. Comme par hasard, c’est aussi le crédo des rédacteurs de NPI, dont les colonnes sont désormais ouvertes aux seuls annonceurs (bel esprit d’indépendance…).

Les pratiques de poses multiples d’appâts sont tellement inscrites dans l’inconscient collectif, que l’ADEME demande à des centres de collecte et valorisation des déchets de « consulter un spécialiste des rats pour diminuer l’impact sanitaire des rodenticides » (lors des traitements de centres de déchets). Bien des témoignages dont me fait part une collègue dispensant des formations Certibiocide vont dans ce sens : une majorité de dératiseurs professionnels sont des poseurs de boites en grand nombre « pour rassurer les clients comme eux-mêmes »…

Cerise sur le gâteau : tous les dispositifs d’appâtage (stations d’appâtage et pièges à appâts sains) sont manipulés avec des gants en plastique.

Il apparait donc que le milieu professionnel s’arqueboute sur une espèce de pensée unique entretenue par les fournisseurs de produits biocides et de matériels de lutte :

  • Les appâts placebo jouent clairement le rôle de détecteur/ dénombrement, et permettent de continuer à « poser plein de boites partout » ;
  • Les pièges à appâts sains sont très efficaces et sont LA solution pérenne pour éviter les phénomènes de résistance ;
  • Les appâts biocides sont dangereux : il faut les manipuler avec des gants. Il faut d’ailleurs faire toutes les manipulations avec des gants en plastique.

Toutes ces assertions sont fausses. Démonstration :

Le monitoring, même avec appâts placébo ou des pièges à appâts sains, est une erreur fondamentale en dératisation

Tant que la source d’alimentation saine est disponible, seul des rats dominés, écartés des points de nourrissage par les dominants, consomment des appâts. En voici une preuve :

Nous sommes dans le quartier de Noailles à Marseille (oui, là où des immeubles se sont effondrés) : la nourriture saine est surabondante en surface, où sont creusés de nombreux terriers. La structure des égouts ne permet pas de nidification. Ici, les rats vivent donc en surface et pas dans les égouts.

Des appâts aromatisés au Viandox sont posés dans un avaloir dont l’écartement des grilles ne permet que le passage de jeunes rats (dominés, donc).

Rue Longues quartier de Noailles
Pose T d'appâtage rue Longue quartier de Noailles
T consommé à moité

      Le lendemain de la pose, seul un côté du T d’appâtage a été consommé.

Pourquoi ? Parce les rats de dernier rang se sont dirigés là où persistait l’odeur de leurs compagnons (second rang) qui venaient de manger. Confirmation que les odeurs jouent un rôle déterminant dans le comportement des rats.

Notons que les appâts étaient aromatisés avec une saveur puissante (Viandox) et placés au cœur de la zone vitale que constitue la rue étroite. Dans les mêmes conditions, placés tels quels au sortir de leur bidon (non aromatisés, donc), ces appâts ne sont habituellement pas touchés.

En d’autres endroits de la ville, la pose de ces mêmes appâts aromatisés hors d’une zone vitale de rats, n’a occasionné aucune consommation.

  • Donc, poser des dispositifs d’appâtage et des appâts :
    • Dépourvus d’odeurs alimentaires puissantes est, au mieux peu efficace, au pire contre-productif: des consommations partielles génèrent des phénomènes de résistance aux AVK ;
    • Hors de la zone vitale parcourue par les rats est inutile.

Il est temps de rappeler quelques principes essentiels en matière de rats et de dératisation :

  • Hiérarchie: elle est basée sur la force physique seule et conditionne l’accès à la nourriture et à l’emplacement du terrier ou nid (au plus prêt de la nourriture). Il est distingué trois rangs : les alphas, béta et oméga. Ces statuts ne sont pas figés et évoluent au cours de la vie des rats (moins d’un an). Les dominants écartent les dominés des points de nourrissage. Si la nourriture saine habituelle n’est pas supprimée, seuls des dominés béta ou oméga consomment des appâts. Ce qui ne permet aucunement de dénombrer les rats présents sur un site. Le fameux « monitoring » n’est donc que de la poudre aux yeux.
  • Domaines vital : il est le plus réduit possible pour limiter les déplacements et l’exposition à la prédation. Il n’a pas de périmètre et est constitué de pistes entre la nidification et les point de nourrissage et de rongement (pour user les incisives hypsodontes). Tout dispositif d’appâtage placé hors de cette zone ne sert à rien (la repérer est un préalable requis par l’EN 16636) ;
  • Olfaction : celle des rats est dix fois plus discriminante que celle du chien. Tout dispositif d’appâtage non porteur d’odeurs alimentaires plus attractives que la source de nourriture saine habituelle, a fort peu de chance d’intéresser les rats. Tout dispositif d’appâtage doit être imprégné d’odeurs alimentaires, et manipulé avec des gants de peau, eux-mêmes imprégnés d’odeurs alimentaires.

Les dispositifs d’appâtage modernes étant sécurisés et accessibles aux seuls rats, pratiquer l’amélioration de l’appétence des appâts rodenticides ne présente pas de risques pour les espèces non cibles et n’est « ni autorisé, ni interdit ».

Au fait, la quantité d’anticoagulant contenue dans un appât de 30 ou 40 grammes est inférieure à celle contenue dans un cachet d’aspirine. Je sais : ce n’est pas le même AVK, mais c’est pour donner une idée de la soi-disant dangerosité des appâts rodenticides…

Concluons :

L’échec des dératisation de surmulots est toujours due à une ou plusieurs de ces causes :

  • Non suppression de la nourriture saine habituelle ;
  • Dispositif d’appâtage et appâts (sains comme empoisonnés) non porteurs d’odeurs alimentaires attractives (concurrence alimentaire);
  • Dispositifs d’appâtage placés hors de la zone vitale parcourue par les rats ;
  • Suivi des consommations trop long : il faut suivre à 2/3 jours maxi.

Les publicités de rodenticides ou les propos de fabricants sur « l’appétence prouvée » de leurs appâts (dans leurs articles pour NPI) sont pures assertions : aucun appât manipulé avec des gants en plastique et placé dans une boite en plastique n’est plus attractif que la nourriture saine présente dans la zone vitale des rats, aucun !

Il en est de même avec les pièges à prises multiples appâtés avec des aliments sains : si le piège en lui-même sent davantage le plastique (ou « rien » pour ceux en métal) que la « bouffe », les rongeurs ne se dirigeront pas vers lui. Il convient en outre d’adopter une stratégie de « guidage vers le piège », avec un trait de Viandox sur plusieurs mètres et dans la directions de la nidification, par exemple.

La pensée unique qui émane de la CS3D est garante de la continuité d’un système rémunérateur pour tous ses acteurs : beaucoup d’appâts, boites et pièges vendus à des professionnels certifiés par les fabricants/ vendeurs de biocides qui dispensent Certibiocide (belle « boucle »…)

Les colonnes de NPI enfoncent le clou à chaque numéro puisque seuls les annonceurs écrivent des articles « pratiques » (sans parler des désinformations et inexactitudes dans des articles). Quant aux professionnels cités ou interviewés dans les médias, ils entretiennent la crainte des rats par le grand public (ils  » prolifèrent » et sont « une machine de guerre  » selon Romain Lasseur https://fr.euronews.com/2018/02/01/le-rat-une-machine-de-guerre-qui-menace-paris-) .

Bref, le milieu des 3D est indécrottable, car ce n’est pas demain que :

  • Les phénomènes de résistance aux biocides vont disparaitre ;
  • La vérité sur le comportement des rats et les risques réels qu’ils représentent seront largement exposés ;
  • Les professionnels colleront réellement aux exigences de l’EN 16636.

C’est que le lobbying que pratique la CS3D, dans le fond, c’est tout un art, mon brave monsieur, tout un art…

D’immobilisme.

Pierre Falgayrac

PS: il me sera rétorqué que l’île de Sein a pourtant été dératisée avec un quadrillage de postes d’appâtage tous les 30 mètres. Ce sera le sujet du prochain article de ce blog.

La campagne d’affichage du métro sur nos amis les rats

L’association Zoopolis a donc consacré 10.000 € pour la campagne de cet affichage dans le métro parisien. L’affiche a été retoquée par la RATP, puisque la première mouture évoquait le « massacre des rats de Paris ».

zoopolis rats métro

Encore une fois, un buzz dû à des gens qui ne connaissent pas grand-chose aux rats et aux poisons anticoagulants (voir un précédent article de ce blog sur ce sujet).

Le rat de cette affiche est certes un surmulot (Rattus norvegicus), mais c’est un animal domestiqué dont le comportement n’a plus rien à voir avec ses cousins sauvages. D’ailleurs, lâché sur un trottoir parisien au coucher du soleil, son espérance de vie serait de 2 heures : le temps d’être tué par les rats d’égout qui occupent le coin. Ce sont justement ces rats d’égout qui font l’objet du « massacre » en question, et qui n’ont rien à voir avec leur très lointain cousin de l’affiche.

Cette affiche est donc de la désinformation et relève de la manipulation des foules.

Vu les difficultés de la Ville de Paris à réguler les populations de rats depuis plusieurs années, personne ne peut objectivement parler d’un massacre de rats.

Si c’était le cas il serait trouvé des centaines de rats morts chaque semaine. Or, que voit-on ? Les médias, lorsqu’ils traitent le sujet, montrent un ou deux rats morts tués par des dératiseurs, ou tenu par M. Boulard, le maire du 17ème. Ce ne sont pas des images de massacre !

Pourtant, les professionnels ont tout intérêt à montrer de nombreux rats tués, puisque cela prouverait leur compétence. En voici des exemples :

Un chasseur de rats du Havre, en 1928, quand les poisons anticoagulants n’existaient pas.Chasseur de rats 1928

Une publicité démontrant l’efficacité des pièges Mimétic Mhouse

mimétic mhouse

Or, la Ville de Paris n’a jamais fait état du nombre de rats tués, alors même qu’il est facile de les décompter avec les pièges Mimétic, comme avec les Ekomile ou les Wisecon (marques achetées par le SMASH). Pourquoi ? Sans doute qu’ils n’étaient guère flatteurs…

D’où une communication basée sur la somme supplémentaire allouée à la dératisation (1,5 m€) et le nombre d’interventions en hausse.

Il n’y a donc jamais eu de massacre de rats à Paris. Si c’était le cas, les dératisations des parcs seraient finies depuis longtemps.

 

De toute façon, les rats ne prolifèrent pas : ils régulent leur population en fonction de la nourriture disponible et des opportunités de creusement de terriers, tout près de cette nourriture (25/30m maxi). S’il y a beaucoup à manger mais pas de quoi creuser des terriers, il y a peu de rats.

Même dans les espaces verts et parcs, où les poubelles Vigipirate jouent un rôle attractif par leur conception (plastique fin, qui absorbe les odeurs) et leurs emplacements (exposés au vent et courants d’air, qui les disséminent), les opportunités de creusement de terriers ne sont pas illimitées.

En effet, La hiérarchisation sociale des rats (rapports de dominants/ dominés) régit l’emplacement des terriers et l’ordre d’accès à la nourriture. D’où des stratégies naturelles de régulation des naissances (voir mes livres pour en savoir plus sur ce sujet).

 

L’association Zoopolis se fend quand-même d’une tirade démontrant que la communication de la Ville de Paris fait des dégâts avec les contrevérités de son vétérinaire conseil : « Avant les rats étaient dans les souterrains, maintenant ils sont à la surface. Notamment à cause des vibrations des nombreux travaux du Grand Paris »

C’est vrai mais il y a une idée fausse : dans les souterrains et égouts, il n’y a rien ou trop peu à manger. Ce sont des lieux de refuge mais pas de restauration. Depuis qu’il y a des égouts en ville, les rats en sortent pour manger ce qu’il y a sur les trottoirs. Le discours de maintenir les rats dans les égouts provient de personnes qui ne sont jamais entrées dans un égout pour voir comment y vivent les rats.

 

Sur le plan sanitaire, il y a peu à craindre des rats, c’est vrai, tant qu’ils ne sont pas trop nombreux.

Mais si on ne régule pas leurs population et que s’installe une promiscuité entre les rats et les hommes, il y aura des maladies comme l’hépatite E (un cas mortel récent à Hong Kong).

Et il ne faut pas oublier :

  • Les dégâts qu’ils commettent sur les installations électriques (incendies, des accidents de train – Denguin à côté de Pau en 2014) ;
  • Les dégradations de chaussées et de trottoirs.

 

Bien sûr que les rats ne sont pas nos ennemis, mais ils ne sont surtout pas nos amis ! C’est pour ça qu’il ne faut pas les laisser faire et contenir leur population en dessous d’un seuil de nuisance : moins d’un rat ou 1 rat par habitant, ça va, au-delà, il y a des nuisances pas seulement visuelles.

Disons que l’idée de la pétition contre le massacre des rats de Paris ayant déjà été prise (bonjour Josette), Zoopolis a choisi la campagne d’affichage dans le métro. De l’art de dépenser inutilement 10.000 €.

Quoique, cela a donné du travail à un imprimeur, un livreur et des colleurs d’affiches. Merci pour eux, Zoopolis.

Les rats, eux, s’en contrefichent

Pierre Falgayrac

Comment vivre en harmonie avec les rats ?

Pour vivre en harmonie avec un autre, il faut bien le connaître. Or, l’histoire et l’actualité démontrent que les hommes connaissent moins bien les rats que eux ne les connaissent.

Pourtant, ils font partie de notre vie depuis la nuit des temps. Sans développer une énumération qui serait vite fastidieuse, mentionnons que :

  • Les personnages de dessins animés les plus célèbres sont des murinés (Mickey, Tom & Jerry, Ratatouille…)
  • l’expression « rater (quelque chose) », vient directement du moyen âge, où un pain raté était un pain entamé par les rats ;
  • Notre mois de novembre est celui du rat chez les chinois ;
  • Les indiens ont un temple consacré aux rats à Deshnok ;
  • Les romains considéraient les murinés comme des commensaux, c’est-à-dire des animaux qui vivaient à leurs dépends sans trop leur nuire.

Cette expression, « commensal », attribuée aux rats et souris, n’est pas un hasard : ils sont en effet nyctalopes, puisqu’ils entrent en activité quand le soleil se couche et vont dormir quand il se lève. Leur régime omnivore et leur tempérament craintif et discret en font donc des partenaires théoriquement idéaux pour éliminer une partie de nos déchets comestibles (le gaspillage alimentaire n’est-il d’ailleurs pas un sujet de préoccupation au plus haut niveau de notre pays ?).

Oui, mais voilà, comme nous le savons, leur propension à ronger pour limiter la croissance de leurs incisives hypsodontes est cause de dégâts dans nos espaces de vie et de travail. Osons toutefois poser des questions dérangeantes :

  • Est-il logique de sortir nos poubelles sur le trottoir en soirée pour n’être collectées qu’au petit matin ?
  • Est-il bien raisonnable de dissimuler câbles et installations électriques dans des espaces confinés mal étanchéifiés, alors qu’ils conviennent idéalement au comportement discret des murinés ?
  • Est-il opportun de concevoir des poubelles en plastique fin permettant de voir d’éventuelles machines infernales, sans penser que les rats vont forcément être attirés par les déchets comestibles qu’elles contiennent ? Ou des trous d’évacuation des liquides, dans les containers à déchets, qui ont le diamètre d’un terrier, et les équiper d’un bouchon qui est très vite perdu[1]?
  • Est-il logique, pour obéir à l’Europe qui veut limiter les matières plastiques dans notre environnement, que les fabricants de câbles électriques et fibres optiques choisissent comme isolant un élastomère à base d’amidon de maïs qui constitue un aliment pour les murinés ?
  • Est-il sensé de ne pas faire de prélèvements sur les rongeurs infestant les élevages où se développe la grippe aviaire alors que plusieurs études asiatiques les incriminent ?

Ces interrogations démontrent que l’inculture murine des architectes, ingénieurs et politiques a des conséquences qui peuvent être gravissimes (voir notre article sur les méfaits des rats dans la Dépêche Technique Vétérinaire n° 156). Cette inculture de la gent murine se retrouve aussi chez les décisionnaires d’entreprises industrielles (dont le monde de l’agroalimentaire) et le personnel politique : il ne faut pas chercher plus loin l’explication du buzz sur la « prolifération » des rats à Paris.

Pourquoi aborder cet aspect des choses ? Parce qu’en référence à notre introduction, démonstration est faite qu’il est difficile de vivre harmonieusement avec des murinés qui sont mal connus. Notre mode de vie sociétal, pétri de contradictions, génère des mouvements « contraires » : tandis que les médias relaient des informations parfois alarmistes sur les rats de Paris, il y a des rats de compagnie, achetés en animaleries, des fora qui leur sont consacrés et on ne compte plus les sites Web d’éleveurs amateurs, sans parler de la pétition contre le « génocide des rats parisiens »… Selon le « camp », les arguments en faveur ou contre les rats sont à l’aune de l’inculture de notre société en matière murine : conceptions anthropomorphiques, chiffres faux, déformations de faits…

Pour comprendre pourquoi et comment nous en sommes arrivés là, finissons de jeter un œil dans le rétroviseur de l’histoire. Nous en étions restés aux romains et leurs murinés « commensaux ». Autant les première tribus germaines migrantes vers le sud, et les celtes installées en Bretagne et dans le Massif Central, cherchaient à se « fondre » dans le mode de vie et la culture romaines (les « gallo-romains »), autant la chute de l’empire mit fin à ces phénomènes d’intégration. L’instabilité politique qui suivit conduit nos lointains ancêtres à entourer leurs villes sans égouts de remparts, et à conserver leur nourriture sous le toit des maisons (greniers), un biotope idéal pour la prospérité de Rattus rattus, le rat noir (ou rat des greniers) ; et des pratiques en rupture avec le mode de vie romain (greniers indépendants protégés par de la glu)[2]. C’est la première étape de la perte de la culture du rat.[3]

Il faut attendre Pasteur et la découverte des micro-organismes pour que l’on s’intéresse à nouveau aux rats via la bactérie Yersinia pestis et la puce vectrice de peste Xenopsylla cheopis [4].

La 3ème République, qui institue l’école publique pour tous, inscrit la connaissance des « microbes » et les principes d’hygiène dès la maternelle. Nul doute que le rat aurait été lui aussi au programme puisque des études lancées dans le monde entier aboutissaient à un socle de connaissances suffisant pour concevoir des navires et des bâtiments « rat proofing » [5] et instaurer une gestion pragmatique des déchets dans toutes les grandes villes (notons l’initiative du préfet Eugène Poubelle avec l’obligation d’utiliser le réceptacle qui porte son nom – décrets de 1883 et 1884). Mais la guerre de 14-18, qui mit fin à la 3ème République, a fait perdre le rat en route dans les filières enseignantes.

Voilà pourquoi ni architectes, ingénieurs (et vétérinaires…) n’étudient les murinés en tant que nuisibles potentiels et les moyens de s’en préserver.

Oh, il ne s’agirait pas de passer des semaines sur le sujet, seulement 7 à 8 heures, le temps d’aborder des éléments simples de biologie, les performances physiques et l’éthologie. Avec quels savoir pratiques à retenir ? Par exemple :

  • Les rats sortent de leurs terriers quand nous rentrons chez nous en début de soirée et vont se coucher quand nous repartons au travail le matin ;
  • Ils sont irrésistiblement attirés par nos déchets alimentaires ;
  • Rats et souris rongent tous les matériaux sauf le béton sec et l’acier ;
  • Un souriceau passe dans une ouverture de 5 mm ;
  • Un rat saute à 70 cm et creuse facilement à 40 cm sous terre

Avec quels conséquences ?

Reprenons les éléments cités dans nos questions « dérangeantes » :

  • Des fondations de bâtiments d’élevage suffisamment profondes pour empêcher les rats de creuser en-dessous ;
  • En ville, sortie des ordures sur le trottoir en fin d’après-midi pour une collecte dans les heures suivantes (temps de latence le plus réduit possible) ;
  • En ville toujours, optimiser les nettoiements de trottoirs et terrasses de restaurants en les exécutant en soirée et pas au matin ;
  • Réfection des égouts anciens par du béton ;
  • Dans les locaux, étanchéification des passages de fluides (électricité, téléphone, Internet, gaz, eau de conduite et eaux usées) entre étages et parois, par des tampons de laine d’acier (faciles à poser et retirer pour d’éventuels travaux de maintenance) ;
  • Dans les locaux toujours, colmatage de passages potentiels par du béton et des interstices >= 5mm par du mastic répulsif (en vente chez les fournisseurs spécialisés) ;
  • Protection des installations électriques par une étanchéité à l’épreuve des murinés et, si besoin, un dispositif à ultrasons ;
  • Choix d’un isolant non alimentaire pour les câbles électriques et fibres optiques ;
  • Équiper les container à déchet d’une ouverture plus grande avec une grille en acier (mailles <5 mm) (et supprimer le trou existant et son bouchon si facile à égarer) ;
  • Fabriquer les poubelles Vigipirate en plexiglas et les placer à 70 cm de haut (les rats mettraient plusieurs heures à les percer), les multiplier et les vider fréquemment pour ne pas susciter des incivilités ;
  • Des dératiseurs efficaces (capables de dératiser un parc public en quelques jours) ;
  • Et surtout, un savoir partagé médias / grand public / décisionnaires / professionnels sur les réalités de la biologie et du comportement des murinés, qui éviterait les buzz infondés et les approximations / désinformations entendues ces derniers mois sur les stations de radio et les chaines de télévision.

En résumé, pour vivre en harmonie avec nos rats, il faut apprendre à bien les connaître afin de limiter leurs opportunités de nuisance. Nous venons de voir que cela n’a rien de bien compliqué.

Pierre Falgayrac

[1] La vidéo « virale » qui montrent des dizaines de jeunes rats dans un container ne peut pas être un hoax. Voir notre commentaire sur le site http://www.hoaxbuster.com/forum/rats-parisiens-video-choc

[2] « Pour en finir avec le Moyen-Age » de Régine Pernoud / Seuil et « La France avant la France », de Geneviève Bührer-Thierry / Belin

[3] Voir notre livre « Des rats et des hommes » / Editions Hyform 2013

[4] Voir notre article sur les zoonoses dues aux rongeurs dans la Dépêche Technique Vétérinaire n° 154

[5] « 1ère Conférence internationale du rat – Paris 1928 » – Gabriel Petit / Vigot Frères et   «  Le rat migratoire et sa destruction rationnelle – 1903 » – Emil Zuschlag / Kessinger

Quand la CS3D fait du lobbying politique

Stéphane Bras, porte-parole de la Chambre Syndicale des 3D (Dératisation, désinsectisation, désinfection) est interviewé par J-B Litzer dans le Figaro du 23 février 2018.

Bonjour Stéphane (puisque tu me lis) : et si nous débattions ?

Ainsi donc, il est demandé aux députés de faire voter une loi (une de plus…) portant obligation de contrôles réguliers et de visites des logements par des professionnels (de la Chambre Syndicale, il va sans dire….), puisque seulement 10 à 15% de ces logements disposeraient de contrats d’inspections régulières.

Où comment manipuler le gouvernement pour qu’il augmente la clientèle des entreprises de 3D, via une loi obligeant le recours à leurs services. Sur le modèle des assurances, donc…

On imagine les efforts déployés pour arriver à ce résultat. Qui soulève deux problèmes et une question :

  • Le premier problème, c’est que les professionnels des 3D sont directement responsables de l’apparition de rongeurs et insectes résistants aux biocides, par des techniques d’applications non raisonnées largement pratiquées depuis plus d’une trentaine d’années. Ils sont du coup un peu mal placés pour donner des leçons dans le genre yfoyakataka ;
  • Le second, c’est que les pratiques de prévention et de protection sont les fondements de la norme EN 16636, qui concerne tous les professionnels des 3D : Elles doivent être mises en œuvre avant tout traitement avec des biocides. Puisqu’elles relèvent donc des prérogatives des professionnels, pourquoi demander au gouvernement de pondre un texte obligeant propriétaires et bailleurs sociaux à faire ce travail à leur place ?
  • La question qui se pose alors est : pourquoi ne pas consacrer ces efforts plutôt vers les adhérents de la Chambre Syndicale, pour les former à appliquer concrètement la norme 16636 ? Autrement dit, leur apprendre à mettre en œuvre les techniques de protection et de prévention chez leurs clients, pour éviter un traitement avec biocides.

Lapidairement : pourquoi imposer législativement aux clients de faire ce qui relève normalement des professionnels des 3D ?

De l’art de se faire nommer conseilleur pour ne pas être payeur. Les vieux proverbes ont décidément toujours de l’avenir. Et pourtant…

Je ne révèle rien de secret en évoquant la journée sur le thème « Quel avenir pour les métiers des 3D ?», organisée par la CS 3D le Mardi 31 janvier 2017 à Courbevoie, que j’avais eu l’honneur d’ouvrir (merci Stéphane) avec mon propos sur « L’effet de bulle dans les 3D ». Je concluais en démontrant pourquoi et comment le métier devait changer : en retournant aux « fondamentaux » que sont le proofing et la prévention, avant d’utiliser des techniques d’application raisonnés de biocides. Une nouvelle orientation qui garantirait le maintien du chiffre d’affaire…

J’évoquais aussi la communication qui, à mon sens, devrait être dirigée vers le grand public plutôt que vers les politiques. Mais bon, la CS3D ne se refait pas…

Au fait, les « conseils dans les choix des matériaux », c’est vite vu, pour les rats et souris :

  • Les deux seuls matériaux qu’ils ne parviennent pas à ronger sont le béton et l’acier ;
  • Un souriceau ne passe pas dans une ouverture de 5 mm.

Donc :

  • Systèmes anti-intrusion à clapets (eaux usées) ;
  • Portes et plaques en acier ;
  • Grilles en acier avec des mailles <= 5mm ;
  • Colmatage des trous de passages des fluides (eau, gaz, électricité…) avec de la laine d’acier ;
  • Colmatage des autres interstices et passages potentiels avec du mastic répulsif.

Franchement, travailler les députés au corps pour obliger les clients à faire « ça », alors que les professionnels pourraient (devraient, même) le faire, dans le cadre de leurs contrats…

Le problème des punaises de lits est certes plus complexe, mais je crains qu’une loi imposant un contrôle systématique au départ d’occupants et un « bail de mobilité », outre qu’elle semble très difficilement applicable, présente un gros effet négatif : la stigmatisation des victimes des punaises des lits…

Là encore, l’incompétence de bien des professionnels des 3D est pointée du doigt : un traitement de punaises c’est des heures d’un travail méthodique et méticuleux (avec lampe frontale et loupe, pour repérer les punaises) ou le recours à un chien spécialisé. Ensuite, les techniques d’application raisonnée peuvent être déployées : insecticide microencapsulé pour les fortes infestations, vapeur pour les petites + traitement des meubles fortement infestés en autoclave thermique. Bref, des choses que pratiquent peu de « professionnels ».

Ce que je retire du buzz de ces dernier mois sur les rats parisiens, c’est que la Chambre Syndicale a entretenu la psychose en incriminant :

  • Les incivilités des uns et des autres, qui attirent les rats ;
  • L’Europe, qui complique la vie des dératiseurs en réduisant la toxicité des appâts raticides et en interdisant leur application directement dans les terriers ;
  • Le réchauffement climatique, qui favorise la prolifération des rats.

Qui sont en fait trois faux problèmes :

  • Les incivilités et le nombre des touristes sont stables depuis des années. Par contre, Vigipirate et ses poubelles ridicules, en nombre insuffisant et insuffisamment collectées, jouent un rôle certain pour attirer les rats (ça fait des années que je le dis sur mon blog ou dans la presse) ;
  • Un appât moins toxique doit être consommé en davantage de repas : cela ne change donc rien de fondamental (c’est comme prendre 2 cachets de 500mg au lieu d’un de 1000mg). Par ailleurs, il est possible d’utiliser des sprays de saveurs alimentaires pour « guider » les rats vers les stations d’appâtage ;
  • Le réchauffement climatique n’a rien à voir dans le nombre de naissances des rats : le surmulot vit aussi bien en Alaska que sous les tropiques. Seule la quantité de nourriture disponible conditionne sa prolifération.

Bref, jamais la CS3D n’a évoqué la nécessité pour ses dératiseurs de faire évoluer leurs pratiques professionnelles.

C’est pourtant bien une conclusion que l’on pouvait retirer de l’étude de INRA-VetAgroSup sur le parc des Chanteraines (voir un précédent article de ce blog : https://bloghyform.wordpress.com/2017/11/14/letude-de-linra-vetagrosup-et-de-linstitut-pasteur-sur-les-rats-captures-dans-le-parc-des-chanteraines-hauts-de-seine/) :

  • Tous les rats capturés vivants portaient des traces d’anticoagulants dans leur foie ;
  • La moitié d’entre eux étaient résistants à ces anticoagulants.

La faute aux rats ou aux dératiseurs ?

Pierre Falgayrac