Grippe aviaire : le coupable est identifié

Michael Coston, sommité mondiale de la grippe, vient d’établir un historique  des mutations du virus depuis le premier H1N1 jusqu’au récent H7, en soulignant que la variante H2N2, relativement ancienne (1898 et 1957), est toujours présente dans la nature, sur des rats musqués sibériens.

C’est ici : https://flutrackers.com/forum/forum/internet-communication/avian-flu-diary/779408-h2n2-everything-old-is-flu-again

Voilà qui rappelle les études asiatiques au sujet des oiseaux migrateurs, qui sont contaminés par le virus sur leurs points de repos et d’abreuvement, probablement par les rongeurs présents en ces endroits ; rongeurs dont il a été démontré la très grande sensibilité aux virus de la grippe (voir le précédent article de ce blog sur la grippe aviaire).

Apparemment, seuls les russes procèdent à des prélèvements sur les rongeurs infestant les points d’eau fréquentés par les oiseaux. Et ils ont donc trouvé que les rats musqués sont un réservoir du virus…

Voilà où nous en sommes : Tandis que les asiatiques travaillent sur les tenants et aboutissants de la grippe aviaire, en disculpant les oiseaux et en ciblant les rongeurs, l’Europe bat l’air en imposant vide sanitaire et désinfection des élevages avicoles, sans s’occuper le moins du monde de ce qu’il se passe dans la faune murine des rivières et points d’eau fréquentés par les oiseaux.

Pourquoi ne pas profiter de la lutte, coordonnée par les préfectures, contre le rat musqué et le ragondin, pour faire des prélèvements sur des cadavres ?

Pourquoi ne pas profiter des dératisations obligatoires des élevages avicoles, pour là aussi faire des prélèvements sur des cadavres de rats et souris ?

Quand se décidera-t-on enfin à faire des prélèvements sur les rongeurs sauvages, notamment le rat musqué, aujourd’hui présent dans une grande partie, si ce n’est toute, de l’Europe ?

Pourquoi aucun buzz en Europe au sujet des articles asiatiques qui cernent les vrais coupables de la grippe aviaire ?

Mais à qui donc profitent ce silence assourdissant et cette inertie ? A qui ???

Pierre Falgayrac

Le bizness des rats de New-York

Décidément, s’il y avait encore besoin de démontrer que la lutte contre les rats à New-York est sources de profits, financier pour certains et électoral pour d’autres, les dernières actualités sur le sujet enfoncent le clou.

Commençons par une énième étude sur la dangerosité sanitaire des rats d’égout, avec une information montée en neige pour faire peur sensibiliser les populations à l’impérieuse nécessité de surveiller les microbes que trimballent les rats. C’est ici : https://entomologytoday.org/2015/03/02/fleas-that-could-potentially-carry-plague-found-on-new-york-city-rats/. C’est que des puces potentiellement vectrices de peste ont été trouvées sur des surmulots… Fort heureusement, la bactérie pesteuse manque à l’appel, ouf !

Précisons : Xenopsylla cheopis, vectrice de bactérie Yersinia pestis, est la puce inféodée aux rats noirs et gerbilles du désert. Elle parasite aussi des écureuils et chiens de prairie du sud-ouest américain (alors que NYC est au nord-est).

Plutôt que de conclure « les responsables de la santé publique devraient surveiller de près les rats de la ville et leurs puces (…) et que les citoyens devraient utiliser les pratiques sanitaires pour se protéger » (ce qui est l’assurance de contrats juteux pour quelques laboratoires, et de voix pour un candidat qui s’engagera sur ce thème), il me semble que la question à se poser est : Comment des puces de zones chaudes et sèches, inféodées à des rats et des écureuils grimpeurs, peuvent-elles se retrouver dans le pelage de surmulots aux mœurs souterraines, dans des zones fraiches et humides ?

Surtout que le mode de passage des puces  d’un hôte principal (l’animal) à un hôte secondaire (un autre animal ou l’homme) est connu depuis longtemps : ou il y a une forte promiscuité (dans les nids ou terriers), ou l’hôte principal meurt et les puces cherchent alors à migrer sur un autre hôte vivant. Où et quand ces conditions se présentent-elles? Ou alors, existe-t-il un autre mode inconnu de migration des puces entre hôtes ?

Il y a là de véritables questions à portée scientifique. Que pour l’instant aucun des impétrants new-yorkais ne s’est posé. Notons que c’est la même question qui n’a pas été traitée dans l’étude concluant à des épidémies de peste en Europe 15 après un été chaud et humide en Asie… (voir  https://bloghyform.wordpress.com/2015/02/26/a-propos-de-l-etude-sur-les-gerbilles-les-rats-et-la-peste/ ).

La seconde info qui fait un buzz, c’est le plan pour affamer les rats de NYC avec 32 millions de $. Non, il ne s’agit pas de leur donner à manger des billets qui, n’en doutons pas, seront attribués à ceux qui savent y faire en politique et bizness, mais de repenser complètement la gestion des ordures et certains aménagements de sous-sols, notamment pour trois quartiers.

Actuellement, les new-yorkais sont invités à sortir leurs sacs à ordures directement sur le trottoir à partir de 16h, sacs qui sont ramassés par les camions poubelles à 6h le lendemain. Autrement dit, on met le couvert pour les rats quand il se réveillent, et on leur débarrasse la table au moment où ils vont se coucher… Sans compter que le sol de bien des caves d’immeubles est en terre battue, où les rats creusent en abondance leurs terriers.

Comme le téléphone du Rat Portail croule sous les appels et que de récentes études scientifiques forcément neutres et  bien intentionnées affolent les populations, il a été prévu :

  • D’obliger les immeubles de plus de 9 appartements à sortir leurs ordures au plus tôt à 4 h du matin (pour un ramassage à 6h) ;
  • D’augmenter la fréquence de collecte des ordures dans les parcs ;
  • De bétonner le sol des caves d’HLM encore en terre battue ;
  • De fournir 336 poubelles de compactage en métal.

D’où une première question : Quelle efficacité attendre de ces mesures ?

Pas grand-chose, sauf pour les immeubles aux caves bétonnées. En effet, l’installation et la prolifération des rats dégout, les surmulots, dépend de deux choses : la nourriture et la nidification. Le simple fait d’empêcher les rats de creuser ou aménager des terriers suffit à les chasser, même si la nourriture est abondante. Démonstration avec le témoignage du représentant de la ville de Zurich lors du « Séminaire sur la gestion des rats » organisé par la ville de Paris le 16 juin 2016 : « Dans les secteurs rénovés du réseau d’égout, il n’est plus enregistré de plaintes liées au rats, alors que la gestion des déchets est inchangée. »

C’est bien ce sujet qui est interpellant dans le projet new-yorkais : Pourquoi traiter le problème de la nidification seulement dans quelques HLM et pas dans les égouts, où vivent 75 à 80% des rats urbains ? Rénover, en les bétonnant, les parties vétustes du réseau, c’est l’assurance de faire chuter les effectifs de rats. Or, il n’y a rien de la sorte dans le projet. De l’art de traiter un problème à moitié…

Par contre, forcer la majorité des new-yorkais à se lever entre 3h30 et 3h45 pour sortir leurs sacs poubelles sur le trottoir, est-ce bien raisonnable / réalisable ? C’est un coup à perdre plein de voix…  Il serait si simple de renouveler l’initiative du préfet Poubelle en obligeant les syndics à équiper leurs immeubles de containers fermés… Parce que 336 poubelles « compactantes » pour 8 millions d’habitants… Cela revient à une miction dans un violon.

De toute façon, même si ces dispositions aboutissaient réellement à une diminution significative des déchets sur les trottoirs, il en restera suffisamment pour nourrir encore des hordes de rats, puisqu’ils ne mangent chacun que 25g par jour (l’équivalent de 10% de leur poids).

Ce qui entraîne une deuxième question : Comment ces mesurettes peuvent-elles coûter 32 millions de  $ ? Et là, je n’ai pas de réponse…

Au fait, la tonitruante annonce du plan de stérilisation des rats (société SenesTech, voir par exemple ici : https://www.wired.com/2017/04/nycs-newest-weapon-rats-sterilization/) a fait long feu. Ben, oui, c’était un projet irréalisable.

Pierre Falgayrac

 

Les rats souffrent-ils lors d’un empoisonnement aux anticoagulants ?

Cette question, et sa réponse, sont en jeu dans le bien-fondé de la pétition de Mme Benchetrit « Stoppez le génocide des rats », qui fait l’objet d’un précédent article de ce blog.

Commençons par préciser que les rats sont bien plus hémophiles que d’autres mammifères et que l’action des anticoagulants sur leur organisme n’est pas la même que sur des chiens ou des humains.

Poursuivons en exposant un trait comportemental des rats bien connu par ceux qui ont à faire avec eux (les dératiseurs, comme ceux qui en élèvent pour l’agrément ou le laboratoire) : une souffrance physique ou « psychologique » est toujours accompagnée de cris, dont l’intensité est liée à celle de la douleur ressentie (de petits gémissements à des cris suraigus).

Ce fait est manifeste lors de brèves luttes entre dominants et dominés (accès refusé à la nourriture, à une femelle en œstrus…), lors d’une capture dans un piège-nasse ou lors d’un pincement sévère, et non mortel, dans une tapette.

De mon expérience de dératiseur, confirmée par les clients que je rencontre lors de mes formations ou lors de salons professionnels, les rats empoisonnés aux anticoagulants (ou AVe) s’affaiblissent progressivement, se déplacent de plus en plus en plus lentement, s’alimentent de moins en moins, mais ne présentent aucun signe de souffrance autre que celui lié à un état de fatigue intense. En tout cas, il n’y a aucun signe de douleur.

Or, voici l’explication scientifique de l’intoxication par le Docteur Romain Lasseur, d’IZIPEST :

« Les Ave après s’être fixés dans le foie inhibent le recyclage de la vitamine K1 nécessaire à la bonne coagulation du sang. Néanmoins, l’individu (mammifère, oiseaux) dispose d’environ 4 jours de stock de vitamine K1 dans l’organisme. L’individu ne recyclant plus la vitamine K1 vit sur son stock pendant 4 jours.

Après 4 jours, la vitamine K1 venant à manquer (les apports extérieurs par la nourriture ne suffisent pas), la coagulation du sang (nécessaire au maintien de son état semi-solide semi-liquide) dysfonctionne, et le sang devient plus liquide et commence à sortir des vaisseaux pour aller remplir la cavité intra-péritonéale. L’organisme devant faire face à cette perte de volume sanguin, il rapatrie le sang périphérique pour soutenir les fonctions vitales (cœur cerveau poumon) et c’est donc au cinquième jour que les muqueuses se décolorent. Ensuite, l’animal ne pouvant plus faire face à cette hémorragie, il se met en veille (coma) avant de succomber.

L’animal meurt alors qu’il est dans le coma. Malgré un état de mal-être de l’animal avant d’entrer dans le coma, il n’y a aucun signe de souffrance de l’animal. »

Il n’est donc pas question d’hématome cérébral et des douleurs et pertes d’équilibre qui l’accompagnent chez les hommes,  puisque le sang descend dans la cavité intrapéritonéale qui entoure les viscères des rats. Que ce phénomène s’étale sur 4 ou 8 jours ne change rien au ressenti des rats.

Quant au coma, il est tout sauf douloureux. Je sais de quoi je parle, les médecins m’y ont plongé 5 jours pour m’éviter de trop souffrir après mon accident de moto.

En résumé, l’empoisonnement aux anticoagulants ne provoque pas de douleurs chez les rats et personne ne peut qualifier de souffrance leur état de fatigue croissant jusqu’au coma et la mort.

Je reprendrai ces éléments dans un prochain article pour Le Supplément Mensuel Technique de la Dépêche Vétérinaire, le magazine à comité de lecture pour lequel j’écris une série d’articles sur la biologie et l’éthologie des murinés.

Pierre Falgayrac

http://www.hyform.fr

 

 

Grippe aviaire: la prenons-nous par le bon bout ?

Wikipédia nous dit : La grippe (ou influenza) est une maladie infectieuse fréquente et contagieuse causée par trois virus à ARN de la famille des Orthomyxoviridae ( Myxovirus influenza A, B et C), touchant les oiseaux et certains mammifères dont le porc, le phoque et l’être humain.

L’influenza aviaire H5N8 provoque les dégâts que l’on sait dans les élevages de volailles du sud-ouest, tandis que le virus est également identifié dans la faune sauvage un peu partout en France.

Une recherche sur les communications scientifiques asiatiques fait apparaître des éléments totalement ignorés par le législateur français et ses experts, et les journalistes qui évoquent la situation.
Il s’agit, pour commencer, d’un article de 2009 intitulé « Fears of bird-to-rodent H5N1 relay » et écrit par Terry Mabett, en ligne ici : http://www.wattagnet.com/articles/559-web-exclusive-fears-of-bird-to-rodent-h5n1-relay
On y lit : « Des scientifiques gouvernementaux ont inspecté les fermes infectées et signalé des filets et des revêtements suffisants pour exclure les grands oiseaux migrateurs, mais pas les petits rongeurs comme les rats et les souris. Dans trois fermes, des dizaines de poulets morts se trouvaient dans les zones les plus éloignées des entrées de la coopérative, suggérant que les oiseaux sauvages n’étaient pas la source directe d’infection.
(…) Le professeur Toshihiro Ito, de l’Université Tottori, a déclaré au journal national Ashi Shimbun: « Il est possible que de petits rongeurs comme les rats emmènent le virus dans les poulaillers».

(…) Les rats et les oiseaux se mélangent librement autour des étangs, des lacs, des rivières et des réservoirs agricoles.

(…) Des recherches en laboratoire montrent que les virus H5N1 sont pathogènes pour les souris. Un isolat H5N1 de l’épidémie de Hong Kong de 1997 a montré des titres élevés de virus dans les poumons de souris infectées et a tué tous ceux inoculés. Les isolats de poulet de H5N1 se reproduisent à des titres plus élevés chez les rats que les souches de virus H5N1 provenant d’autres sources.
L’autre article, d’Andrew R. Dalby et Munir Iqbal, est « The European and Japanese outbreaks of H5N8 derive from a single source population providing evidence for the dispersal along the long distance bird migratory flyways », publié en 2015 ici : https://peerj.com/articles/934/.

Il y est rappelé que « des études ont montré qu’il (le virus) peut être transmis à des furets et des souris, et des anticorps ont été détectés chez les chiens domestiques (Kim et al., 2014 ). »

Après avoir indiqué que la source originelle de contamination est probablement unique (et sibérienne), les auteurs soulignent :
– « la plupart des cas récents se produisent près de la côte et dans les zones où il y a des lacs et des sites connus pour leur faune sauvage et les oiseaux migrateurs ;
– la Dispersion du virus par des voies de migration exige toujours qu’il y ait une infection relais pour que le virus de se propage sur de très longues distances migratoires (…) de sorte qu’il se propage parmi les oiseaux sensibles aux points de haltes migratoires, afin de fournir la prochaine étape dans la transmission. Ceci est observé avec la présence d’un nombre croissant de cas aux points d’arrêt, tels qu’au Pays-Bas. »
Et suggèrent :
– « (une) surveillance environnementale des échantillons de matières fécales dans les zones où les oiseaux migrateurs se rassemblent. »

Par ailleurs, on ne compte plus les cas d’élevages qui enchaînent abattages/ désinfection/ abattages / désinfection.

Comment se fait-il que le législateur qui, au nom du sacro-saint principe de précaution, impose des zones de « protection » de 3 et 10 km (sans tenir compte des reliefs et vents dominants), et des procédures d’abattages ubuesques (transports des volailles à abattre), n’ait toujours pas imposé :
– une recherche de la présence du virus sur la faune fréquentant les point d’eaux où se posent les oiseaux migrateurs ;
– la dératisation des élevages condamnés à l’abattage leurs pensionnaires ?

Faut-il rappeler comment a été découvert le mode de transmission de la peste ? En 1898, Paul Louis Simon, médecin militaire, place un rat sain dans une cage ou venait de mourir un rat pesteux. Le rat sain contracte la maladie alors qu’il n’avait pas été en contact avec son prédécesseur. P. L. Simon s’intéresse alors aux puces présentes dans la cage et découvre que ce sont elles le réservoir de la bactérie (alors qu’à cette époque la communauté scientifique doutait que les insectes puissent être vecteurs de maladies…). Cet exemple montre que les explications, et donc les solutions, ne se trouvent pas toujours là où règne la pensée unique (l’abattage des volailles et des oiseaux sauvages, par exemple).

L’impasse faite sur les souris et rats qui infestent bien des élevages contaminés par l’influenza est coupable.
Les études démontrant leur sensibilité au virus établissent le risque de contamination d’un local d’élevage. Il convient donc d’intégrer des opérations de dératisation aux process de décontamination des élevages infectés.

Des désinfections sans véritable dépeuplement préalable n’ont pas de sens, si ce n’est celui d’une gabegie…

Pierre Falgayrac

Au sujet de la pétition « Stoppez le génocide des rats « 

Le contexte : pour la première fois de son histoire, la mairie de Paris a communiqué sur une campagne de dératisation des parcs et jardins de la ville.

Les maladresses de cette communication ont été exploitées par des personnes peut-être bien intentionnées, mais aux arrières pensées étranges (politiques ?)…

Le point d’orgue a été la pétition de Mme Josette Benchettrit, intitulée « Stoppez le génocide des rats », en ligne sur le site http://www.mesopinions.com/petition/animaux/stoppez-genocide-rats
Les propos que tient cette dame sur les antennes de RMC témoignent de sa méconnaissance totale du sujet, tout comme les journalistes qui l’interrogent. Or, le monde entier en parle ! ( http://podcast.rmc.fr/channel48/20161218_animaux_1.mp3 – aller à la minute 27)

Mme Benchettrit dit que :

– « La mairie de Paris veut exterminer les rats, c’est un véritable génocide » : c’est faux. Seuls les rats des parcs et jardins étaient visés par la campagne de dératisation. Or, 75 à 80% des rats parisiens nichent dans les égouts.

Comme il y a des rats qui nichent en surface ailleurs que dans les parcs et jardins (espaces verts non clos, squats, friches urbaines…), le plan d’action de la mairie de Paris s’attaquait au mieux à 10% des rats parisiens.

Peu de rats étaient visés, il ne s’agit donc pas d’un « génocide ».

– « Le poison utilisé provoque de terribles douleurs aux rats » : c’est faux. L’empoisonnement aux anticoagulants est indolore : les rats sont progressivement affaiblis par de petites hémorragies internes, et le plus souvent meurent dans leur sommeil, dans leur terrier. Ce type d’empoisonnement respecte le bien être de l’animal ; d’ailleurs, les humains traités aux anticoagulants pour leur santé peuvent témoigner qu’ils ne souffrent pas, même en cas de surdosages.

Il ne s’agit donc pas d’une méthode cruelle pour les rats.

–          « Les rats consomment 9kg de déchets par minute » : c’est faux. C’est ce qu’ils consomment en une vie, qui dure un an, puisqu’ils mangent l’équivalent de 10% de leur poids par jour, soit 25g en moyenne ;

–           « Cela représente 500 kg / jour, que les égoutiers et éboueurs n’ont pas à manipuler » : c’est faux. Les + ou – 3,8 millions de rats parisiens (il y a 1,75 rats/ habitant en cœur de ville) consomment +ou- 9 tonnes/jour. Mais il est vrai que c’est toujours ça de moins à traiter par les services de nettoiement.

–          « Les rats sont prisonniers des égouts », au motif que « dés qu’ils en sortent on cherche à les tuer » : c’est faux. Ils y font leurs terriers, à l’abri des prédateurs, ils y boivent, mais depuis toujours ils en sortent tous les jours pour manger en surface, car il y a très peu à manger dans les égouts. Cette dame n’est manifestement jamais entrée dans un égout. Moi, si. Plusieurs fois, pour étudier le comportement des rats justement. Et j’ai fait quantité de photos qui prouvent qu’il n’y a quasiment rien à y manger.

–           « Heureusement ils sont là, dans les égouts ; car sinon nos toilettes seraient bouchées » : dit comme ça, c’est faux. D’abord, il n’y a quasiment plus de toilettes raccordées directement à un égout, ensuite, oui, en circulant entre les grilles d’avaloirs ils évitent qu’elles se colmatent mais surtout, en creusant leurs terriers dans le limon des grands avaloirs, ils en affaiblissent la structure, ce qui permet leur lessivage lors de forts épisodes orageux.

A noter par ailleurs que les différents reportages filmés ont montré qu’il y avait davantage d’appâts partiellement consommés que d’appâts totalement consommés.

Ces blocs d’appâts fixés dans les boites pèsent de 40 à 80 g, ils correspondent donc à 2 à 4 repas, nombre nécessaire pour que suffisamment d’anticoagulant s’accumule dans le foie. Or, plusieurs rats ont consommé tout ou partie de ses appâts, diminuant d’autant l’absorption de poison par individu. En conséquence, la résistance des rats aux anticoagulants a été renforcée, puisqu’elle découle de la consommation régulière de doses non létales !

Comme génocide, c’est loupé !

La pétition de Mme Benchettrit, pour « sauver les rats de Paris d’un génocide douloureux »  est totalement infondée et irresponsable. Et ceux qui l’ont signé ne savent même pas de quoi il retourne.

Il s’agit d’un magnifique exemple d’un buzz totalement artificiel et creux, donc

une démonstration de la facilité avec laquelle il est possible de manipuler l’opinion et se faire de la publicité…

Pierre Falgayrac

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La dératisation des prisons et la lutte contre les blattes et les punaises des lits

Je précise d’emblée que je connais très bien le milieu carcéral pour avoir dispensé plus de 1.000 heures de formation, sur 2 ans, à des détenus d’un grand centre pénitentiaire du sud de la France. J’ai donc largement eu le temps d’étudier les problèmes qui font aujourd’hui l’actualité.

1/ La dératisation

Les rats prospèrent là où il y à manger, boire et de quoi nidifier. Les déchets comestibles jetés en permanence par les détenus, depuis les fenêtres de leurs cellules, sont évidemment la première chose à considérer : il faudrait idéalement les nettoyer chaque jour avant le coucher du soleil, moment où les rats sortent pour manger. Or, ce sont quelques « punis » qui de temps à autre nettoient les lieux, au rythme de la prison…

Le recours à un « professionnel » qui ne prendra pas à sa charge le nettoyage préalable des lieux infestés se résumera à la pose d’appâts au milieu de la nourriture saine ; autrement dit, une miction dans un violon… C’est l’histoire de l’île Henderson au sud de l’Australie : le déversement de 75 m3 de raticides pour se débarrasser du surmulot n’ont servit à rien, car les rats préféraient la nourriture saine, très abondante, aux appâts…

Comment faire ? C’est très simple.

  • Le prestataire doit intégrer dans son prix le coût du nettoyage des déchets, qui doit s’achever au coucher du soleil. Cela demandera, selon les endroits, de 5 à 15 personnes et de 5 à 10 gros containers ;
  • En suivant, répandre directement au sol, près des terriers, 50 à 60 kg de blocs hydrofuges à la difethialone ou brodifacoum, qui auront été préalablement largement arrosés de Viandox, pour en augmenter l’appétence ;
  • Le lendemain et le surlendemain, ramasser les cadavres de rats et les brûler en tas, au milieu de l’espace traité.

La quantité d’appâts (j’ai indiqué 50 à 60 kg car c’est ce qui conviendrait pour la prison que je connais bien) doit correspondre à deux repas par rats.

Pourquoi aromatiser les appâts au Viandox ? D’abord parce qu’il y aura toujours la concurrence alimentaire des déchets comestibles jetés après le coucher du soleil, ensuite, c’est le meilleur moyen de s’assurer une consommation totale des appâts (une dératisation réussie, c’est 90 à 95% des appâts consommés).

Après un tel traitement, il faudra 3 à 6 mois pour que les rats reviennent en nombre. Il est donc possible d’établir un planning annuel pour réguler leur taux d’infestation.

2/ La lutte contre les blattes

Là aussi c’est un problème simple : application de 10 à 15 gouttes de gel « blattes » dans chaque cellule, et dans tous les locaux concernés (dont ceux des surveillants). Pour les cuisines, c’est beaucoup plus, bien sûr : 150 à 200…. Bien que le but de cet article n’est pas d’expliquer comment faire, je précise que les gouttes doivent être de la taille d’une tête d’allumette et posées « là où ni les mains ni les yeux ne vont», autrement dit là où circulent et se cachent les blattes. Ce qui représente un temps de travail d’environ 5 à 7 minutes par cellule.

 

3/ La lutte contre les punaises des lits

Là aussi c’est facile, car il n’y a pas besoin d’insecticide, juste de temps et de patience ; choses dont disposent tous les détenus : ce seraient à eux de s’en occuper.

Les punaises se réfugient dans les moindres anfractuosités et espaces entre les éléments d’un lit. Une bonne vue et un éclairage correct sont nécessaires pour repérer les endroits où elles se trouvent et pondent. Pour donner une idée, c’est un travail de recherche méthodique, méticuleux, qui demande plus d’une heure à un professionnel qui traite une chambre d’hôtel. Les détenus pourraient fort bien en faire leur affaire puisque ce sont les premiers concernés.

La punaise se déplaçant lentement, il suffit de l’écraser avec un doigt, de la brûler avec une cigarette ou de l’ébouillanter avec de l’eau.

Bref, il leur faudrait une petite formation, ou l’administration pourrait éditer à leur intention un document avec des photos et très peu de texte, pour qu’ils comprennent comment procéder. Je suis à la disposition de l’administration pour ce faire.

Malheureusement, les traditions et l’ambiance très particulières de la prison rendent bien des choses simples impossibles à mettre en œuvre…

Pierre Falgayrac

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Un protocole pour la surveillance des rats en tant que vecteurs de maladies à New-York

Il s’agit des travaux de MM. Parsons, Samo (Université Hofstra – New-York) et Deutsch (entomologiste – Arrow exterminateur Company – New-York), publiés ici http://journal.frontiersin.org/article/10.3389/fpubh.2016.00132/full

Le préambule pose le sujet : New-York hébergerait 2 à 32 millions de rats (pour 8 millions d’habitants) et il y a un manque de connaissances sur les rats sauvages et les zoonoses qu’ils pourraient provoquer. D’où l’intérêt d’utiliser une technique de suivi de rats par radio fréquences et caméras, afin de suivre l’évolution de leur état de santé (poids, parasites et germes pathogènes). Cette méthode permettrait de surveiller les risques potentiels de zoonoses dues aux rats, qui deviendront un problème de plus en plus important avec l’augmentation des populations urbaines.

Les cinq phases du protocole sont :

  • La sélection des sites et le piégeage des individus ;
  • Anesthésie ;
  • Analyses sérologique et des ectoparasites ;
  • Implantation de la puce électronique ;
  • Libération après mise en place d’un leurre à phéromones et d’une balance.

Passons rapidement sur l’introduction, basée essentiellement sur de la manipulation d’informations et un alarmisme qui fleure bon des intérêts corporatistes malgré la déclaration d’absence de conflits d’intérêts en fin d’article (un des auteurs est dirigeant d’une entreprise de pest control…). Les études citées en référence ont peu à voir avec le sujet de l’étude (surtout celles qui concernent le milieu agricole), sont inutilement inquiétantes (on retrouve celle sur les « 18 nouveaux virus de rats » et des études de cas infectieux isolés), sont des synthèses littéraires de publications tierces (ah ! les « révélations » de SecretLifeCityRat_UrbanEcosystems), ou sont des auteurs eux-mêmes.

Avec des phrases comme :

  • « De nombreuses lacunes relatives à l’ écologie du rat et de la surveillance de la maladie se sont accumulés dans la littérature scientifique» ;
  • « Les rongeurs urbains sont insaisissables, souterrains, et souvent invisibles, ce qui rend les connaissances à leur sujet vraiment très difficiles à établir » ;
  • « La (…) plupart des observations conduisent à la désinformation qui se propage par les récits anecdotiques, par ouï-dire, et les médias. Le principal moyen pour lutter contre ce problème croissant est de surmonter les obstacles nécessaires à l’ étude des rats urbains in situ, dans leur environnement normal» ;
  • « (la question de santé publique) soulève la question de savoir combien d’autres agents pathogènes seront découvert quand les rongeurs seront plus régulièrement surveillés?» ;

nous obtenons la magnifique impression que l’humanité est fort dépourvue en connaissances sur les rats et qu’heureusement nos trois héros vont y remédier, pour un coût matériel de 15.000 $, jugé « négligeable » vu les enjeux. Et d’affirmer péremptoirement que « de toute évidence, de nouvelles méthodes sont nécessaires pour surmonter ces obstacles importants (NDA :peu de documentation sur les zoonoses murines) et de nouveaux tests détaillés contribuent à ouvrir de nouvelles perspectives de recherches ».

Des surmulots sont donc capturés, anesthésiés le temps de leur implanter une puce sous la peau (20’) puis relâchés dans la même zone, où se trouve désormais un emplacement avec des chiffons imprégnés d’odeurs et phéromones d’autres rats, dissimulant une balance permettant de peser les rats visiteurs, l’ensemble étant filmé par caméra. Certains rats sont recapturés pour mesurer l’évolution de leurs germes infectieux et de leurs parasites.

Après 6 mois de relevés sur 7 zones concernant 20 rats chacune, les résultats sous forme de tableaux indiquent qu’en moyenne, l’endroit a été visité 2,4 secondes et 4,7 fois par jour par les femelles, et 3,5 secondes et 2,6 fois par jour par les mâles.

La balance a été jugée peu probante, car les rats ne se positionnaient pas toujours correctement pour la faire fonctionner…

Comme d’habitude, détricotons le buzz. En commençant par le début.

« New-York hébergerait 2 à 32 millions de rats (pour 8 millions d’habitants) » : Cette « fourchette » énorme n’a aucun sens ; elle fait référence à l’étude farfelue du statisticien Jonathan Auerbach concluant à 2 millions de rats et aux légendes urbaines qui avancent 4 rats par habitant. Au moins le chiffre démontré de 1,75 rats par habitant est dans cette (immense) fourchette (cf. notre livre « Des rats et des hommes » Éditions Hyfom 2013)…

« Il y a un manque de connaissances sur les rats sauvages et les zoonoses qu’ils pourraient provoquer ». « Les rongeurs urbains sont insaisissables, souterrains, et souvent invisibles, ce qui rend les connaissances à leur sujet vraiment très difficiles à établir »  : Faux ! Il y a suffisamment de publications sur l’éthologie du surmulot, du rat noir et de la souris, entre quelques livres, de nombreux articles de revues et les publications scientifiques en ligne sur Google scholar, pour établir que l’on connait très bien leur biologie et leur éthologie. Les auteurs, publiant eux-mêmes sur Google scholar, sont vraiment de mauvaise foi pour ignorer les publications de leurs collègues !

Quant aux zoonoses, la réalité est qu’à part les épidémies pesteuses des siècles passés en Asie et en Europe (dues au rat noir et pas au surmulot), et la leptospirose à laquelle sont exposés les égoutiers et ceux qui ont à faire avec le ragondin, il n’a jamais été recensé d’autres épidémies dues aux rats en milieu urbain. Si les surmulots étaient vecteurs de maladies infectieuses, ils le seraient depuis toujours et n’auraient pas attendus le 21ème siècle… Donc, l’argument de la « méthode (qui) permettrait de surveiller les risques potentiels de zoonoses dues aux rats » s’effondre sur lui-même.

Bref, ces faux préalables suffisent à lancer un plan marketing / médiatique qui joue sur les peurs de nos contemporains pour préconiser une nouvelle méthode d’étude qui va rapporter des sous à ses géniteurs.

Au fait, quel est l’intérêt réel de cette étude ? Aucun. Démontrons pourquoi.

Nous savons depuis des siècles que le surmulot, et tous les autres murinés, vivent dans un monde d’odeurs au sens où la perception de leur environnement est essentiellement olfactive ; leur odorat est en effet 100 fois plus discriminant que celui d’un chien, alors que leurs sens du toucher et de la vision sont très limités (ils voient en niveau de gris et à moins de 20 mètres). Une étude récente vient d’ailleurs de confirmer le rôle primordial des vibrisses (les « moustaches ») dans l’appareil olfactif (http://jeb.biologists.org/content/219/7/937), chose que j’expose depuis 25 ans lors de mes formations.

Que peut donc produire l’installation de chiffons imprégnés d’odeurs et phéromones d’autres rats dans la zone d’activité d’une colonie de surmulots ? De la curiosité méfiante, tout simplement. Pourquoi méfiante ? Parce que ces odeurs étrangères ne sont pas bienvenues au sein d’une colonie dont la population est stabilisée, car dépendante des ressources alimentaires et des possibilités de nidification. Il est facile de concevoir que l’odeur persistante d’individus étrangers en un point particulier perturbe les rats au point de l’« inspecter » plusieurs fois par jour. Peu importe alors par qui et à quelle fréquence ! A la limite, que les femelles aient « inspecté » les chiffons un peu plus souvent mais moins longtemps que les mâles confirme qu’elles sont soucieuses de la protection de leur progéniture et que les mâles s’assurent bien qu’ils n’ont pas à en découdre avec un importun. La seule chose à retenir de cette expérience est que tous les rats qui se déplacent dans la zone des chiffons vont les sentir puis continuent leur chemin, et qu’ils agissent ainsi tant que les chiffons dégagent des odeurs. Tout au plus peut-on déduire que si un individu « étranger » avait été déposé au même endroit, en lieu et place des chiffons, il aurait suscité l’attention peu bienveillante des gros mâles qui ont inspecté le plus longtemps les chiffons…

Deux des auteurs avaient déjà conduit une expérience qui confirme que les rats sont sensibles aux phéromones (http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed?Db=pubmed&Cmd=ShowDetailView&TermToSearch=23590323). Ils démontrent par l’étude présente qu’aller plus loin n’apporte pas grand-chose.

Quant aux « enseignement éthologiques » tirés de l’étude, ils frisent le ridicule ! « Du point de vue éthologique, on peut distinguer des comportements différents entre les mâles et les femelles, y compris les adultes et les jeunes, les comportements des dominants et dominés et les temps d’activité de pointe. » : Non, les statistiques ne démontrent rien d’autre qu’une colonie a été perturbée par des odeurs étrangères, point. Seules des expériences basées sur l’accès à une quantité réduite de nourriture et/ou des possibilités insuffisantes de nidification permettent de dégager la hiérarchisation d’une colonie murine, en fonction de la force physique des individus. Et ces études n’ont pas besoin de capturer des rats pour leur mettre une puce sous la peau après les avoir anesthésiés.

Mais la cerise sur le gâteau est là :  Plus important encore, les données d’identification individuelle des rongeurs permettent d’évaluer les agents pathogènes dont ils sont porteurs, surtout pour les individus capturés à plusieurs reprises, qui permettent de suivre dans le temps l’évolution des agents pathogènes. Par exemple, il y a une incidence plus élevée de bactéries tels que Borrelia ou Rickettsia, tard dans la saison, alors qu’elles étaient peut-être absentes au début du printemps. En outre, certains rongeurs peuvent occasionner une nuisance pathogènes supplémentaires lorsqu’ils migrent saisonnièrement des espaces de parc publics aux égouts en hiver avant de ressortir (un processus appelé «migration verticale », d’après Corrigan).

Cette étude nous apprend donc que les microorganismes pathogènes du printemps et de l’automne ne sont pas les mêmes (quelle avancée scientifique !) et suppose qu’il y a un risque de zoonose lors des migrations « verticales » des rats, selon qu’ils quittent ou gagnent les égouts ou la surface. D’abord, répétons-le, les zoonoses dues aux surmulots sont une fable. Ensuite, cette histoire de « migration verticale » évoquée par M. Corrigan dans une étude privée sur les rats new-yorkais est sujette à caution. Que l’hiver incite des rats de surface à s’abriter dans les égouts est antropomorphiquement cohérent, mais pourquoi les rats abandonneraient-ils leurs sources de nourriture et leurs terriers adaptés aux froidures hivernales ? Par ailleurs, rien ne dit que les rats installés dans les égouts les accueillent à bras ouverts… C’est même tout le contraire qui doit se produire ! Les populations de rats étant stabilisées par les ressources alimentaires et de nidification, ils n’ont aucune raison de migrer tant que ces conditions sont bonnes, ni d’accueillir de nouveaux arrivants. Donc, ce concept de « migration verticale » paraît vraiment peu crédible, hors travaux d’excavation évidemment.

Ceci étant, quelle est la raison profonde qui a motivé cette étude ? Comme souvent avec les études américaines, elle se révèle dans le contenu « Il est de notoriété publique que les rats vus dans la journée indiquent qu’il y a une populations anormalement élevée dans l’environnement immédiat. Pourtant, la plupart des détections de rats sont basées sur un petit nombre d’individus de manière disproportionnée (…), ce qui conduit à des généralisations (infondées). (…) la plupart des observations conduisentt à la désinformation qui se propage par des récits anecdotiques, par ouï-dire, et les médias. Les principaux moyens pour lutter contre ce problème croissant sont de surmonter les obstacles nécessaires à l’ étude des rats urbains in situ, dans leur environnement normal, répliqués au niveau de chaque animal. »

Tiens donc, il semblerait bien que le service New-Yorkais du n° 312, le « Rat Portail », ait réalisé ce que je subodorais dans un précédent article : « Les signalements téléphoniques de rats sont davantage un outil statistique de l’humeur des citadins et de l’ambiance de leur quartier qu’une base de données fiables pour décompter des rats de NYC » (voir un précédent article de ce blog : https://wordpress.com/post/bloghyform.wordpress.com/202) . Cette étude s’inscrit donc dans un vaste dispositif de manipulation des électeurs new-yorkais, à qui il faut démontrer que la mairie s’occupe activement du problème des rats, potentiellement vecteurs de maladies nouvelles. Et tant qu’à faire, on en cause au monde entier, sous couvert d’avancée scientifique…

 Pierre Falgayrac

Le rapport d’expertise sur l’accident SNCF de Denguin en juin 2014

Le rapport complet est en ligne ici :

http://www.sncf-reseau.fr/sites/default/files/upload/_Import/pdf/Rapport_d_enquete_Rattrapage_Denguin.pdf

On y lit :

« Constats effectués le samedi 19/07/14 à l’occasion de la visite des installations organisée par l’autorité judiciaire :

– Un relais de signalisation présente un positionnement anormal ;

– La présence de traces d’habitat de rongeurs est constatée ;

– Après ouverture des chemins de câble du centre, il est constaté que plusieurs fils conducteurs sont dénudés partiellement ou présentent une partie isolante attaquée par des rongeurs mettant ainsi à nu ponctuellement la partie conductrice des fils conducteurs concernés (voir annexe 8). Les investigations menées ce jour-là n’ont pas permis de déterminer avec plus de précision quels étaient les fils conducteurs affectés ;

– Plombage du dispositif « borne de maintenance » en place, mais ne présentant pas la marque d’une pince à plomber, ce point mériterait d’être éclairci ;

– De nombreux plombs non coupés jonchent le sol de la guérite ;

– Les essayeurs ont éprouvé des difficultés à ouvrir les ES8 (éléments de sectionnement) en tête de câble ;

– Les règles de l’art en matière de protection contre les rongeurs, lors de la construction de ce centre, n’ont pas été respectées de façon exhaustive (mesures contre les intrusions, calfeutrement, …). »

(…) « A ce stade de l’enquête :

– compte tenu des constats faits et des entretiens qu’elle a pu mener,

– constatant en particulier des traces de rongeurs dans le centre de signalisation et la présence de nombreux fils conducteurs partiellement dénudés,

– et sous réserve des expertises complémentaires à conduire, la Direction des Audits de Sécurité privilégie l’hypothèse d’une réalimentation intempestive du relais de commande à voie libre du sémaphore 23 (S23). Cette

réalimentation serait la conséquence directe d’un contact fortuit entre deux fils conducteurs partiellement dénudés et d’une conjonction de circonstances techniques exceptionnelles (proximité des câbles, présence de courant, mise en contact des conducteurs, par vibrations par exemple, séquence particulière conduisant à une conséquence sur un élément de sécurité).

Les conclusions formelles et définitives de l’enquête appartiennent aux autorités judiciaires.

Néanmoins, à titre de précaution, la Direction des Audits de Sécurité préconise :

  1. de procéder dans un premier temps à la visite des centres de signalisation de cantonnement selon un calendrier hiérarchisé à préciser, en procédant d’une part à la mesure d’isolement global des installations et d’autre part à la vérification visuelle des équipements présents dans les centres, et notamment le bon état des câbles électriques ;
  1. de procéder dans un second temps à la visite complémentaire des autres centres de pleine voie ;
  1. de mener un examen approfondi des normes de conception visant à renforcer encore la prévention contre ce type de risque exceptionnel, à la fois par des spécifications techniques sur les circuits de signalisation (séparation de circuits, durcissement des sections de fils conducteurs, etc…), mais également par la protection contre les rongeurs, d’engager le réexamen des normes d’entretien, en particulier au regard de la protection contre les rongeurs ;
  1. d’engager le réexamen des normes d’entretien, en particulier au regard de la protection contre les rongeurs,
  1. de s’assurer par ailleurs de la bonne appropriation par l’ensemble des acteurs concernés des procédures de protection technique à mettre en œuvre avant toute intervention dans le cadre de la maintenance préventive ou corrective. »

(…) L’annexe 8 présente des photos de fils rongés dans la guérite et l’annexe 9 est le plan de lutte contre les rongeurs adopté par la SNCF. Le voici :

LUTTE CONTRE LES RONGEURS

Il arrive parfois que des rongeurs pénètrent dans nos installations et rongent des câbles sans que la sécurité soit pour autant engagée (sauf conjonction exceptionnelle type Denguin).

D’autres réseaux et d’autres industries connaissent ce genre de problème.

Des mesures existent : des dispositions précises sont reprises dans des instructions techniques IN 0494 et dans les instructions de conception DES 184 et de travaux IN 7157.

Des études sont également conduites par la SNCF, parfois en collaboration (Muséum d’Histoire Naturelle), visant à améliorer la protection de nos installations.

Ces règles se fondent sur 2 principes

–       Des mesures de Conception ;

–       Des mesures de Surveillance et de Maintenance.

Les câbles

Chaque câble est techniquement spécifié pour un usage précis. De manière générale et depuis les années 90 les câbles sont blindées. Les câbles de ligne mis en œuvre dans les installations sont équipés d’une enveloppe métallique. Ces principes étendus à certains câbles locaux en 1989, permettent d’obtenir une protection efficace. Des mesures de renforcement ont été décidées en 2008.

(Suit un tableau des caractéristique des câbles)

Mesures de prévention et de conception

Les règles ci-après sont à appliquer lors de l’établissement ou de la modification des installations électriques, de manière à interdire la pénétration des rongeurs dans les postes et centres d’appareillages.

–       Placer les câbles en tranchées chaque fois que cela est possible,

–       Obturer les extrémités des caniveaux débouchant dans les centres d’appareillage par un bouchon de laine de verre maintenu par un tampon de plâtre ou de ciment maigre,

–       Combler les soubassements de guérite ou d’armoire avec du gravier,

–       Réaliser les entrées de câblage au moyen de fourreaux, ceux-ci étant ensuite obturés,

–       Éviter la multiplication des entrées de câbles,

–       Soigner l’étanchéité de ces centres,

–       Munir les bouches de ventilation, justifiées par des conditions réglementaires ou de salubrité (fort taux d’humidité), d’un fort grillage à mailles fines en inox ou traité contre l’oxydation,

–       Condamner les bouches de ventilations ainsi que les passages divers dans les centres d’appareillage, etc. qui ne seraient pas utiles,

–       Obturer les entrées de câbles et de conducteurs isolés dans les appareils. Cette précaution est particulièrement importante sur les installations où les rongeurs peuvent provoquer des incidents graves (coincement d’un moteur d’aiguille, ou d’un moteur de barrière de PN à SAL, etc.),

–       Établir les câblages intérieurs en torons ou ouvrir les goulottes après avoir immobilisé les conducteurs lorsque la situation le justifie,

–       Vérifier l’obturation des platines.

Si, malgré toutes les précautions prises, on constate la présence de rongeurs, il convient

–  De rechercher rapidement et très attentivement toutes les possibilités de pénétrations par les canalisations, les gaines, les caniveaux, etc. et de réaliser les obturations nécessaires au plus tôt,

– De recourir à la dératisation éventuellement,

–  D’ouvrir les goulottes en prenant soin d’immobiliser les conducteurs si l’installation en est dotée et si l’ouverture n’a pas déjà été réalisée.

Les études

– Études sur le comportement de l’animal

– Généralisation dans la mesure du possible de câbles renforcés

– Isolants de câbles et fils répulsifs ou renforcés

– Barrières techniques ou barrières électriques

Par ailleurs, a SNCF déclare dans un communiqué à propos de ce rapport (http://www.sncf-reseau.fr/fr/publication-du-rapport-sur-la-collision-de-denguin) :

« Il s’agit d’une conjonction technique très exceptionnelle et sans précédent connu sur ce type d’équipement.

Elle comporte le cumul de trois événements : l’action de rongeurs sur les gaines d’isolement des câbles, malgré le dispositif de précaution existant ; le fait que les deux fils détériorés étaient situés à l’extrémité de la chaîne électrique commandant le signal ; enfin une séquence défavorable provoquant la mise en contact de deux fils électriques, comme des vibrations ou encore la mise en tension des circuits voisins. »

Ces préalables étant posés, voici ma contribution à l’analyse de cet accident et à l’amélioration du plan de lutte contre les rongeurs de la SNCF

Le problème posé est simple :

   –  Des rongeurs sont à l’origine du dysfonctionnement électrique du signal qui a trompé un chauffeur de train ;

   –  Le dispositif de protection (un appât empoisonné) n’a pas fonctionné.

Le rapport d’expertise n’analyse pas pourquoi des rongeurs se trouvaient là. Quantités de guérites qui présentent les mêmes défauts d’étanchéité et de circuits non séparés n’ont pas connu de dysfonctionnements, bien que la présence de rongeurs soit avérée dans certaines. Il tombe donc sous le sens que la question de la raison de la présence des rongeurs dans les guérites mérite d’être posé. Elle en entraîne une autre : Pourquoi les rongeurs s’attaquent-ils aux gaines des câbles électriques ?

En conséquence, l’identification des rongeurs incriminés est fondamentale, car c’est la connaissance de leur biologie qui permettra de répondre à ces questions. Notons qu’à aucun moment il n’a été précisé qu’il s’agissait peut-être de souris et que le Web a fait le buzz autour des rats.

Les photos publiés sur le Web montrent par le type de nidification et la taille des crottes, qu’il s’agissait plutôt de souris que de rats. (photos journal Sud-ouest) 

Pourquoi est-ce important de le préciser ? Parce qu’on ne lutte pas de la même façon contre des rongeurs qui ont des comportements différents.

L’environnement de la guérite semble plus favorable au rat surmulot qu’à la souris, qui vit généralement à l’intérieur des bâtiments ; mais nous sommes en été dans le sud du pays, où elle peut donc vivre à l’extérieur.

SNCF3

Le rat surmulot n’aurait pu être attiré par la guérite que s’il y avait à manger à proximité, mais comme il préfère creuser un terrier au frais plutôt que faire un nid de chiffons et papiers au chaud, il y a fort peu de chances, voire quasi-impossibilité, qu’il soit attiré par la guérite (sauf éventuellement par l’appât empoisonné, mais c’est un autre sujet que nous aborderons plus loin).

Revenons aux souris, qui ont besoin chacune d’environ 2,5 grammes de nourriture par jour (10% de leur poids). Il est évident qu’elles les trouvent dans l’environnement végétal, mais pour s’abriter des prédateurs et des températures plus fraiches de la nuit, la guérite est idéale, surtout qu’elles y rentrent facilement. À supposer que les passages de câbles soient bouchés à « la laine verre ou au plâtre ou au ciment maigre », quelques coups de dents leur auraient frayé un passage vers l’intérieur. En effet, seul l’acier résiste à leurs dents… Les conclusions de l’expertise tirent le drap du côté de l’étanchéité à parfaire dans les guérites, mais les techniques préconisées ne constituent aucunement une barrière dissuasive pour souris et rats !

Seuls certains mastics ayant une composition particulière, vendus par des professionnels de la lutte contre les  nuisibles, peuvent constituer une barrière sûre. À défaut, des tampons de laine d’acier destinés à la vaisselle ou l’ébénisterie feront très bien l’affaire, et pour moins cher !

Et que trouvent les souris en recherche de chaleur dans la guérite ? Un appât rodenticide. À supposer qu’il soit plus appétissant que la nourriture saine de l’extérieur, elles le consomment en plusieurs fois et ne sortent plus à l’extérieur. Le poison anticoagulant (AVK) agit en effet après deux à quatre repas. Entre ces repas, même affaiblies par l’AVK, il leur faut user leurs dents hypsodontes (qui poussent permanence)… Et que trouvent-elles à ronger ? Rien d’autre que les gaines plastique des câbles électriques !

Voilà le fond du problème : Un appât rodenticide ne peut pas constituer un dispositif de protection, puisqu’il « fixe » le rongeur jusqu’à plusieurs jours dans l’installation technique, temps pendant lequel il peut nuire. Il agit donc à l’inverse du but recherché !

Ce qui attire les rongeurs, c’est avant tout la nourriture, ce qui les fixe c’est la possibilité de nicher à proximité : Il s’agit des ressources trophiques. Dans le cas des guérites de la SNCF, ces deux conditions sont réunies lorsqu’une source de nourriture est à proximité (poubelle, déchets…), ou dans la guérite (appât à action lente).

Les biologies du surmulot (Rattus norvegicus) et du rat noir(Rattus rattus) ne sont guère « compatibles » avec les guérites en bord de voie ferrée de la SNCF. L’un, comme déjà dit, préfèrera creuser un terrier à l’extérieur, l’autre pourrait faire un gros nid ressemblant à celui des souris, mais les passages de trains, avec force vibrations et bruits, le dissuaderaient de s’installer.

Plutôt la souris, donc, est susceptible de causer des dégâts aux guérites. Il serait intéressant d’avoir des photos des indices de présence de rongeurs dans d’autres guérites : Les crottes de la taille d’un grain de riz sont celles de souris, des nids de papier, tissus et feuilles sont ceux de souris. De toute façon, ce qui suit est valable qu’il s’agisse de rats noirs ou de souris.

Que faire pour éviter que des rongeurs rongent à nouveau des fils ? Il faut revoir le plan de lutte SNCF contre les rongeurs.

Sans entrer dans les détails, en voici les grandes lignes :

 – Étanchéifier les accès possibles avec des mastics répulsifs « prévus pour » et/ou des tampons de laine d’acier ;

–  Utiliser exclusivement des grilles d’acier à maillage fin (<5mm) ;

–  Utiliser du béton armé pour les soubassements, dés que cela est possible ;

–  Là où le risque rongeur est important, installer des générateurs d’ultrasons à balayage de fréquences (pour éviter les phénomènes d’accoutumance) ;

–  Là où le risque est faible, utiliser des appâts anticoagulants de dernière génération (Brodifacoum, Difethialone) en pâte (ou gel). Étant hydratés, ils attireront plus facilement les rongeurs qu’un bloc hydrofuge, et un à deux repas suffiront pour tuer les rongeurs. 

 – Et placer un morceau de branchage naturel à proximité : Les rongeurs le rongeront de préférence aux gaines de câbles.

 SNCF4

Rien de bien compliqué en somme. Mais je doute que les pontes de la SNCF lisent mon blog ou me prennent au sérieux, vu que je ne suis pas intervenant au Muséum d’Histoire Naturelle.

Au fait, pourquoi les cheminots posent-ils des appâts dans les guérites ? Parce qu’ils ont vu des applicateurs d’entreprises de 3D faire ainsi, à l’époque où la SNCF sous-traitait ce travail.

Là aussi, comme il n’y avait rien de bien compliqué à faire, autant le faire soi-même ont décidé les grands chefs de la SNCF.

Quand je disais, dans un autre article, que le métier se tirait une balle dans le pied, avec des pratiques de poseur de boite et puis s’en va, et des certifications bidon…

Et pendant ce temps-là, comme depuis toujours, les souris dansent. Dans les guérites de la SNCF.

     Pierre Falgayrac

     http://www.hyform.fr

 

Lobbying et enfumage : La certification CEPA

Bien qu’aucune filière qualification n’ait encore été mise en place, il existe désormais une certification européenne pour les dératiseurs-désinsectiseurs. Il en a été question lors de l’AG 2015 de la CS3D.

Tout commence avec la nouvelle norme européenne EN NF 16-636, qui remplace feue la nationale NFU 43-500 (voir l’article précédent de ce blog).

Pour faire simple, il s’agit d’une norme censée attester le professionnalisme des entreprises de 3D (Dératisation, Désinsectisation, Désinfection) ou PCO (Pest Control Organisation). Elle établit :

–          Une traçabilité totale de la prestation et des produits biocides utilisés ;

–          Des critères de compétences pour les applicateurs, qui ont désormais besoin de formations régulières ;

–          Des outils d’évaluation de la qualité des prestations.

Son objet officiel est de spécifier(nous citons) « les exigences et compétences nécessaires pour les fournisseurs de service en traitement des nuisibles pour la protection humaine mais aussi de leur nourriture et des animaux domestiques » ; et ses mentors espèrent que, « principalement, elle montre à la commission européenne (des biocides) et autres partie prenantes, leur professionnalisme ».

Cette norme a vu le jour grâce au CEPA, fédération européenne de syndicats nationaux de PCO, dont la mission est « d’assurer que le traitement des nuisibles soit reconnu pour son action en faveur de la protection des citoyens européens et de leur environnement contre les risques de santé publique ».

Ces premiers étages ont donc propulsé la fusée « Certification program », consistant en un processus de certification par des organismes certificateurs où se retrouve déjà le nécessiteux Bureau Veritas, qui a certifié un premier PCO, l’entreprise du président de la CS3D, comme par hasard…

Le cycle ce certification sur 3 ans comprend un audit initial d’un jour et un audit de surveillance à 18 mois. La Toolbox (ou « boite à outils ») de la CS3D reprend des items de la NF EN 16-636 et est sensée aider les adhérents à s’y conformer, au cas où ils ne liraient pas la norme qu’il leur faut pourtant acheter…

Qu’est-ce qui est audité ? Comme d’habitude, de la paperasse. Il n’est pas prévu que l’auditeur, qui de toute façon n’a que des compétences « minimales » en dératisation-désinsectisation, vérifie sur le terrain ce que disent les papiers au bureau. On peut donc s’attendre à prochainement voir les cadors du métier devenir « CEPA Certified », sans avoir rien changé de leurs manières de travailler, si ce n’est de remplir de nouveaux formulaires.

Et là, le dispositif de formation mis en place par la norme laisse pantois… Il découle des articles 3.30, et 6.1.2 à 6.1.6 (définition et missions de la « personne techniquement compétente » chargée, entre autres, de la formation des applicateurs) que n’importe quel novice ou incompétent, dés lors qu’il travaille sous l’autorité de cette personne, peut être considéré en formation professionnelle continue. Il s’agit simplement, en déduisons-nous donc, de faire remplir et signer par les concernés la paperasse afférente à la formation (plan de formation, fiche de présence, évaluation…).

Autrement dit, le « compagnonnage » de l’ex NFU 43-500 a été relooké et maquillé en dispositif de formation bidon, car il établit une voie royale aux abus : Du temps de travail rémunérateur pour l’employeur pourrait être considéré comme formation professionnelle !

Il serait étonnant que les négociations de la CS3D avec l’OPCA de branche aillent dans un sens contraire. Il lui sera aisé de démontrer qu’il n’y a pas d’organismes de formation en 3D « crédibles » (certifiés AFNOR NF X50-760, par exemple), et qu’en l’absence d’école de formation initiale, les compétences des vieux grognards du métier sont précieuses pour former les nouveaux professionnels. Oui, mais…

Sachant qu’il est bien plus difficile de désapprendre que d’apprendre, nous assisterons donc encore et comme depuis trente ans, à des copié/collé de pratiques professionnelles qui, rappelons-le, sont responsables de l’apparition de souches de nuisibles résistant aux biocides.

Aussi fort que le dispositif de formation, le tableau des compétences distingue une « personne techniquement responsable » d’un « utilisateur professionnel » sur seulement 5 domaines sur 81 !  L’utilisateur professionnel doit être « sensibilisé » sur deux compétences techniques : Législation ( alors qu’il s’est tapé trois jours de Certiphyto/Certibiocide qui sont axés sur ce sujet …) et gestion de son programme de travail. Les deux autres qui ne le concernent pas relèvent de l’expertise client. Le dernier étant les compétences liées à la formation…Autrement dit, il ne manque vraiment pas grand-chose à un applicateur lambda pour devenir « techniquement responsable »…

Par ailleurs, le contenu des ouvrages, supports de formation et conférences de certains membres du collège formateurs de la CS3D témoignent de l’inculture de l’éthologie du nuisible (persistance de conceptions anthropomorphiques infondées), de l’incompréhension des normes de l’IAA (aucune synthèse et explications techniques) et d’approximations et lacunes désolantes en matière de lutte raisonnée (beaucoup de techniques alternatives et de prévention, rien sur tes techniques d’application raisonnées). J’affirme que des strates d’informations étalées sans aucun esprit de synthèse sont davantage source de confusion dans l’esprit des auditeurs et des formés que de l’information/ formation pratique directement applicable dans l’entreprise.

Bref, rien ne va changer, sauf pour les employeurs, qui vont pouvoir récupérer des fonds de formation « à pas cher », du moins si l’OPCA de branche adoube le dispositif de formation de la norme.

Évidemment, pour se faire certifier il faut des sous pour :

–          Acheter la norme NF EN 16-636 (plus de 90 €…) ;

–         Payer la cotisation d’adhésion à la CS3D (de 560 € à 2.425 € pour la plupart des TPE) ;

–          Régler l’organisme certificateur (965 € + 1.250 €).

L’intérêt de la certification est « l’amélioration de la qualité et de la performance, la mise à jour sur la règlementation, d’être un outil de motivation des équipes, de permettre de s’afficher officiellement comme un professionnel formé et certifié, d’être commercialement compétitif et permet de figurer sur le site Web du CEPA ».

La fusée lancée tourne maintenant en rond sur son orbite d’autosatisfaction, dans un panache de fumée qui envahit les salons professionnels, la presse du métier et le Web. Résumons-là :

–            Le CEPA Certified en France ne s’adresse qu’aux seuls adhérents de la CS3D ;

–            Le président du CEPA est formateur à l’ISTAV, membre de la CS3D, qui assure donc à son organisme des missions de formations prévues par la NF EN 16-636, en plus des certifications Certiphyto/ Certibiocide déjà obligatoires ;

–             Le premier CEPA Certified est le président de la CS3D.

L’esprit de lobbying est si bien assumé que l’écran de fumée de la nouvelle certification européenne  ne trompe personne. Mais il fait quand-même un peu tousser…

Pierre Falgayrac

http://www.hyform.fr