La peste de Glasgow en 1900

Il s’agit de l’étude « Epidemiology of a bubonic plague outbreak in Glasgow, Scotland in 1900 », de Katharine R. Dean, Fabienne Krauer and Boris V. Schmid. En ligne ici : https://royalsocietypublishing.org/doi/10.1098/rsos.181695, présentée comme une modélisation de la contamination interhumaine lors d’une épidémie de peste, à partir des données d’une documentation d’époque.

Commençons par l’information indiquée à la fin de l’étude pour en comprendre les ressorts : les auteurs ont reçu un financement de l’Europe. Ou comment gagner trois sous en lançant une étude sur un vieux sujet qui n’intéresse plus personne et surtout, n’a aucun intérêt pratique.

Elle est basée sur l’hypothèse que l’épidémie de peste de Glasgow du 3 août 1900 est davantage le fait de contaminations entre humains que de piqures de puces pesteuses. D’où un intérêt pour « modéliser les flambées de peste ». Et d’étudier les 35 cas documentés par les autorités de l’époque.

Les malgaches qui sont confrontés encore aujourd’hui à la réalité de la peste apprécieront sans doute que des matheux futés (il faut l’être pour obtenir un financement européen) se penchent sur la modélisation d’une contamination de la peste par les hommes plutôt que par les rats…

Inutile d’exposer les savant calculs de probabilités de l’étude, selon la méthode Hens & al, puisque leur pertinence est invalidée par quelques données issues de la documentation écossaise (exceptionnelle selon nos chercheurs), citées dans l’étude.

La première info, qui constitue le socle de l’étude, est qu’il n’y a aucune preuve d’une épizootie de rats, d’où la spéculation sur une contamination interhumaine.

Expliquons donc le mécanisme classique de la peste : le rat noir (Rattus rattus) hôte des puces pesteuses meurt de la peste ; les puces se cherchent alors un autre hôte : l’homme, puisque les rats sont morts. Or, la mort de nombreux rats avant le déclenchement de l’épidémie est ce que racontent tous les auteurs, dont D. Defoe dans « La peste de Londres ».

Rien de cela n’a été constaté à Glasgow, et les centaines de rats piégés par les écossais n’étaient pas pesteux. Bon sang, mais c’est bien sûr, ce sont donc les hommes qui se sont contaminés entre eux, supposent nos chercheurs !

Citons les données écossaises d’époque :

  • Les rats étaient nombreux dans les logements infectés ; « cependant rien n’indique que la mortalité chez les rats ait été anormale » disent nos statisticiens ;
  • Les cas étaient principalement localisés dans les zones densément peuplées ;
  • 62,5% des infections sont survenues en milieu familial ;
  • Les rats vivants capturés n’étaient pas pesteux.

D’abord, lorsqu’il y a promiscuité hommes/ rats, il n’y a pas besoin que les rats meurent pour que leurs puces sautent sur les hommes.

Ceux qui permettent à leurs chiens ou chats de partager le canapé familial savent que des puces peuvent quitter le pelage douillet de Minette et Médor pour les espaces confinés des coutures ou des espaces entre les coussins, en attendant de sauter sur le premier humain qui viendra s’asseoir.

A combien plus forte raison les les puces pesteuses Xenopsylla cheopis qui, ne pouvant plus se nourrir (une trompe bloquée par la bactérie Yersinia pestis), multiplient les tentatives de repas ! Ce fait, qui est davantage qu’une hypothèse plus que fortement probable, est occultée nos chercheurs !

Voilà un premier socle de l’étude qui s’effondre. Du coup, écrire « nos résultats montrent qu’un un taux élevé de transmission secondaire au sein des ménages peut également survenir lors d’épidémies buboniques » est faux.

Comme nous l’avons déjà écrit dans un autre article, il n’y a aucun doute sur le fait qu’un individu pesteux soit vecteur de contamination pour son entourage familial, mais de là à dédouaner les rats et leurs puces au prétexte d’absence d’épizootie… C’est un pur artifice. Voilà qui nous rappelle l’étude d’un autre statisticien sur le nombre de rats à New-York !

Par ailleurs, les rats noirs sont beaucoup plus méfiants que les surmulots et leur capture est difficile. Félicitations aux écossais d’en avoir attrapé plusieurs centaines. Leur savoir-faire s’est malheureusement perdu (ce n’est pas l’équipe qui a réalisé l’étude du parc de Chanteraine qui dira le contraire, vu comme elle a galéré pour capturer 80 jeunes surmulots). Mais quel est l’intérêt d’avoir capturé ces rats ? S’ils étaient bien vivants, c’est qu’ils résistaient à la peste ou n’étaient pas infectés. Constater simplement qu’ils circulaient serait revenu au même. De l’art de se compliquer la vie et d’apporter de l’eau au moulin des matheux sponsorisés par l’Europe.

Décidément, la peste et les rats attirent les statisticiens. Il y avait déjà ceux qui spéculaient sur « l’examen de 7.711 épidémies de pestes documentées entre 1347 et 1353, qui correspondent à un printemps chaud et un été humide en Asie, 15 ans plus tôt », et celui qui dupa le monde entier avec son « 2 millions de rats (et pas 8) à New-York » (études qui ont fait l’objet d’articles précédents).

Entre les politiques parisiens et new-yorkais qui utilisent les rats pour communiquer, et les statisticiens en mal de financement d’études qui le choisissent comme sujet, les rats occupent l’espace médiatique. Je suis sûr que cela les indiffère.

Pierre Falgayrac

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La dératisation de l’île de Sein

Le trimestriel de publireportages NPI, dans son numéro 107 d’octobre – novembre 2018, contient un article sur la dératisation de l’île de Sein.

Passons sur la fausse information relative à « l’arrivée en France du surmulot vers 1750 ». En effet, cette date est reconnue complétement bidon par la communauté scientifique, puisqu’il y a des traces de sa présence dans l’est de la France dès le 4ème siècle.

La dératisation a consisté en la pose de postes d’appâtage sécurisés tous les 5-15 mètres, 30 maxi, de manière à « quadriller » l’île. Cette méthode aurait « fait ses preuves, nous dit-on, dans des îles polynésiennes et néo-zélandaises ». Ce qui est oublier qu’elle n’a pas fonctionné dans d’autres, comme l’île australienne de Henderson, où la nourriture saine disponible était infiniment plus appétente que les 75m3 de raticides déversés.

Sur l’île de Sein, après 4 semaines de pose et suivi du traitement (renouvellement des appâts consommés), il est présenté un tableau montrant l’augmentation et la baisse rapides des consommations. La dératisation « totale » est considérée obtenue avec le maintien du dispositif « pendant 2 semaines ».

Cette manière de faire (quadriller d’appâts une importante zone) est en contradiction avec la norme EN 16636, le rapport DRAFT « Mesures d’atténuation des risques pour les anticoagulants », et la fiche technique de la CS3D « Traitements contre les rats et souris », qui prescrivent de ne traiter que la zone où se trouvent des traces d’activité murine.

Par ailleurs, il n’est nulle part fait mention dans l’article des sources de nourritures exploitées par les rats et des dispositions pour les empêcher d’y accéder.

Nous mettons donc fortement en doute l’efficacité réelle de cette dératisation.

Si les 4 caméras utilisées avaient filmé des endroits où se trouvaient de la nourriture saine et des postes d’appâtage, il aurait été vu des rats dominant écarter des congénères dominés de leur lieux de nourrissage sain ; dominés se rabattant alors sur les appâts.

Il y a de très fortes chances que bien des rats dominants n’aient pas consommé d’appâts empoisonnés, puisqu’ils pouvaient accéder à leurs sources de nourriture habituelles.

Bien sûr que la population murine a été drastiquement réduite avec cette campagne. Mais nous faisons le pari que d’ici moins d’un an, il y aura de nouveau autant de rats qu’avant.

Quitte à parcourir toute l’île dans tous les sens pour la quadriller de boites, l’applicateur de la société Help Service ne pouvait-il pas repérer les zones infestées et ne traiter qu’elles ? En supprimant d’abord et autant que faire se peut les sources de nourriture saine qui s’y trouvaient ? Et donc en posant beaucoup, beaucoup moins de postes d’appâtage ?

Mais voilà, c’est tellement confortable de ne pas se poser trop de questions et de poser des boites partout, histoire d’en mettre plein la vue à ceux qui paient… Et puis ça fait marcher les affaires du fournisseur.

Tout le monde est content donc.

Même les rats les plus malins, qui sont toujours là. Rats qui rigoleraient bien s’ils savaient lire…

Pierre Falgayrac

Pensée unique et poseurs d’appâts

L’actualité récente, et constante depuis plusieurs années, sur les rats parisiens met en évidence :

  • L’incompétence des acteurs de la dératisation, qu’ils soient décisionnaires politiques (et leurs conseillers), ou applicateurs sur le terrain (et leurs formateurs), car les rats font toujours l’actualité, puisqu’un deuxième maire, après M. Boulard, lance un portail de signalement de rats ;
  • Des pratiques de dératisation uniformisées : quadrillage de parcs par des boites d’appâtage, « monitoring » généralisé (ceintures de boites dans les usines agroalimentaires et commerces alimentaires), visites de contrôles rarement faites sous 3 jours et plutôt au-delà d’une semaine.

Détaillons les tenant et aboutissant de cette situation

Il est un fait que les dératisations mises en œuvre par la Ville de Paris se sont étalées sur des mois. Or, le rapport final DRAFT (MESURES D’ATTÉNUATION DES RISQUES POUR LES RODENTICIDES ANTICOAGULANTS, 2014 Berny et al.) indique « une durée maximale de traitement rodenticide d’environ 4-6 semaines », ce que permet le respect du protocole d’expertise préalable et de traitement raisonné préconisés par l’EN16636 et ce rapport. Il y a donc un évident problème de compétences à Paris.

La conférence de Bertrand Montmoreau sur le monitoring (Journées techniques de la CS3D à Rungis en novembre 2017) présente la pratique de pose et surveillance de multiples boites d’appâtage comme conformes aux items 5.3 « Évaluer l’infestation, identifier les nuisibles et réaliser une analyse des causes profondes », et 5.12 «Surveillance » de cette norme. Comme par hasard, c’est aussi le crédo des rédacteurs de NPI, dont les colonnes sont désormais ouvertes aux seuls annonceurs (bel esprit d’indépendance…).

Les pratiques de poses multiples d’appâts sont tellement inscrites dans l’inconscient collectif, que l’ADEME demande à des centres de collecte et valorisation des déchets de « consulter un spécialiste des rats pour diminuer l’impact sanitaire des rodenticides » (lors des traitements de centres de déchets). Bien des témoignages dont me fait part une collègue dispensant des formations Certibiocide vont dans ce sens : une majorité de dératiseurs professionnels sont des poseurs de boites en grand nombre « pour rassurer les clients comme eux-mêmes »…

Cerise sur le gâteau : tous les dispositifs d’appâtage (stations d’appâtage et pièges à appâts sains) sont manipulés avec des gants en plastique.

Il apparait donc que le milieu professionnel s’arqueboute sur une espèce de pensée unique entretenue par les fournisseurs de produits biocides et de matériels de lutte :

  • Les appâts placebo jouent clairement le rôle de détecteur/ dénombrement, et permettent de continuer à « poser plein de boites partout » ;
  • Les pièges à appâts sains sont très efficaces et sont LA solution pérenne pour éviter les phénomènes de résistance ;
  • Les appâts biocides sont dangereux : il faut les manipuler avec des gants. Il faut d’ailleurs faire toutes les manipulations avec des gants en plastique.

Toutes ces assertions sont fausses. Démonstration :

Le monitoring, même avec appâts placébo ou des pièges à appâts sains, est une erreur fondamentale en dératisation

Tant que la source d’alimentation saine est disponible, seul des rats dominés, écartés des points de nourrissage par les dominants, consomment des appâts. En voici une preuve :

Nous sommes dans le quartier de Noailles à Marseille (oui, là où des immeubles se sont effondrés) : la nourriture saine est surabondante en surface, où sont creusés de nombreux terriers. La structure des égouts ne permet pas de nidification. Ici, les rats vivent donc en surface et pas dans les égouts.

Des appâts aromatisés au Viandox sont posés dans un avaloir dont l’écartement des grilles ne permet que le passage de jeunes rats (dominés, donc).

Rue Longues quartier de Noailles
Pose T d'appâtage rue Longue quartier de Noailles
T consommé à moité

      Le lendemain de la pose, seul un côté du T d’appâtage a été consommé.

Pourquoi ? Parce les rats de dernier rang se sont dirigés là où persistait l’odeur de leurs compagnons (second rang) qui venaient de manger. Confirmation que les odeurs jouent un rôle déterminant dans le comportement des rats.

Notons que les appâts étaient aromatisés avec une saveur puissante (Viandox) et placés au cœur de la zone vitale que constitue la rue étroite. Dans les mêmes conditions, placés tels quels au sortir de leur bidon (non aromatisés, donc), ces appâts ne sont habituellement pas touchés.

En d’autres endroits de la ville, la pose de ces mêmes appâts aromatisés hors d’une zone vitale de rats, n’a occasionné aucune consommation.

  • Donc, poser des dispositifs d’appâtage et des appâts :
    • Dépourvus d’odeurs alimentaires puissantes est, au mieux peu efficace, au pire contre-productif: des consommations partielles génèrent des phénomènes de résistance aux AVK ;
    • Hors de la zone vitale parcourue par les rats est inutile.

Il est temps de rappeler quelques principes essentiels en matière de rats et de dératisation :

  • Hiérarchie: elle est basée sur la force physique seule et conditionne l’accès à la nourriture et à l’emplacement du terrier ou nid (au plus prêt de la nourriture). Il est distingué trois rangs : les alphas, béta et oméga. Ces statuts ne sont pas figés et évoluent au cours de la vie des rats (moins d’un an). Les dominants écartent les dominés des points de nourrissage. Si la nourriture saine habituelle n’est pas supprimée, seuls des dominés béta ou oméga consomment des appâts. Ce qui ne permet aucunement de dénombrer les rats présents sur un site. Le fameux « monitoring » n’est donc que de la poudre aux yeux.
  • Domaines vital : il est le plus réduit possible pour limiter les déplacements et l’exposition à la prédation. Il n’a pas de périmètre et est constitué de pistes entre la nidification et les point de nourrissage et de rongement (pour user les incisives hypsodontes). Tout dispositif d’appâtage placé hors de cette zone ne sert à rien (la repérer est un préalable requis par l’EN 16636) ;
  • Olfaction : celle des rats est dix fois plus discriminante que celle du chien. Tout dispositif d’appâtage non porteur d’odeurs alimentaires plus attractives que la source de nourriture saine habituelle, a fort peu de chance d’intéresser les rats. Tout dispositif d’appâtage doit être imprégné d’odeurs alimentaires, et manipulé avec des gants de peau, eux-mêmes imprégnés d’odeurs alimentaires.

Les dispositifs d’appâtage modernes étant sécurisés et accessibles aux seuls rats, pratiquer l’amélioration de l’appétence des appâts rodenticides ne présente pas de risques pour les espèces non cibles et n’est « ni autorisé, ni interdit ».

Au fait, la quantité d’anticoagulant contenue dans un appât de 30 ou 40 grammes est inférieure à celle contenue dans un cachet d’aspirine. Je sais : ce n’est pas le même AVK, mais c’est pour donner une idée de la soi-disant dangerosité des appâts rodenticides…

Concluons :

L’échec des dératisation de surmulots est toujours due à une ou plusieurs de ces causes :

  • Non suppression de la nourriture saine habituelle ;
  • Dispositif d’appâtage et appâts (sains comme empoisonnés) non porteurs d’odeurs alimentaires attractives (concurrence alimentaire);
  • Dispositifs d’appâtage placés hors de la zone vitale parcourue par les rats ;
  • Suivi des consommations trop long : il faut suivre à 2/3 jours maxi.

Les publicités de rodenticides ou les propos de fabricants sur « l’appétence prouvée » de leurs appâts (dans leurs articles pour NPI) sont pures assertions : aucun appât manipulé avec des gants en plastique et placé dans une boite en plastique n’est plus attractif que la nourriture saine présente dans la zone vitale des rats, aucun !

Il en est de même avec les pièges à prises multiples appâtés avec des aliments sains : si le piège en lui-même sent davantage le plastique (ou « rien » pour ceux en métal) que la « bouffe », les rongeurs ne se dirigeront pas vers lui. Il convient en outre d’adopter une stratégie de « guidage vers le piège », avec un trait de Viandox sur plusieurs mètres et dans la directions de la nidification, par exemple.

La pensée unique qui émane de la CS3D est garante de la continuité d’un système rémunérateur pour tous ses acteurs : beaucoup d’appâts, boites et pièges vendus à des professionnels certifiés par les fabricants/ vendeurs de biocides qui dispensent Certibiocide (belle « boucle »…)

Les colonnes de NPI enfoncent le clou à chaque numéro puisque seuls les annonceurs écrivent des articles « pratiques » (sans parler des désinformations et inexactitudes dans des articles). Quant aux professionnels cités ou interviewés dans les médias, ils entretiennent la crainte des rats par le grand public (ils  » prolifèrent » et sont « une machine de guerre  » selon Romain Lasseur https://fr.euronews.com/2018/02/01/le-rat-une-machine-de-guerre-qui-menace-paris-) .

Bref, le milieu des 3D est indécrottable, car ce n’est pas demain que :

  • Les phénomènes de résistance aux biocides vont disparaitre ;
  • La vérité sur le comportement des rats et les risques réels qu’ils représentent seront largement exposés ;
  • Les professionnels colleront réellement aux exigences de l’EN 16636.

C’est que le lobbying que pratique la CS3D, dans le fond, c’est tout un art, mon brave monsieur, tout un art…

D’immobilisme.

Pierre Falgayrac

PS: il me sera rétorqué que l’île de Sein a pourtant été dératisée avec un quadrillage de postes d’appâtage tous les 30 mètres. Ce sera le sujet du prochain article de ce blog.

La campagne d’affichage du métro sur nos amis les rats

L’association Zoopolis a donc consacré 10.000 € pour la campagne de cet affichage dans le métro parisien. L’affiche a été retoquée par la RATP, puisque la première mouture évoquait le « massacre des rats de Paris ».

zoopolis rats métro

Encore une fois, un buzz dû à des gens qui ne connaissent pas grand-chose aux rats et aux poisons anticoagulants (voir un précédent article de ce blog sur ce sujet).

Le rat de cette affiche est certes un surmulot (Rattus norvegicus), mais c’est un animal domestiqué dont le comportement n’a plus rien à voir avec ses cousins sauvages. D’ailleurs, lâché sur un trottoir parisien au coucher du soleil, son espérance de vie serait de 2 heures : le temps d’être tué par les rats d’égout qui occupent le coin. Ce sont justement ces rats d’égout qui font l’objet du « massacre » en question, et qui n’ont rien à voir avec leur très lointain cousin de l’affiche.

Cette affiche est donc de la désinformation et relève de la manipulation des foules.

Vu les difficultés de la Ville de Paris à réguler les populations de rats depuis plusieurs années, personne ne peut objectivement parler d’un massacre de rats.

Si c’était le cas il serait trouvé des centaines de rats morts chaque semaine. Or, que voit-on ? Les médias, lorsqu’ils traitent le sujet, montrent un ou deux rats morts tués par des dératiseurs, ou tenu par M. Boulard, le maire du 17ème. Ce ne sont pas des images de massacre !

Pourtant, les professionnels ont tout intérêt à montrer de nombreux rats tués, puisque cela prouverait leur compétence. En voici des exemples :

Un chasseur de rats du Havre, en 1928, quand les poisons anticoagulants n’existaient pas.Chasseur de rats 1928

Une publicité démontrant l’efficacité des pièges Mimétic Mhouse

mimétic mhouse

Or, la Ville de Paris n’a jamais fait état du nombre de rats tués, alors même qu’il est facile de les décompter avec les pièges Mimétic, comme avec les Ekomile ou les Wisecon (marques achetées par le SMASH). Pourquoi ? Sans doute qu’ils n’étaient guère flatteurs…

D’où une communication basée sur la somme supplémentaire allouée à la dératisation (1,5 m€) et le nombre d’interventions en hausse.

Il n’y a donc jamais eu de massacre de rats à Paris. Si c’était le cas, les dératisations des parcs seraient finies depuis longtemps.

 

De toute façon, les rats ne prolifèrent pas : ils régulent leur population en fonction de la nourriture disponible et des opportunités de creusement de terriers, tout près de cette nourriture (25/30m maxi). S’il y a beaucoup à manger mais pas de quoi creuser des terriers, il y a peu de rats.

Même dans les espaces verts et parcs, où les poubelles Vigipirate jouent un rôle attractif par leur conception (plastique fin, qui absorbe les odeurs) et leurs emplacements (exposés au vent et courants d’air, qui les disséminent), les opportunités de creusement de terriers ne sont pas illimitées.

En effet, La hiérarchisation sociale des rats (rapports de dominants/ dominés) régit l’emplacement des terriers et l’ordre d’accès à la nourriture. D’où des stratégies naturelles de régulation des naissances (voir mes livres pour en savoir plus sur ce sujet).

 

L’association Zoopolis se fend quand-même d’une tirade démontrant que la communication de la Ville de Paris fait des dégâts avec les contrevérités de son vétérinaire conseil : « Avant les rats étaient dans les souterrains, maintenant ils sont à la surface. Notamment à cause des vibrations des nombreux travaux du Grand Paris »

C’est vrai mais il y a une idée fausse : dans les souterrains et égouts, il n’y a rien ou trop peu à manger. Ce sont des lieux de refuge mais pas de restauration. Depuis qu’il y a des égouts en ville, les rats en sortent pour manger ce qu’il y a sur les trottoirs. Le discours de maintenir les rats dans les égouts provient de personnes qui ne sont jamais entrées dans un égout pour voir comment y vivent les rats.

 

Sur le plan sanitaire, il y a peu à craindre des rats, c’est vrai, tant qu’ils ne sont pas trop nombreux.

Mais si on ne régule pas leurs population et que s’installe une promiscuité entre les rats et les hommes, il y aura des maladies comme l’hépatite E (un cas mortel récent à Hong Kong).

Et il ne faut pas oublier :

  • Les dégâts qu’ils commettent sur les installations électriques (incendies, des accidents de train – Denguin à côté de Pau en 2014) ;
  • Les dégradations de chaussées et de trottoirs.

 

Bien sûr que les rats ne sont pas nos ennemis, mais ils ne sont surtout pas nos amis ! C’est pour ça qu’il ne faut pas les laisser faire et contenir leur population en dessous d’un seuil de nuisance : moins d’un rat ou 1 rat par habitant, ça va, au-delà, il y a des nuisances pas seulement visuelles.

Disons que l’idée de la pétition contre le massacre des rats de Paris ayant déjà été prise (bonjour Josette), Zoopolis a choisi la campagne d’affichage dans le métro. De l’art de dépenser inutilement 10.000 €.

Quoique, cela a donné du travail à un imprimeur, un livreur et des colleurs d’affiches. Merci pour eux, Zoopolis.

Les rats, eux, s’en contrefichent

Pierre Falgayrac

Comment vivre en harmonie avec les rats ?

Pour vivre en harmonie avec un autre, il faut bien le connaître. Or, l’histoire et l’actualité démontrent que les hommes connaissent moins bien les rats que eux ne les connaissent.

Pourtant, ils font partie de notre vie depuis la nuit des temps. Sans développer une énumération qui serait vite fastidieuse, mentionnons que :

  • Les personnages de dessins animés les plus célèbres sont des murinés (Mickey, Tom & Jerry, Ratatouille…)
  • l’expression « rater (quelque chose) », vient directement du moyen âge, où un pain raté était un pain entamé par les rats ;
  • Notre mois de novembre est celui du rat chez les chinois ;
  • Les indiens ont un temple consacré aux rats à Deshnok ;
  • Les romains considéraient les murinés comme des commensaux, c’est-à-dire des animaux qui vivaient à leurs dépends sans trop leur nuire.

Cette expression, « commensal », attribuée aux rats et souris, n’est pas un hasard : ils sont en effet nyctalopes, puisqu’ils entrent en activité quand le soleil se couche et vont dormir quand il se lève. Leur régime omnivore et leur tempérament craintif et discret en font donc des partenaires théoriquement idéaux pour éliminer une partie de nos déchets comestibles (le gaspillage alimentaire n’est-il d’ailleurs pas un sujet de préoccupation au plus haut niveau de notre pays ?).

Oui, mais voilà, comme nous le savons, leur propension à ronger pour limiter la croissance de leurs incisives hypsodontes est cause de dégâts dans nos espaces de vie et de travail. Osons toutefois poser des questions dérangeantes :

  • Est-il logique de sortir nos poubelles sur le trottoir en soirée pour n’être collectées qu’au petit matin ?
  • Est-il bien raisonnable de dissimuler câbles et installations électriques dans des espaces confinés mal étanchéifiés, alors qu’ils conviennent idéalement au comportement discret des murinés ?
  • Est-il opportun de concevoir des poubelles en plastique fin permettant de voir d’éventuelles machines infernales, sans penser que les rats vont forcément être attirés par les déchets comestibles qu’elles contiennent ? Ou des trous d’évacuation des liquides, dans les containers à déchets, qui ont le diamètre d’un terrier, et les équiper d’un bouchon qui est très vite perdu[1]?
  • Est-il logique, pour obéir à l’Europe qui veut limiter les matières plastiques dans notre environnement, que les fabricants de câbles électriques et fibres optiques choisissent comme isolant un élastomère à base d’amidon de maïs qui constitue un aliment pour les murinés ?
  • Est-il sensé de ne pas faire de prélèvements sur les rongeurs infestant les élevages où se développe la grippe aviaire alors que plusieurs études asiatiques les incriminent ?

Ces interrogations démontrent que l’inculture murine des architectes, ingénieurs et politiques a des conséquences qui peuvent être gravissimes (voir notre article sur les méfaits des rats dans la Dépêche Technique Vétérinaire n° 156). Cette inculture de la gent murine se retrouve aussi chez les décisionnaires d’entreprises industrielles (dont le monde de l’agroalimentaire) et le personnel politique : il ne faut pas chercher plus loin l’explication du buzz sur la « prolifération » des rats à Paris.

Pourquoi aborder cet aspect des choses ? Parce qu’en référence à notre introduction, démonstration est faite qu’il est difficile de vivre harmonieusement avec des murinés qui sont mal connus. Notre mode de vie sociétal, pétri de contradictions, génère des mouvements « contraires » : tandis que les médias relaient des informations parfois alarmistes sur les rats de Paris, il y a des rats de compagnie, achetés en animaleries, des fora qui leur sont consacrés et on ne compte plus les sites Web d’éleveurs amateurs, sans parler de la pétition contre le « génocide des rats parisiens »… Selon le « camp », les arguments en faveur ou contre les rats sont à l’aune de l’inculture de notre société en matière murine : conceptions anthropomorphiques, chiffres faux, déformations de faits…

Pour comprendre pourquoi et comment nous en sommes arrivés là, finissons de jeter un œil dans le rétroviseur de l’histoire. Nous en étions restés aux romains et leurs murinés « commensaux ». Autant les première tribus germaines migrantes vers le sud, et les celtes installées en Bretagne et dans le Massif Central, cherchaient à se « fondre » dans le mode de vie et la culture romaines (les « gallo-romains »), autant la chute de l’empire mit fin à ces phénomènes d’intégration. L’instabilité politique qui suivit conduit nos lointains ancêtres à entourer leurs villes sans égouts de remparts, et à conserver leur nourriture sous le toit des maisons (greniers), un biotope idéal pour la prospérité de Rattus rattus, le rat noir (ou rat des greniers) ; et des pratiques en rupture avec le mode de vie romain (greniers indépendants protégés par de la glu)[2]. C’est la première étape de la perte de la culture du rat.[3]

Il faut attendre Pasteur et la découverte des micro-organismes pour que l’on s’intéresse à nouveau aux rats via la bactérie Yersinia pestis et la puce vectrice de peste Xenopsylla cheopis [4].

La 3ème République, qui institue l’école publique pour tous, inscrit la connaissance des « microbes » et les principes d’hygiène dès la maternelle. Nul doute que le rat aurait été lui aussi au programme puisque des études lancées dans le monde entier aboutissaient à un socle de connaissances suffisant pour concevoir des navires et des bâtiments « rat proofing » [5] et instaurer une gestion pragmatique des déchets dans toutes les grandes villes (notons l’initiative du préfet Eugène Poubelle avec l’obligation d’utiliser le réceptacle qui porte son nom – décrets de 1883 et 1884). Mais la guerre de 14-18, qui mit fin à la 3ème République, a fait perdre le rat en route dans les filières enseignantes.

Voilà pourquoi ni architectes, ingénieurs (et vétérinaires…) n’étudient les murinés en tant que nuisibles potentiels et les moyens de s’en préserver.

Oh, il ne s’agirait pas de passer des semaines sur le sujet, seulement 7 à 8 heures, le temps d’aborder des éléments simples de biologie, les performances physiques et l’éthologie. Avec quels savoir pratiques à retenir ? Par exemple :

  • Les rats sortent de leurs terriers quand nous rentrons chez nous en début de soirée et vont se coucher quand nous repartons au travail le matin ;
  • Ils sont irrésistiblement attirés par nos déchets alimentaires ;
  • Rats et souris rongent tous les matériaux sauf le béton sec et l’acier ;
  • Un souriceau passe dans une ouverture de 5 mm ;
  • Un rat saute à 70 cm et creuse facilement à 40 cm sous terre

Avec quels conséquences ?

Reprenons les éléments cités dans nos questions « dérangeantes » :

  • Des fondations de bâtiments d’élevage suffisamment profondes pour empêcher les rats de creuser en-dessous ;
  • En ville, sortie des ordures sur le trottoir en fin d’après-midi pour une collecte dans les heures suivantes (temps de latence le plus réduit possible) ;
  • En ville toujours, optimiser les nettoiements de trottoirs et terrasses de restaurants en les exécutant en soirée et pas au matin ;
  • Réfection des égouts anciens par du béton ;
  • Dans les locaux, étanchéification des passages de fluides (électricité, téléphone, Internet, gaz, eau de conduite et eaux usées) entre étages et parois, par des tampons de laine d’acier (faciles à poser et retirer pour d’éventuels travaux de maintenance) ;
  • Dans les locaux toujours, colmatage de passages potentiels par du béton et des interstices >= 5mm par du mastic répulsif (en vente chez les fournisseurs spécialisés) ;
  • Protection des installations électriques par une étanchéité à l’épreuve des murinés et, si besoin, un dispositif à ultrasons ;
  • Choix d’un isolant non alimentaire pour les câbles électriques et fibres optiques ;
  • Équiper les container à déchet d’une ouverture plus grande avec une grille en acier (mailles <5 mm) (et supprimer le trou existant et son bouchon si facile à égarer) ;
  • Fabriquer les poubelles Vigipirate en plexiglas et les placer à 70 cm de haut (les rats mettraient plusieurs heures à les percer), les multiplier et les vider fréquemment pour ne pas susciter des incivilités ;
  • Des dératiseurs efficaces (capables de dératiser un parc public en quelques jours) ;
  • Et surtout, un savoir partagé médias / grand public / décisionnaires / professionnels sur les réalités de la biologie et du comportement des murinés, qui éviterait les buzz infondés et les approximations / désinformations entendues ces derniers mois sur les stations de radio et les chaines de télévision.

En résumé, pour vivre en harmonie avec nos rats, il faut apprendre à bien les connaître afin de limiter leurs opportunités de nuisance. Nous venons de voir que cela n’a rien de bien compliqué.

Pierre Falgayrac

[1] La vidéo « virale » qui montrent des dizaines de jeunes rats dans un container ne peut pas être un hoax. Voir notre commentaire sur le site http://www.hoaxbuster.com/forum/rats-parisiens-video-choc

[2] « Pour en finir avec le Moyen-Age » de Régine Pernoud / Seuil et « La France avant la France », de Geneviève Bührer-Thierry / Belin

[3] Voir notre livre « Des rats et des hommes » / Editions Hyform 2013

[4] Voir notre article sur les zoonoses dues aux rongeurs dans la Dépêche Technique Vétérinaire n° 154

[5] « 1ère Conférence internationale du rat – Paris 1928 » – Gabriel Petit / Vigot Frères et   «  Le rat migratoire et sa destruction rationnelle – 1903 » – Emil Zuschlag / Kessinger

Quand la CS3D fait du lobbying politique

Stéphane Bras, porte-parole de la Chambre Syndicale des 3D (Dératisation, désinsectisation, désinfection) est interviewé par J-B Litzer dans le Figaro du 23 février 2018.

Bonjour Stéphane (puisque tu me lis) : et si nous débattions ?

Ainsi donc, il est demandé aux députés de faire voter une loi (une de plus…) portant obligation de contrôles réguliers et de visites des logements par des professionnels (de la Chambre Syndicale, il va sans dire….), puisque seulement 10 à 15% de ces logements disposeraient de contrats d’inspections régulières.

Où comment manipuler le gouvernement pour qu’il augmente la clientèle des entreprises de 3D, via une loi obligeant le recours à leurs services. Sur le modèle des assurances, donc…

On imagine les efforts déployés pour arriver à ce résultat. Qui soulève deux problèmes et une question :

  • Le premier problème, c’est que les professionnels des 3D sont directement responsables de l’apparition de rongeurs et insectes résistants aux biocides, par des techniques d’applications non raisonnées largement pratiquées depuis plus d’une trentaine d’années. Ils sont du coup un peu mal placés pour donner des leçons dans le genre yfoyakataka ;
  • Le second, c’est que les pratiques de prévention et de protection sont les fondements de la norme EN 16636, qui concerne tous les professionnels des 3D : Elles doivent être mises en œuvre avant tout traitement avec des biocides. Puisqu’elles relèvent donc des prérogatives des professionnels, pourquoi demander au gouvernement de pondre un texte obligeant propriétaires et bailleurs sociaux à faire ce travail à leur place ?
  • La question qui se pose alors est : pourquoi ne pas consacrer ces efforts plutôt vers les adhérents de la Chambre Syndicale, pour les former à appliquer concrètement la norme 16636 ? Autrement dit, leur apprendre à mettre en œuvre les techniques de protection et de prévention chez leurs clients, pour éviter un traitement avec biocides.

Lapidairement : pourquoi imposer législativement aux clients de faire ce qui relève normalement des professionnels des 3D ?

De l’art de se faire nommer conseilleur pour ne pas être payeur. Les vieux proverbes ont décidément toujours de l’avenir. Et pourtant…

Je ne révèle rien de secret en évoquant la journée sur le thème « Quel avenir pour les métiers des 3D ?», organisée par la CS 3D le Mardi 31 janvier 2017 à Courbevoie, que j’avais eu l’honneur d’ouvrir (merci Stéphane) avec mon propos sur « L’effet de bulle dans les 3D ». Je concluais en démontrant pourquoi et comment le métier devait changer : en retournant aux « fondamentaux » que sont le proofing et la prévention, avant d’utiliser des techniques d’application raisonnés de biocides. Une nouvelle orientation qui garantirait le maintien du chiffre d’affaire…

J’évoquais aussi la communication qui, à mon sens, devrait être dirigée vers le grand public plutôt que vers les politiques. Mais bon, la CS3D ne se refait pas…

Au fait, les « conseils dans les choix des matériaux », c’est vite vu, pour les rats et souris :

  • Les deux seuls matériaux qu’ils ne parviennent pas à ronger sont le béton et l’acier ;
  • Un souriceau ne passe pas dans une ouverture de 5 mm.

Donc :

  • Systèmes anti-intrusion à clapets (eaux usées) ;
  • Portes et plaques en acier ;
  • Grilles en acier avec des mailles <= 5mm ;
  • Colmatage des trous de passages des fluides (eau, gaz, électricité…) avec de la laine d’acier ;
  • Colmatage des autres interstices et passages potentiels avec du mastic répulsif.

Franchement, travailler les députés au corps pour obliger les clients à faire « ça », alors que les professionnels pourraient (devraient, même) le faire, dans le cadre de leurs contrats…

Le problème des punaises de lits est certes plus complexe, mais je crains qu’une loi imposant un contrôle systématique au départ d’occupants et un « bail de mobilité », outre qu’elle semble très difficilement applicable, présente un gros effet négatif : la stigmatisation des victimes des punaises des lits…

Là encore, l’incompétence de bien des professionnels des 3D est pointée du doigt : un traitement de punaises c’est des heures d’un travail méthodique et méticuleux (avec lampe frontale et loupe, pour repérer les punaises) ou le recours à un chien spécialisé. Ensuite, les techniques d’application raisonnée peuvent être déployées : insecticide microencapsulé pour les fortes infestations, vapeur pour les petites + traitement des meubles fortement infestés en autoclave thermique. Bref, des choses que pratiquent peu de « professionnels ».

Ce que je retire du buzz de ces dernier mois sur les rats parisiens, c’est que la Chambre Syndicale a entretenu la psychose en incriminant :

  • Les incivilités des uns et des autres, qui attirent les rats ;
  • L’Europe, qui complique la vie des dératiseurs en réduisant la toxicité des appâts raticides et en interdisant leur application directement dans les terriers ;
  • Le réchauffement climatique, qui favorise la prolifération des rats.

Qui sont en fait trois faux problèmes :

  • Les incivilités et le nombre des touristes sont stables depuis des années. Par contre, Vigipirate et ses poubelles ridicules, en nombre insuffisant et insuffisamment collectées, jouent un rôle certain pour attirer les rats (ça fait des années que je le dis sur mon blog ou dans la presse) ;
  • Un appât moins toxique doit être consommé en davantage de repas : cela ne change donc rien de fondamental (c’est comme prendre 2 cachets de 500mg au lieu d’un de 1000mg). Par ailleurs, il est possible d’utiliser des sprays de saveurs alimentaires pour « guider » les rats vers les stations d’appâtage ;
  • Le réchauffement climatique n’a rien à voir dans le nombre de naissances des rats : le surmulot vit aussi bien en Alaska que sous les tropiques. Seule la quantité de nourriture disponible conditionne sa prolifération.

Bref, jamais la CS3D n’a évoqué la nécessité pour ses dératiseurs de faire évoluer leurs pratiques professionnelles.

C’est pourtant bien une conclusion que l’on pouvait retirer de l’étude de INRA-VetAgroSup sur le parc des Chanteraines (voir un précédent article de ce blog : https://bloghyform.wordpress.com/2017/11/14/letude-de-linra-vetagrosup-et-de-linstitut-pasteur-sur-les-rats-captures-dans-le-parc-des-chanteraines-hauts-de-seine/) :

  • Tous les rats capturés vivants portaient des traces d’anticoagulants dans leur foie ;
  • La moitié d’entre eux étaient résistants à ces anticoagulants.

La faute aux rats ou aux dératiseurs ?

Pierre Falgayrac

Sur l’interview de Benoit Pisanu dans Maxiscences du 23/02/18

Maxisciences publie ce jour un interview en vidéo de Benoit Pisanu sur la vidéo virale des rats dans une benne à ordure : http://www.maxisciences.com/rat/interview-les-rats-ont-il-leur-place-en-ville_art40348.html

Les propos de ce chercheur en écologie du Muséum d’Histoire Naturelle révèlent un certaine méconnaissance des rats et des containers à déchets…

Au risque de me répéter (voir le précédent article de ce blog), la présence de jeunes rats dans ce container n’a rien d’étonnant : ils ont été attirés par les odeurs de nourriture qui en émanaient, et sont entrés par le trou de vidange des liquides, qui était dépourvu de son bouchon, et dont le diamètre est celui d’une entrée de terrier.

C’est justement parce qu’il n’y avait pas de « sortie » que les jeunes rats s’y sentaient en sécurité et ont décidé passer leur période de repos sur place, sans savoir qu’ils seraient réveillés par un éboueur quelques heures plus tard. Il faut remercier les ingénieurs qui conçoivent les containers à ordures sans tenir compte du mode de vie des rats…

Ceci étant, oui, M. Pisanu a juste en invoquant « quelque chose qui s’est passé dans leur environnement » et qui les a dirigé vers ce container (travaux probablement). Il y avait plusieurs dizaines de jeunes rats, donc des fratries issues d’une quinzaine de mères. Il s’agissait en conséquence d’un phénomène migratoire classique de jeunes générations forcées à migrer par le fonctionnement social des colonies de rats, basé sur la force physique : les plus forts mangent en premier, peu importe s’il ne reste rien à manger pour les plus faibles.

Par ailleurs, chaque colonie occupe un espace vital le plus réduit possible, afin limiter au maximum les déplacements. Cet espace vital comprend les terriers, les points de nourrissage et d’abreuvement, et les points de rongements (pour user leur dents hypsodontes). Les nouvelles générations, qui n’ont plus de ressources alimentaires dans cet espace vital occupé par leur parents et grands frères et sœurs, sont contraintes de migrer. Le moins loin possible et là où il y a de la nourriture.

Rien à voir donc, avec des « prises de risques », des « pièges non repérés », une quelconque « déroute » ou un « comportement inhabituel »…

Par contre, les propos sur la profusion des éclairages publics et l’activité quasi ininterrompue de citadins, sont intéressants pour expliquer la modification du comportement naturellement nyctalope de certains rats, qui sont désormais actifs le jour. Mais je reste néanmoins dubitatif, car l’activité principale des rats étant l’alimentation, ils s’adaptent à sa disponibilité. Encore une fois, toutes les vidéos de rats tournées depuis des années sur les pelouses et parcs parisiens montrent des rats en train de manger ou rechercher de nourriture, ou en train d’en transporter.

En matière d’étude sur ce sujet, je suggère tout simplement de filmer la nuit : il y a de fortes chances qu’on y voit des rats, toujours en train de manger ou de rechercher de la nourriture. Ceux s’activant le jour seraient donc les plus faibles, écartés des points de nourrissage par les plus forts aux heures « normales » d’activité des murinés.

Autre point : un surmulot adulte pèse 300 g, bien qu’il soit vrai que certains individus approchent les 500g (comme chez tous les mammifères, il y a des individus malingres, médians et costauds/ gros).

Quant au risque sanitaire présenté par le surmulot, à part la leptospirose pour les égoutiers, il est effectivement nul pour les parisiens.

Décidément, le buzz des rats parisien continue. C’est l’occasion de réaliser qu’il y a peu de véritables spécialistes du rat…

Pierre Falgayrac

L’émission « La curiosité… Les rats » de RTL lundi 12 février

Cette émission est écoutable en podcast sur le site de RTL :

http://www.rtl.fr/culture/medias-people/rats-et-chirurgie-esthetique-dans-la-curiosite-7792226580

Marc Giraud, naturaliste bien connu des ondes et de la TV, est interrogé sur les rats.

J’ai très attentivement écouté et « décortiqué » cette émission.

Et plutôt que de l’analyser point par point (comme je l’avais fait pour l’émission de Canal « Rats la poule aux œufs d’or ) je reprends les questions de Thomas Hugue et Sidonie Bonnec et y réponds.

Le lecteur qui aura d’abord écouté l’émission (ou qui l’écoute en même temps qu’il lit cet article) pourra donc se faire une opinion sur le sujet.

 

Sur la vidéo de la benne à ordure pleine de rats : Les rats sont-ils en train de nous envahir ?

Non. Les dizaines de rats de la benne sont des jeunes, qui ont pénétré par le trou d’évacuation des liquides qui avait perdu son bouchon, à la recherche de nourriture puis d’un abri pour dormir. C’est typiquement un phénomène migratoire, probablement dû à des travaux (au moment où la vidéo est tournée, les eaux commençaient à peine à monter. Ce ne sont donc pas les inondations qui sont la cause de leur présence…).

L’espace vital des rats est le plus réduit possible pour éviter les déplacements et donc l’exposition à la prédation. Ce n’est pas compatible avec un comportement de prolifération.

Depuis la nuit des temps, les rats régulent leur population en fonction de la nourriture disponible, et ne prolifèrent jamais. Le cas des îles où les rats on été introduits involontairement en témoignent : les rats n’y prolifèrent pas. Si les rats devaient nous envahir, ils l’auraient fait depuis longtemps et n’auraient pas attendu 2018.

 

Combien y a-t-il de rats par habitant en ville ?

En cœur de ville, là où il y a des égouts anciens, favorables au creusement de terriers, et des poubelles et déchets sur les trottoirs, il y a 1,65 rat / habitant. Il s’agit du surmulot, Rattus norvegicus, de mœurs souterraines, qui a pris la place du rat noir, ou rat des greniers, Rattus rattus, de mœurs arboricoles, lorsque la ville a changé au XIXème siècle. Les greniers abritaient de moins en moins de nourriture et devenaient des débarras, alors que les réseaux d’égouts s’étendaient en même temps que les déchets sur les trottoirs (préfet Eugène Poubelle), ce qui attirait les surmulots.

 

Les rats sont-ils plus nombreux en ville qu’à la campagne ?

Non, pas vraiment. Mais dans les fermes il faut compter en rats par têtes de bétail ou volailles. La campagne et ses fermes abritent les deux rats : le surmulot et le rat noir. Dans tous les cas, ville comme campagne, c’est la quantité de nourriture disponible qui détermine le nombre de rats.

 

En ville, les rats vivent-ils essentiellement dans les égouts ou ont-ils plusieurs sites d’habitation ?

Les reportages récents ont montré des terriers sur les pelouses parisiennes. Preuve que les rats font leur terrier au plus près de la nourriture, car ils craignent de se déplacer (peur instinctives du prédateur). Les égouts leur offrent justement un abri dépourvu de prédateurs, où ils concentrent leurs terriers autour des avaloirs correspondant à des ressources alimentaires en surface. Ils ne sont donc pas uniformément répartis dans le réseau.

Il sont nyctalopes. C’est à dire qu’ils commencent a chercher de la nourriture quand le soleil se couche et vont dormir quand il se lève. Ils ne sont pas lucifuges (ce qui signifie fuir la lumière), puisque des rats affamés sortent en plein jour.

 

Quel est leur taux de reproduction ?

Les femelles sont aptes à la reproduction entre leurs 2ème et 3ème mois. En ville, il est observé 4 portées par an, de + ou – 6 petits. Les rats sauvages vivent un an maximum. Donc, en théorie (ressources illimitées et zéro prédation), un couple de rats pourrait avoir 5.000 descendants par an. Mais dans la pratique, et sur le terrain, les rats régulent leur population en fonction des ressources vitales (alimentation et possibilités de terriers) sur un modèle courant chez les mammifères grégaires :

Les femelles dominantes en chaleur ne se laissent pas couvrir par les mâles et elles écartent les mâles des jeunes femelles en chaleur. Elles peuvent même tuer des petits. Il n’y a donc pas à délirer ou tirer des plans sur la comète avec les taux de reproduction théoriques des rats, puisqu’ils régulent leur population.

 

Les rats sont-ils agressifs ?

Non. Ils sont d’un naturel très craintif et prudent. Pour qu’un rat vous attaque il faut que vous lui fassiez peur ou l’attaquiez. Ce sont des mammifères qui se défendent comme tous les mammifères.

 

A quoi est liée la peur des rats ? Aux maladies ?

Elle est due à l’inculture de notre société en matière de rats. Leur mode de vie nocturne et leur comportement craintif les assimilent à des animaux mystérieux, inquiétants…

Or, ils sont nos commensaux, c’est à dire qu’ils vivent à proximité de nous sans trop nous nuire, depuis toujours. Ils nous connaissent donc mieux que nous, nous les connaissons…

Le rat noir est bien sûr associé à la peste, puisque c’est sa puce qui l’inocule. Nous le savons depuis 1914 et MM. Bacot et Martin. Or, le rat noir a disparu des villes et la puce du surmulot, qui le remplace, ne peut pas transmettre la peste. Mais comme on apprend rien sur les rats à l’école, et que le Web regorge de désinformations, beaucoup continuent à confondre les 2 rats.

Seul les égoutiers sont concernés par la leptospirose, contenue dans les urines des rats.

 

Le rat a-t-il toujours été là, en Europe ?

Il y a des preuves de la présence du surmulot en France dès le IVème siècle, sur le site de Tarquimpol, près de Metz. Il serait originaire du Lac Baïkal et aurait suivi les activités commerçantes et guerrières entre l’Asie et L’Europe. Le rat noir est en Europe du sud depuis toujours.

 

Quelles utilités peuvent avoir les rats ?

Ils font partie du biotope urbain et participent à résorber nos déchets. Le gaspillage alimentaire n’est pas gaspillage pour tout le monde… Un rat consomme l’équivalent de 10% de son poids par jour, donc 9 kg dans sa vie. Les plus ou moins 3,5 millions de rats parisiens consomment donc + ou moins 30.000 tonnes/an, que n’ont pas à manipuler éboueurs et balayeurs.

En outre, dans les égouts, en circulant dans les grilles d’avaloirs, ils évitent qu’elles se colmatent. Mais surtout, en creusant des terriers dans le limon des avaloirs, ils l’affaiblissent et permettent son lessivage lors d’épisodes orageux. Ce qui facilite le travail des égoutiers.

 

Que pensez-vous de la vidéo du rat qui se douche ?

Que c’est un fake. Je  me suis exprimé sur ce sujet sur le site Konbini : https://www.facebook.com/konbinifr/videos/355526468262864/ .

En résumé : gestuelle très humaine impossible à apprendre à un rat.

 

Votre avis sur les expériences avec rats de laboratoire. Ils seraient altruistes ?

Je connais très bien toutes ses expériences et je les commente sur mon blog, dans mon premier bouquin et dans un article publié dans la Dépêche vétérinaire ». Pour faire simple : Les rats de laboratoire n’ont rien à voir avec les rats sauvages. Pour valider ces expériences il faudrait les refaire avec des rats sauvages, et là elles n’auraient aucune chance de réussite. De même, lâcher les rats de ces expériences sur un trottoir au coucher du soleil, c’est les condamner à mort avant le matin.

Toutes les expériences avec des rats de laboratoire sont biaisées parce que les rats sont quasi apprivoisés. Voir les livres de Vinciane Despret « Penser comme un rat » et « Que répondraient les animaux si on leur posait les bonnes questions ? ». C’est comme si on faisait des expériences sur des détenus, pour en tirer des conclusions pour les gens libres d’aller et venir.

 

Quelle est la principale occupation du rat ? Ronger ?

Non, c’est manger : il consomme l’équivalent de 10% de son poids chaque jour, en plusieurs fois, sans faire de gros repas (car il ne peut pas vomir).

Une fois le ventre plein, il cherche quelque chose à ronger pour user ses incisives hypsodontes (à croissance continue). Les deux seuls matériaux qu’il ne peut pas ronger sont l’acier et le béton sec.

Ceci étant, il passe de 60 à 75% de son temps dans son terrier, et n’en sort que pour manger, boire et ronger, le moins loin possible. Les rats ne se déplacent « qu’utile ».

 

Les rats sont-ils solitaires ou vivent-ils en en société ?

Il vivent en colonies hiérarchisées sur le critère de la seule force physique. Les plus forts se reproduisent entre eux et creusent leurs terriers au plus près de la nourriture, pour y accéder en premier. Ce sont les alpha. Les rats de second rang, les bêta, n’accèdent pas aux femelles dominantes et mangent quand les alpha ont fini. Enfin les rats de dernier rang, les oméga, les plus faibles, vieux comme très jeunes, mangent en dernier.

Ces statuts ne sont pas figés. Un jeune commence toujours sa vie en oméga, en grandissant il devient bêta et peut-être un jour alpha. En vieillissant , il redevient bêta puis oméga.

Cette hiérarchie est le moteur de la migration : Quand les besoins en nourriture augmentent avec le sevrage des jeunes, ces derniers quittent le domaine vital des parents et de leurs grands frères et sœurs; c’est pourquoi il n’y avait que de jeunes rats dans la benne à ordure.

Les colonies peuvent compter jusqu’à une centaine d’individus issus d’un même couple. Quand des colonies cohabitent (égouts, gros corps de ferme), il y a peu d’échanges entre elles. Ce qui démontre un nouvelle fois une tendance à la non-prolifération.

Sur les points d’alimentation les dominants alpha n’aiment pas être dérangés quand ils mangent (comme les chiens et les chats). Les dominés bêta sont donc repoussés pendant un temps et mangent plus tard. Pareil avec les oméga. C’est ce qui explique les rats vus en plein jour : toutes les vidéo montrent des rats en train de manger, de transporter de la nourriture ou en recherche d’un repas. Rappelons que les rats ne se déplacent qu’utile !

Les attitudes de hiérarchisation de l’accès à la nourriture se retrouvent chez beaucoup de mammifères grégaires (qui vivent en troupeau, meute, harde…). C’est le cas chez les singes, les loups, les dingos d’Australie…

 

C’est sympa à élever un rat ?

Oui. Ils sont très attachants, câlins et propres… Mais il vivent maxi trois ans en captivité. C’est pour ça que je n‘en ai pas.

 

Il y a des rats enquêteurs pour la police scientifique des Pays-bas. On les utilise comment ?

C’est leur odorat, 1.000 fois plus discriminant que le nôtre, qui est utilisé, après apprivoisement, pour détecter drogue, explosifs, argent… Mais ils ne peuvent être utilisés que dans un endroit auquel ils sont habitués. Il « fonctionneront » moins bien s’ils sont trimballés sans arrêt. A moins qu’un policier en adopte un comme compagnon qui ne le quitte pas…

 

Comment démontrer l’intelligence des rats ?

Il sont des capacités cognitives adaptées  à leur tempérament craintif et commensal. Ils sont foncièrement plus débrouillards que les chiens, qui sont trop domestiqués.

Déjà, il y a les rats de laboratoire des expériences que vous citiez tout à l’heure : ils font exactement ce qui est attendu d’eux.

Il y a aussi Günther Sackmann et son numéro de cirque avec des rats et des ragondins.

Les rats se sont bien adaptés aux changement des horaires de ramassage des poubelles sur les pelouses parisiennes.

Ils traversent certaines rues, en passant sous les voitures à l’arrêt, au rythme des feux rouges. Ils ne voient pas les feux, puisqu’ils sont très myopes et voient en niveaux de gris, mais ils captent le « timing » « bruits et vibrations / moins de bruit et pas de vibrations ».

 

Se méfient-ils de la nourriture ?

Ils sont néophobes et se méfient de tout ce qui est nouveau dans leur environnement. Ils mettent donc plusieurs jours pour goûter un aliment nouveau. Mais je vous vois venir avec cette légende du « rat goûteur » ; elle remonte à l’utilisation de poisons rapides : Les souffrances d’un rat empoisonné par un raticide incitent ses compagnons à lui sentir le museau. Ils établissent alors un lien cognitif entre l’odeur de l’aliment et la souffrance : ils s’éloigneront de tout ce qui a cette odeur. Mais il ne s’agit aucunement d’un goûteur désigné, puisqu’il peut y avoir deux cas de figure :

  • 1/ Il n’y a plus assez de nourriture saine pour tout le monde, c’est donc un dominé qui se résoudra à tromper sa faim avec l’appât du dératiseur ;
  • 2/ Il n’y a plus du tout de nourriture saine. C’est donc un rat dominant qui mangera en premier la seule nourriture disponible : l’appât du dératiseur.

De toute façon les éléments de communication chez les rats, les odeurs (famille, reproduction, peur…), les cris suraigus (mères et petits, bagarres, copulation…) et l’urine (qui marque les abords de des terriers et des points de nourrissage) ne leur permettent pas de développer un langage et des connivences. Ils ne peuvent donc pas désigner un goûteur, un explorateur, une tête de turc…

La Mort au rat c’est long, comme effets ?

Non. Les anticoagulants affaiblissent progressivement les rats, qui ne manifestent pas de signes de douleur. C’est pour ça qu’ils continuent à manger l’appât empoisonné. Ils s’affaiblissent jusqu’au coma et meurent dans leur sommeil. Les anticoagulants respectent donc le bien être de l’animal, contrairement à ce que  pensent des personnes très mal informées.

Sur l’expérience des rats que l’on force à être fumeurs ?

Un cas maltraitance. Ils n’aiment pas la fumée et sont astucieux puisqu’ils colmatent le trou avec leurs excréments…

 

Le nez des rats est utilisé aussi en médecine ?

Oui, pour détecter la tuberculose dans les crachats des malades. Et il sont beaucoup plus performants et rapides que les machines électroniques très chères.

Mais ils sont aussi utilisé pour détecter les mines antipersonnel.

 

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Si vous avez écouté le replay de l’émission de RTL, vous aurez sans doute constaté que Marc Giraud, tout aussi sympathique qu’il soit, n’est pas un spécialiste du rat…

J’imagine qu’il a utilisé une partie de la semaine précédant l’émission a étudier la question « rats », puisqu’il a cité des éléments issus des médias récents, dont mes propos, qu’il a, disons, déformés (ah ! le rongement des grilles d’avaloirs et les 300.000 tonnes de déchets…).

RTL, qui m’avait contacté pour participer à cette émission, a tiqué devant mes frais de déplacement (plus de 700 € pour avion + taxi Perpignan/Orly A/R). Ce que je comprends mal, puisque France 5 comme ARTE les avaient pris en charge…

Bref, en faisant les radins et en la jouant facile avec le naturaliste maison, l’émission « La curiosité… » du lundi 12 février sur les rats est un patchwork d’approximations et de désinformations, qui n’a pas appris grand-chose d’utile aux auditeurs.

Mais l’émission était agréable à écouter. Après tout, si c’est ce qui est recherché…

 

Pierre Falgayrac

Les rats ne seraient pas responsables des épidémies de peste ; vraiment ?

Cette information fait le buzz depuis qu’une équipe de scientifiques a publié cette étude : http://www.pnas.org/content/early/2018/01/09/1715640115.abstract.

 

Il ressort des différents articles qui ont commenté cette étude que les rats noirs seraient moins impliqués que l’homme dans la propagation de la maladie :

http://www.lefigaro.fr/sciences/2018/01/15/01008-20180115ARTFIG00377-pendant-cinq-siecles-la-peste-suivait-l-homme-pas-les-rats.php

https://fr.sputniknews.com/sci_tech/201801171034773703-peste-vecteurs-rats-humains-puces/

http://mashable.france24.com/monde/20180117-peste-noire-rats-hommes-maladie-origine

https://sciencepost.fr/2018/01/ne-rats-ont-repandu-peste-noire/

Résumons :

En se basant sur les observations de foyers épidémiques connus (Madagascar, Congo, Pérou…), les chercheurs ont créé un modèle mathématique de propagation de la bactérie pesteuse sur trois scénarios différents :

  • Rats ;
  • Transmission aérienne ;
  • Puces et poux humains.

Et c’est le troisième scénario qui l’emporte.

Comme il est étonnant que le monde de l’information ne réalise pas que ce buzz tourne autour de la réinvention du fil à couper le beurre…

Premièrement, les rats :

Tous les historiens et auteurs qui ont traité de la peste, et ils sont nombreux (F. Audoin-Rouzeau, J. Brossolet & H. Mollaret, B. Coppin, J.Vitaux, W. Napphy & A. Spicer, D. Defoe, etc.) évoquent une épizootie avant le déclenchement de l’épidémie. C’est-à-dire qu’un grand nombre de rats meurent (de la peste) et c’est seulement ensuite que la maladie se propage chez les hommes.

Le modèle, connu, est pourtant repris dans l’étude scientifique : les puces infectées quittent les cadavres de rats et cherchent un hôte secondaire, les hommes.

Puisque la majorité des rats sont morts de la peste, il est évident qu’ils ne peuvent rien faire de plus pour la propager. Y avait-il besoin d’un modèle mathématique pour les dédouaner ?

Deuxièmement, la transmission aérienne :

C’est pour l’éviter que les médecins portaient de longs « becs », afin de respirer loin des pestiférés.

Il est évident que dans la maison d’un pestiféré, ses éternuements et toussotements propagent la maladie aux autres occupants. C’est le cas de quantités de pathologies. Y avait-il besoin d’un modèle mathématique pour le confirmer ?

Troisièmement : Puces et poux humains

Alors là… La puce de l’homme (Pulex irritans) ne peut pas transmettre la peste. Ce sont Bacot & Martin qui le démontrent (voir plus bas). Sans doute l’équipe scientifique pense à la puce pesteuse (Xenopsylla cheopis) en provenance des rats morts, mais ce n’est guère rigoureux de l’affubler du titre de « puce humaine »…

Il n’y a rien d’étonnant à ce que les pestiférés propagent leurs puces dans la maisonnée, lorsqu’ils se déplacent, s’asseyent ou se couchent… Encore une fois, l’évidence s’impose : la maladie se transmet par promiscuité, qui favorise l’échange de parasites infectés (Cf. la Gale).

Quant au pou de l’homme, il n’a jamais été trouvé que quelques bactéries Yersinas pestis sur sa tête et rien n’a jamais été démontré sur la manière dont elles auraient pu infecter l’homme (Les chemins de la peste – F. Audoin -Rouzeau).

Bon sang, mais c’est bien sûr : ce sont les puces qui propagent la maladie. Mais nous le savons depuis 1898, grâce à des expériences scientifiques, sans modèle mathématique…

Faisons le point :

En 1898, à Karachi, Paul-Louis Simond s’interroge après qu’un rat noir sain (Rattus rattus) contracte la peste une fois installé dans la cage d’un rat pesteux mort. Il découvre alors que c’est la puce du rat Xenopsylla cheopis, commune en zone tropicale, qui est porteuse de Yersinia pestis, qu’elle transmet au rat, ou à un humain, lors d’une piqure. Il déclare : « Ce jour-là, le 2 juin 1898, j’éprouvais une émotion inexprimable à la pensée que je venais de violer un secret qui angoissait l’humanité depuis l’apparition de la peste dans le monde ». Ainsi, PL. Simond démontre expérimentalement ce dont bien des asiatiques se doutent depuis longtemps, en disant que « la peste monte de la terre » (un « indice » qui n’avait pas alerté Alexandre Yersin, le découvreur de la bactérie pesteuse).

Cette découverte déclenche des recherches sur les rats et leurs puces dans le monde entier. C’est ainsi qu’il est compris, en quelques années, que chaque animal a une puce qui lui est inféodée, que certaines puces ont un hôte secondaire, voire exceptionnel, mais qu’elles ne peuvent pas toutes transmettre des germes pathogènes. En 1914, Bacot et Martin ont montré que Yersinia pestis en se multipliant formait un « bloc » au niveau du proventricule (zone entre l’œsophage et l’estomac) de Xenopsylla cheopis. Ce “bloc” en aval des pièces buccales empêche le sang ingéré de poursuivre dans le reste de l’intestin avec pour conséquence une augmentation de la fréquence des tentatives de prise de repas de sang de la puce, qui ne peut alors que régurgiter les bacilles de la peste. Ce mécanisme apparaît particulièrement facilitateur de la diffusion de la maladie. La puce ne pouvant plus se nourrir, elle finit par mourir. La peste n’épargne même pas son principal vecteur…

 

Donc :

Une étude bien creuse qui réinvente le fil à couper le beurre avec des mathématiques, en oubliant les travaux des pionniers. Quel dommage que PL Simond n’ait pas publié sur Google Scholar !

Mesdames et Messieurs Katharine R. Dean, Fabienne Krauer, Lars Walløe, Ole Christian Lingjærde, Barbara Bramanti, Nils Chr. Stenseth et Boris V. Schmid, réalisez-vous que nous savons depuis le XIXème siècle ce que vous mettez en évidence dans votre étude de 2017 ?

Il n’empêche que disculper les rats noirs (Rattus rattus) pour faire porter le chapeau à leurs seules puces et d’hypothétiques poux est un artifice qui ne tient pas : il ne peut pas y avoir de Xenopsylla cheopis sans Rattus rattus. Le couple rongeur/puces est donc indissociable des épisodes pesteux dans les villes du moyen-âge.

Pierre Falgayrac

http://www.hyform.fr

L’étude de l’INRA – VetAgroSup et de l’Institut Pasteur sur les rats capturés dans le parc des Chanteraines (Hauts-de-Seine)

Cette étude fait le buzz et occasionne des articles pitoyables sur bien des médias (Consoglobe, Sixtualités et LCI notamment, Presse INRA et Sciences et Avenir dans une moindre mesure). Pourquoi « pitoyables » ? Parce qu’aucune analyse en profondeur ne préside à l’écriture des articles, ce qui amène à des conclusions aussi creuses qu’injustement alarmistes.

Résumons les faits

86 rats surmulots ont été capturés dans le parc, puis euthanasiés à fin d’examens. Les résultats mis en avance dans tous les médias cités (et d’autres), sont les suivants :

  • Grande diversité génétique (c’est à dire que la majorité des rats n’étaient pas parents entre eux et arrivaient de l’extérieur du Parc) ;
  • Des résidus de plusieurs molécules raticides (anticoagulantes) trouvées dans les foies, et plus de la moitié des rats résistaient à ces molécules ;
  • 16 parasites identifiés, potentiellement vecteurs de zoonoses.

Les conclusions de tous les articles vont dans le même sens : il faut mieux gérer nos déchets (qui attirent les rats) et développer de nouvelles molécules raticides pour remplacer les anticoagulants. Gwenaël Vourc’h, l’auteure de l’étude, écrit que « Les résultats de ces travaux seront très utiles pour développer et mettre en œuvre des méthodes de lutte intégrée contre des populations de rongeurs en milieu urbain, respectueuses de l´environnement et adaptée au contexte local ». Avec tout le respect dû à cette personne, je considère qu’il s’agit de propos peu consistants et contradictoires avec les résultats obtenus : Il y a des lustres que les techniques de lutte intégrée sont connues (elles sont d’ailleurs le fondement de la norme européenne EN 166-36, qui est le nouveau standard de référence des professionnels), et ce sont les mauvaises pratiques de professionnels formés par des fournisseurs de biocides (cherchez l’erreur…) qui ont rendu inefficaces les anticoagulants, dont l’usage raisonné préserve l’environnement. Ce que montrent d’ailleurs les résultats de l’étude !

Développons

Commençons par ce qui n’est pas mis en évidence dans l’étude : ses tenants et aboutissants.

  • La majorité des rats capturés pesaient 200 grammes. Or, les rats adultes pèsent de 300 à 350 g ; il n’y a donc que des jeunes ou des rachitiques qui ont été capturés. L’étude est dés lors incomplète ;
  • Il n’y a aucune indication sur des travaux récents ou en cours à proximité du parc. Or, le surmulot est un migrateur instinctif, qui s’installe au plus près de la nourriture, et y reste tant que les conditions ne changent pas. D’où venaient donc les rats capturés dans le parc ? Ce point n’est pas abordé dans l’étude, alors même qu’il est évoqué des « connections spatiales et d´échanges génétiques entre différentes populations de rats au-delà des limites du parc et du périmètre de dispersion fréquemment admis pour ces animaux. ». Le cas de la ville de Paris montre bien que ce sont les nombreux travaux en cours qui provoquent des migrations de rats en surface. Il aurait donc convenu de rechercher les causes de la présence des rats « étrangers » au parc;
  • Les parasites identifiés sont présent sur les rats depuis toujours et n’ont à ce jour pas occasionné de zoonoses. Pourquoi donc évoquer de « potentielles transmissions à l’homme» et affoler inutilement les lecteurs ? (voir un précédent article de ce blog sur les « 18 nouveaux virus de rats » découverts par les américains).
  • Et surtout, pourquoi en sommes-nous arrivés à cette situation ? Pourquoi les rats résistent-ils aux anticoagulants ?

 

Des éléments de réponses se trouvent dans le dernier numéro de Nuisibles et Parasites Informations (le magazine du milieu professionnel), à la rubrique « Expertise – Rongeurs, adapter la lutte à la saison »

Il est conseillé « d’appliquer des appâts placebo (sans poison) pour habituer les rongeurs, et d’effectuer une visite de contrôle 2 mois maximum après la mise en place. En cas de consommation nulle, on regarnira les postes à l’aide placebos « frais ». En cas de consommation modérée, on les remplacera par des produits à base de bromadiolone. Si la consommation dépasse 60%, il faut passer au traitement de choc en doublant la quantité de postes, en utilisant des appâts à la diféthialone, qui procure un effet choc, pour garnir les nouveaux et remplacer les appâts anciens. Il sera éventuellement nécessaire de réorganiser le plan de dératisation (emplacement des postes d’appâtage) pour se rapprocher des zones de passages et de consommation »

Oui, vous avez bien lu, un expert préconise de dératiser « à l’envers » : si le dispositif ne fonctionne pas bien, il convient de repérer les zones de passage et consommation… Alors que la norme EN166-36, le nouveau standard européen du métier, édicte avec raison qu’il faut commencer par là ! Notons que l’expert préconise aussi de maintenir des postes inutiles (ceux où il n’y a pas de consommation).

Le récent audit que nous avons réalisé pour une ville portuaire (second port céréalier de France) confirme que les professionnels pratiquent bien ainsi : 80 postes d’appâtage avec appâts à la diféthialone sont répartis dans des enrochements et sur les quais. Ils sont suivis tous les deux mois, avec renouvellement des appâts là où il y a eu de la consommation.

Que se passe-t-il réellement lorsque il est dératisé de la sorte ?

Rappelons que les rats consomment l’équivalent de 10% de leur poids par jour, en grignotant tout au long de leur période d’éveil. Que ce soit dans les parcs ou un port céréalier, la nourriture saine est abondante. Les consommations partielles d’appâts indiquent donc que les rats se nourrissent sainement par ailleurs, et ne consomment pas suffisamment d’appâts empoisonnés pour mourir.

Autrement dit les experts des fournisseurs de biocides apprennent à leurs clients à fabriquer des rats résistants aux anticoagulants. Voilà ce que démontre en fait l’étude de Mme Gwenaël Vourc’h.

Comment faut-il dératiser avec les anticoagulants pour ne pas générer de la résistance ?

1/ Identifier et quantifier le nombre de rongeurs présents sur un site (analyse des fèces (ou crottes), des points de boisson, de nourrissage et de dégâts, des traces de passage ; repérage des terriers ou de leur emplacement probable…) ;

2/ Gérer les déchets, supprimer autant que faire se peut la nourriture saine ;

3/ Obturer les passages utilisés et potentiels avec de la laine d’acier ;

4/ Si possible, utiliser en priorité des pièges sans biocides à prises multiples (nous préconisons les Mimetic Mhouse pour leur rapport efficacité/ prix), et des ultrasons ;

5/ Améliorer l’appétence des appâts anticoagulants (difethialone ou brodifacoum) avec des saveurs culinaires, ;imprégner les boites d’appâtage sécurisées d’odeurs alimentaires. Manipuler ces choses avec des gants de peau (gants de bricolage), imprégnés d’odeurs alimentaires et/ou naturelles (terre) ;

6/ Placer les dispositifs au plus près des nidifications, en nombre suffisant pour que tous les rongeurs accèdent aux appâts (un seul rat à la fois peut pénétrer dans un poste d’appâtage) ;

7/ Suivre à +3 jours maximum (le lendemain pour les souris). Renouveler les appâts jusqu’à l’arrêt des consommations (autrement dit, la majorité des chantiers sont achevés en une à deux semaines)

8/ Tout enlever quand c’est fini.

Bien sûr, la dératisation d’un parc aussi vaste que celui de Chanteraines ne peut pas s’envisager aussi simplement : une expertise sur place est nécessaire pour établir un plan de lutte cohérent, qui s’étalera dans le temps puisque des rats arrivent de l’extérieur.

Concluons

L’étude de Mme Gwenaël Vourc’h démontre que les protocoles de dératisation pratiqués par les professionnels sont peu efficaces et génèrent des rats résistant aux anticoagulants. Ce n’est pas la découverte de nouvelles molécules qui résoudra le problème, mais bien une refonte du métier de dératiseur.

Et là, il y a du travail… Les fournisseurs de biocides sont d’importants cotisants de la Chambre Syndicale 3D, ils dispensent des formations et certifications qui avalisent les pratiques de « poseurs de boite et puis s’en vont », et ont la mainmise sur le contenu du seul magazine professionnel (N&PI).

Ou quand le lobbying devient gabegie.

Pierre Falgayrac

http://www.hyform.fr