Covid 19 et désinfection

Pour bien comprendre le sujet, rappelons quelques éléments de biologie et de désinfection.

Les microbes

Les microorganismes unicellulaires, ou microbes, sont les bactéries, les micromycètes (moisissures, levures) et les protozoaires. Ils sont constitués d’une membrane sélectivement poreuse et d’un noyau où se trouve le patrimoine génétique.

Ils se reproduisent par mitose ou scissiparité.

Dans des conditions optimales, une division se produit toutes les 20 minutes. Une bactérie peut donc se multiplier en un milliard en 12 heures.

Pour ce faire, les microbes ont besoin :

  • De nourriture ;
  • D’humidité ;
  • De chaleur (généralement de 30 à 40°).

Quand ces conditions ne sont pas réunies, les microbes vivent au ralenti ou meurent. D’où la conservation des aliments au froid, en milieu stérile (conserve) ou sous vide.

Certaines bactéries peuvent sporuler, c’est-à-dire s’envelopper d’une carapace très résistante, qui disparaitra lorsque les conditions redeviendront bonnes.

Un virus n’est pas à proprement parler un organisme vivant. Il s’agit de petit amas de protéines et d’un « bout » d’ADN, qui « trompe » la bactérie ou la cellule corporelle et parasite son noyau. En se multipliant, la bactérie ou la cellule corporelle multiplie aussi le virus.

Transmission des microbes

Ben sûr que des « droplet » (éternuements) peuvent répandre des microbes jusqu’à 80/90 cm autour de nous, qui resteront en suspension dans l’air quelques secondes. D’où la distanciation officielle d’un mètre. Mais c’est surtout par les mains que se transmettent les microbes. Tout ce que touchent des mains contaminées est susceptible d’être contaminant.

La désinfection et les désinfectants

On ne peut désinfecter que des surfaces propres (l’infirmier nettoie une plaie avant de la désinfecter).

Les désinfectants autorisés répondent aux normes NF EN 14885 (Europe), 1276 et 13697 (bactéricides), 14476 (virucides), 1650 et 13697 (fongicides), NFT (lavage des mains).

Il est distingué les actions :

  • BACTERICIDE : les bactéries sont tuées ;
  • BACTERIOSTATIQUE : Inhibition momentanée du développement bactérien ;
  • FONGICIDE : les champignons et leurs spores sont tués ;
  • FONGISTATIQUE : Inhibition momentanée du développement des moisissures et champignons ;
  • SPORICIDE : Les spores bactériennes sont tuées ;
  • VIRUCIDE : les virus sont inactivés.

Tous les désinfectants percent la membrane cellulaire, seuls les virucides détruisent aussi le noyau et son ADN.

Il est donc clair qu’un désinfectant bactéricide n’est pas actif sur Covid 19, seul un virucide le serait.

Les termes Désinfection et Décontamination sont d’ailleurs officiellement définis. En simplifiant, la décontamination n’est pas active sur les virus, la désinfection, si.

Sur les gestes barrière

La doxa médiatique présente comme solutions efficaces pour éviter d’être contaminé ou contaminant :

  • Le port du masque ;
  • Le lavage fréquent des mains avec un gel hydroalcoolique.

Ce qui soulève plusieurs remarques et questions.

1/ Les masques soi-disant étanches au Covid 19 sont pure affabulation : un virus est certes 40 à 60 fois plus petits qu’une bactérie, mais nous avons vu qu’il ne peut être actif que lorsqu’il parasite une bactérie ou une cellule corporelle. Un simple masque antipoussières est donc suffisant. Le masque protège les autres de nos droplet, il est donc Inutile d’utiliser des masques chirurgicaux ;

2/ Les gels hydroalcooliques courants sont simplement bactéricides, donc inefficaces sur Covid 19. Leurs étiquettes indiquent parfois qu’un lavage chirurgical des mains, avec effet virucide, doit durer 10 minutes. Ce que personne ne fait ;

3/ Quel est intérêt de se laver les mains avant de faire les courses ou d’entrer dans un lieu accueillant du public ? Aucun. Cela revient à toucher des surfaces potentiellement contaminées avec des mains propres ;

4/ Dés lors que nous manipulons un clavier de paiement par carte, une poignée de porte ou n’importe quelle surface susceptible d’avoir été touchée par d’autres, il y a risque de contamination. C’est donc juste après qu’il faudrait se désinfecter les mains. Qui le fait ? Peu de personnes…

Les recommandations officielles sont donc perfectibles.

Au quotidien, que faire pour se protéger et protéger les autres efficacement ?

1/ Porter un masque simple dés que nous sortons de la maison ou de notre voiture ;

2/ Disposer d’un flacon de gel hydroalcoolique virucide et se laver les mains après chaque manipulation de poignée de porte, clavier, interrupteur, volant de véhicule, barre de maintien dans un transport en commun, etc.

A propos des microbes pathogènes

Tous les microbes et virus sont utiles là où ils se trouvent, dans l’ordre naturel des choses.

Certains peuvent devenir pathogènes, c’est-à-dire nuire à notre santé, lorsqu’ils se trouvent là où il n’est pas prévu qu’ils soient.

Par exemple, la célèbre Escherichia Coli est naturellement présente au fond de nos intestins ; elle déclenche l’envie d’aller aux toilettes. Quand, par manque d’hygiène, elle se retrouve dans l’estomac et au début de l’intestin, elle fait ce pour quoi elle existe : signal d’évacuation. D’où diarrhée…

Les salmonelles sont naturellement présentes dans le système digestif des serpents asiatiques. Lorsque les éleveurs avicoles ont trouvé que les plantes fourragères chinoises étaient moins chères, une fois importées, que les produits européens, ils en ont nourri leurs élevages. Or, des déjections de serpents s’y trouvaient, qui contaminèrent toute la filière…

Quant au Coronavirus, présent dans le système digestif des chauves-souris, il s’est retrouvé dans celui des pangolins, insectivores eux aussi et qui fréquentent les lieux de repos des chauves-souris. La promiscuité dans les marchés traditionnels chinois a contaminé les hommes, et les voyages intercontinentaux ont assuré sa dissémination.

Autrement dit, la course effrénée à la rentabilité des élevages et les voyages par avion sont directement responsables de zoonoses récentes.

Accord de partenariat entre la CS3D et le Ministère de la Ville et du Logement pour lutter contre les punaises des lits

Il est ligne sur le site de la CS3D, accessible aux seuls adhérents.

L’objet de ce partenariat est « de structurer la filière pour donner des références et des gages de qualité aux propriétaires et aux occupants de logements infestés ».

D’après le Ministère, la CS3D « représente 80% des acteurs du marché avec ses 180 adhérents et travaille en étroite collaboration avec la communauté scientifique (entomologistes, vétérinaires, chercheurs…) ».

C’est une demi-vérité qui fait fi de cette réalité :

Une image contenant texte

Description générée automatiquement

La CS3D est très loin de représenter 80% des prestataires, elle regroupe seulement 100% des très grosses entreprises du secteur et une minorité de TPE. Quelle légitimité a-t-elle donc pour rouler dans la farine un ministère ?

Car il s’agit qu’il :

  • S’engage à promouvoir les gestes de prévention et les recommandations formulés par les experts ainsi que les protocoles-types pour les interventions dans l’habitat et les immeubles de logements collectifs ;
  • Valorise les formations à destination des professionnels et recommande aux particuliers de s’orienter vers les prestataires référencés (tous adhérents de la CS3D, il va sans dire) ;
  • Assure l’information sur le dispositif de certification ou de labellisation vers les particuliers (spots TV souhaités ????) ;
  • Mobilise l’Agence Nationale d’Information sur le Logement (AFNIL) et son réseau départemental pour qu’ils adoptent les préconisations et protocoles de la CS3D.

Que s’engage à faire la CS3D ? (Qui a déjà beaucoup de travail pour préparer la fusion de branche…)

  • Construire des protocoles -types selon la nature et l’importance des infestations (échéance 30 juin 2020) ;
  • Délivrer des formations aux professionnels conformes à l’EN 16636 (par les formateurs de la CS3D, forcément – échéance 1er septembre) ;
  • Mettre en place un dispositif de certification ou de labellisation pour les professionnels adhérents (échéance 31 décembre).

La CS3D et son quarteron de scientifiques inféodés ignorent-ils donc cette publication du CNEV (Centre National d’Expertise sur les Vecteurs) de 2015 (2ème édition…) « Les punaises de lit Cimex lectularius et Cimex hemipterus Biologie, Lutte et Santé publique » (en ligne ici : https://www.researchgate.net/publication/284166985_Les_punaises_de_lit_Cimex_lectularius_et_Cimex_hemipterus_-_Biologie_lutte_et_sante_publique) ?

Qui contient déjà TOUT ce qu’il convient de savoir sur les punaises des lits et les moyens de lutte, je dis bien TOUT ?

  • Quel intérêt de mobiliser du monde pour refaire la même chose ?
  • Quel intérêt de dispenser des formations théoriques qui n’apprendront rien de plus que ce contient ce document ?
  • Quel intérêt d’ajouter une surcouche de certification à l’EN16636, qui regroupe l’ensemble des nuisibles ?

La seule réponse possible est : lobbying. De l’art de faire payer au gouvernement une campagne de communication au profit de la seule CS3D. Cet accord pue effectivement l’illégalité et l’abus de position dominante. Nous le dénonçons.

Finalement, Covid 19 a du bon puisqu’il a manifestement chamboulé le planning initial.

Pendant ce temps, le Syndicat National de l’Hygiène (SNH) bosse et propose une « Certification punaises de lits » pour ses adhérents qui s’engagent à respecter des protocoles de lutte raisonnée exposées dans on prochain bulletin.

Pierre Falgayrac

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Le réchauffement climatique ne peut pas justifier la prolifération des rats à Paris

Il s’agit d’un article de Nicolas Berrod dans Le Parisien du 23 janvier dernier, qui a pour titre « Municipales à Paris : les rats prolifèrent-ils plus vite avec le réchauffement climatique ? »

Je suis cité à plusieurs reprises dans cet article, mais mon commentaire sur le site Web du quotidien a été censuré. Allez comprendre…

Les propos de Virginie Lattard, chercheuse à l’INRAE m’ont interpellé : « Globalement, il y a plus de rats dans les pays chauds que dans les pays froids (…) lorsqu’il fait chaud, la période de reproduction des rats, de plusieurs mois en temps normal, peut être rallongée de quelques semaines. Ce qui leur laisse potentiellement davantage de temps pour proliférer (…) La pullulation est plus importante lorsqu’il fait chaud, donc le réchauffement climatique a probablement un rôle. Mais personne ne pourrait dire dans quelle proportion, faute d’avoir des études plus complètes sur la physiologie du rat. »

Tous ces propos sont infondés. Comment cette personne peut-elle affirmer qu’il y a davantage de rats dans les pays chauds alors qu’elle ignore dans quelles proportions ? Il n’y a aucune rigueur scientifique dans cette assertion. S’il y avait davantage de rats en Amérique du sud ou en Afrique qu’en Europe, pourquoi n’en parle-t-on jamais ?

Partout dans le monde, c’est la quantité de nourriture disponible qui conditionne le nombre de rats et jamais la température, surtout que le surmulot, le rat d’égout, n’aime pas la chaleur ! Il affectionne en effet les endroits humides et frais…

Quant à déplorer « l’absence d’études plus complètes sur la physiologie des rats », c’est un aveu d’incompétence : il y a des dizaines d’années que l’on sait TOUT sur le rat d’égout, je dis bien TOUT. Entre les études en ligne sur Google Scholar et les livres publiés depuis 1904 comme « Das Rattenbuch » de M. Koller et les écrits de M. Rode (entre les deux guerres) puis de M.Giban (dans les années 50), MM. Robitaille et Bovet (1976), etc. tout ce qui concerne la biologie, la physiologie et l’éthologie des rats est connu et accessible.

Quant à l’argument du réchauffement climatique qui fait proliférer les rats, il est bien pratique pour Anne Hidalgo, qui se dédouane du problème : « Un certain nombre d’experts m’ont dit – et j’avoue être tombée de ma chaise – qu’avec le changement climatique, les rats font une portée supplémentaire par an. Une portée de rats, c’est huit petits rats. »

Je me demande bien qui sont ces « experts »… Et le Parisien de ressortir ce tableau :

Qui est totalement faux. Pourquoi ?

1/ Parce que les rats régulent leur population en fonction des ressources vitales (voir de précédents articles de ce blog). D’ailleurs, en ville (gros avaloirs d’égout, bas d’immeubles de la première couronne, jardins des Plantes…) il est dénombré un maximum de 600 rats. Bien loin du chiffre théorique de 46.410…

2/ Reportons cette logique mathématique aux humains : une femme peut avoir un enfant tous les 9 mois entre ses premières règles et sa ménopause, soit 45 à 50 enfants uniques, ou 90 à 180 si elle a des jumeaux. Cela ne s’est jamais vu (Google vous chalutera un maximum de 69 enfants). La moyenne de la natalité mondiale est entre 1 et 5 enfants. Eh bien pour les rats, c’est pareil : ils n’en ont pas autant que ce que prédit la théorie. Il est inutile et malhonnête de tirer des plans sur la comète avec ce genre de tableau.

Parlons à présent du réchauffement climatique. D’après le site climate-data-org, ces dernières années, les températures moyennes sont de 11,3° pour Paris et 14,2° pour Marseille.

Comme il fait plus chaud à Marseille, il devrait donc s’y trouver davantage de rats qu’à Paris, n’est-ce pas ? Et pourtant, à Marseille les plaintes adressées via le service Allo Mairie ou d’autres canaux, comme les courriers aux élus, sont passées de 990 en 2016, à 396 en 2018. (Soit trois fois moins – NDLA) – Monique Daubet, élue en charge de l’hygiène, citée ici https://www.20minutes.fr/societe/2636779-20191026-marseille-apres-rats-villes-semblent-perdre-terrain-rats-plages-affut )

Voilà qui invalide totalement l’argument du réchauffement climatique parisien pour expliquer la prolifération des rats.

Au fait, pourquoi les signalements de rats ont-ils baissé à Marseille en une année ?

Il se trouve que j’ai réalisé en 2018 un audit sur la gestion globale des rats à Marseille, pour le compte de la SERAMM, qui gère les égouts et la station d’épuration de la ville, et est délégataire de la Mairie pour la dératisation.

Je ne révèlerai pas ici les préconisations de mon audit, mais il est évident que c’est leur mise en œuvre qui a produit ces bons résultats.

La Ville de Paris ne veut pas de mes services ? Tant pis pour elle.

Pierre Falgayrac

http://www.hyform.fr

Quand la science se dévoie

Deux expériences de laboratoire avec des rats ont fait le buzz en fin d’année dernière :

Les rats ont été dressés à conduire de petits véhicules électriques avec de la nourriture, comme le font tous les dompteurs et apprivoiseurs d’animaux de la planète.

Des examens ont permis de constater que les rats qui conduisent sont moins stressés que leurs passagers (NDLA : comme chez les humains, donc), ce qui confirme de précédentes expériences avec des rats moins stressés quand ils maîtrisent des tâches difficiles.

« Cette découverte pourrait être utilisée pour comprendre comment l’acquisition de nouvelles compétences soulage le stress et l’influence des conditions neurologiques et psychiatriques sur les capacités mentales » (sur les humains), dit l’équipe de chercheurs.

Quelle découverte ? Il y a longtemps que l’on sait que les processus de motivation au travail reposent sur l’accroissement accepté de davantage de responsabilité et de complexité des tâches. Voir notre article de blog sur ce sujet ici : https://bloghyform.wordpress.com/2007/09/19/la-motivation-au-travail/

Et l’équipe d’ajouter : « (…) par exemple, les tests de conduite pourraient être utilisés pour sonder les effets de la maladie de Parkinson sur la motricité et la conscience de l’espace, ou les effets de la dépression sur la motivation, dit-elle. « Si nous utilisons des modèles plus réalistes et stimulants, cela peut fournir des données plus significatives ».

Le problème, comme nous l’écrivions déjà en 2007, est que la psychologie humaine à peu à voir avec celle des animaux, notamment parce que tous, et particulièrement les rats, n’ont pas d’égo, alors que les humains…

Comme l’a écrit l’éthologue Vinciane Despret, « les expériences sur les animaux de laboratoire nous en apprennent davantage sur les chercheurs que sur les animaux ».

Ceux de cette expérience sont donc des bricoleurs amusants.

Pour les rats qui jouent à cache-cache, la motivation de l’expérience scientifique est pitoyable : « Le neuroscientifique Michael Brecht de l’Université Humboldt de Berlin a eu l’idée de son expérience sur YouTube. « Il y a toutes ces vidéos YouTube de propriétaires d’animaux qui disent que leurs animaux aiment faire cela », dit-il. Bien qu’il soit notoire que les rats jouent souvent à des jeux compliqués, le cache-cache est tellement plus élaboré que Brecht s’est demandé s’ils pourraient le faire réellement. »

Michael Brecht écrit :« Après avoir vécu dans des cages, il a fallu un peu de temps pour que les six rats mâles adolescents de l’expérience se sentent à l’aise dans la pièce spacieuse. Mais une fois qu’ils se sont sentis en sécurité, ils étaient prêts à jouer. »

Nous avons donc à faire à des rats conditionnés, qui ont été apprivoisés (« entraînés ») par des récompenses : des caresses et des chatouilles.

L’article de Sciencemag dit : « De nombreux scientifiques pensent que c’est trivial, mais ce sont des comportements très complexes » parce que les rats assument des rôles différents, suivent des règles et même élaborent des stratégies pour se cacher, dit Brecht.

Et d’étudier le fonctionnement neuronal de la chose, dans le cortex préfrontal (impliqué dans les stratégies d’apprentissage chez les hommes, qui sont des mammifères comme les rats).

Brecht redécouvre alors que les rats ont des capacités cognitives… La cognition, pour faire simple est la faculté d’apprendre de nos expériences, sur le schéma « l’eau ça mouille, mais la pluie moins qu’un bain ». C’est grâce aux capacités cognitives des rats et des ragondins que Gunter Sacckman réalise un numéro de cirque : https://youtu.be/89w2iO5id2c?t=12 .

La science ne découvre donc rien de nouveau et s’interroge sur les motivations des rats apprivoisés : jouent-ils à cache-cache pour le plaisir ou pour une récompense ? Il est supposé que c’est pour le plaisir, et de conclure que les rats disposent « de rudiments du comportement humain ».

Comme tous les mammifères et bien des oiseaux…

Nos animaux de compagnie chiens, chats, perroquets, perruches, canaris, etc. apprécient aussi de jouer avec leurs maîtres quand les conditions sont sécurisantes. Le cortex préfrontal (chez les mammifères) est forcément impliqué à chaque foi ; est-ce une découverte scientifique ? Non.

Que ce serait utile, en revanche, que la science analyse l’effet du réchauffement climatique sur la reproduction des rats, histoire de démonter l’argument fallacieux utilisé par certains pour se dédouaner de la présence ostentatoire des rats à Paris.

Pierre Falgayrac

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Fusion de branches et coup de MOU

Tout commence ici :

https://travail-emploi.gouv.fr/archives/archives-courantes/loi-travail-2016/les-principales-mesures-de-la-loi-travail/article/branches-professionnelles

Extrait : « L’objectif est de passer de 700 branches aujourd’hui à 200 branches professionnelles d’ici 3 ans. Cette restructuration aura pour effet de renforcer les branches. La négociation sociale sera donc plus équilibrée et redynamisée. Ainsi, les branches seront plus à même de remplir leurs fonctions économiques, sociales et normatives et les conventions et accords collectifs négociés seront de meilleure qualité.

Enfin, des branches renforcées pourront jouer un rôle plus structurant pour les petites et moyennes entreprises qui n’ont souvent pas les moyens de négocier. »

Passons sur les états d’âme que peut provoquer un rouleau compressage de l’identité et l’originalité des petites corporations, contraintes de se marier par raison et contre nature pour simplifier le travail de l’administration.

Parce que pour compliquer la vie des pros, ça va le faire ! Il s’agira en effet de faire Convention Collective commune entre plusieurs métiers. Qu’en sera-t-il ensuite des codes NAF ou APE? Cela sent les modifications de contrats, fiches de paye, bulletins de salaires, donc des MAJ onéreuses (forcément) de logiciels de compta et de paye…

En politiquement correct, il convient de trouver des convergences entre des activités différentes, pour minimiser les divergences. A l’époque de l’hyper communication, force est de constater que certains maîtrisent remarquablement l’exercice.

Donc, la CS3D, représentante de la branche, se rapproche de la FNSA, la Fédération Nationale de l’Assainissement et de la Maintenance Industrielle. Dans la liste de mariage, il y a un OPCO commun et une collaboration sur le compte pénibilité (le si bien nommé).

Les deux partenaires sont enthousiastes et tout semble aller pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Tant mieux, car l’aveu d’un chantier « colossal » augure d’une complexité et d’un temps de réalisation à rallonge : il faudra d’abord s’accorder sur les salaires, puis négocier un accord de convergence et l’appliquer… Remercions d’avance les bénévoles de la CS3D pour les longues heures de travail que prendra ce processus.

Décidément, l’ancien métier moyenâgeux « d’écorcheur de vilaines bêtes » qui s’est transformé en « applicateur » de vilains produits à la fin du siècle passé est le fourre-tout des métiers peu ragoutants. Il y a déjà le dégraissage de hottes et la désinfection des équipements liés aux ordures ménagères, on ajoutera dans quelques mois ou années le curage des égouts et la vidange de fosses septiques.

En quoi cela renforcera-t-il l’image de la profession ? D’abord quelle profession ? Peu de dératiseurs et désinsectiseurs circulent en camion de vidange ou de curage, et peu d’agents d’assainissement ou de maintenance industrielle ont à faire avec les souris et les blattes dans des appartements chicos du XVIème.

L’enrobage très politique du texte ministériel ne trompe personne. Qui peut raisonnablement croire que « Cette restructuration aura pour effet de renforcer les branches. La négociation sociale sera donc plus équilibrée et redynamisée » avec des métiers si différents ?

Quant au très hypocrite « Enfin, des branches renforcées pourront jouer un rôle plus structurant pour les petites et moyennes entreprises qui n’ont souvent pas les moyens de négocier », il fait fi de la structure très particulière de la branche des 3D :

Structure de la profession

Qui peut croire que les 88% de TPE et PME seront mieux entendues quand elles se plaindront encore et toujours, et à juste raison, de la gabegie d’un CERTIBIOCIDE de 3 jours obligatoire, même pour son renouvellement ?

Le déni de réalité est inquiétant. Lors de mes derniers audits pour des villes et agglos, j’ai encore constaté que les entreprises les plus connues du métier font un travail de piètre qualité, qui se résume à poser des boites en série, de très grosses gouttes de gel bien visibles sur des endroits où les blattes ne circulent pas, et remplir des tonnes de papiers ou de formulaires sur un logiciel dédié.

Même chez de petites PME je retrouve cette logique d’en « mettre plein la vue avec plein de boites, pourvu qu’on fasse un ou deux rats morts ». Comment voulez-vous que nos contemporains témoins de ce genre de pratiques aient une image positive du métier ? Comment voulez-vous qu’ils y comprennent quelque chose lorsqu’ils verront que les vidangeurs de fosses septiques sont des collègues des dératiseurs ? Il y a effectivement de quoi être sceptique, non ?

Mais s’il n’y avait qu’en notre douce France que se prépare un avenir meilleur pour notre métier… Le CEPA, le Syndicat européen des grosses boites (les 1% du camembert plus haut), fait dans la politique.

Il souhaite une reconnaissance professionnelle européenne malgré la « mauvaise qualification » de bien des entreprises « dans de nombreux pays ». En effet, il y a des pays européens qui ont la chance de n’être pas soumis un CERTIBIOCIDE, qui sont considérés comme mauvais élèves.

Tout part de là :

https://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9morandum_d%27entente

Citation : « Un Mémorandum d’entente (en anglais Memorandum of Understanding – MoU) ou Protocole d’entente (PE) (Canada1) est un document décrivant un accord ou une convention bilatérale ou multilatérale entre ses parties. Elle déclare une convergence d’intention entre les différentes parties, indiquant une ligne d’action commune. Il est souvent utilisé dans les cas où les parties n’ont pas impliqué un engagement juridique ou bien dans des situations où les parties ne peuvent pas créer une entente ayant force exécutoire. Il est une alternative plus formelle à un gentlemen’s agreement . »

L’idée est donc de signer un accord qui déclare « une convergence d’intention entre les différentes parties, indiquant une ligne d’action commune. »

Dans cet accord, les professionnels s’engagent à être certifiés EN 166-36, à former leur personnel, à privilégier le préventif, le durable et l’humain et à être audité par des organismes externes.

La certification CEPA (norme EN 166-36), qui contient déjà tous ces engagements, n’aurait-elle donc pas assez de crédibilité auprès des clients ? Au point de nécessiter un résumé de son contenu ? Car le MOU n’est rien d’autre…

Au fait, pourquoi cette initiative ? Elle est faite pour les grosses sociétés dans des pays sans certification, qui veulent séduire des clients en se distinguant du menu fretin, parce que chez eux, la certification CEPA n’est pas suffisante.

Je ne crois pas qu’un coup de MOU arrangera les choses…

Pierre Falgayrac

Sur l’interdiction d’utilisation des anticoagulants en appâtage permanent

L’évolution de la règlementation française impose désormais aux fabricants d’indiquer sur les étiquettes des rodenticides « NE PAS UTILISER DE RODENTICIDES EN GUISE D’APPÂTS PERMANENTS (par exemple, pour éviter toute infestation de rongeurs ou pour détecter l’activité de rongeurs) » – Etiquette de « Notrax blox Tous Temps » de Lodi Group.

Et la CS3D d’enfoncer le clou lors d’une conférence de presse le 6 juin dernier : https://www.cs3d.info/actualite/6-juin-2019-journee-mondiale-de-la-prevention-des-nuisibles/

D’où il ressort que cette interdiction va « provoquer une prolifération des rats », en conséquence de quoi la CS3D va faire du lobbying auprès du Ministère de la transition Ecologique « afin d’obtenir un alignement de la France sur la position européenne (autorisation de l’appâtage permanent avec bromadiolone et difénacoum) »

Autrement dit, désinformation et hypocrisie. Expliquons.

Premièrement, lors de mes derniers audits pour des IAA ou pour des villes, j’ai constaté une nouvelle fois que tout ce qui est ceinture ou alignements de boites ne sert strictement à rien. A rien !

D’ailleurs, vous qui me lisez, vous savez très bien que sur des dispositifs comptant 300 boites, il y en a 298 dans lesquelles il ne se passe jamais rien ; quant aux deux autres ; il y a seulement des consommations partielles avec des crottes de jeunes rats. Autrement dit, une contribution au phénomène de résistance, dû, rappelons-le, à des prises répétées de doses non létales.

La preuve :

Nous sommes dans une IAA qui fait des aliments pour animaux. Le prestataire 3D est certifié Certibiocide et a suivi une formation en dératisation chez un fournisseur du collège formateurs de la CS3D.

Il y a donc une ceinture de boites d’appâtage avec 3 rodenticides différents (broma, difénacoum et diféthialone).

Une des deux boites il y a consommation partielle (granulés au difénacoum) et des crottes de jeunes rats
Dans le prolongement du mur où sont installés ces boites,
à 10 mètres, il y a une source permanente d’aliments sains: Du maïs.

Explication : Pendant que les rats dominants consomment du maïs sain, les dominés, de jeunes individus, s’alimentent un peu dans les boites d’appâtage qui sont à 5 et 10 mètres, en attendant que la place se libère au maïs..

Et malgré cette ceinture avec des rodenticides, il y a bien plus d’une centaine de rats à l’intérieur…
Donc, la ceinture de boites avec rodenticides ne sert absolument pas à « éviter toute infestation de rongeurs ou pour détecter l’activité de rongeurs », comme indiqué sur les étiquettes et dans le discours de la CS3D, absolument pas !


Pour une raison très simple : Tant que les sources de nourriture habituelles des rats leur sont toujours accessibles, l’appâtage permanent n’a aucune utilité et génère des phénomènes de résistance.


Je me répète, insiste, persiste et signe : Les ceinture et alignements de boites d’appâtage sont des lignes Maginot totalement inefficaces et perverses. L’interdiction de l’appâtage permanent est donc une bonne chose pour réduire les phénomènes de résistance.


Ensuite, vous, professionnels qui me lisez, demandez-vous pourquoi vos fournisseurs présentent à leur catalogue depuis déjà plusieurs années des appâts « placebo » ? Pour faire joli, ou pour respecter la règlementation ? Car si la France a adopté cette interdiction, avant les autres, dites-vous bien que le reste de l’Europe suivra tôt ou tard.


De toute façon, le rapport (écrit en anglais) « Mesures d’atténuation des risques pour les rodenticides anticoagulants » (Philippe BERNY, Alexandra ESTHER, Jens JACOB, et Colin PRESCOTT, 2014 ), qui sert de référence aux législateurs européens, précise :
– « L’appâtage permanent ne devrait pas être effectué à l’extérieur à moins qu’il y ait un risque élevé de ré-invasion, car il présente un risque très élevé pour les espèces non ciblées.
– L’appâtage permanent peut être effectué à l’intérieur, en particulier là où il y a une exigence réglementaire, ou lorsqu’il y a un risque élevé de ré-invasion, car il peut être géré pour présenter un faible risque pour les espèces non-cibles.
– En premier lieu, la durée de l’amorçage en extérieur devrait toujours être limitée à 35 jours (5 semaines). Par la suite, l’activité continue des rongeurs pourrait indiquer que les rongeurs sont résistants au rodenticide ou qu’une proportion importante de l’infestation n’est pas traitée et qu’ils se déplacent continuellement dans la zone traitée.
– La fréquence des visites devrait être laissée à la discrétion de l’opérateur, à la lumière des évaluations des risques effectuées au début du traitement. La grande diversité des sites infestés par les rongeurs exclut toute fréquence stricte. Cependant, les sites traités devrait être visité au minimum une fois par semaine. ».


Notons que le collège d’expert se prononce contre l’appâtage permanent « pour le risque espèces non cibles », alors que la CS3D joue sur les peurs de nos contemporains avec sa crainte de « prolifération des rats ». Désinformation, disais-je…


Que faire pour s’adapter à cette règlementation ?
Pour commencer, la respecter, puisqu‘elle contribue à diminuer les phénomènes de résistances, donc à augmentera à terme l’efficacité des anticoagulants.


Deuxièmement, acceptez la réalité des faits : L’appâtage permanent n’a aucun effet régulateur sur les populations de rats, aucun.


Troisièmement, là où vous avez installé des ceintures ou des alignements de boites, forcez sur l’étanchéité des locaux en faisant vous-même les petits travaux que vous demandiez à votre client de faire. Rien de bien compliqué à exécuter avec la laine d’acier et les pâtes répulsives que vendent vos fournisseurs. Rappel: Aucune ouverture supérieure à 6 mm pour la souris et 1,5 cm pour le rat.


Quatrièmement, là où les boites sont censées jouer un rôle de détection, en IAA notamment, remplacez donc les appâts empoisonnés par des placébos. Cela continuera à ne servir à rien, mais votre client sera toujours content de voir plein de boites.


Cinquièmement, si vous avez les moyens et votre client aussi, remplacez les boites par des pièges nasse, avec des appâts sains. Ils ne serviront à rien, mais tout le monde sera content.


Autrement dit, dans les faits, cette nouvelle règlementation ne change rien pour les dératiseurs qui aiment leur métier et limitent au maximum l’utilisation des biocides.

Ci-dessous un tableau récapitulatif

Pierre Falgayrac

La peste de Glasgow en 1900

Il s’agit de l’étude « Epidemiology of a bubonic plague outbreak in Glasgow, Scotland in 1900 », de Katharine R. Dean, Fabienne Krauer and Boris V. Schmid. En ligne ici : https://royalsocietypublishing.org/doi/10.1098/rsos.181695, présentée comme une modélisation de la contamination interhumaine lors d’une épidémie de peste, à partir des données d’une documentation d’époque.

Commençons par l’information indiquée à la fin de l’étude pour en comprendre les ressorts : les auteurs ont reçu un financement de l’Europe. Ou comment gagner trois sous en lançant une étude sur un vieux sujet qui n’intéresse plus personne et surtout, n’a aucun intérêt pratique.

Elle est basée sur l’hypothèse que l’épidémie de peste de Glasgow du 3 août 1900 est davantage le fait de contaminations entre humains que de piqures de puces pesteuses. D’où un intérêt pour « modéliser les flambées de peste ». Et d’étudier les 35 cas documentés par les autorités de l’époque.

Les malgaches qui sont confrontés encore aujourd’hui à la réalité de la peste apprécieront sans doute que des matheux futés (il faut l’être pour obtenir un financement européen) se penchent sur la modélisation d’une contamination de la peste par les hommes plutôt que par les rats…

Inutile d’exposer les savant calculs de probabilités de l’étude, selon la méthode Hens & al, puisque leur pertinence est invalidée par quelques données issues de la documentation écossaise (exceptionnelle selon nos chercheurs), citées dans l’étude.

La première info, qui constitue le socle de l’étude, est qu’il n’y a aucune preuve d’une épizootie de rats, d’où la spéculation sur une contamination interhumaine.

Expliquons donc le mécanisme classique de la peste : le rat noir (Rattus rattus) hôte des puces pesteuses meurt de la peste ; les puces se cherchent alors un autre hôte : l’homme, puisque les rats sont morts. Or, la mort de nombreux rats avant le déclenchement de l’épidémie est ce que racontent tous les auteurs, dont D. Defoe dans « La peste de Londres ».

Rien de cela n’a été constaté à Glasgow, et les centaines de rats piégés par les écossais n’étaient pas pesteux. Bon sang, mais c’est bien sûr, ce sont donc les hommes qui se sont contaminés entre eux, supposent nos chercheurs !

Citons les données écossaises d’époque :

  • Les rats étaient nombreux dans les logements infectés ; « cependant rien n’indique que la mortalité chez les rats ait été anormale » disent nos statisticiens ;
  • Les cas étaient principalement localisés dans les zones densément peuplées ;
  • 62,5% des infections sont survenues en milieu familial ;
  • Les rats vivants capturés n’étaient pas pesteux.

D’abord, lorsqu’il y a promiscuité hommes/ rats, il n’y a pas besoin que les rats meurent pour que leurs puces sautent sur les hommes.

Ceux qui permettent à leurs chiens ou chats de partager le canapé familial savent que des puces peuvent quitter le pelage douillet de Minette et Médor pour les espaces confinés des coutures ou des espaces entre les coussins, en attendant de sauter sur le premier humain qui viendra s’asseoir.

A combien plus forte raison les les puces pesteuses Xenopsylla cheopis qui, ne pouvant plus se nourrir (une trompe bloquée par la bactérie Yersinia pestis), multiplient les tentatives de repas ! Ce fait, qui est davantage qu’une hypothèse plus que fortement probable, est occultée nos chercheurs !

Voilà un premier socle de l’étude qui s’effondre. Du coup, écrire « nos résultats montrent qu’un un taux élevé de transmission secondaire au sein des ménages peut également survenir lors d’épidémies buboniques » est faux.

Comme nous l’avons déjà écrit dans un autre article, il n’y a aucun doute sur le fait qu’un individu pesteux soit vecteur de contamination pour son entourage familial, mais de là à dédouaner les rats et leurs puces au prétexte d’absence d’épizootie… C’est un pur artifice. Voilà qui nous rappelle l’étude d’un autre statisticien sur le nombre de rats à New-York !

Par ailleurs, les rats noirs sont beaucoup plus méfiants que les surmulots et leur capture est difficile. Félicitations aux écossais d’en avoir attrapé plusieurs centaines. Leur savoir-faire s’est malheureusement perdu (ce n’est pas l’équipe qui a réalisé l’étude du parc de Chanteraine qui dira le contraire, vu comme elle a galéré pour capturer 80 jeunes surmulots). Mais quel est l’intérêt d’avoir capturé ces rats ? S’ils étaient bien vivants, c’est qu’ils résistaient à la peste ou n’étaient pas infectés. Constater simplement qu’ils circulaient serait revenu au même. De l’art de se compliquer la vie et d’apporter de l’eau au moulin des matheux sponsorisés par l’Europe.

Décidément, la peste et les rats attirent les statisticiens. Il y avait déjà ceux qui spéculaient sur « l’examen de 7.711 épidémies de pestes documentées entre 1347 et 1353, qui correspondent à un printemps chaud et un été humide en Asie, 15 ans plus tôt », et celui qui dupa le monde entier avec son « 2 millions de rats (et pas 8) à New-York » (études qui ont fait l’objet d’articles précédents).

Entre les politiques parisiens et new-yorkais qui utilisent les rats pour communiquer, et les statisticiens en mal de financement d’études qui le choisissent comme sujet, les rats occupent l’espace médiatique. Je suis sûr que cela les indiffère.

Pierre Falgayrac

La dératisation de l’île de Sein

Le trimestriel de publireportages NPI, dans son numéro 107 d’octobre – novembre 2018, contient un article sur la dératisation de l’île de Sein.

Passons sur la fausse information relative à « l’arrivée en France du surmulot vers 1750 ». En effet, cette date est reconnue complétement bidon par la communauté scientifique, puisqu’il y a des traces de sa présence dans l’est de la France dès le 4ème siècle.

La dératisation a consisté en la pose de postes d’appâtage sécurisés tous les 5-15 mètres, 30 maxi, de manière à « quadriller » l’île. Cette méthode aurait « fait ses preuves, nous dit-on, dans des îles polynésiennes et néo-zélandaises ». Ce qui est oublier qu’elle n’a pas fonctionné dans d’autres, comme l’île australienne de Henderson, où la nourriture saine disponible était infiniment plus appétente que les 75m3 de raticides déversés.

Sur l’île de Sein, après 4 semaines de pose et suivi du traitement (renouvellement des appâts consommés), il est présenté un tableau montrant l’augmentation et la baisse rapides des consommations. La dératisation « totale » est considérée obtenue avec le maintien du dispositif « pendant 2 semaines ».

Cette manière de faire (quadriller d’appâts une importante zone) est en contradiction avec la norme EN 16636, le rapport DRAFT « Mesures d’atténuation des risques pour les anticoagulants », et la fiche technique de la CS3D « Traitements contre les rats et souris », qui prescrivent de ne traiter que la zone où se trouvent des traces d’activité murine.

Par ailleurs, il n’est nulle part fait mention dans l’article des sources de nourritures exploitées par les rats et des dispositions pour les empêcher d’y accéder.

Nous mettons donc fortement en doute l’efficacité réelle de cette dératisation.

Si les 4 caméras utilisées avaient filmé des endroits où se trouvaient de la nourriture saine et des postes d’appâtage, il aurait été vu des rats dominant écarter des congénères dominés de leur lieux de nourrissage sain ; dominés se rabattant alors sur les appâts.

Il y a de très fortes chances que bien des rats dominants n’aient pas consommé d’appâts empoisonnés, puisqu’ils pouvaient accéder à leurs sources de nourriture habituelles.

Bien sûr que la population murine a été drastiquement réduite avec cette campagne. Mais nous faisons le pari que d’ici moins d’un an, il y aura de nouveau autant de rats qu’avant.

Quitte à parcourir toute l’île dans tous les sens pour la quadriller de boites, l’applicateur de la société Help Service ne pouvait-il pas repérer les zones infestées et ne traiter qu’elles ? En supprimant d’abord et autant que faire se peut les sources de nourriture saine qui s’y trouvaient ? Et donc en posant beaucoup, beaucoup moins de postes d’appâtage ?

Mais voilà, c’est tellement confortable de ne pas se poser trop de questions et de poser des boites partout, histoire d’en mettre plein la vue à ceux qui paient… Et puis ça fait marcher les affaires du fournisseur.

Tout le monde est content donc.

Même les rats les plus malins, qui sont toujours là. Rats qui rigoleraient bien s’ils savaient lire…

Pierre Falgayrac

Pensée unique et poseurs d’appâts

L’actualité récente, et constante depuis plusieurs années, sur les rats parisiens met en évidence :

  • L’incompétence des acteurs de la dératisation, qu’ils soient décisionnaires politiques (et leurs conseillers), ou applicateurs sur le terrain (et leurs formateurs), car les rats font toujours l’actualité, puisqu’un deuxième maire, après M. Boulard, lance un portail de signalement de rats ;
  • Des pratiques de dératisation uniformisées : quadrillage de parcs par des boites d’appâtage, « monitoring » généralisé (ceintures de boites dans les usines agroalimentaires et commerces alimentaires), visites de contrôles rarement faites sous 3 jours et plutôt au-delà d’une semaine.

Détaillons les tenant et aboutissant de cette situation

Il est un fait que les dératisations mises en œuvre par la Ville de Paris se sont étalées sur des mois. Or, le rapport final DRAFT (MESURES D’ATTÉNUATION DES RISQUES POUR LES RODENTICIDES ANTICOAGULANTS, 2014 Berny et al.) indique « une durée maximale de traitement rodenticide d’environ 4-6 semaines », ce que permet le respect du protocole d’expertise préalable et de traitement raisonné préconisés par l’EN16636 et ce rapport. Il y a donc un évident problème de compétences à Paris.

La conférence de Bertrand Montmoreau sur le monitoring (Journées techniques de la CS3D à Rungis en novembre 2017) présente la pratique de pose et surveillance de multiples boites d’appâtage comme conformes aux items 5.3 « Évaluer l’infestation, identifier les nuisibles et réaliser une analyse des causes profondes », et 5.12 «Surveillance » de cette norme. Comme par hasard, c’est aussi le crédo des rédacteurs de NPI, dont les colonnes sont désormais ouvertes aux seuls annonceurs (bel esprit d’indépendance…).

Les pratiques de poses multiples d’appâts sont tellement inscrites dans l’inconscient collectif, que l’ADEME demande à des centres de collecte et valorisation des déchets de « consulter un spécialiste des rats pour diminuer l’impact sanitaire des rodenticides » (lors des traitements de centres de déchets). Bien des témoignages dont me fait part une collègue dispensant des formations Certibiocide vont dans ce sens : une majorité de dératiseurs professionnels sont des poseurs de boites en grand nombre « pour rassurer les clients comme eux-mêmes »…

Cerise sur le gâteau : tous les dispositifs d’appâtage (stations d’appâtage et pièges à appâts sains) sont manipulés avec des gants en plastique.

Il apparait donc que le milieu professionnel s’arqueboute sur une espèce de pensée unique entretenue par les fournisseurs de produits biocides et de matériels de lutte :

  • Les appâts placebo jouent clairement le rôle de détecteur/ dénombrement, et permettent de continuer à « poser plein de boites partout » ;
  • Les pièges à appâts sains sont très efficaces et sont LA solution pérenne pour éviter les phénomènes de résistance ;
  • Les appâts biocides sont dangereux : il faut les manipuler avec des gants. Il faut d’ailleurs faire toutes les manipulations avec des gants en plastique.

Toutes ces assertions sont fausses. Démonstration :

Le monitoring, même avec appâts placébo ou des pièges à appâts sains, est une erreur fondamentale en dératisation

Tant que la source d’alimentation saine est disponible, seul des rats dominés, écartés des points de nourrissage par les dominants, consomment des appâts. En voici une preuve :

Nous sommes dans le quartier de Noailles à Marseille (oui, là où des immeubles se sont effondrés) : la nourriture saine est surabondante en surface, où sont creusés de nombreux terriers. La structure des égouts ne permet pas de nidification. Ici, les rats vivent donc en surface et pas dans les égouts.

Des appâts aromatisés au Viandox sont posés dans un avaloir dont l’écartement des grilles ne permet que le passage de jeunes rats (dominés, donc).

Rue Longues quartier de Noailles
Pose T d'appâtage rue Longue quartier de Noailles
T consommé à moité

      Le lendemain de la pose, seul un côté du T d’appâtage a été consommé.

Pourquoi ? Parce les rats de dernier rang se sont dirigés là où persistait l’odeur de leurs compagnons (second rang) qui venaient de manger. Confirmation que les odeurs jouent un rôle déterminant dans le comportement des rats.

Notons que les appâts étaient aromatisés avec une saveur puissante (Viandox) et placés au cœur de la zone vitale que constitue la rue étroite. Dans les mêmes conditions, placés tels quels au sortir de leur bidon (non aromatisés, donc), ces appâts ne sont habituellement pas touchés.

En d’autres endroits de la ville, la pose de ces mêmes appâts aromatisés hors d’une zone vitale de rats, n’a occasionné aucune consommation.

  • Donc, poser des dispositifs d’appâtage et des appâts :
    • Dépourvus d’odeurs alimentaires puissantes est, au mieux peu efficace, au pire contre-productif: des consommations partielles génèrent des phénomènes de résistance aux AVK ;
    • Hors de la zone vitale parcourue par les rats est inutile.

Il est temps de rappeler quelques principes essentiels en matière de rats et de dératisation :

  • Hiérarchie: elle est basée sur la force physique seule et conditionne l’accès à la nourriture et à l’emplacement du terrier ou nid (au plus prêt de la nourriture). Il est distingué trois rangs : les alphas, béta et oméga. Ces statuts ne sont pas figés et évoluent au cours de la vie des rats (moins d’un an). Les dominants écartent les dominés des points de nourrissage. Si la nourriture saine habituelle n’est pas supprimée, seuls des dominés béta ou oméga consomment des appâts. Ce qui ne permet aucunement de dénombrer les rats présents sur un site. Le fameux « monitoring » n’est donc que de la poudre aux yeux.
  • Domaines vital : il est le plus réduit possible pour limiter les déplacements et l’exposition à la prédation. Il n’a pas de périmètre et est constitué de pistes entre la nidification et les point de nourrissage et de rongement (pour user les incisives hypsodontes). Tout dispositif d’appâtage placé hors de cette zone ne sert à rien (la repérer est un préalable requis par l’EN 16636) ;
  • Olfaction : celle des rats est dix fois plus discriminante que celle du chien. Tout dispositif d’appâtage non porteur d’odeurs alimentaires plus attractives que la source de nourriture saine habituelle, a fort peu de chance d’intéresser les rats. Tout dispositif d’appâtage doit être imprégné d’odeurs alimentaires, et manipulé avec des gants de peau, eux-mêmes imprégnés d’odeurs alimentaires.

Les dispositifs d’appâtage modernes étant sécurisés et accessibles aux seuls rats, pratiquer l’amélioration de l’appétence des appâts rodenticides ne présente pas de risques pour les espèces non cibles et n’est « ni autorisé, ni interdit ».

Au fait, la quantité d’anticoagulant contenue dans un appât de 30 ou 40 grammes est inférieure à celle contenue dans un cachet d’aspirine. Je sais : ce n’est pas le même AVK, mais c’est pour donner une idée de la soi-disant dangerosité des appâts rodenticides…

Concluons :

L’échec des dératisation de surmulots est toujours due à une ou plusieurs de ces causes :

  • Non suppression de la nourriture saine habituelle ;
  • Dispositif d’appâtage et appâts (sains comme empoisonnés) non porteurs d’odeurs alimentaires attractives (concurrence alimentaire);
  • Dispositifs d’appâtage placés hors de la zone vitale parcourue par les rats ;
  • Suivi des consommations trop long : il faut suivre à 2/3 jours maxi.

Les publicités de rodenticides ou les propos de fabricants sur « l’appétence prouvée » de leurs appâts (dans leurs articles pour NPI) sont pures assertions : aucun appât manipulé avec des gants en plastique et placé dans une boite en plastique n’est plus attractif que la nourriture saine présente dans la zone vitale des rats, aucun !

Il en est de même avec les pièges à prises multiples appâtés avec des aliments sains : si le piège en lui-même sent davantage le plastique (ou « rien » pour ceux en métal) que la « bouffe », les rongeurs ne se dirigeront pas vers lui. Il convient en outre d’adopter une stratégie de « guidage vers le piège », avec un trait de Viandox sur plusieurs mètres et dans la directions de la nidification, par exemple.

La pensée unique qui émane de la CS3D est garante de la continuité d’un système rémunérateur pour tous ses acteurs : beaucoup d’appâts, boites et pièges vendus à des professionnels certifiés par les fabricants/ vendeurs de biocides qui dispensent Certibiocide (belle « boucle »…)

Les colonnes de NPI enfoncent le clou à chaque numéro puisque seuls les annonceurs écrivent des articles « pratiques » (sans parler des désinformations et inexactitudes dans des articles). Quant aux professionnels cités ou interviewés dans les médias, ils entretiennent la crainte des rats par le grand public (ils  » prolifèrent » et sont « une machine de guerre  » selon Romain Lasseur https://fr.euronews.com/2018/02/01/le-rat-une-machine-de-guerre-qui-menace-paris-) .

Bref, le milieu des 3D est indécrottable, car ce n’est pas demain que :

  • Les phénomènes de résistance aux biocides vont disparaitre ;
  • La vérité sur le comportement des rats et les risques réels qu’ils représentent seront largement exposés ;
  • Les professionnels colleront réellement aux exigences de l’EN 16636.

C’est que le lobbying que pratique la CS3D, dans le fond, c’est tout un art, mon brave monsieur, tout un art…

D’immobilisme.

Pierre Falgayrac

PS: il me sera rétorqué que l’île de Sein a pourtant été dératisée avec un quadrillage de postes d’appâtage tous les 30 mètres. Ce sera le sujet du prochain article de ce blog.

La campagne d’affichage du métro sur nos amis les rats

L’association Zoopolis a donc consacré 10.000 € pour la campagne de cet affichage dans le métro parisien. L’affiche a été retoquée par la RATP, puisque la première mouture évoquait le « massacre des rats de Paris ».

zoopolis rats métro

Encore une fois, un buzz dû à des gens qui ne connaissent pas grand-chose aux rats et aux poisons anticoagulants (voir un précédent article de ce blog sur ce sujet).

Le rat de cette affiche est certes un surmulot (Rattus norvegicus), mais c’est un animal domestiqué dont le comportement n’a plus rien à voir avec ses cousins sauvages. D’ailleurs, lâché sur un trottoir parisien au coucher du soleil, son espérance de vie serait de 2 heures : le temps d’être tué par les rats d’égout qui occupent le coin. Ce sont justement ces rats d’égout qui font l’objet du « massacre » en question, et qui n’ont rien à voir avec leur très lointain cousin de l’affiche.

Cette affiche est donc de la désinformation et relève de la manipulation des foules.

Vu les difficultés de la Ville de Paris à réguler les populations de rats depuis plusieurs années, personne ne peut objectivement parler d’un massacre de rats.

Si c’était le cas il serait trouvé des centaines de rats morts chaque semaine. Or, que voit-on ? Les médias, lorsqu’ils traitent le sujet, montrent un ou deux rats morts tués par des dératiseurs, ou tenu par M. Boulard, le maire du 17ème. Ce ne sont pas des images de massacre !

Pourtant, les professionnels ont tout intérêt à montrer de nombreux rats tués, puisque cela prouverait leur compétence. En voici des exemples :

Un chasseur de rats du Havre, en 1928, quand les poisons anticoagulants n’existaient pas.Chasseur de rats 1928

Une publicité démontrant l’efficacité des pièges Mimétic Mhouse

mimétic mhouse

Or, la Ville de Paris n’a jamais fait état du nombre de rats tués, alors même qu’il est facile de les décompter avec les pièges Mimétic, comme avec les Ekomile ou les Wisecon (marques achetées par le SMASH). Pourquoi ? Sans doute qu’ils n’étaient guère flatteurs…

D’où une communication basée sur la somme supplémentaire allouée à la dératisation (1,5 m€) et le nombre d’interventions en hausse.

Il n’y a donc jamais eu de massacre de rats à Paris. Si c’était le cas, les dératisations des parcs seraient finies depuis longtemps.

 

De toute façon, les rats ne prolifèrent pas : ils régulent leur population en fonction de la nourriture disponible et des opportunités de creusement de terriers, tout près de cette nourriture (25/30m maxi). S’il y a beaucoup à manger mais pas de quoi creuser des terriers, il y a peu de rats.

Même dans les espaces verts et parcs, où les poubelles Vigipirate jouent un rôle attractif par leur conception (plastique fin, qui absorbe les odeurs) et leurs emplacements (exposés au vent et courants d’air, qui les disséminent), les opportunités de creusement de terriers ne sont pas illimitées.

En effet, La hiérarchisation sociale des rats (rapports de dominants/ dominés) régit l’emplacement des terriers et l’ordre d’accès à la nourriture. D’où des stratégies naturelles de régulation des naissances (voir mes livres pour en savoir plus sur ce sujet).

 

L’association Zoopolis se fend quand-même d’une tirade démontrant que la communication de la Ville de Paris fait des dégâts avec les contrevérités de son vétérinaire conseil : « Avant les rats étaient dans les souterrains, maintenant ils sont à la surface. Notamment à cause des vibrations des nombreux travaux du Grand Paris »

C’est vrai mais il y a une idée fausse : dans les souterrains et égouts, il n’y a rien ou trop peu à manger. Ce sont des lieux de refuge mais pas de restauration. Depuis qu’il y a des égouts en ville, les rats en sortent pour manger ce qu’il y a sur les trottoirs. Le discours de maintenir les rats dans les égouts provient de personnes qui ne sont jamais entrées dans un égout pour voir comment y vivent les rats.

 

Sur le plan sanitaire, il y a peu à craindre des rats, c’est vrai, tant qu’ils ne sont pas trop nombreux.

Mais si on ne régule pas leurs population et que s’installe une promiscuité entre les rats et les hommes, il y aura des maladies comme l’hépatite E (un cas mortel récent à Hong Kong).

Et il ne faut pas oublier :

  • Les dégâts qu’ils commettent sur les installations électriques (incendies, des accidents de train – Denguin à côté de Pau en 2014) ;
  • Les dégradations de chaussées et de trottoirs.

 

Bien sûr que les rats ne sont pas nos ennemis, mais ils ne sont surtout pas nos amis ! C’est pour ça qu’il ne faut pas les laisser faire et contenir leur population en dessous d’un seuil de nuisance : moins d’un rat ou 1 rat par habitant, ça va, au-delà, il y a des nuisances pas seulement visuelles.

Disons que l’idée de la pétition contre le massacre des rats de Paris ayant déjà été prise (bonjour Josette), Zoopolis a choisi la campagne d’affichage dans le métro. De l’art de dépenser inutilement 10.000 €.

Quoique, cela a donné du travail à un imprimeur, un livreur et des colleurs d’affiches. Merci pour eux, Zoopolis.

Les rats, eux, s’en contrefichent

Pierre Falgayrac